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La liaison : approches contemporaines

de Christiane Soum Favaro (Éditeur de volume) Annelise Coquillon (Éditeur de volume) Jean-Pierre Chevrot (Éditeur de volume)
Comptes-rendus de conférences XVIII, 380 Pages
Série: Sciences pour la communication, Volume 110

Résumé

La liaison est un phénomène phonologique typiquement français, qui consiste à prononcer la consonne finale d’un mot lorsque celui-ci précède un mot comportant une voyelle initiale (les [z] écrans). Dans bien des cas cependant, il est possible de prononcer aussi bien avec liaison que sans liaison (ainsi dans mais [z] enfin). Cela confère à la liaison un caractère variable et hétérogène, dont la complexité, depuis les années 40, ne cesse d’intriguer les chercheurs. À date récente, la constitution de grands corpus oraux, tel PFC (Phonologie du Français Contemporain) a relancé l’étude de la liaison. Le présent ouvrage propose une revue à la fois large et précise des dernières recherches dans le domaine, d’un point de vue aussi bien linguistique que psycholinguistique et sociolinguistique. Il rend compte d’études nouvelles sur le traitement de la liaison dans la communication orale, mais aussi en production écrite ou chez des personnes atteintes de pathologies du langage. Il s’adresse tant aux spécialistes qu’aux étudiants en sciences du langage désireux de s’instruire à propos de ce phénomène phare de la phonologie du français.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’Éditeurs
  • À propos du Livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Remerciements
  • Liste des auteurs
  • Introduction: Christiane Soum Favaro, Annelise Coquillon, Jean-Pierre Chevrot
  • Partie 1 - La liaison : approche linguistique
  • Partie 2 - La liaison : approche neuropsycholinguistique
  • Partie 3 - La liaison : approche sociolinguistique
  • Partie 4 - Sandhis dans d’autres langues
  • Partie 1: La liaison : approche linguistique
  • Chapitre 1: Liaison et assibilation en français laurentien: Marie-Hélène Côté
  • 1. Introduction
  • 2. Le statut lexical des consonnes de liaison
  • 3. L’assibilation en français laurentien
  • 4. Liaison et assibilation
  • 5. Discussion
  • 6. Conclusion
  • 7. Références bibliographiques
  • Chapitre 2: Quelles données pour la liaison en français : la question des corpus: Julien Eychenne, Chantal Lyche, Jacques Durand, Annelise Coquillon
  • 1. Introduction
  • 2. La liaison sans corpus
  • 3. Quelques corpus pour la liaison et leurs apports
  • 3.1 Le corpus d’Ågren (1973)
  • 3.2 L’étude de De Jong (1988)
  • 3.3 Le corpus d’Encrevé (1988)
  • 4. Le corpus PFC
  • 4.1 Présentation du corpus
  • 4.2 Grandes tendances
  • 4.3 Variation géographique
  • 4.4 La question des registres
  • 5. Portée et limites des études sur corpus
  • 5.1 Le « corpus » comme source de données
  • 5.2 Corpus et théorie linguistique
  • 6. Conclusion
  • 7. Références bibliographiques
  • Chapitre 3: La liaison en français contemporain : approches lexicales et exemplaristes: Bernard Laks, Basilio Calderone
  • 1. Phonologie et corpus : datum et exemplum
  • 2. La liaison en français contemporain
  • 3. Une première analyse quantitative
  • 3.1 Sites et occurrences
  • 3.2 Cohésion et figement
  • 4. Une seconde analyse quantitative de la liaison
  • 4.1 Types lexicaux et contexte
  • 4.2 Variabilité géographique : analyse des sous corpus de PFC
  • 5. Pertinence des résultats
  • 6. Conclusion : le lexique mental
  • 7. Références bibliographiques
  • Partie 2: La liaison : approche neuropsycholinguistique
  • Chapitre 4: Utilisation d’indices acoustico-phonétiques dans la reconnaissance des mots en contexte de liaison: Annie Tremblay, Elsa Spinelli
  • 1. Introduction
  • 2. Méthodologie
  • 2.1 Participants
  • 2.2 Stimuli
  • 2.3 Procédures
  • 2.4 Analyse des données et prédictions
  • 3. Résultats
  • 3.1 Condition sans compétiteur lexical
  • 3.2 Condition avec compétiteur lexical
  • 4. Discussion
  • 5. Conclusion
  • 6. Annexes
  • 7. Références bibliographiques
  • Chapitre 5: Incidence d’effets de fréquence sur l’usage de la liaison en lecture à haute voix et dans des jugements normatifs chez des enfants de CE2-CM1: Céline Dugua, Marie Baclesse
  • 1. Introduction
  • 1.1 La liaison dans les différentes modalités langagières
  • 1.2 Enjeu de notre recherche
  • 2. Méthodologie
  • 2.1 Participants
  • 2.2 Protocole
  • 2.2.1 Tâche de démination d’images
  • 2.2.2 Tâche de lecture à haute voix
  • 2.2.3 Tâche de jugement normatif
  • 3. Résultats
  • 3.1 Tâche de dénomination d’images
  • 3.1.1 Dénomination des liaisons obligatoires entre déterminant et nom
  • 3.1.2 Dénomination des liaisons facultatives entre adjectif et nom
  • 3.2 Tâche de jugement normatif
  • 3.3 Tâche de lecture à haute voix
  • 3.4 Tâches de lecture et de jugement
  • 4. Conclusion et discussion
  • 5. Références bibliographiques
  • Chapitre 6: La liaison à l’interface entre l’oral et l’écrit: Christiane Soum-Favaro, Cecilia Gunnarsson, Aurélie Simoës-Perlant, Pierre Largy
  • 1. Introduction
  • 2. De l’acquisition de la liaison à l’oral
  • 3. De l’apprentissage de la liaison à l’écrit
  • 4. Hypothèses : interpréter la liaison à l’interface entre l’oral et l’écrit
  • 5. Méthode
  • 5.1 Participants
  • 5.2 Matériel
  • 5.3 Procédure
  • 6. Résultats
  • 7. Discussion
  • 8. Annexes
  • 9. Références bibliographiques
  • Chapitre 7: Représentation et encodage de la liaison : approches psycholinguistiques et neuropsycholinguistiques : Audrey Bürki, Marina Laganaro
  • 1. Introduction
  • 2. Approches psycholinguistiques et neuropsycholinguistiques
  • 3. Traitement cognitif de la liaison en production : Hypothèses et prédictions associées
  • 4. Données empiriques
  • 4.1 Etude Psycholinguistique
  • 4.2 Etude Neuropsycholinguistique
  • 5. Conclusions et perspectives
  • 5.1 Remerciements
  • 6. Références bibliographiques
  • Chapitre 8: La liaison mise à l’épreuve d’une altération de la « cohésion syntaxique » dans un cas d’agrammatisme: Halima Sahraoui, Lorraine Baqué
  • 1. L’étude de la liaison en contexte neuropathologique
  • 1.1 Question posée par la liaison
  • 1.2 Perspectives neurolinguistiques sur la liaison à travers l’aphasie
  • 2. Etude préliminaire
  • 2.1 Symptomatologie linguistique de l’agrammatisme - étude de cas
  • 2.2 Données recueillies en production de discours continu, dénomination, lecture et jugement
  • 2.3 Production de discours continu
  • 2.3.1 Observations
  • a. CL réalisées en présence du mot1 et du mot2
  • b. CL non réalisées en présence du mot1et du mot2
  • c. CL non réalisées en l’absence du mot1
  • d. CL réalisées par adjonction en l’absence du mot1
  • 2.3.2 Premiers éléments de réflexion
  • a. Impact de la réduction quantitative sur les contextes potentiels de liaison
  • b. « [z] orthophonistes » et « [z] amis » en l’absence du mot1
  • 2.4 Dénomination
  • 2.5 Lecture
  • 2.6 Jugement
  • 3. Discussion et perspectives
  • 3.1 Variabilité et dissociation inter-tâches
  • 3.2 Agrammatisme et effet de fréquence de co-occurrence sur les CL
  • 3.3 Anomie et statut lexical des CL
  • 4. Conclusion
  • 5. Références bibliographiques
  • Partie 3: La liaison : approche sociolinguistique
  • Chapitre 9: La liaison en mitchif : un cas d’acquisition incomplète fossilisée ?: Robert A. Papen
  • 1. Introduction
  • 2. Le mitchif comme LMB
  • 3. La phonologie du mitchif
  • 4. Les CL en mitchif
  • 4.1 Distinction entre liaison et élision
  • 4.2 Distinction entre processus de liaison et statut de la consonne de liaison
  • 5. L’acquisition de la liaison chez les enfants
  • 6. Les conditions pour démontrer que tous les noms en mitchif sont à initiale consonantique
  • 6.1 Les données empiriques
  • 6.2 La liaison dans les emprunts
  • 7. Discussion
  • 8. Conclusion
  • 9. Références bibliographiques
  • Chapitre 10: La liaison facultative dans les formes récitées du folklore enfantin: Aurélie Nardy, Jean-Pierre Chevrot, Carole Chauvin
  • 1. Introduction
  • 2. Un modèle d’acquisition de la liaison basé sur l’usage
  • 3. Usages enfantins de la liaison facultative
  • 3.1 La liaison facultative dans les interactions quotidiennes
  • 3.2 La liaison facultative dans les enfantines
  • 3.2.1 Méthodologie
  • 3.2.2 Résultats
  • 4. Conclusion
  • 5. Références bibliographiques
  • Chapitre 11: Production de liaisons dans l’input parental: Damien Chabanal, Loïc Liégeois
  • 1. Introduction
  • 2. L’acquisition de la liaison
  • 3. Méthodologie
  • 4. Résultats
  • 4.1 Descriptif de l’input parental
  • 4.1.1 Taux de production des liaisons
  • 4.1.2 Nature des mots1
  • 4.1.3 Production des constructions mot1-mot2 en contexte de liaison catégorique dans l’input parental.
  • 4.2 Formes erronées dans les productions enfantines : reprise de l’input ou création ?
  • 5. Discussion
  • 6. Références bibliographiques
  • Chapitre 12: Ce que nous apprennent des locuteurs francophones non-lecteurs sur la liaison: Béatrice Akissi Boutin, Chantal Lyche
  • 1. Introduction
  • 2. Problématique
  • 3. Méthodologie
  • 3.1 Les locuteurs des enquêtes : qu’est-ce qu’un non-lecteur (adulte) aujourd’hui ?
  • 3.2 Pourquoi les entretiens se sont révélés plus profitables que les tests d’élicitation
  • 3.3 Les corpus d’entretiens
  • 4. Résultats
  • 4.1 Points de convergence
  • 4.2 Points de divergence
  • 5. Discussion
  • 6. Remarques conclusives
  • 7. Références bibliographiques
  • Partie 4: Phénomènes de Sandhi dans d’autres langues que le français
  • Chapitre 13: Le ‘r’ de sandhi en anglais : corpus et méthodologie: Jacques Durand, Sylvain Navarro, Cécile Viollain
  • 1. Introduction
  • 2. Descriptions et modélisations du ‘r’ de sandhi en anglais
  • 3. Le programme PAC : méthodologie, annotations et codages
  • 3.1 Le programme PAC
  • 3.2 Transcriptions, codages et outils
  • 4. L’enquête Lancashire
  • 5. L’enquête à Boston
  • 6. Conclusion
  • 7. Références bibliographiques
  • Chapitre 14: La production des consonnes éclipsées chez de jeunes locuteurs de l’irlandais: Pauline Welby, Máire Ní Chiosáin, Brian Ó Raghallaigh
  • 1. Introduction
  • 1.1 Processus de neutralisation incomplète dans d’autres langues
  • 1.2 Les processus de mutation initiale en irlandais
  • 1.3 Le Gaeltacht du Connemara
  • 1.4 Etude pilote
  • 1.5 L’éclipse de l’irlandais
  • 1.6 L’éclipse de l’irlandais et la liaison du français : des différences importantes
  • 2. Méthode
  • 2.1 Participants
  • 2.2 Matériel
  • 2.3 Procédures
  • 2.3.1 Tâche de jeu de cartes
  • 2.3.2 Tâche de lecture
  • 2.3.3 Enregistrement
  • 2.4 Analyse des données
  • 2.4.1 Etiquetage et analyses
  • Tâche de lecture
  • Tâche de jeu de cartes
  • 3. Résultats
  • 3.1 Tâche de lecture
  • 3.1.1 Durées
  • 3.1.2 Production de /n/ dans l’article défini an précédant le nom cible
  • 3.2 Tâche de jeu de cartes
  • 3.2.1 Production des mutations
  • 3.2.2 La production du /n/ coda dans l’article défini précédant le mot cible
  • 4. Discussion
  • 5. Remerciements
  • 6. Références bibliographiques

Liste des auteurs

BOUTIN, Béatrice Akissi

Université de Toulouse-Le Mirail; CLLE-ERSS et ILA d’Abidjan

boubeaki@gmail.com

BACLESSE, Marie

Orthophoniste

baclessemarie@gmail.com

BAQUÉ, Lorraine

Universitat Autònoma de Barcelona, Laboratori fLexSem

Lorraine.Baque@uab.es

BÜRKI, Audrey

Université de Genève, FAPSE

Audrey.Buerki@unige.ch

CALDERONE, Basilio

Université de Toulouse-Le Mirail, CNRS CLLE

basilio.calderone@univ-tlse2.fr

CHABANAL, Damien

Clermont Université, Université Blaise Pascal, Laboratoire de Recherche sur le Langage

damien.chabanal@univ-bpclermont.fr

CHAUVIN, Carole

Université de Grenoble, Laboratoire GIPSA-lab, CNRS

carole.chauvin@gipsa-lab.grenoble-inp.fr

CHEVROT, Jean-Pierre

Université de Grenoble, Laboratoire LIDILEM ; Institut Universitaire de France

jpchevrot@wanadoo.fr

COQUILLON, Annelise

Université d’Aix-Marseille

annelise.coquillon@univ-amu.fr

CÔTÉ, Marie-Hélène

Université d’Ottawa

mhcote@uottawa.ca ← XV | XVI →

DUGUA, Céline

Université d’Orléans, LLL, UMR 7270

celine.dugua@univ-orleans.fr

DURAND, Jacques

Université de Toulouse-Le Mirail, CNRS CLLE ; Institut Universitaire de France

jacques.durand@univ-tlse2.fr

EYCHENNE, Julien

Hankuk University of Foreign Studies

jeychenne@hufs.ac.kr

GUNNARSSON, Cecilia

Université de Toulouse-Le Mirail, Laboratoire Octogone-Lordat

gunnars@univ-tlse2.fr

LAGANARO, Marina

Université de Genève, FAPSE

Marina.Laganaro@unige.ch

LAKS, Bernard

Université Paris Ouest Nanterre La Défense ; Institut Universitaire de France

bernard.laks@u-paris10.fr

LARGY, Pierre

Université de Toulouse-Le Mirail, PDPS, IUFM M-P

largy@univ-tlse2.fr

LIÉGEOIS, Loïc

Clermont Université, Université Blaise Pascal, Laboratoire de Recherche sur le Langage

loic.liegeois@univ-bpclermont.fr

LYCHE, Chantal

Université d’Oslo

chantal.lyche@ilos.uio.no

NÍ CHIOSÁIN, Máire

University College Dublin

maire.nichiosain@ucd.ie

NARDY, Aurélie

Université de Grenoble, Laboratoire LIDILEM

aurelie.nardy@u-grenoble3.fr ← XVI | XVII →

NAVARRO, Sylvain

Université Toulouse-Le Mirail, CLLE-ERSS

snavarro@univ-tlse2.fr

Ó RAGHALLAIGH, Brian

Dublin City University, Fiontar

brian.oraghallaigh@dcu.ie

PAPEN, Robert A.

Université du Québec à Montréal

papen.robert@uqam.ca

SAHRAOUI, Halima

Université Toulouse-Le Mirail, Laboratoire Octogone-Lordat

sahraoui@univ-tlse2.fr

SIMOËS-PERLANT, Aurélie

Université Toulouse-Le Mirail, CLLE-ERSS

simoes@univ-tlse2.fr

SOUM-FAVARO, Christiane

Université Toulouse-Le Mirail, Laboratoire Octogone-Lordat

soum@univ-tlse2.fr

SPINELLI, Elsa

Laboratoire de Psychologie et NeuroCognition, Université Pierre-Mendès-France ; Institut Universitaire de France

elsa.spinelli@upmf-grenoble.fr

TREMBLAY, Annie

University of Kansas

atrembla@ku.edu

VIOLLAIN, Cécile

Université Toulouse-Le Mirail, CLLE-ERSS

cecile.viollain@univ-tlse2.fr

WELBY, Pauline

Aix Marseille Université, Laboratoire Parole et Langage, CNRS ; University College Dublin

pauline.welby@lpl-aix.fr ← XVII | XVIII → ← XVIII | 1 →

CHRISTIANE SOUM FAVARO, ANNELISE COQUILLON, JEAN-PIERRE CHEVROT

Introduction

Cela fait plus d’un demi-siècle que les chercheurs s’interrogent sur le phénomène de la liaison. Cette alternance phonologique du français se manifeste par l’apparition d’une consonne entre deux mots, souvent appelés mot1 et mot2 ou mot de gauche et mot de droite, après certains mots1 seulement (les, petit, est, etc.) et uniquement lorsque le mot2 commence par une voyelle, comme dans petit [t] ami (où les crochets expriment la réalisation phonétique de la consonne de liaison). La complexité, l’hétérogénéité et la variabilité de ce phénomène linguistique alimentent l’étude de façon inépuisable, tant dans ses aspects linguistiques que psycholinguistiques, neurolinguistiques ou sociolinguistiques. Le présent ouvrage aspire à témoigner de l’état actuel des travaux qui s’inscrivent dans ce renouvellement permanent.

La liaison : approches contemporaines comprend quatre parties. L’ouvrage s’ouvre sur une approche linguistique qui place les données langagières au centre de l’analyse. Issues de corpus récents, ces données sont des productions orales recueillies auprès de locuteurs adultes francophones. La deuxième partie est consacrée à l’approche neuropsycholinguistique de la liaison, qui précise son rôle dans la perception des mots, ses caractéristiques dans la production enfantine en examinant pour la première fois la modalité écrite avec systématicité et, de façon extrêmement novatrice, la production pathologique. La troisième partie appréhende l’étude sociolinguistique de la liaison à partir de populations d’adultes, d’enfants et de locuteurs francophones illettrés. L’ouvrage se termine par deux chapitres qui présentent des phénomènes de sandhi dans d’autres langues que le français, dont on peut supposer certaines analogies avec la liaison. ← 1 | 2 →

PARTIE 1 - La liaison : approche linguistique

Marie-Hélène Côté (chapitre 1) revisite la question du statut lexical des consonnes de liaison en étudiant des données issues du français laurentien, à travers le phénomène d’affrication. Elle compare le comportement des consonnes de liaison à celui d’autres consonnes (finales de mot, initiales et proclitiques) en contexte d’affrication (ou assibilation). Les résultats sont discutés notamment à la lumière des travaux sur l’acquisition de la liaison à l’oral.

Julien Eychenne, Chantal Lyche, Jacques Durand et Annelise Coquillon (chapitre 2) abordent la liaison sous l’angle du corpus, en présentant une revue des corpus qui ont sous-tendu l’étude de la liaison ; ils exposent notamment l’intérêt du corpus PFC (Phonologie du Français Contemporain : usages, variétés et structures), basé sur l’enregistrement de 396 locuteurs francophones, représentant toutes les variétés du français et fournissant actuellement 53 561 sites de liaison. Ce faisant, ils montrent comment la constitution rigoureuse de grands ensembles de données permet d’approcher une réalité linguistique plus fidèle aux comportements des locuteurs tout en favorisant le renouvellement de l’analyse théorique.

Utilisant cette base PFC, Bernard Laks et Basilio Calderone (chapitre 3), illustrent et défendent la linguistique de corpus en déployant une analyse quantitative de la liaison fondée sur 16 805 formes liaisonnantes. L’étude démontre l’hétérogénéité de la liaison, la disparité des contextes morphosyntaxiques qui la suscitent et souligne l’impossibilité de se cantonner à une analyse unitaire du phénomène. Développant les premières hypothèses de Bybee, leur analyse suggère un stockage des liaisons dans le lexique selon deux ensembles, contraints par l’usage et reflétant ainsi l’organisation statistique du processus de production. ← 2 | 3 →

PARTIE 2 - La liaison : approche neuropsycholinguistique

Annie Tremblay et Elsa Spinelli (chapitre 4) scrutent les processus d’accès au lexique en examinant l’effet des indices acoustico-phonétiques sur la reconnaissance des mots parlés. L’hypothèse selon laquelle ces indices interviennent dans l’accès au lexique en contexte de liaison est testée avec des stimuli présentant une consonne de liaison et une consonne fixe en attaque dans une configuration de compétition lexicale versus sans compétition. L’étude alimente de façon originale le débat sur l’impact de la liaison dans la segmentation des mots en parole continue chez l’adulte (coût de traitement induit par la liaison ou non). Les résultats montrent notamment que l’information acoustico-phonétique intervient dans les processus d’accès au lexique de façon très précoce. Ils éclairent plus généralement les processus de reconnaissance des mots parlés.

Céline Dugua et Marie Baclesse (chapitre 5) prolongent un long travail déjà effectué sur l’acquisition de la liaison à l’oral chez le jeune enfant en investiguant des tâches psycholinguistiques mettant en jeu la modalité orale et la modalité écrite. Ce faisant, elles testent l’impact des effets de fréquence de réalisation de la liaison sur les productions enfantines dans trois tâches : la dénomination orale, le jugement normatif et la lecture à haute voix ; elles montrent que la fréquence des liaisons entendues et le contexte (liaisons obligatoires et liaisons facultatives) contraint l’usage qu’en font les enfants.

Christiane Soum-Favaro, Cecilia Gunnarsson, Aurélie Simoës-Perlant et Pierre Largy (chapitre 6) explorent la trace écrite de la liaison produite par des enfants d’école primaire (du CE1 au CM2). Ils étudient la production écrite sous dictée de syntagmes en contexte de liaison en la comparant à celle de syntagmes à consonne initiale. A la lumière d’un modèle de production écrite sous dictée et sur la base des modèles acquisitionnels de la liaison, ils font l’hypothèse que le savoir oral des enfants sur la liaison les amène à produire des erreurs écrites. Les résultats, discutés en termes développementaux, permettent de participer à la ré ← 3 | 4 → flexion sur l’appartenance lexicale des consonnes de liaison et sur le coût cognitif que la liaison est susceptible d’engendrer.

Audrey Bürki et Marina Laganaro (chapitre 7) envisagent les mécanismes de production de la liaison dans un cadre psycho- et neurolinguistique classique en étudiant les performances de sujets sains et de sujets atteints d’une lésion cérébrale présentant un trouble de l’encodage phonologique. Elles testent différentes prédictions sur le temps de réaction pour les sujets sains et sur le type d’erreurs pour les sujets présentant un trouble acquis en fonction d’hypothèses variées sur la forme des représentations stockées dans le lexique mental. Cette perspective cognitive alimente ainsi la recherche sur l’appartenance lexicale des consonnes de liaison.

Halima Sahraoui et Lorraine Baqué (chapitre 8) choisissent d’appréhender le traitement des liaisons chez une population aphasique de type agrammatique. L’agrammatisme est un trouble du langage affectant l’organisation morphologique et syntaxique des énoncés chez des personnes ayant subi un accident vasculaire cérébral. Ce faisant, elles considèrent la liaison comme un indice de cohésion syntaxique. L’observation minutieuse des données, recueillies auprès d’un patient à travers des tâches de production de discours continu, de dénomination orale, de lecture et de jugement, leur permet de questionner les hypothèses sur la représentation des consonnes de liaison dans le lexique mental et sur les traitements cognitifs mis en œuvre dans la performance langagière.

PARTIE 3 - La liaison : approche sociolinguistique

Robert A. Papen (chapitre 9), linguiste de terrain, rend compte d’un travail sur le mitchif, une langue mixte bilingue issue du français et du cri (langue amérindienne de la famille algonquienne) qui ne compte plus qu’un millier de locuteurs, tous âgés de plus de 60 ans. Les données ori ← 4 | 5 → ginales recueillies par l’auteur et son analyse de la langue mitchif revêtent un intérêt considérable : non seulement elles sauvent la mémoire d’une langue en danger, mais elles fournissent une explication théorique nouvelle aux faits de liaison observés dans cette langue et proposent un parallèle avec l’acquisition de la liaison.

Aurélie Nardy, Jean-Pierre Chevrot et Carole Chauvin (chapitre 10) se penchent sur la liaison facultative dans le folklore enfantin. Ils appréhendent les performances des enfants à travers la production d’enfantines : il s’agit de morceaux de texte choisis, de « chunks » langagiers, appris par cœur et récités collectivement par les enfants. Les résultats sont discutés à la lumière des modèles acquisitionnistes constructivistes.

Damien Chabanal et Loïc Liégeois (chapitre 11) étudient l’acquisition des liaisons à travers des corpus denses (collectes permettant de recueillir un échantillon significatif des paroles produites et entendues) dans la perspective singulière d’observer les interactions parents-enfant de façon à mesurer l’impact de l’input parental sur l’acquisition de la liaison. Les données sont recueillies en situation d’interaction naturelle. Les résultats permettent d’éclairer des questions théoriques sur l’ancrage de la consonne de liaison (phonologique ou lexical) et sur les processus cognitifs à l’œuvre dans l’acquisition de ces liaisons.

Béatrice Boutin et Chantal Lyche (chapitre 12) s’intéressent à la production de la liaison obligatoire et facultative chez une population francophone vivant dans une zone de langues en contact et qui présente la caractéristique d’être composée de non-lecteurs. Cette étude inédite a pour objectif d’évaluer l’impact de la représentation écrite sur le système de production des liaisons en discours spontané. Elle est basée sur l’enregistrement de conversations et de tests d’élicitation (consistant à poser une question au locuteur supposée solliciter une réponse incluant un contexte de liaison). Les résultats sont comparés à ceux de locuteurs lecteurs et permettent de discuter du statut des consonnes de liaison. ← 5 | 6 →

Résumé des informations

Pages
XVIII, 380
ISBN (ePUB)
9783035198386
ISBN (PDF)
9783035202045
ISBN (MOBI)
9783035198379
ISBN (Broché)
9783034314374
Langue
Français
Date de parution
2014 (Avril)
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2014. 380 p., nombr. graph. et tabl.

Notes biographiques

Christiane Soum Favaro (Éditeur de volume) Annelise Coquillon (Éditeur de volume) Jean-Pierre Chevrot (Éditeur de volume)

Christiane Soum-Favaro, Maître de Conférences à l’Université de Toulouse 2 en sciences du langage (URI Octogone-Lordat EA4156), travaille sur l’apprentissage et la pathologie du langage écrit. Annelise Coquillon, docteur en sciences du langage mention phonétique expérimentale, a effectué des recherches en prosodie et en phonologie. Jean-Pierre Chevrot, Professeur en sciences du langage à l’Université de Grenoble (Lidilem), est membre senior de l’Institut Universitaire de France. Il travaille sur les aspects sociolinguistiques et cognitifs de l’acquisition du langage oral

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Titre: La liaison : approches contemporaines