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Im/politesse et rituels interactionnels en contextes plurilingues et multiculturels

Situations, Stratégies, Enjeux

de Bernard Mulo Farenkia (Éditeur de volume)
Collections 310 Pages

Résumé

Les contributions de ce volume explorent la politesse, l’impolitesse et les rituels interactionnels en contextes africains. Recourant à une pluralité d’approches et d’espaces géographiques et culturels, les auteurs décryptent les contextes situationnels et culturels dans lesquels, les stratégies discursives à travers lesquelles et les enjeux pour lesquels les actes et événements communicatifs étudiés sont actualisés et, dans certains cas, leur cooccurrence avec d’autres phénomènes pragmatiques. Une première partie aborde les pratiques de l’impolitesse en milieu universitaire ainsi que dans les conversations quotidiennes et les discours médiatique et littéraire. Une seconde partie porte sur la textualisation de la politesse, les fonctions socio-pragmatiques des termes d’adresse, la gestion des faces dans l’expression du refus et la créativité lexicale au service de la politesse. Une troisième partie est consacrée aux formes et fonctions de deux rituels interactionnels: échanges de salutations et remerciements. Au total, des études variées susceptibles d’inspirer d’autres travaux et d’étendre le champ d’étude des actes pragmatiques en contextes postcoloniaux : celui de la pragmatique postcoloniale.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des Matières
  • Remerciements
  • Introduction générale
  • Première Partie : Stratégies d’impolitesse et variations stylistiques
  • Impolitesse sur le campus : virulence verbale et théorie des faces
  • « Toi-même merci ! » : Entre politesse et impolitesse dans les interactions en Côte d’Ivoire
  • Im/politesse dans les réseaux et médias socionumériques francophones : formes discursives, aspects culturels et enjeux pragmatiques
  • L’impolitesse dans Bintou de Koffi Kwahulé: de la désinvolture sociale à la pièce-parabole
  • Deuxième Partie: Politesse et gestion des faces à l’écrit et à l’oral
  • La textualisation de la politesse dans les lettres de requête en milieu universitaire camerounais
  • Système de l’adresse et travail des faces au Cameroun: vers une stratégie d’évitement des anthroponymes
  • Refuser poliment une offre dans les interactions verbales au Cameroun
  • Mondialisation du français et créativité lexicale : une relecture des ressources linguistiques au Cameroun
  • « C’est le popo hélélé » – « Ça me mo bad! » Pragmatique de la créativité lexicale en camfranglais
  • Troisième Partie : Rituels interactionnels et diversité linguistique et culturelle
  • The socio-pragmatics of greeting ritual in Cameroon pidgin English
  • Greetings in Cameroon English
  • Les rituels de salutation chez les Bororos du Nord-Cameroun
  • Rituels d’ouverture et de fermeture des interactions en camfranglais : une construction socio-identitaire
  • De la complexité du remerciement en milieu Bamiléké (Ouest-Cameroun)

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Remerciements

Au terme de ce travail, je tiens à remercier tout d’abord les contributeurs pour leur collaboration et patience tout au long de la préparation de ce collectif.

C’est grâce à l’appui financier généreux de la Fondation Alexander von Humboldt que cet ouvrage aura pu voir le jour. Dans le même sens, qu’il me soit permis de remercier la Cape Breton University dont les soutiens financiers multiformes m’ont permis de préparer certaines sections du collectif.

Je tiens aussi à remercier le Professeur Gérard Marie Noumssi de l’Université de Yaoundé I pour sa relecture attentive des manuscrits et sa révision linguistique. Je voudrais aussi saluer le soutien que m’a apporté le Professeur Eric Anchimbe de l’Université de Bayreuth et lui dire un grand merci pour ses commentaires judicieux sur certaines parties du collectif.

Je remercie le Dr. Benjamin Kloss de la maison d’édition Peter Lang qui m’a aidé tout au long de la production du volume ainsi que les Professeures Kerstin Störl et Sonja Kleinke pour avoir accepté de le publier dans la collection Stil: Kreativität – Variation – Komparation qu’elles dirigent.

Enfin, mes remerciements chaleureux vont à l’endroit de mon épouse Élise et de nos enfants Clover, Bethany, Melvin et Darryl pour leur amour et soutien constant.

Bernard Mulo Farenkia (Sydney, Nouvelle-Écosse, Canada) ← 7 | 8 →

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Bernard Mulo Farenkia
Cape Breton University (Canada)

Introduction générale

La politesse linguistique a déjà fait couler beaucoup d’encre. En se limitant à ces vingt dernières années, on relèvera de nombreux travaux qui traitent de quelques pratiques de la politesse dans certains espaces culturels. À cet égard, mentionnons des collectifs, à l’instar de l’ouvrage édité par Hickey & Stewart (2005) et rassemblant des études (de cas) sur 22 pays européens, celui de Bayraktaroglu & Sifianou (2001), consacré à la politesse en Grèce et en Turquie, et le collectif de Kádár & Mills (2011), qui traite de la politesse en Asie orientale. Corrélativement, on note un intérêt grandissant pour l’impolitesse verbale. Et cette mouvance a déjà donné lieu à plusieurs publications (cf. Culpeper, Bousfield & Wichmann 2003; Bousfield & Locher 2008; Jamet & Jobert 2013; Kerbrat-Orecchioni 2010 & 2014). En ce qui concerne l’espace africain, il existe un nombre considérable d’articles et de chapitres d’ouvrages, mais les collectifs sont plutôt rares.1 Pour contribuer à combler ce vide, un premier collectif a été publié en 2008, avec des contributions dont l’objectif était de (re)construire quelques aspects du style communicatif camerounais et de planter le décor pour des analyses plus approfondies (cf. Mulo Farenkia 2008).

Le présent volume s’inscrit dans la continuité des réflexions présentées dans le collectif de 2008. Les études réunies ici sont encore plus diversifiées, du point de vue des langues et communautés sociolinguistiques observées (français, anglais, camfranglais, pidgin English, medumba, fèfè, ghomala, fulfulde, aboure, dioula, songhay et français populaire ivoirien), des données utilisées (conversations naturelles enregistrées dans diverses situations, discours littéraires et médiatiques, discours écrit et oral en milieu universitaire, etc.), des actes pragmatiques (refus, insultes, requêtes, actes rituels (remerciements, salutations, etc.), compliments, termes d’adresse) et des espaces géographiques et culturels étudiés (Cameroun ← 9 | 10 → et Cote d’Ivoire). Autant d’éléments qui constituent, à bien des égards, en tout cas à notre avis, des points de force et l’originalité de ce deuxième volume. À travers cette pluralité de pistes, les contributeurs s’efforcent d’interroger des situations, stratégies et fonctions de quelques rituels interactionnels et pratiques de la politesse et de l’impolitesse en contextes africains marqués, entre autres, par le plurilinguisme, la diversité culturelle et la pluralité ethnique. En d’autres termes, trois mots-clés servent de fil conducteur aux différentes analyses proposées ici: Situations, Stratégies, Enjeux.

L’ouvrage est subdivisé en trois parties. La première partie traite des actes d’impolitesse dans différents types de situations communicatives: la violence verbale en milieu universitaire camerounais, l’impolitesse dans les interactions verbales en contextes ivoiriens et dans les discours électronique et littéraire. La politesse, la gestion des faces et la créativité lexicale, à l’écrit et à l’oral, sont au centre de la deuxième partie. La troisième partie porte sur les rituels d’interaction, plus précisément les rituels de salutations et de remerciement, dans plusieurs langues et espaces culturels camerounais.

Première partie: Stratégies d’impolitesse et variations stylistiques

Cette partie regroupe quatre contributions qui portent sur l’actualisation de l’impolitesse dans différents types de situations communicatives.

Dans « Impolitesse sur le campus: virulence verbale et théorie des faces », Jean-Jacques Rousseau TANDIA MOUAFOU propose une analyse de la violence verbale en milieu universitaire camerounais. À partir d’un corpus de données recueillies à l’université de Dschang, l’auteur met en lumière divers procédés employés par les étudiants pour attaquer la face positive et la face négative des étudiantes et pour mettre en péril les faces et la place des enseignants. L’auteur appréhende ces cas d’incivilités langagières comme un comportement discursif qui contribue à réguler la vie sociale dans un micro espace ou l’alternative aurait pu être un affrontement physique entre les forces en présence.

L’étude que propose Oumarou BOUKARI dans « Toi-même merci ! »: entre politesse et impolitesse » montre qu’il est rare « qu’un énoncé se trouve investi d’une seule valeur illocutoire: non seulement les structures phrastiques sont, en langue, généralement polysémiques, mais les énoncés actualisés sont aussi, généralement illocutoirement pluriels » (Kerbrat-Orecchioni 2005a: 46).2 Aussi l’auteur ← 10 | 11 → défend-il l’idée que la dichotomie « actes menaçants et actes valorisants » telle que suggérée par Brown et Levinson (1987) n’est pas figée et qu’elle ne peut par conséquent pas être toujours opératoire dans l’analyse des interactions verbales. En d’autres termes, il part du postulat que l’effet de politesse ou d’impolitesse dépend surtout du contexte situationnel (voir Kerbrat-Orecchioni 2005b: 208). Il examine à cet effet l’expression de la politesse dans quatre communautés en Côte d’Ivoire où l’on parle respectivement les langues suivantes: l’aboure, le dioula, le songhay et le français populaire ivoirien. Ses analyses montrent, d’une part, que dans les communautés étudiées, les actes tels que le remerciement, le compliment, le vœu et les salutations, des actes qui sont théoriquement valorisants, peuvent plutôt menacer la face de l’autre et que, d’autre part, certaines offenses verbales peuvent plutôt contribuer à consolider l’harmonie sociale.

Par «Im/politesse dans les réseaux et médias socio-numériques francophones: formes discursives, aspects culturels et enjeux pragmatiques », Jean Pierre FEWOU NGOULOURE nous propose un petit voyage au cœur de la cyper(im)politesse. L’auteur indique que l’environnement numérique, où prédomine l’anonymat, semble prédisposer les internautes à une certaine incivilité langagière. Il souligne toutefois que ces interactions discursives ne sont pas aussi confidentielles comme on pourrait le penser a priori, du fait des traces et des empreintes que chaque internaute laisse dans un échange en ligne. Du coup, il estime que du moment où la politesse est bafouée dans les cyberespaces, il s’agirait beaucoup plus d’un problème de mœurs et de mentalité individuelle, qui n’aurait pas directement de lien direct avec l’argument de la virtualité. À partir d’extraits de quelques sites web francophones, l’auteur présente quelques pratiques d’impolitesse et de politesse sur les réseaux et médias socio-numériques. Si sa réflexion porte globalement sur un univers virtuel, l’auteur pense que les stratégies discursives qui y sont investies se rapprochent de celles des interactions en face-à-face.

Avec « L’impolitesse dans Bintou de Koffi Kwahulé: de la désinvolture sociale à la pièce- parabole », Bassidiki KAMAGATE livre une analyse de la dramaturgie de l’impolitesse dans la pièce de théâtre Bintou de l’auteur Ivoirien Koffi Kwahulé. Il faudrait souligner que Kamagate nous propose deux niveaux de lecture du concept de l’impolitesse. Il s’agit, dans un premier temps, des actes d’impolitesse mis en scène dans cette œuvre littéraire. On apprend à cet effet comment, sur fond de rejet de l’excision, cette pièce élucide la crise sociale à laquelle se trouvent confrontés les Africains d’aujourd’hui, notamment ceux de la diaspora dont est issue Bintou, personnage central de la pièce. L’auteur montre comment l’hostilité de Bintou à cette pratique ancestrale se trouve dramatisée à travers de nombreuses impertinences, des actes de défiance à l’ordre familial synonymes d’impolitesse pour des ← 11 | 12 → sociétés africaines gérontocratiques et très attachées au respect scrupuleux des décisions de famille. Dans un deuxième temps, Kamagate pense qu’au-delà de la mise en scène des faces, l’on y décèle la rupture dans la dramaturgie africaine entreprise depuis quelques années par des auteurs comme Koffi Kwahulé. Autrement dit, l’esthétique et la rhétorique de l’impolitesse sont abordées ici pour suggérer l’urgence d’un renouvellement du théâtre africain.

Deuxième Partie: Politesse et gestion des faces à l’écrit et à l’oral

Cette partie comprend cinq articles dont l’objectif est d’appliquer le modèle de la politesse élaboré par Brown et Levinson (1987) à l’analyse de différents types d’interactions orales et écrites.

L’étude intitulée « La textualisation de la politesse dans les lettres de requête en milieu universitaire camerounais » que livre Bernard MULO FARENKIA exploite justement la théorie de la politesse pour analyser quelques « lettres de requête » rédigées par des étudiants camerounais. Il s’agit d’un genre textuel « expressif et directif » auquel les étudiants ont recours lorsqu’ils sont confrontés à certains problèmes relatifs à leurs études. Ces lettres sont alors adressées à certains responsables de l’administration universitaire afin que ces derniers trouvent une solution aux problèmes posés. L’étude part du postulat que la « lettre de requête » est un macro-acte menaçant pour le récepteur en position d’autorité. Ainsi, pour mener à bien le projet discursif porté par sa correspondance, le scripteur doit faire montre d’une compétence générique lui permettant de concilier deux besoins: celui d’exprimer clairement le bien fondé de sa lettre et celui de ménager la face et la place du destinataire. Le respect de cette double contrainte influe sur l’organisation du texte et la manière dont le scripteur formule sa demande. À cet égard, les analyses proposées se penchent sur les actes de mise en scène des faces au niveau macro-discursif (à l’ouverture et à la clôture des lettres de requête) et au niveau micro-discursif (dans la formulation des micro-actes de langage). À en croire l’auteur, la manière dont les étudiants structurent leurs « lettres de requêtes » s’explique par une certaine prédisposition socioculturelle et cognitive à privilégier l’approche émotionnelle au détriment du rationnel dans la rédaction des correspondances administratives en général.

En s’appuyant sur un corpus littéraire, Alain Flaubert TAKAM propose, dans « Système de l’adresse et travail des faces au Cameroun: vers une stratégie d’évitement des anthroponymes », une analyse de l’emploi des termes nominaux d’adresse au Cameroun dans une perspective comparative anglais-français. À en croire l’auteur, l’évitement des anthroponymes est une stratégie discursive très ← 12 | 13 → prisée dans les communautés francophone et anglophone. À la place des anthroponymes, poursuit-il, les locuteurs des deux communautés sociolinguistiques étudiées utilisent, entre autres, les termes de parenté, titres honorifiques et surnoms.

La contribution « Refuser poliment une offre dans les interactions verbales au Cameroun» de Bernard MULO FARENKIA s’intéresse aux stratégies énonciatives mobilisées par les locuteurs camerounais du français lorsqu’ils refusent une offre faite par des ami(e)s, des inconnu(e)s ou supérieurs. Cette étude se situe dans le cadre théorique de la variation du français comme langue pluri- ou polycentrique, de la pragmatique postcoloniale (cf. Anchimbe et Janney 2011) et de la théorie de la politesse de Brown et Levinson (1987). Il ressort de l’analyse du corpus utilisé que les locuteurs recourent, dans la majorité des cas, à divers procédés pour refuser l’offre et ménager la face de l’interlocuteur. L’auteur observe aussi que certains locuteurs préfèrent s’attaquer à la face de l’autre moyennant des actes tels que reproches, insultes, accusations, etc. L’étude permet aussi de cerner l’impact des variables situationnelles (type d’offre faite, degré de familiarité, distance hiérarchique) sur les types, fonctions et combinaisons des stratégies de refus.

En se penchant sur « Mondialisation du français et créativité lexicale: une relecture des ressources linguistiques au Cameroun », Moses NYONGWA entend identifier et analyser, à partir d’un corpus recueilli à travers quelques échanges oraux et écrits et des textes publiés sur Internet, les procédés de création lexicale qui permettent aujourd’hui au Camerounais sur le territoire national de contribuer à l’enrichissement du patrimoine linguistique commun de la francophonie qu’est la langue française. Les analyses portent, entre autres, sur les termes employés pour exprimer la politesse.

Finalement, l’étude « ‘C’est le popo hélélé ‘ – ‘Ça me mo bad!’ – Pragmatique de la créativité lexicale en camfranglais » que proposent Bernard MULO FARENKIA et Engeune TATCHOUALLA est une contribution à l’analyse pragmatique de la créativité lexicale en camfranglais. Elle se penche sur les stratégies utilisées pour intensifier l‘énoncé laudatif dans ce parler hybride. Les analyses effectuées mettent en lumière quelques procédés employés par les locuteurs du camfranglais pour créer des termes destinés à intensifier la force illocutoire de leurs compliments. Les auteurs s’appuient sur de nombreux exemples tirés de conversations quotidiennes, sur des pages de forums de discussion sur Internet et sur quelques travaux antérieurs. Les analyses montrent que les locuteurs du camfranglais font usage de plusieurs procédés pour créer des lexies destinées à renforcer leurs compliments. Ils peuvent à cet effet procéder par emprunt, par dérivation, par composition, par modification sémantique, etc. Dans l’ensemble, l’étude permet, à bien des égards, de donner un aperçu de quelques pratiques innovantes au service de la politesse en camfranglais. ← 13 | 14 →

Troisième Partie: Rituels interactionnels et diversité linguistique et culturelle

Cette partie comporte cinq contributions qui ont en commun d’analyser le fonctionnement des actes rituels3 (salutations et remerciements) lors des interactions se déroulant dans différentes communautés culturelles et linguistiques en contexte camerounais (Bororos, Bamiléké, anglophones, pidginophones, camfranglophones, etc.). Adoptant différentes approches méthodologiques, les auteurs se focalisent sur trois aspects des actes rituels étudiés: leurs formulations, leurs fonctions sociales (gestion des rapports interpersonnels) et leurs enjeux identitaires (renforcement de l’appartenance à une communauté moyennant le respect de son style conversationnel).

Dans « The socio-pragmatics of greeting ritual in Cameroon pidgin English », Joseph NKWAIN décrit les échanges de salutations et les stratégies énonciatives dans lesquelles ces phénomènes se déploient en pidgin English. Son analyse fait ressortir différents types de salutations d’ouverture. La première catégorie regroupe les salutations spécifiques à une période de la journée (matin, après-midi, soirée) et à certains événements (nouvel an, noël, anniversaire, etc.). Le deuxième groupe comprend les salutations qui s’énoncent sous formes de vœux de bienvenue et de salutations complémentaires4 ou questions de salutations (cf. Kerbrat-Orecchioni 2005a: 111). La troisième catégorie est celle des salutations mixtes, c’est-à-dire celles qui sont employées pour souhaiter la bienvenue, exprimer de la sollicitude envers l’interlocuteur et s’enquérir de la situation de l’autre en même temps. En ce qui concerne les réponses aux salutations (d’ouverture) et questions- de-salutations, Nkwain note que les locuteurs du pidgin English peuvent choisir des réponses courtes, longues, positives ou négatives, en fonction du type de salutation initiale et de la situation de communication.

Avec la contribution « Greetings in Cameroon English » que nous livre Eric ANCHIMBE, nous restons dans le domaine des échanges de salutations. L’auteur s’intéresse aux choix discursifs des locuteurs camerounais de l’anglais dans trois situations de communication. Son attention porte, plus particulièrement, sur les fonctions de marquage de la relation verticale, de la connivence et du respect des normes sociales des stratégies de salutations mobilisées par les interactants. ← 14 | 15 → L’analyse se fonde sur des données obtenues auprès d’une centaine de répondants résidant à Yaoundé, Bamenda et Buea et âgés de 19 à 70 ans. L’étude adopte l’approche de la pragmatique postcoloniale.

Emboîtant le pas aux deux auteurs précédents, Venant ELOUNDOU ELOUNDOU et Jean- Benoît TSOFACK abordent, dans « Rituels d’ouverture et de fermeture des interactions en camfranglais: une construction socio-identitaire », les routines de salutations en camfranglais. Ils s’intéressent d’abord aux formules de contact (salutations d’ouverture) et aux formules de séparation (salutations de clôture). Les analyses à ce niveau portent surtout sur la manière dont ces deux types de salutations sont réalisés. Dans la deuxième partie de leur réflexion, les auteurs envisagent trois types d’enjeux relatifs aux échanges de salutations en camfranglais. Du point de vue sociolinguistique, les formules analysées sont perçues comme des formes contextualisées liées à l’environnement sociolinguistique du Cameroun. Sur le plan sociopragmatique, les auteurs pensent que les formules d’ouverture et de clôture étudiées permettent aux locuteurs du camfranglais de construire des espaces interactifs et de mettre en place une relation de coopération discursive. Par rapport à l’enjeu socio-identitaire, finalement, ils observent que les formules de salutations recensées permettent aux locuteurs de se construire une identité générationnelle certaine.

Dans la même lancée, Amina GORON traite des « Rituels de salutation chez les Bororos du Nord-Cameroun » pour cerner les routines de salutations telles qu’actualisées en milieu Bororo du Nord-Cameroun. Selon l’auteure, les salutations occupent une place importante chez les Bororo, car ces « rituels d’accès » facilitent les rapports sociaux tout en permettant à leurs utilisateurs d’avoir des échanges respectueux et équilibrés. En même temps, cet acte constitue un moyen de démontrer son éducation, son savoir-vivre et par delà son appartenance identitaire. L’auteure relève aussi que la spécificité des échanges de salutations chez les Bororos réside non seulement dans les actes non verbaux qui précèdent et accompagnent l’acte verbal proprement dit, mais aussi et surtout dans leur récurrence dans les interactions quotidiennes. Partant d’une analyse minutieuse des groupes bororos de la région septentrionale du Cameroun, cette contribution a le mérite de dégager certains aspects saillants de l’ethos communicatif du peuple bororo.

La mise en exergue de l’impact de la socio-culture sur l’expression de la gratitude en milieu bamiléké est à l’honneur dans l’article « De la complexité du remerciement en milieu Bamiléké (Ouest-Cameroun) » de Baudelaire DNZOUTCHEP NGUEWO. Plus précisément, il se penche sur le macro-acte de remerciement pour examiner l’un des cas frappants des pratiques discursives ← 15 | 16 → dans la région bamiléké. Ses analyses se fondent sur un corpus de conversations naturelles en langues autochtones, notamment le Ndanda et le Medumba (à Bazou, Bamena, Bangoulap, dans le Département du Ndé), le Fèfè (à Bana, dans le Département du Haut Nkam), et le Ghomala (à Baham, dans le Département des Hauts-Plateaux). L’on apprend des observations faites par l’auteur que l’acte de remerciement en milieu bamiléké est manifestement complexe, du point de vue de sa mise en mots et de ses enjeux dans la gestion des relations interpersonnelles. L’auteur indique, par exemple, que le macro-acte de remerciement s’énonce moyennant des formules directes et indirectes auxquelles s’ajoutent, dans la plupart des cas, des termes d’adresse élogieux, des formules votives et des compliments. On est ainsi tenté de conclure que si le macro-acte de remerciement est une pratique discursive récurrente en milieu bamiléké, un acte rituel donc, son actualisation dépend de plusieurs variables contextuelles et culturelles dont le type d’acte accompli par le destinataire, l’âge, le sexe, le statut social des interlocuteurs, la compétence linguistique et socio-pragmatique ne sont pas des moindres.

Il importe de rappeler que les études réunies dans ce collectif sont, de plusieurs points de vue, des contributions à la pragmatique postcoloniale (voir Anchimbe & Janney 2011). En effet, elles s’efforcent de rendre compte des facteurs sociolinguistiques, culturels, historiques, ethniques, religieux, etc. qui participent à la construction et à l’interprétation du sens pragmatique dans les interactions verbales en milieu postcolonial.

Nous espérons donc qu’au terme de ce parcours, le lecteur aura (eu) un aperçu non seulement de la richesse des pratiques de politesse et d’impolitesse en contextes plurilingues et multiculturels (africains), de la variété des langues, des cultures et des situations dans lesquelles ces pratiques s’énoncent, mais aussi de la pluralité des pistes de recherche susceptibles d’inspirer les travaux à venir.

Références bibliographiques

Abdelaziz, Bouchara (2015): The role of religion in shaping politeness in Moroccan Arabic: The case of the speech act of greeting and its place in intercultural understanding and misunderstanding. In: Journal of Politeness Research 11(1), p. 71–98.

Résumé des informations

Pages
310
ISBN (PDF)
9783653066272
ISBN (ePUB)
9783653951479
ISBN (MOBI)
9783653951462
ISBN (Relié)
9783631671771
Langue
Français
Date de parution
2016 (Février)
Published
Frankfurt am Main, Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Wien, 2016. 310 p., 3 ill. n/b, 28 tabl.

Notes biographiques

Bernard Mulo Farenkia (Éditeur de volume)

Bernard Mulo Farenkia est professeur titulaire de français et de linguistique à Cape Breton University au Canada. Il est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages consacrés à la didactique et la pragmatique du français et de l’allemand, à l’analyse du discours, à la pragmatique interculturelle et postcoloniale, ainsi qu’à la politesse linguistique à l’écrit et à l’oral dans l’espace francophone.

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Titre: Im/politesse et rituels interactionnels en contextes plurilingues et multiculturels