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La république des savants

Sans révérence

de Zbigniew Drozdowicz (Auteur)
©2020 Monographies 160 Pages

Résumé

Dans ce que l'auteur de ce livre dit au sujet de la république des savants, il tente d'éviter le pathos que l'on rencontre non seulement sur les pages hagiographiques, mais aussi dans des discours de circonstance ou celui de louange (par exemple, ceux qu'on prononce à toutes sortes d'anniversaires et enterrements). Cela justifie le titre choisi : sans révérence. Cependant, dans la vie universitaire, il existe des situations où un pathos spécifique est non seulement indiqué, mais également attendu, et son absence pourrait témoigner d'un manque de savoir-être universitaire.
Le but de ces considérations n’est pas de diminuer la valeur de ce qui, en vérité, n’apparaît pas aussi grand qu’on ne le pense, mais personne ne souhaite qu'on lui rappelle ses plus grandes faiblesses. Cependant, rappeler celles qui sont plus légères est nécessaire pour éviter la surestime de soi.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • Über das Buch
  • Zitierfähigkeit des eBooks
  • Table des matières
  • Avant-propos
  • I Gouvernances universitaires
  • 1 Traditions médiévales
  • 2 Gouvernance moderne des universités
  • 3 Gestion des universités polonaises
  • Postscriptum
  • II Autorités scientifiques au fil des siècles
  • 1 Exemples de problématique
  • 2 Prétendus maîtres-penseurs
  • Postscriptum
  • III Autonomie des scientifiques
  • 1 Un peu d’histoire
  • 2 L’autonomie des scientifiques aux Etats-Unis
  • 3 L’autonomie des scientifiques en Pologne
  • IV Jeunes savants
  • 1 Sources d’information
  • 2 Quelques réussites
  • 3 Mon point de vue
  • Postscriptum
  • V Expérience et enthousiasme des scientifiques
  • 1 Quelques avis sur la question
  • 2 Quelques exemples
  • 3 Quelques suggestions
  • VI Sensibilité et irritabilité des savants
  • 1 Quelques exemples
  • 2 Etude de cas
  • 3 Quelques remarques générales
  • Postscriptum
  • VII Compréhension écrite
  • 1 Le parti-pris du lecteur
  • 2 Lecture « entre les lignes »
  • 3 Lecture sélective
  • 4 Quelques remarques générales
  • Postscriptum
  • Bibliographie
  • Index

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Avant-propos

Le troisième âge, comme on se plaît à le nommer, invite plus d’une personne à faire ses comptes avec la vie, à raconter ses relations avec les autres, jusqu’à se dire parfois que si l’on en était à son premier ou son deuxième âge, on aurait mieux fait, ou du moins, on aurait fait les choses différemment. Cependant, ce qui est fait est fait. Il est normal que dans une vie tout ne se passe pas comme on le souhaite, il est également normal qu’après des années, on ait tendance à parler de nos réussites plutôt que de nos échecs, ne serait-ce que pour avoir de quoi être fier. S’il y a des erreurs ou des échecs à révéler, nous sommes alors moins disposés à le faire que ne sont des observateurs, plus ou moins bienveillants à notre égard. Bien sûr, ils ne connaissent pas tous les méandres du chemin qui nous ont empêché de nous montrer aussi parfait que nous l’aurions voulu, mais ils n’ont pas vraiment besoin de les connaître. Car ils n’apporteraient pas grand-chose à la question, ou ils pourraient même en voiler des revers qui font partie de la vie de chacun – y compris de ceux qui ont écrit les plus belles pages de l’histoire de la science. Quoi qu’il en soit, cela vaut la peine de puiser dans le récit de vie et plus encore, dans l’autobiographie des savants et chercheurs – mais il est bon de les confronter aux biographies basées sur une documentation fiable sur la vie des savants.

Dans ce livre, de telles biographies sont invoquées. Cependant, elles ne sont pas la seule source d’informations sur les savants en question, elles sont encore moins l’unique base des diverses conclusions et d’évaluations que je formule. Après tout, des années d’appartenance à la communauté universitaire et de relations avec un groupe de personnes aussi diversifié m’ont permis d’en arriver à de nombreuses réflexions. Je n’aimerais pas les divulguer toutes. Le but de ces considérations n’est pas de répandre des regrets amers ou de diminuer la valeur de ce qui, en vérité, n’apparaît pas aussi grand qu’on ne le pense, mais personne ne souhaite qu’on lui rappelle ses plus grandes faiblesses. Cependant, rappeler celles qui sont plus légères est nécessaire pour éviter la surestime de soi.

Dans ce que je vais dire au sujet de la république des savants, j’essayerai d’éviter le pathos que l’on rencontre non seulement sur les pages hagiographiques, mais aussi dans des discours de circonstance ou celui de louange (par exemple, ceux qu’on prononce à toutes sortes d’anniversaires et enterrements). Cela justifie le titre choisi : sans révérence. Cependant, dans la vie universitaire, il existe des situations où un pathos spécifique est non seulement indiqué, mais également attendu, et son absence pourrait témoigner d’un manque de savoir-être ←7 | 8→universitaire. Pour donner un bon exemple de ce genre de pathos, prenons l’exposé prononcé en 1932 par le prof. Kazimierz Twardowski (enseignant ayant de nombreuses années d’expérience universitaire) à l’occasion de l’attribution du doctorat honoris causa décerné par l’Université de Poznań1. Même son titre – De la dignité de l’Université – est grave, et ce n’est qu’une annonce de ce pathos qui est exprimé dans des déclarations comme, par exemple : « Chaque fois que je prononce le mot « université » je le fais – je l’avoue – avec une certaine solennité. » On peut, bien sûr, trouver des exemples d’exposés donnés à la même occasion, qui manquent de cette gravité purement académique, mais que l’on devine à travers des allusions ou même à travers certaines confidences. Pour donner un autre exemple – qui sera invoqué et développé dans un des chapitres suivants de cette réflexion – prenons l’exposé du professeur Leszek Kołakowski, à l’occasion de l’attribution du titre de docteur honoris causa par l’Université de Łódź2. Si je devais mieux expliquer ce parler de la république des savants sans révérence, le thème qui m’est relativement proche, j’indiquerais L’Âme désarmée d’Allan Bloom. Toutefois, ce n’est pas en m’inclinant que j’aborde ce sujet. Je suis différent de Bloom, non seulement par l’opinion générale sur celui et ce qui « a déçu la démocratie et a appauvri l’âme de nos étudiants » (selon cet auteur, il s’agit de l’enseignement supérieur américain), mais aussi et surtout par la perspective de réflexion que j’ai adoptée (constituée des universités européennes, y compris polonaises).

Quelque peu mystérieux semble le terme république qui apparaît dans le titre de ce livre, par conséquent, une brève explication s’impose. Etymologiquement, le terme est dérivé du latin, res publica, en traduction littérale, signifie : chose commune. Au sens le plus courant, le terme désigne une forme de régime d’État où les organes de l’autorité sont issus de l’élection de ses citoyens qui ont un certain contrôle sur l’exercice de leurs fonctions par ces organes. Cette forme de régime, à différents moments et à différents endroits, contenait des solutions très diverses concernant les pouvoirs et les devoirs des autorités. Au XVIIe siècle (dans les écrits de John Locke) et XVIII (dans les écrits de Montesquieu) paraissent des concepts de séparation des pouvoirs entre : législatif, exécutif et judiciaire. Dans les républiques des savants, bien qu’on puisse trouver des ←8 | 9→analogies avec cette division, d’importants détails diffèrent des solutions politiques. Je vais essayer de le montrer dans la première partie de mes réflexions. En ce qui concerne les autorités scientifiques, il y a des considérations à prendre en compte – non seulement parce que la notion d’autorité en langues occidentales signifie également pouvoir, mais aussi et surtout, parce que dans la sphère d’activité humaine aussi spécifique que la science, ce sont justement les autorités qui portent toute la signification. Ces autorités ont également connu de diverses façons de fonctionner à un endroit et à un moment différent. Parfois même elles échangeaient leur position avec celles qui existaient auparavant en marge des sciences. Ce problème est directement lié à la question de la sensibilité et de l’irritabilité des chercheurs que je développerai dans la partie suivante de mes considérations. En somme, il m’est difficile en quelque sorte, d’imaginer un succès scientifique important sans ce genre particulier de sensibilité, voire d’irritabilité qui caractérise les chercheurs. Parfois, ces dispositions posent un problème pour l’entourage plus ou moins proche, et même pour les chercheurs eux-mêmes. Mais il arrive aussi qu’elles s’avèrent être la solution, sinon un salut, qui leur fait oublier la pensée de ce qu’il faut faire pour que le monde ou au moins l’environnement immédiat ne les oublie pas. D’une manière ou d’une autre, il faut vivre avec cette sensibilité et cette irritabilité. Ni l’une ni l’autre cependant, n’assurent le succès scientifique sans l’expérience spécifique et sans l’enthousiasme de chercheur. Le problème ne réside pas seulement dans le fait de posséder l’un et l’autre, mais aussi de les faire correspondre l’un à l’autre, de façon à ce qu’ils se rapprochent du but recherché – (d’après K. Twardowski) – « atteignant des vérités et des probabilités » et en les partageant avec tous ceux qui ne les ont pas encore atteintes, mais qui le souhaitent. En règle générale, cet enthousiasme est propre à la jeunesse plutôt qu’à l’âge mûr, mais pour l’expérience c’est l’inverse. En sciences, cependant, cette règle comporte de nombreuses exceptions. Je consacre à cette question une partie de mes considérations. À la fin, je soulève le problème de la compréhension écrite. Elle s’appliquera également à la lecture de ce livre.

Quelques mots sur l’originalité des considérations qui y figurent. Probablement plus d’un de mes lecteurs aura sa propre opinion sur ce sujet. Ici, je voudrais seulement répondre à la question de savoir comment se rapportent-ils à mes déclarations précédentes sur les savants et les sciences. J’admets modestement qu’il y en a déjà un certain nombre (surtout au cours des dernières années). Malheureusement, je n’ai pas trop d’excuses pour cela, mais je voudrais dire ouvertement que je considère l’écriture comme une obligation professionnelle à laquelle je réponds sans hésitation ni difficulté. Il faut ajouter à cela l’intensité ←9 | 10→de la vie universitaire en Pologne, en nette augmentation au cours des douze dernières années.

Toutes ces questions n’auraient pas pu voir le jour sous forme des nombreuses publications sur les universités et les universitaires, sans la bienveillance et la compréhension des rédacteurs en chef des revues, qui ont toujours gardé la place pour mes écrits. Je voudrais remercier tout particulièrement le professeur. Jerzy Brzezinski (rédacteur en chef de « Science. Trimestrielle PAN ») et Piotr Kieraciński (rédacteur en chef du « Forum académique »), ainsi que Grzegorz Filip (vice-rédacteur en chef du mensuel). Certaines des considérations contenues dans le présent ouvrage ont connu leur version originale dans ces revues, mais aucune d’entre elles ne paraît pas ici sans mises à jour.

Je suis également reconnaissant aux nombreuses personnes qui, au cours de ces longues années à l’Université Adam Mickiewicz de Poznań, ont soutenu mes travaux et l’enseignement universitaire, ainsi que celles qui ne m’ont pas aidé, mais qui, par leur attitude, ont fait qu’il ne me restait rien d’autre à faire que d’écrire, de publier et de montrer que je pouvais faire plus que simplement occuper un poste à l’université. Je tiens aussi à remercier mes collègues et collaborateurs qui, pendant toutes ces années, ont écouté mes confidences sur les travaux de recherche que j’entreprenais. J’espère que, même si je ne les ai pas tous aidés à réaliser leurs projets professionnels, au moins je ne les ai pas trop freinés.

J’ai une dette de gratitude envers mon Épouse qui, les années durant, a toujours accepté que je consacre autant de temps à mes activités universitaires.


1 Cf. K. Twardowski, O dostojeństwie Uniwersytetu [De la dignité de l’Université], Uniwersytet Poznański, Poznań MCMXXXIII.

Résumé des informations

Pages
160
Année
2020
ISBN (PDF)
9783631805015
ISBN (ePUB)
9783631805022
ISBN (MOBI)
9783631805039
ISBN (Relié)
9783631802830
DOI
10.3726/b16265
Langue
Français
Date de parution
2019 (Décembre)
Mots clés
Gouvernances universitaires Autorités scientifiques Autonomie des scientifiques Jeunes savants Compréhension écrite
Published
Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2020. 160 p.

Notes biographiques

Zbigniew Drozdowicz (Auteur)

Zbigniew Drozdowicz est professeur en titre de l’Université Adam Mickiewicz de Poznan. Actuellement, en tant que chef de la Chaire des Sciences des religions et Recherches comparatives à l’Université Adam Mickiewicz. Il est spécialiste en philosophie française moderne et auteur de plus que 400 publications scientifiques.

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Titre: La république des savants