Chargement...

Ces Belges qui ont soutenu l’apartheid

Organisations, réseaux et discours

de Isabelle Delvaux (Auteur)
©2014 Monographies 306 Pages
Série: Outre-Mers, Volume 3

Résumé

Si plus personne n’ose aujourd’hui défendre l’apartheid jadis pratiqué en Afrique du Sud, ce n’était pas le cas dans les années 1970 et 1980. Nombre de Belges, surtout néerlandophones, ont alors apporté leur soutien à l’Afrique du Sud blanche et à son régime d’apartheid. Avec le recul, un tel phénomène peut surprendre, mais la contextualisation historique permet d’en comprendre les racines et la logique.
Comprendre : tel est l’objectif de ce livre. En s’appuyant sur des sources écrites inédites et des témoignages d’acteurs pro et antiapartheid, ce livre radiographie ce mouvement de soutien. Avec minutie, Isabelle Delvaux y décrit les objectifs, les motivations et les actions des associations belges qui ont milité en faveur d’un statu quo en Afrique du Sud. Elle dresse le profil de leurs membres et, surtout, les raisons qu’ils ont invoquées pour justifier les liens entre la Belgique et l’Afrique du Sud blanche, tout comme le système politique d’apartheid.
Au-delà des actions et idées de ces groupements, ce livre met en évidence plusieurs vecteurs du racisme. L’Histoire telle qu’on la construit et la raconte peut être l’un de ces vecteurs, comme l’illustre la manière dont ces groupements se sont emparés d’une certaine histoire pour justifier leurs actions. Puisse une autre histoire, celle de leur mouvement, contribuer à endiguer les discriminations sans cesse résurgentes.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Remerciements
  • Avant-propos
  • Préface
  • Introduction
  • Chapitre 1 En toile de fond, l’histoire sud-africaine
  • Histoire, identité et idéologie afrikaner
  • La politique d’apartheid
  • Chapitre 2 Les relations belgo-sud-africaines
  • Aux origines: la Boerensympathie
  • Relations politiques et économiques durant l’apartheid
  • Conclusion
  • Chapitre 3 Les associations belges pro-Afrique du Sud: entre culture passéiste et lobbyisme offensif
  • Cartographie et brève histoire des organisations
  • Objectifs déclarés
  • Activités
  • Conclusion
  • Chapitre 4 Acteurs et réseaux d’acteurs: de la nébuleuse des associations «amies» au réseau structuré du lobby
  • Avant 1977
  • Entre 1977 et 1979
  • Structure du réseau liant les organisations pro-Afrique du Sud
  • Au milieu des années 1980
  • Conclusion
  • Chapitre 5 Les discours de justification de l’apartheid
  • Présentation des revues
  • Maintien de liens entre la communauté afrikaner et la Flandre
  • L’apartheid a ses raisons
  • Raisons ethniques
  • L’opposition au régime sud-africain n’est pas ce qu’elle prétend être
  • L’apartheid n’est pas ce qu’on en dit
  • L’apartheid est en train de disparaître
  • Similitudes et variations des discours
  • Conclusion générale
  • Sources et bibliographie
  • Annexe. Balises chronologiques

| 11 →

Remerciements

Je voudrais remercier Jacques Briard, qui par sa longue expérience au sein de la section «Afrique australe» d’Entraide et Fraternité, mais aussi sa disponibilité et sa générosité, m’a guidée dans les premiers pas de ma recherche;

Magda Aelvoet, Thierry Verhelst et Ignace Berten et plus particulièrement Paulette Pierson-Mathy et Jan Van Heukelom, qui de par leur engagement anti-apartheid, m’ont fourni un éclairage précieux sur le sens á donner au soutien belge á l’Afrique du Sud blanche et son régime;

Jan Gunst, Roger Bryssinck et plus particulièrement Chris Vervliet, qui de par son engagement au sein de Protea, nous a partagé un tout autre regard, de l’intérieur même du soutien á l’Afrique du Sud blanche et son régime;

Mon promoteur, Paul Servais, professeur ordinaire á l’Université catholique de Louvain (UCL), mon co-promoteur Philippe Denis, professeur á l’université du KwaZulu-Natal et membre associé de l’Académie royale de Belgique, et Patricia Van Schuylenbergh, chef de travaux au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) et chargée de cours á l’Université catholique de Louvain (UCL), pour leur lecture attentive de mon travail et leurs conseils éclairés;

Michel Dumoulin, professeur émérite de l’Université catholique de Louvain (UCL), qui, en m’accordant sa confiance, a porté et permis ce projet de publication;

Marie Deblonde-Vallet et Claire Delaive, qui ont collaboré á la traduction des extraits de la langue de Vondel au français;

Mes parents, pour leurs nombreux encouragements, leurs vertus en termes de «coaching»;

Sébastien pour son positivisme á tous crins;

François et Bertrand;

Et mes amis qui, directement ou indirectement, m’ont soutenue tout au long de ce travail.

| 13 →

Avant-Propos

Cette troisième publication de la collection Outre-Mers répond bien à l’objectif poursuivi par cette série : présenter des études de cas qui explicitent et démontrent les rapports, souvent complexes et ambigus, entretenus entre l’Europe et le reste du monde en des moments historiques particuliers. Aboutissement d’une recherche minutieuse dans le cadre d’un master en histoire à l’UCL, la présente monographie contribue d’abord grandement au renouvellement d’une problématique dont les dérives et autres avatars de discriminations raciales continuent à subsister parmi les grands défis sociétaux actuels. Elle exploite ensuite des sources inédites ou encore peu ou mal connues d’associations non gouvernementales flamandes qui ont soutenu, d’une manière ou d’une autre, le régime de l’apartheid. Associations amies forgées sur un terreau romantique d’affinités historiques, culturelles et linguistiques et qui prennent corps depuis la seconde guerre des Boers, au tournant des 19e et 20e siècles. Associations de lobbying qui supportent le gouvernement de Prétoria pour garantir et sauvegarder les intérêts économiques des sociétés belges (flamandes) en Afrique du Sud. Alors que les premières sont exclusivement implantées en Flandre, ont un caractère populaire et sont surtout inspirées par le Mouvement Flamand, les secondes, dont les membres émanent des milieux dirigeants de nombreux secteurs de la vie politique, économique, sociale, culturelle et médiatique, montrent des contours politiques et idéologiques plus variés, et se développent après 1948, année où le Parti national remporte les élections législatives suivies par l’adoption d’une série de lois ségrégationnistes. Ces dernières défendront d’autant plus activement le régime lorsque le concert des nations prendra, dans les années 1980, des mesures de boycotts financiers et d’embargos économiques pour s’opposer à sa politique.

L’originalité de ce travail consiste également en l’analyse détaillée de la «nébuleuse» que constituent ces associations dont, en fin de compte, la nature, la portée, les activités et les objectifs politiques, économiques, culturels sont bien plus nuancés qu’il n’y paraît à première vue. De même, les messages et discours véhiculés dans les revues qu’éditent ces associations pour justifier leur soutien à l’apartheid et, par la même occasion, vilipender les luttes anti-apartheid, indiquent les similitudes et les variations, parfois notables, qui existent entre chacune d’entre elles.

← 13 | 14 →

Certes, ce mouvement n’est pas isolé. Les Pays-Bas, par exemple, dont l’histoire nationale est étroitement liée avec ce pays, ont également entretenu une adhésion particulièrement conviviale avec les revendications des Afrikaners, avant de critiquer radicalement la politique de l’Afrique du Sud au moment de l’instauration de l’apartheid. Après la libération de Nelson Mandela en 1990, le contexte politique modifié, les boycotts culturels et économiques émanant des Pays-Bas ont été levés, au profit de nouveaux accords de collaboration. Ce fut aussi le cas du Gouvernement flamand qui a signé en 1996 un accord de coopération avec la République d’Afrique du Sud en matière de coopération dans le domaine de l’enseignement, des arts, de la culture, de la science, de la technologie et des sports. Tout récemment, dans le cadre de la mission économique de la princesse Astrid en Afrique du Sud, outre le renforcement des liens entre le secteur diamantaire anversois et l’économie sud-africaine, notamment, un accord de coopération a été renouvelé entre le Fonds flamand de la recherche scientifique et la Fondation nationale pour la recherche en Afrique du Sud.

Le Centre d’étude de l’histoire de l’Europe contemporaine (CEHEC) de l’Université catholique de Louvain, au sein duquel le Groupe d’étude Europe – outre-mer (GEOM) offre une tribune aux recherches menées sur ses relations avec l’Afrique, soutient cette publication qui offrira aux lecteurs une vision exhaustive et nuancée de cette problématique sensible qui lie les histoires nationales belge et sud-africaine.

Patricia Van Schuylenbergh
Vice-présidente du CEHEC

Michel Dumoulin
Président du CEHEC (1987-2012)

| 15 →

Préface

Philippe DENIS

L’étude d’Isabelle Delvaux sur les soutiens belges au régime de l’apartheid est bienvenue pour deux raisons. La première est son caractère inédit. Hormis deux études plutôt sommaires du début des années 1980 et un mémoire de licence de l’université de Gand présenté en 2001, le territoire était vierge. Elle a consulté, parmi d’autres, les archives de Vrienden van Zuid-afrika et de Protea, deux des plus importants mouvements pro-apartheid belges. Elle a dépouillé les publications de la constellation d’associations et groupes de pression militant pour le maintien du statu quo en Afrique du Sud. Elle a interrogé les personnes ayant l’expérience de ces milieux. Très neuve, son étude fera date. La monumentale histoire du mouvement de libération sud-africain, publiée par le South African Democracy Education Trust (SADET) sous le titre The Road to Democracy, comporte deux volumes sur le mouvement anti-apartheid international. Un article signé par Paulette Pierson-Mathy retrace l’histoire du mouvement anti-apartheid belge. Sur le camp d’en face nous disposons á présent du travail d’Isabelle Delvaux. C’est une pièce qui manquait au tableau.

Ce livre vient á son heure pour autre raison. Vingt ans après la chute du régime de l’apartheid, un important travail de relecture historique est occupé á s’opérer. Avec le recul du temps, l’historiographie sud-africaine se détache des cadres idéologiques et des engagements partisans qui caractérisaient les travaux plus anciens sur l’Afrique du Sud contemporaine. On prend mieux en compte aujourd’hui la complexité des enjeux culturels, sociaux et intellectuels de cette période troublée. Le politique est revisité. Sans minimiser la réalité massive et indéniable de l’oppression du peuple sud-africain sous le régime de l’apartheid et les effets délétères de la violence d’État sur les rapports sociaux, le développement économique, le système éducatif et la structure familiale, les historiens développent une vue moins manichéenne de l’histoire sud-africaine dans la seconde moitié du 20esiècle. Il existe autant de continuités que de ruptures entre l’avant et l’après-1994. Des atteintes aux droits de l’homme existaient aussi dans le mouvement ← 15 | 16 → de libération sans parler des entreprises commerciales plus ou moins douteuses, teintées de corruption, auxquelles se livraient certains freedom fighters, comme l’ont révélé des études récentes. Les tableaux en noir et blanc, avec héros et vilains clairement départagés, ne sont plus de mise.

C’est dans ce nouveau contexte historiographique qu’il faut situer le travail d’Isabelle Delvaux. Il décrit les arguments utilisés en Belgique dans les années 1970 et 1980 pour défendre le statu quo en Afrique du Sud. Il rappelle á notre souvenir un pan de l’histoire idéologique du monde occidental que ses anciens promoteurs voudraient sans doute oublier aujourd’hui. Qui en effet défend á présent l’apartheid? Les soutiens de l’ancien régime, pourtant nombreux á l’époque, se sont évaporés. Dans toutes les chancelleries occidentales et dans les milieux économiques et sociaux, on se félicite du succès de la transition démocratique et on envoie des ambassades á la «nation arc-en-ciel», désormais considérée comme un pays émergent prometteur. Nelson Mandela, naguère considéré comme un terroriste, passible de pendaison pour trahison d’État, fait l’objet d’un culte universel. Il est canonisé avant l’heure. Le Parti national, fer de lance du nationalisme afrikaner, s’est auto-dissous. Même s’il continue á marquer les esprits, l’apartheid a perdu la bataille idéologique. D’autres dangers menacent la jeune démocratie sud-africaine, mais pas celui d’un retour á une ségrégation raciale institutionnelle. Les plus nostalgiques eux-mêmes ont cessé d’y croire.

Isabelle Delvaux montre que la cause afrikaner et le modèle de développement séparé – euphémisme pour désigner un système profondément inégalitaire imposé par le moyen d’un appareil de répression d’État violent et humiliant – ont bénéficié d’importants soutiens en Belgique. Mais ces soutiens n’étaient pas tous de même nature. L’ouvrage a le mérite d’attirer l’attention sur leurs différences. Très liées au mouvement flamingant, les associations d’«amis de l’Afrique du Sud» envisageaient la solidarité avec les descendants des Boers en termes plus culturels que politiques. Elles fonctionnaient sur un mécanisme d’identification, les peuples flamand et afrikaner étant censés partager la même histoire. Le soutien á l’apartheid, certes non déguisé, n’était pas leur préoccupation première.

Il se trouvait en revanche au cœur des campagnes du lobby sud- africain, celles du mouvement Protea par exemple, pour défendre le régime de Pretoria contre les attaques du mouvement anti-apartheid. Sa motivation principale était de nature économique. Il s’agissait de défendre les intérêts des sociétés belges ayant investi en Afrique du Sud ou faisant commerce avec des entreprises sud-africaines. De lá l’opposition farouche du lobby aux sanctions économiques contre l’Afrique du Sud, la stratégie ← 16 | 17 → utilisée par un nombre croissant d’associations militantes, d’organismes internationaux et finalement, non sans quelque ambivalence, d’États occidentaux pour faire pression sur le gouvernement sud-africain. Isabelle Delvaux montre que le lobby sud-africain disposait d’importants relais au sein de l’État belge. Il développait des réseaux non seulement au nord du pays, ce á quoi on pouvait s’attendre étant donné la sympathie du mouvement flamand pour la cause afrikaner, mais également au sud, dans certains milieux patronaux francophones.

Aujourd’hui encore l’adhésion de la quasi-totalité des Blancs sud- africains au régime de l’apartheid est difficile á expliquer. Comme les Allemands ordinaires dont Daniel Goldhagen a montré le soutien aux politiques de l’holocauste, les hommes, les femmes et les enfants des quartiers blancs de Pretoria, Bloemfontein et Durban, des bons chrétiens pour la plupart, n’ont rien vu de ce qui se passait dans leur pays. Il a fallu les retransmissions télévisées des séances de la Commission de Vérité et Réconciliation, présidée par Desmond Tutu, pour que leurs yeux s’ouvrent. Des conditions de vie de la majorité noire ils ne connaissaient que ce que s’autorisaient á en dire leurs domestiques de couleur. Les murs de l’apartheid tombés, de nombreux Blancs se sont interrogés sur ce phénomène de cécité collective. L’isolement, la peur du communisme et le matraquage permanent de la propagande gouvernementale fournissent quelques éléments d’explication.

On peut se poser les mêmes questions á propos des Belges qui ont milité en faveur du statu quo en Afrique du Sud. Isabelle Delvaux décrit minutieusement les raisons que les «amis de l’Afrique du Sud» et les membres du lobby pro-apartheid invoquaient, sans doute de bonne foi, pour justifier leurs campagnes. Leurs arguments étaient ceux du gouvernement sud-africain. Pour eux les opposants au régime n’étaient qu’une poignée de terroristes marxisants ne représentant qu’eux-mêmes. Les violences policières mises en épingle par les médias n’étaient que peu de chose face aux efforts menés par le gouvernement pour transmettre le pouvoir – séparément! – aux secteurs métis, indiens et noirs de la population. Et surtout on pouvait se féliciter des progrès réalisés dans les bantoustans, ces pseudo-États tribaux aujourd’hui réintégrés au territoire sud-africain et souffrant, malgré tous les efforts, d’un sous-développement chronique.

Un des principaux éléments en faveur du statu quo était la crainte du chaos que provoquerait l’entrée en fonction d’un gouvernement dirigé par des Noirs. Pour que l’économie d’un pays tourne, ainsi allait le raisonnement, il fallait des Blancs aux postes de commande. Ne voyait-on pas l’exemple du Congo! L’histoire des vingt dernières années a montré ← 17 | 18 → que cette argumentation n’était pas seulement raciste mais fausse. Jamais l’Afrique du Sud n’a connu un tel développement en aussi peu de temps. Il est vrai que le fossé entre riches et pauvres se creuse, mais les infrastructures se sont améliorées et un système de sécurité sociale, assurément insuffisant, est en place. Si c’était pour assurer l’avenir économique du pays que les membres du lobby sud-africain ont soutenu l’apartheid, ils se sont tragiquement trompés. Que de vies auraient été épargnées et que de souffrances auraient été évitées si le gouvernement blanc avait entamé plus tôt les négociations avec les mouvements de libération, en 1985 par exemple, l’année du premier état d’urgence! Mais pour cela il aurait fallu une plus forte pression des partenaires occidentaux de l’Afrique du Sud, dont la Belgique. Dans les cabinets ministériels et les salons de presse peu nombreux étaient ceux qui croyaient dans la capacité du Congrès national africain de Nelson Mandela á diriger le pays. On ne réécrit pas l’histoire!

Le passé que décrit Isabelle Delvaux paraît bien éloigné, mais il est salubre d’y revenir. Que des Belges, flamands surtout mais aussi wallons, aient soutenu avec autant d’ardeur un régime aussi moralement contestable et humainement désastreux que l’apartheid est embarrassant á considérer. Cet avatar de l’histoire postcoloniale mérite cependant d’être connu. C’est la raison pour laquelle j’encourage la lecture de ce livre.

Pietermaritzburg, 29 septembre 2013

| 19 →

Introduction

Le 11 février 2010, un article du quotidien De Morgen titrait á l’occasion du dixième anniversaire de la libération de Nelson Mandela : «Libre, Mandela est devenu le cauchemar des sympathisants flamands de l’apartheid1». De fait, un certain nombre de Belges, surtout néerlandophones, ont apporté leur soutien á la politique d’apartheid. Avec le recul, cela peut surprendre, mais comme le précisent De Bock, Coeck et Goossens, «[…] pour qui prend la peine de comprendre quelques décennies de l’Histoire belge, tout cela ne tombe pas du ciel2».

Les relations entre la Belgique et l’Afrique du Sud s’inscrivent en effet dans une histoire antérieure á l’instauration de l’apartheid. Ces relations, initialement strictement commerciales et diplomatiques, s’étaient timidement développées au cours du 19e siècle. À la recherche de débouchés pour ses produits industriels, la Belgique avait initié avec les deux colonies côtières britanniques3 des relations consulaires á l’impact relativement limité puisqu’elles n’avaient engendré que des relations commerciales somme toutes modestes. Dans la foulée de la reconnaissance des deux Républiques boers (1869 et 1873), la Belgique avait également signé un accord commercial4 avec l’une d’entre elles5 et, á l’initiative de Léopold II, avait obtenu de l’autre6 une concession ferroviaire7. Ces relations assez limitées se renforcèrent et prirent également une dimension culturelle au tournant des 19e et 20e siècles, lorsque la ← 19 | 20 → seconde guerre des Boers suscita une Boerensympathie. L’avènement du Parti national sud-africain en 1948 et la mise en place de la politique d’apartheid ne gelèrent pas ces relations amicales que le gouvernement belge cautionna de facto en condamnant moralement la politique d’apartheid tout en adoptant une attitude compréhensive á l’égard du régime blanc minoritaire.

Ces relations officielles longtemps favorables au régime blanc étaient doublées au plan non gouvernemental puisque, dans le prolongement de la Boerensympathie, plusieurs associations favorables á la minorité blanche sud-africaine se préoccupèrent á la fois de resserrer les liens culturels avec les Afrikaners et de soutenir le régime minoritaire et la politique d’apartheid8. Ces soutiens associatifs restent mal connus. Sans doute en raison de la proximité temporelle et du caractère sensible de ce sujet, peu d’études historiques leur ont été consacrées9. Un travail récent décrit le soutien flamand non gouvernemental10 mais n’analyse guère ses réseaux et ses discours. Notre étude vise á combler cette lacune et apporte un éclairage nouveau sur le soutien associatif belge durant la période 1967-1990, qui s’ouvre avec le lancement de la campagne internationale de l’ONU contre l’apartheid et se referme avec la légalisation de l’African National Congress (ANC) et la libération de Nelson Mandela. Cette longue période englobe ainsi les évènements clés des processus d’opposition interne au régime de l’apartheid11, de lutte ← 20 | 21 → internationale12 et belge contre l’apartheid et d’action des associations belges favorables au régime sud-africain13

La récolte de sources écrites inédites − archives et périodiques des associations, articles de presse14 publiés principalement lors de la création des associations − ainsi que de témoignages d’acteurs pro15 et anti-apartheid16 nous ont amené á nous interroger sur les questions suivantes: quelles sont les caractéristiques du soutien belge non gouvernemental de type associatif á l’Afrique du Sud (blanche) et á son régime, et comment comprendre ce soutien ? Il s’agit donc de mettre en évidence les objectifs, les motivations et les actions de ces associations, de dégager le profil de leurs membres ainsi que d’éventuelles connexions interpersonnelles et interorganisationnelles et enfin, d’analyser les thématiques et les arguments qui ponctuent leurs discours.

Résumé des informations

Pages
306
Année
2014
ISBN (PDF)
9783035264128
ISBN (ePUB)
9783035296396
ISBN (MOBI)
9783035296389
ISBN (Broché)
9782875741400
DOI
10.3726/978-3-0352-6412-8
Langue
français
Date de parution
2014 (Juillet)
Mots clés
Racisme Apartheid Afrique du Sud Associations belges Discrimination
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2014. 306 p., 9 ill., 1 tabl.

Notes biographiques

Isabelle Delvaux (Auteur)

Historienne formée à l’Université catholique de Louvain, Isabelle Delvaux a consacré son mémoire à l’étude des soutiens belges au régime d’apartheid sud-africain. Depuis lors spécialisée en muséologie, elle est actuellement coordinatrice des expositions à la Fondation Mons 2015.

Précédent

Titre: Ces Belges qui ont soutenu l’apartheid