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Entrepreneuriat et innovation

Contextes et concept

de Sophie Boutillier (Éditeur de volume)
Collections 300 Pages
Série: Business and Innovation, Volume 16

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Introduction générale
  • Partie 1. Formes d’entrepreneuriat : l’actualité plurielle d’un concept
  • L’« équation entrepreneuriale » dans l’économie contemporaine (Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis)
  • Propos de l’organisation basée sur les connaissances (Yvon Pesqueux)
  • Réunir, coordonner et soutenir les acteurs de l’innovation Réflexions autour du modèle de la « triple hélice » (Guillem Achermann)
  • Entreprise familiale, innovation et développement durable : une évidence ? Le cas d’une entreprise familiale multigénérationnelle (Didier Chabaud et Mariem Hannachi)
  • Fab labs, télétravail, un mouvement de convergence vers un emploi durable (Serge Le Roux)
  • L’entrepreneuriat de nécessité : oxymore ou pléonasme ? Une revue de la littérature (Christel Tessier-Dargent)
  • Partie 2. Contextes d’émergece de la dynamique entrepreneuriale
  • Trajectoire, entrepreneurs et capital savoir territorial (Blandine Laperche et Hélène Perrin Boulonne)
  • « Petit poisson deviendra grand » ? Du small fish au keystone (Frédérique Blondel et Serge Édouard)
  • La symbiose industrielle : un milieu innovateur « durable » ? (Fedoua Kasmi)
  • Entrepreneur et développement (Vanessa Casadella)
  • Les formes d’entrepreneuriat dans le milieu artisanal en Afrique subsaharienne. L’exemple de la ville de Maroua dans la région de l’extrême-nord du Cameroun (François Wassouni)
  • Innovation : opportunités et contraintes pour les entrepreneurs d’un changement de paradigme pour répondre aux défis contemporains (Pascal Petit)
  • Notices biographiques
  • Titres de la collection

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Introduction générale

Dans un contexte économique et social difficile, marqué par de nombreux défis (création d’emplois et d’activités innovantes, préservation de l’environnement naturel et du cadre de vie, lutte contre les inégalités sociales, etc.), de nouvelles pratiques économiques et sociales apparaissent, comme autant d’éléments de réponse. Dans un contexte institutionnel donné, soucieux de soutenir l’innovation et la créativité, en bref l’entrepreneuriat, ces changements sont largement le fait de l’entrepreneur, qui par ses décisions transforme l’environnement économique et social dans lequel il est inséré et inversement, donnant ainsi naissance à une dynamique entrepreneuriale, largement orchestrée par les grandes entreprises et l’État. Cependant, si les économistes ont mis très tôt l’accent sur le rôle exclusif de l’entrepreneur, comme vecteur d’innovation, la réalité économique et sociale est beaucoup plus complexe à l’heure actuelle, comme par le passé. À côté des start-ups innovantes, des entrepreneurs révolutionnaires, relevant de la logique dite de la « triple hélice » (reliant entreprises, universités et centres de recherche et État), nombre d’individus créent une entreprise, non pour innover dans les technologies de pointe, mais plus simplement pour créer leur emploi, leur activité avec peu de visibilité quant à leur devenir. L’importance reconnue de ce phénomène a conduit les chercheurs à leur donner un nom spécifique, les entrepreneurs par nécessité, pour les distinguer des entrepreneurs par opportunité. Cette dichotomie, en dépit de sa simplicité, a au moins le mérite d’exister, permettant ainsi de ne pas occulter la réalité économique. De tous temps, des individus ont recherché dans la création d’entreprise (de la création d’un petit commerce à un atelier artisanal et passant par une petite entreprise, voire des start-ups) une solution pour échapper à la précarité, faute de ne pouvoir s’insérer sur le marché du travail. Ou encore parce que refusant le lien de subordination que suppose le rapport salarial. Dans certains cas, la nécessité et l’opportunité se rejoignent, débouchant sur la création d’entreprises qui deviennent des leaders mondiaux dans le secteur d’activité, comme le démontre encore au centuple l’actualité économique, alors que Schumpeter (1979) annonçait au milieu du 20e siècle la fin programmée de l’entrepreneur. Le phénomène des fab.labs (ou laboratoire de fabrication en français), qui a commencé à émerger au début du 21e siècle, est tout à fait emblématique de cette invention qui est née dans un laboratoire universitaire, le Massachusetts Institute of Technology, et qui est à l’origine d’une nouvelle forme d’entrepreneuriat, décentralisée et conviviale, comme le permettent les avancées des technologies de l’information et de la ← 9 | 10 → communication (TIC) (Lallement, 2015), comme l’annonçaient à la fin des années 1970 B. Gates et S. Jobs, avec l’invention du micro-ordinateur qui se présentait comme un moyen de rompre par la domination de l’informatique d’alors centralisée et dirigiste, dominée par quelques grandes entreprises et étroitement liée au complexe militaro-industriel dénoncé en son temps par J. K. Galbraith (1968).

Si l’entrepreneuriat est un phénomène hétérogène, d’un autre côté, l’économie n’évolue pas de façon linéaire, d’une organisation reposant sur des techniques et savoirs rudimentaires, vers un ordre complexe reposant sur des techniques de pointe intensives en savoirs de haut niveau. Outre l’existence de cycles des affaires, l’économie se réinvente en permanence à partir de formes du passé. Ainsi, les entreprises familiales, que l’on pourrait considérer comme appartenant au passé, et incapables de s’adapter à la modernité managériale, nombre d’entre elles sont pourtant centenaires et relèvent ainsi de la modernité, en raison de leur pérennité par leur capacité à innover. L’entrepreneuriat est un phénomène complexe qui reflète précisément la complexité de la société capitaliste dans lequel il est inséré. Car, même si l’on chante sur tous les tons le retour de l’entrepreneur, l’entreprise managériale n’a pas disparu, bien au contraire. Elle est non seulement toujours présente, mais c’est elle qui fixe les règles du jeu entrepreneurial.

En raison de son importance, sans cesse réinventée, l’entrepreneuriat suscite forcément l’intérêt de l’État, par le biais des politiques publiques qu’il peut être amené à mettre en œuvre pour le soutenir et l’encourager. L’entrepreneuriat est ainsi appréhendé par les représentants de l’État et des collectivités territoriales comme un élément majeur en matière de développement des territoires, via la définition de mesures de politiques publiques, lesquelles reposent pour une large part sur les ressources naturelles (matières premières, énergie, notamment), économiques, en main-d’œuvre, en savoir, etc. des territoires en question. Dans une économie basée sur la connaissance, la production du savoir (quelle que soit sa nature et plus fondamentalement de haut niveau) s’insère dans une logique territoriale donnée. La production du savoir est territorialisée, y compris dans le contexte actuel marqué par le développement des technologies de l’information et de la communication. La production de connaissances ne se développe pas de façon homogène sur un espace géographique donné. Certaines régions se distinguent en effet par leur dynamisme entrepreneurial, grâce à une liaison étroite entre la production scientifique et l’entreprise, alors que d’autres végètent sous le poids d’un taux de chômage et de pauvreté élevé. En bref, la dynamique entrepreneuriale ne se développe pas partout de la même façon, des conditions spécifiques doivent être réunies, qu’une étude historique permet de mettre en lumière. Par ailleurs, l’entrepreneuriat n’est pas le fait exclusif des pays industrialisés, dans les pays en développement, en particulier les plus pauvres d’entre eux, l’entrepreneuriat prend aussi des ← 10 | 11 → formes très variées, des entreprises multinationales qui imposent leurs règles, aux entreprises publiques (génialement en voie de privatisation pour nombre d’entre elles) ou milliers (voire aux millions) d’entreprises qui sont créées dans le secteur informel et qui apportent ainsi à nombre d’individus et de familles des moyens d’existence. Des initiatives voient également le jour dans le domaine de l’artisanat, contribuant à redonner vie à des territoires en déclin. Mais, l’étude de l’entrepreneuriat, sous toutes ses formes, ne peut faire l’économie de celle du système économique tout entier qui lui donne sa dynamique et son identité, le capitalisme. Ce système économique reposant sur l’initiative individuelle et la concurrence, plus ou moins modelé par l’État. L’entrepreneuriat est un fait social total au sens de Mauss (1923-1924), en d’autres termes un fait qui met en branle la totalité de la société et des institutions par son existence (Boutillier, Tiran, 2016).

L’objectif de cet ouvrage est dans un premier temps de mettre en lumière la diversité des formes entrepreneuriales dans l’économie contemporaine, en incluant l’entrepreneuriat en dernier recours, selon la formule de Mark Casson (1991), mais également la création d’entreprises dans des technologies de pointe, qui contribuent ainsi à créer de nouvelles trajectoires d’innovation. Cette dynamique entrepreneuriale est territorialisée. C’est que nous montrerons dans un second temps. Si l’entrepreneur est un acteur indispensable du développement des savoirs et des territoires, l’entrepreneur n’est pas un deus ex machina. Il est territorialement, économiquement et socialement, inséré. Ce que les mesures de politique publique en la matière doivent prendre en considération.

Seize chercheurs ont participé à la rédaction de cet ouvrage, qui se divise en deux parties. La première partie dresse un aperçu les différentes formes d’entrepreneuriat, en définissant les différentes composantes de l’équation entrepreneuriale, de l’entrepreneuriat managérial (mais est-ce un oxymore ?) à l’entrepreneuriat des start-ups des technologies de pointe (qui naissent dans un laboratoire de recherche sous l’action de la triple hélice), en passant par l’entrepreneuriat familial, et l’entrepreneuriat par nécessité. La seconde partie replace l’entrepreneur dans son contexte, le territoire, géographiquement situé, mais sous des formes très variées des écosystèmes entrepreneuriaux des pays industrialisés, des milieux innovateurs durables, en passant par les pays en développement où l’entrepreneur a été – ici aussi – mobilisé pour lutter contre la pauvreté et le chômage, dans un monde aux contours inédits de plus en plus ouverts et soumis à des changements, souvent brutaux qui affectent à des degrés divers tous les acteurs économiques.

Dans la première partie, Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis définissent l’équation entrepreneuriale. En effet, si l’action entrepreneuriale est toujours le produit d’une combinaison entre risque, incertitude et innovation, au cours du temps l’État a joué, et joue toujours, un rôle important contribuant ainsi à ← 11 | 12 → dresser le cadre institutionnel approprié. Les auteurs replacent l’entrepreneur dans une perspective historique, par le prisme à la fois des économistes qui au cours du temps se sont focalisés sur l’entrepreneur, mais également par celui des transformations sociales et économiques qui en découlent. Nombre de mesures de politique publique ont été prises depuis ces trente dernières années pour stimuler l’entrepreneuriat, pour faire face à nombre de maux économiques et sociaux : croissance économique, innovation, chômage, pauvreté, etc. Mais, la société entrepreneuriale que nombre de responsables politiques appellent de leurs vœux n’est pas cette société créative et juste, où chacun pourra avoir le droit de s’enrichir…

Dans l’équation entrepreneuriale, le rôle de la grande entreprise ne peut être négligé, comme l’explique Yvon Pesqueux. Dans une une économie où la connaissance fait office de facteur de production, l’organisation de l’entreprise est entièrement structurée en conséquence. Cette organisation basée sur les connaissances est partie d’une perspective informationnelle de la connaissance qui suppose de définir les différentes natures de la connaissance et d’évaluer ses conséquences sur ses formes de capitalisation pour aller vers un management de la connaissance qui suppose de comprendre les caractéristiques des dynamiques de l’apprentissage organisationnel, au regard de l’importance du capital humain et du capital social.

Dans ce contexte particulier, Guillem Achermann étudie les différentes palmes de la triple hélice. Le modèle de la « triple hélice » propose en effet de réunir différents acteurs pouvant influencer significativement l’émergence de dynamiques d’innovation et répartis dans trois hélices : l’Université, l’Entreprise et l’Administration publique. Les interactions entre ces trois hélices favorisent la création de réseaux trilatéraux. Ces réseaux contribuent à stabiliser la triple hélice, lorsque des crises systémiques désorganisent l’économie. Mais les réseaux sont aussi des systèmes de relations qui évoluent selon leur environnement. Dans ce contexte, le territoire, en tant que point d’ancrage des réseaux, acquiert un rôle important dans l’émergence de dynamiques d’innovation. Les décideurs publics, à la recherche constante de nouvelles sources de croissance, peuvent s’approprier le modèle de la « triple hélice » pour favoriser l’émergence d’un milieu innovateur. En montrant que l’intégration d’une « triple hélice » au territoire n’est pas suffisante pour constituer un milieu innovateur, ce texte souligne l’importance des dynamiques de proximité et de gouvernance locale pour innover.

Didier Chabaud et Mariem Hannachi se concentrent sur les entreprises familiales avec le double prisme de leur durabilité dans le temps (leur capacité à s’adapter et à innover), mais aussi leur capacité à être a être à la pointe des nouveaux défis du 21e siècle, le développement durable. Si le modèle du développement durable repose sur la triple exigence des performances économiques, de l’éthique sociale et du respect de l’environnement, l’objectif ← 12 | 13 → étant de transmettre aux générations futures, ce que les générations passées ont transmis, alors l’entreprise familiale répond forcément à ces exigences, comme l’attestent des travaux de recherche de plus en plus nombreux menés sur ce sujet depuis de nombreuses années. L’entreprise familiale ne peut donc être considérée comme une survivance d’un passé industriel révolu, mais comme une nouvelle combinaison de facteurs de production, de connaissance et de rapports sociaux. Ce chapitre repose sur la présentation d’une étude de cas, celle d’une entreprise familiale créée en 1826.

Serge Le Roux se concentre sur une forme nouvelle d’entrepreneuriat, celle des fab.labs, qui depuis une petite vingtaine d’années, augurent de changements profonds en matière d’organisation du travail et de la production, qui rompent avec l’entreprise centralisée et hiérarchisée née de la première révolution industrielle et qui s’est imposée en tant que norme sociale, avec le salariat de masse, depuis le début du 20e siècle. Combinant entrepreneuriat et salariat, les fab.labs pourraient ainsi être le support d’un emploi durable, d’un nouveau système productif rapprochant producteur et consommateur, les deux pouvant être dans nombre de cas, réunis dans la même personne. Une forme nouvelle d’entrepreneuriat pourrait ainsi se développer, nourri par une nouvelle force de créativité.

Christel Tessier-Dargent focalise son propos sur l’entrepreneuriat par nécessité ou entrepreneuriat par contrainte. Ce sujet a été alimenté depuis plusieurs années par de nombreux travaux de recherche, mettant en évidence l’existence non d’un entrepreneuriat par nécessité, mais d’une grande variété de profils en fonction des contraintes auxquels ces derniers sont confrontés. L’auteur analyse les multiples facettes d’un sujet d’actualité encore peu exploré : les entrepreneurs par nécessité, définis communément comme « les individus poussés à la création d’entreprise car ils ne perçoivent pas de meilleures alternatives d’emploi », en opposition aux entrepreneurs qui créent par opportunité. L’auteur présente les caractéristiques qui confèrent à l’entrepreneuriat de nécessité, une place à part dans l’étude du phénomène entrepreneurial. Une revue de la littérature internationale permet de comprendre que l’entrepreneuriat de nécessité n’est pas un phénomène homogène, mais recouvre des réalités et des profils très variés, qui appellent des politiques publiques spécifiques et de nouveaux axes de recherche.

Dans la seconde partie, Blandine Laperche et Hélène Perrin Boulonne replacent l’action entrepreneuriale dans le territoire géographique donné dans lequel il est inséré. En effet, Les travaux récents sur le thème du territoire mettent l’accent sur la dynamique d’évolution du territoire. En particulier, la géographie économique évolutionniste applique les concepts développés par la théorie évolutionniste de la firme au territoire, pour comprendre son évolution mais aussi ses blocages. C’est dans ce cadre de pensée que se situe ce chapitre, qui a pour objectif de mettre en avant la contribution de l’entrepreneur à la ← 13 | 14 → dynamique d’évolution du territoire. À partir d’une revue de la littérature, les auteurs développent l’idée selon laquelle l’entrepreneur contribue à la création et à l’enrichissement d’un capital savoir territorial. Ce concept, d’abord développé pour étudier la stratégie d’innovation de l’entreprise, est ici transposé à l’analyse du territoire. Le capital savoir territorial désigne ainsi la base de connaissances produite, détenue et mobilisée par l’ensemble des entreprises et institutions locales dans un processus de production de valeur, selon un projet territorial défini. L’entrepreneur y contribue par la transmission, la production et la recombinaison des connaissances. Pour autant, l’action positive de l’entrepreneur sur le territoire est également conditionnée par les caractéristiques du milieu dans lequel il s’insère. Les limites de la contribution de l’entrepreneur à la dynamique territoriale, selon son profil et selon les caractéristiques du milieu sont également analysées.

Frédérique Blondel et Serge Édouard étudient la stratégie de l’écosystème de type plateforme original : celui du point de vue d’une petite entreprise innovante dans un écosystème donné et dominé par un leader en place. La question de recherche est donc celle de l’évolution de ce « petit poisson », de sa croissance. L’étude de cas de Scilab E dans le calcul numérique, face à Mathwoth et son logiciel Mathlab, montre que vouloir grossir, pour cette spin-off de l’INRIA (Institut National de la Recherche en informatique et en Automatique), n’a pu se faire qu’à côté de l’écosystème de Mathworh en faisant émerger à son tour son propre écosystème d’affaires, sa propre plateforme et son propre modèle d’affaires ouvert différentiés de celui de Mathworks : en passant ainsi de « small fish » à « keystone ».

Fedoua Kasmi cherche à rapprocher les notions de symbiose industrielle et de milieu innovateur. La symbiose industrielle correspond à l’ensemble des flux qui relient les entreprises dans le contexte de la mise en œuvre, sur un territoire donné, de l’écologie industrielle. Ces relations symbiotiques peuvent être rapprochées du concept du milieu innovateur, qui montre comment l’innovation peut émerger des relations de proximité entre acteurs eux aussi localisés sur un territoire donné. Pour justifier ce rapprochement, l’auteur compare – à partir de la littérature – les caractéristiques, mécanismes et impacts du milieu innovateur (logiques d’interactions et d’apprentissage, articulation des formes de proximité, effets d’agglomération, dynamiques d’innovation) avec ceux du concept de symbiose industrielle. De plus, la symbiose industrielle, par le biais des innovations environnementales (ou éco-innovations) qu’elle génère, apporte une dimension supplémentaire, « durable », au milieu innovateur. Elle étudie également les limites et enjeux liés à la genèse et la diffusion des dynamiques d’innovation dans la symbiose industrielle et qui sont de natures différentes : financières, humaines, réglementaires et institutionnelles, informationnelles et socio-économiques. ← 14 | 15 →

Vanessa Casadella étudie l’entrepreneuriat dans les pays en développement. Le développement, associé à l’entrepreneur est souvent relatif à la réduction de la pauvreté par la création d’emplois et de valeur ajoutée. S’il est admis dans la littérature que l’entrepreneur est vecteur de création de richesses et de croissance économique, les conséquences sur le développement sont moins explicites selon l’acception donnée. Il faut ici entendre développement un relèvement durable du niveau de vie : réduction de la pauvreté, amélioration du bien-être, satisfaction des besoins fondamentaux. Les entrepreneurs jouent un rôle clé dans l’augmentation du niveau de vie en mettant en œuvre des processus d’innovation qui permettent de mobiliser de nouvelles connaissances, technologies, informations, intrants dans la production et grande variété de biens et services à différentes échelles et par la diminution des couts. Les consommateurs bénéficient alors potentiellement d’une meilleure qualité de vie et de prix compétitifs. L’entrepreneuriat est au centre du développement économique et social. Il est porté par une multiplicité d’acteurs hétérogènes. On y trouve ainsi principalement des dynamiques portées par le secteur productif incluant tout un secteur informel de très petites entreprises (TPE) proches de l’économie domestique et d’entreprises internationales, mais aussi des dynamiques structurées par la société civile au sein d’organisations professionnelles, des collectivités territoriales et d’organisations non gouvernementales (ONG). L’entrepreneuriat existe sous de multiples formes, mais les entrepreneurs manquent fréquemment de moyens (surtout financiers) pour innover, favorisant l’augmentation des inégalités sociales qu’il pourra cependant fortement contribuer à réduire.

François Wassouni étudie les formes d’entreprenariat dans un milieu particulier, le milieu artisanal de Maroua dans l’Extrême-Nord du Cameroun. À travers une incursion dans l’histoire de cette activité, il ressort que l’entreprenariat dans ce secteur n’est pas un phénomène récent, mais qui plonge ses racines depuis le 19e siècle. L’entreprenariat des Kanouri et de Haoussa au cours de ce siècle, a permis de poser les jalons de cet artisanat avant que l’activisme des autorités coloniales françaises ne vienne changer complètement son visage entre les années 1930-1940. Les actions françaises constituèrent un entreprenariat qui engagea l’artisanat de Maroua dans une mouvance de modernisations tous azimuts, laquelle modernisation se poursuivit avec les actions des ONG, de l’État, des organisations internationales et des regroupements d’artisans. Malgré le fait qu’il ne soit pas encadré et accompagné véritablement, cet entreprenariat a résolument contribué à changer tant la perception de l’artisan que l’amélioration des conditions de vie de leur activité et la promotion de l’image de la ville de Maroua à travers le monde.

Résumé

L’entrepreneuriat est au cœur de la transformation de la société industrielle et recouvre des réalités très variées : de l’individu qui crée une entreprise pour échapper au chômage, de l’innovateur dont le nom devient synonyme du produit qu’il a inventé et commercialisé, à la grande entreprise qui accouche l’intrapreneuriat. Si l’entrepreneuriat est le produit d’initiatives individuelles, celles-ci sont contextualisées, et s’insèrent dans des pratiques sociales dans lesquelles une grande variété d’acteurs interviennent : autorités publiques, grandes entreprises, centres de recherche, université, structures d’accompagnement à la création d’entreprise, mais aussi des dynamiques familiales qui restent importantes de nos jours. Mais, l’entrepreneur et l’entreprise sont aussi géographiquement situés. La localisation géographique influe sur l’identité de l’entreprise et inversement l’entrepreneur contribue au développement de l’économie locale. L’objectif de cet ouvrage est de montrer que l’entrepreneuriat est un fait social total et que son étude s’inscrit dans une démarche pluridisciplinaire : économie, gestion, sociologie, histoire et géographie.

Notes biographiques

Sophie Boutillier (Éditeur de volume)

Sophie Boutillier est maître de conférences habilitée à diriger des recherches en économie à l’Université Lille Nord de France, docteur en sociologie, et chercheur au Clersé (UMR-CNRS 8019). Elle est directrice du master Management de l’innovation et vice-présidente du Réseau de recherche sur l’innovation et de la Société internationale Jean-Baptiste Say. Ses travaux de recherche portent principalement sur la théorie économique de l’entrepreneur et de l’innovation.

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