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Les romans de Heimito von Doderer

L’ordre des choses, du temps et de la langue

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Eric Chevrel

Cet ouvrage entend exposer les ressorts et les ambitions de l’écriture de Doderer, qui veut faire coïncider « vérité » et « expression », à travers des analyses serrées des romans de la maturité que sont Die Strudlhofstiege (1951), Die Dämonen (1956), Die Wasserfälle von Slunj (1963) et Der Grenzwald (1967, fragment posthume). L’étude du culte de l’écrivain qui se manifeste dans ses journaux intimes montre comment l’écriture romanesque constitue pour Doderer un enjeu existentiel dans un contexte de crise du genre. Corrélativement, l’examen des structures narratives met en relief l’importance accordée aux catégories temporelles et visuelles aussi bien qu’aux failles de la narration, Doderer partageant sur ce point le scepticisme de ses contemporains modernistes. Sur ces bases peuvent être dégagés quatre modèles principaux qui ont guidé le réalisme de Doderer, qui conserve l’ambition de la totalité et cherche à s’opposer à tout réductionnisme idéologique : un modèle historiographique (qui prend forme dans le sillage de ses études d’histoire, non sans dériver vers un modèle politique avec un roman à thèse antisémite dans les années 1930) ; un modèle « policier » et judiciaire à fonction thérapeutique, et finalement un modèle linguistique qui garantit à Doderer la cohérence de son univers romanesque.
Contenu : L’idéologie de l’écrivain : perception de la réalité et ouverture à l’expression – Analyse narratologique : distance, informateurs et incertitudes – Le modèle historiographique : aspects biographiques et formation universitaire – Les personnages face à l’histoire – L’adhésion au parti nazi et le projet d’un roman à thèse antisémite ; persistance de clichés – Le modèle d’un roman policier et « judiciaire » comme thérapie antipolitique – L’omniprésence de la problématique linguistique ; les conséquences de la perte de l’harmonie sur la langue : interprétation des grandes périodes historiques sous l’influence de Lukács – Représentations et dénonciation des relations imparfaites entre langue et réalité – L’obsession des continuités et de la figure du réseau.