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Enjeux postcoloniaux de l’enfance et de la jeunesse

Espace francophone (1945-1980)

de Yves Denéchère (Éditeur de volume)
Collections 250 Pages
Série: Outre-Mers, Volume 7

Résumé

Si la jeunesse a joué un rôle important dans la construction des empires coloniaux, elle est également un enjeu essentiel des décolonisations et de leurs suites. Au second XXe siècle, les processus d’émancipation des peuples colonisés posent en effet avec force la question sociale et politique de l’enfance et de la jeunesse en contexte colonial et postcolonial, dans les pays devenus indépendants comme chez les anciens colonisateurs. L’intérêt de cet ouvrage est de mettre en avant les biopolitiques spécifiques aux enfants et aux jeunes qui ont émergé dans un ensemble complexe de questions politiques et diplomatiques, économiques et sociales, démographiques et populationnistes, philosophiques et religieuses. À l’instar des Colonial and Postcolonial Studies, il s’agit d’interroger les cultures postcoloniales et les articulations entre décolonisation et colonisation, notamment les prolongements de celle-ci dans celle-là. Pendant la décolonisation des empires français et belge et la construction de nouveaux États, les enfants et les jeunes ont été sujets de politiques voulues ou soutenues par des biopouvoirs et mises en œuvre par des protagonistes divers : armées, associations, humanitaires, colonialistes, nouvelles élites, militants, simples citoyens. Les archives publiques qui reflètent les différentes politiques menées ainsi que les sources écrites et orales d’associations ou d’autres organisations permettent de cerner les rôles d’acteurs non-étatiques. Les paroles, plus ou moins critiques, de celles et de ceux qui sont les premières personnes concernées par cette histoire – c’est-à-dire les enfants et les jeunes eux-mêmes – sont bien entendu également mobilisées.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Table des abréviations
  • Introduction : L’enfance et la jeunesse comme enjeux postcoloniaux (Yves Denéchère)
  • Première partie. Enjeux de l’éducation des enfants et de la formation des jeunes
  • Le développement de l’éducation préscolaire en Afrique au prisme des organisations internationales (années 1960-années 1980) (Michel Christian)
  • Le français à l’école dans la Tunisie postcoloniale : état des lieux et perspectives (Sofiane Bouhdiba)
  • La fabrique des leaders en Afrique centrale, une « aventure ambiguë ». Étude comparée (1930-1961) (Karine Ramondy)
  • Former une jeunesse qui aurait des « souvenirs français » : les enjeux de la nationalisation des Polynésiens au temps de l’Union française (1946-1960) (Marie Salaün)
  • Engagisme, renonciation et transmissions postcoloniales de l’histoire familiale. Perspectives de l’approche biographique (Véronique Francis)
  • Deuxième partie. Enfants métis : de la question coloniale aux enjeux postcoloniaux
  • Les enfants métis de Monseigneur Augouard à Brazzaville (1921-1954) (Françoise Blum)
  • Statut, droits et intégration des métis au Cameroun sous administration française (1933-1960) (Alvine Henriette Assembe Ndi)
  • « To Save Eurafrican Children »: Métis Children, African Mothers, and the Reluctant Colonial Welfare State in post-World War II Senegal (Rachel Jean-Baptiste)
  • Le centre d’accueil des Français d’Indochine de Sainte-Livrade : un lieu de formation pour les jeunes eurasiens (1956-1981) ? (Alice Voisin)
  • Le projet postcolonial de la Fédération des Œuvres de l’Enfance Française d’Indochine (FOEFI 1949-1983) (Yves Denéchère)
  • « Le déracinement silencieux » : une exposition et un livre de parcours de vie d’enfants eurasiens (Sophie Hochart)
  • La reconnaissance par la Belgique de la ségrégation ciblée et des enlèvements forcés d’enfants métis nés au Congo et au Ruanda-Urundi (Budagwa Assumani)
  • Troisième partie. Formes d’encadrement et de contrôle de la jeunesse
  • Encadrer et instruire les filles et les adolescentes dans la guerre d’Algérie : les foyers féminins du SJFA (Luc Capdevila)
  • Encadrement de la « jeunesse » et service civique national au Sénégal : l’expérience limitée de Savoigne (1960-1968) (Romain Tiquet)
  • L’encadrement des jeunes au service de la construction nationale camerounaise : l’expérience du village pionnier de Minkama (1963-1973) (Julien Patrick Medza / Silvère Ulrie Okala Tsala)
  • Quatrième partie. Engagements politiques des jeunes
  • Résistances et accommodements des jeunes subalternes à la construction de la Françafrique : le cas de la Jeunesse démocratique camerounaise (1955-1960) (Jacob Tatsitsa)
  • Ébranler la gérontocratie au pouvoir : quand les cadets font la révolution au Congo-Brazzaville (Héloïse Kiriakou)
  • L’engagement anticolonialiste de la jeunesse antillaise des années 1950 aux années 1970, une affirmation identitaire (Karine Sitcharn)
  • Postface : Enseignement, formation et biopolitique : du colonial au postcolonial (Nicolas Bancel)
  • Résumés – Abstracts
  • Présentation des auteur.e.s

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Table des abréviations

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Introduction

L’enfance et la jeunesse comme enjeux postcoloniaux

Yves DENÉCHÈRE
Université d’Angers – CNRS TEMOS

Cet ouvrage réunit une vingtaine de contributions issues du colloque international « Décolonisation et enjeux postcoloniaux de l’enfance et de la jeunesse (1945-1980) » qui s’est tenu à l’Université d’Angers en juin 2018. Réunissant différentes générations de chercheur.e.s rattachées à des institutions africaines, américaines et européennes, cette rencontre a constitué un moment privilégié de dialogue et d’échanges sur des problématiques peu étudiées, situées au croisement des Colonial and Post-colonial Studies1, des Transnational Studies et Youth Studies2. La sélection de textes présentée ici interroge les fins d’empire, les décolonisations et leurs suites au prisme des enjeux assignés à l’enfance et à la jeunesse.

Comme l’ont confirmé des travaux récents, notamment ceux d’Ellen Boucher et David Pomfret, la jeunesse a joué un rôle important dans la construction des empires coloniaux européens3. Les projets impérialistes ont attribué une forte dimension sociopolitique, mais aussi pour des raisons économiques ou racialistes, à l’éducation et à la formation des enfants, à l’installation de jeunes dans les colonies. Les enfants ont ainsi été considérés comme des ← 15 | 16 → vecteurs de civilisation et de colonisation, en ce sens qu’ils sont considérés comme étant ceux qui seront capables de mettre en valeur les richesses d’un territoire. Mais l’enfance est également identifiée comme un enjeu essentiel par tous les protagonistes des processus de décolonisation : indépendantistes, néo-colonialistes, puissances coloniales, populations locales… Les mouvements d’émancipation des peuples colonisés au second XXe siècle posent en effet avec force la question sociale et politique de l’enfance et de la jeunesse en contexte postcolonial, dans les pays devenus indépendants comme chez les anciens États colonisateurs. Un ensemble complexe de questions politiques et diplomatiques, économiques et sociales, démographiques et populationnistes, philosophiques et religieuses déterminent de forts enjeux autour de l’enfance et de la jeunesse. Ces investissements ont produit des biopolitiques spécifiques – dont certaines ont fait l’objet d’études monographiques4 – qu’il convient de comparer et de mettre en perspective.

Concept avancé par Michel Foucault, « attentif aux mécanismes spécifiques qui encadrent la vie des individus et des populations », la biopolitique – ou pouvoir sur la vie et les êtres humains – est exercée essentiellement par l’État5. La jeunesse, en tant que « fait social très important » pour Pierre Bourdieu – même s’il considère que « la jeunesse n’est qu’un mot »6 –, en ce qu’elle porte des promesses d’avenir est particulièrement sujette à des entreprises biopolitiques, conservatoires ou prospectives, en contexte de fin d’empire.

Le cadre historique et géographique retenu ici est celui des espaces ayant subi l’impérialisme français et belge, en Afrique, en Asie, dans les Antilles, dans l’océan Indien, dans le Pacifique7. Dans cet espace francophone, créé de fait par la colonisation, la décolonisation a mené à de nombreuses indépendances, mais il y eut aussi une décolonisation sans ← 16 | 17 → indépendance8. Les moments et les modalités des décolonisations sont à conjuguer avec les passages multimodaux et différenciés de l’enfance à la jeunesse, en fonction des singularités des sociétés concernées. La dimension générationnelle est évidemment à interroger. Les personnes nées dans les colonies et qui ont grandi sous domination coloniale n’ont pas le même cadre de référence, ni la même perception/appréhension que celles nées après la décolonisation. La dimension de genre est très prégnante dans les enjeux postcoloniaux de l’enfance et de la jeunesse. À chacun des deux sexes sont assignés des rôles et des fonctions. Plusieurs contributions portent à la fois sur les filles et les garçons (questions d’éducation et de formation, question métisse, question de l’encadrement), mais il est notable de souligner que la question de l’engagement politique est abordée ici du seul point de vue des garçons.

La problématique générale qui a guidé l’organisation et la composition de ce livre porte sur les articulations entre temps postcolonial et temps colonial, les prolongements de celui-ci dans celui-là dans les domaines de l’enfance et de la jeunesse. De là découlent des questionnements multiples dont nous présentons ici les principaux : quel est le statut de l’enfance et celui de la jeunesse dans les politiques d’édification de l’État des pays indépendants ? Comment ont-elles été l’une et l’autre mobilisées au service de la construction nationale en tant que sujets politiques mais privés de droits politiques ? Hormis les autorités politiques et administratives, comment les acteurs de terrain (militaires, services sociaux, colons, missionnaires, humanitaires, promoteurs de sociétés nouvelles censées repousser la décolonisation, simples citoyens), envisagent-ils la cause de l’enfance ? Avec quelles motivations, en visant quels objectifs, en développant quel sens politique de l’enfance et de la jeunesse ? Les premières personnes concernées – les enfants et les jeunes – ont-elles eu conscience alors des attentes, des injonctions qui pesaient sur elles, notamment en termes de mobilisations politiques et socio-économiques ? Et l’on rejoint ici la dimension biopolitique, également très présente dans toutes les déclinaisons possibles de politiques de l’enfance et de la jeunesse : intégration/assimilation, acquisition de la nationalité, citoyenneté…

Les contributions rassemblées dans ce volume s’inscrivent dans le courant des études sur l’enfance, qui se définit en tant que pratique interdisciplinaire ayant pour but d’étudier l’enfance et la jeunesse pour elles-mêmes. Elles contribuent ainsi à une histoire des enfants et des jeunes qui ne soit plus uniquement celle des discours et des représentations des adultes mais ← 17 | 18 → bien une expérience de l’histoire des enfants et des jeunes en tant qu’acteurs à part entière des décolonisations et des processus postcoloniaux. En effet, il apparaît que pour les autorités politiques et administratives les enjeux de l’enfance et de la jeunesse concernent peu ou pas leurs droits et intérêts du moment mais le bien-être futur d’où un investissement considérable des impérialistes espérant subsister ou se renouveler et pour des États naissants. La projection des enfants dans un futur autre fait d’eux des objets privilégiés d’une gestion politique des populations, des perspectives de planification dans lesquelles la construction subjective des enfants n’est pas une priorité. Le rôle de la recherche historique universitaire est de donner à comprendre les contextes, de reconstruire un passé pour cadrer les mémoires. Il s’agit de révéler les enjeux normatifs et idéologiques des politiques relatives aux enfants et aux jeunes. Aussi, la production des savoirs et des connaissances nouvelles participe à la déconstruction de représentations et à la construction d’objets de recherche nouveaux9.

Les réalités complexes qui entrent dans les thématiques explorées sont étudiées à partir de sources très variées. Outre les archives publiques qui reflètent les différentes politiques menées, les sources écrites et orales d’associations ou d’autres organisations permettent de cerner les rôles d’acteurs non-étatiques. Les paroles, plus ou moins critiques, de celles et de ceux qui sont les premières personnes concernées par cette histoire – c’est-à-dire les enfants et les jeunes eux-mêmes – sont irremplaçables et sont convoquées dans l’ouvrage.

L’ouvrage est organisé en quatre parties qui couvrent des grandes thématiques induites par le sujet. Les contributions portent sur deux espaces/temps couverts, le contexte colonial et le contexte postcolonial, essentiellement dans les pays indépendants mais aussi dans les États colonisateurs. Afin de multiplier les pistes de recherche, le choix a été fait de livrer des communications courtes ouvrant des perspectives.

Résumé des informations

Pages
250
ISBN (PDF)
9782807609167
ISBN (ePUB)
9782807609174
ISBN (MOBI)
9782807609181
ISBN (Broché)
9782807609150
Langue
Français
Date de parution
2019 (Avril)
Published
Bruxelles, Berlin, Bern, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2019. 248 p., 5 ill. n/b

Notes biographiques

Yves Denéchère (Éditeur de volume)

Yves Denéchère est professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Angers. Il dirige le laboratoire de recherche TEMOS (CNRS 2004) et le programme de recherche EnJeu[x] Enfance et Jeunesse. Ses travaux portent notamment sur la construction subjective des enfants déplacés à l’échelle transnationale.

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Titre: Enjeux postcoloniaux de l’enfance et de la jeunesse