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Lieux de vie, lieux de sens

Le couple lieu / identité dans le roman belge contemporain- Rolin-Harpman-Feyder-Lalande-Lamarche-Deltenre

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Judyta Zbierska-Moscicka

Perçue comme un « entre-deux » ou un « carrefour », la Belgique se définit volontiers en termes spatiaux. L’idée d’enracinement lui est chère au même degré que celle d’errance. La littérature thématise cette oscillation entre le dedans et le dehors en recourant à une imagerie complexe, tributaire de la sensibilité de chaque auteur, ainsi que des circonstances historiques et sociales qui le concernent. La période examinée (1960-2012), correspond, dans les représentations romanesques, à un démantèlement progressif de l’objet « maison », processus qui fait écho à des mutations profondes relatives aux phénomènes sociaux liés à l’évolution du sentiment identitaire. L’analyse thématique renouvelée par les apports de la sociologie de l’individu fournit un éclairage nouveau sur les œuvres étudiées.
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Chapitre 1. Dominique Rolin : territoire intime illimité

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Chapitre 1. Dominique Rolin : territoire intérieur illimité

En 1964, Dominique Rolin livre une confession qu’elle intitule « Comment on devient romancier » et qui révèle la signification des lieux de son vécu personnel dans son œuvre. Nous en proposons ici un long fragment qui sera le point de départ de notre analyse :

Les maisons de mon enfance, en tout premier lieu, ont eu sur mon imagination un pouvoir déterminant. Il y a eu celle où je suis née, celle où j’ai vécu de ma sixième à ma douzième année, celle de mes grands-parents paternels où nous nous installions pendant leurs absences, celle enfin que je n’ai quittée qu’à l’âge adulte. Cela pourrait paraître bizarre sinon superflu d’insister ainsi sur l’élément maison. Cependant il faut préciser qu’à Bruxelles, ma ville natale, l’architecture d’une maison bourgeoise à l’époque dont je parle avait un caractère sinistre et particulièrement clos propre à frapper la sensibilité d’un enfant. La plupart étaient hautes, étroites, construites en briques couleur lie de vin, et percées de fenêtres étroites, elles aussi. Collées les unes aux autres par un mur mitoyen, leur uniformité donnait aux rues, soit rectilignes ou courbées à peine, un aspect d’irréalité sévère et concise qui se rattachait directement au domaine du cauchemar. La porte d’entrée de chacune de ces maisons, à laquelle on accédait par une ou...

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