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Tourisme et Territoires

Espaces d'innovations

de Vincent Herbert (Éditeur de volume)
Comptes-rendus de conférences 516 Pages
Série: Business and Innovation, Volume 27

Résumé

La question de l’innovation dans le tourisme ne s’est pas posée pendant longtemps. Dans un monde contemporain touristique et dans une société à la recherche de nouvelles sources d’inspiration, l’innovation est devenue progressivement un élément central de la réflexion des professionnels et des spécialistes du tourisme. La notion d’innovation apparaît elle-même comme complexe, de par la variété des champs qu’elle couvre.
L’approche pluridisciplinaire de cet ouvrage apporte un regard croisé sur l'innovation dans le domaine du tourisme et ses relations au territoire. Par une ouverture internationale, les exemples couvrent des espaces variés et illustrent les moyens et processus mis en œuvre pour répondre aux nouvelles demandes des visiteurs, dans différents milieux, qu’ils soient urbains, ruraux ou littoraux. Les approches académiques, universitaires et scientifiques présentent des cas d’étude et des démarches conceptuelles et opérationnelles complémentaires.
Ce recueil collectif permet aussi de renouveler les travaux réalisés depuis une vingtaine d’années dans le domaine de l’innovation touristique et d’ouvrir la réflexion vers le champ des problématiques territoriales. Il rappelle ainsi que l’innovation ne se limite pas à la technologie et au numérique mais qu’elle nécessite l’intégration et l’implication de la dimension humaine.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • TABLE DES MATIÈRES
  • Introduction générale. Tourisme, innovation et territoires : prolégomènes à une réflexion collective (Vincent HERBERT avec la collaboration de Philippe DUHAMEL)
  • Partie 1 Cadrage Sociologique
  • Chapitre 1 Rapide généalogie du concept d’innovation appliqué à l’objet touristique (Christophe GIBOUT)
  • Chapitre 2 La possibilité d’un déplacement noétique comme innovateur dans l’expérience du touriste (Kristina t’FELT)
  • Partie 2 Tourisme Et Pratiques Numériques
  • Chapitre 3 ICI AVANT. Voyage dans le temps (Christine AUBRY et Arnaud WAELS)
  • Chapitre 4 Les enjeux juridiques de la réalité augmentée au service du m-tourisme (Sarah MARKIEWICZ)
  • Chapitre 5 Les dispositifs numériques des collectivités territoriales autour du patrimoine : quelle innovation en communication touristique ? (Manuelle AQUILINA, Claire MAHÉO et Julie PASQUIER-JEANNE)
  • Chapitre 6 Marque territoriale et innovation : la différenciation de la destination « Blois Chambord » par le numérique (Florence ABRIOUX, Philippe TANCHOUX et Koffi SELOM AGBOKANZO)
  • Chapitre 7 L’influence de la technologie numérique sur l’équilibre touristique des territoires : le cas d’Airbnb en Grèce (Anestis GOURGIOTIS)
  • Partie 3 Tourisme Et Réseaux Collaboratifs
  • Chapitre 8 Valorisation des territoires touristiques et perspectives d’innovation technologique et sociale : une réflexion à partir des projets de réseautage productif localisé au Maroc (Khadija ASKOUR)
  • Chapitre 9 Le rôle du cluster dans le développement d’une destination touristique : le cas du Maroc (Bouchra RAJOUANI, Mohammed FLAMRANI et Aziz HMIOUI)
  • Chapitre 10 L’action extérieure du musée national camerounais : autopsie d’une innovation dans la promotion du tourisme international au Cameroun (Paul DERRICK DANG)
  • Chapitre 11 L’appréhension par le droit social du modèle innovant des plateformes collaboratives dans le secteur touristique (Catherine MINET-LETALLE)
  • Chapitre 12 Concurrence et partage des données du tourisme280 (Marie BLANCHARD)
  • Partie 4 Mise En Valeur Des Territoires Et Développement Soutenable
  • Chapitre 13 Les grands investissements touristiques en Grèce et les instruments juridiques de planification dans le contexte de la crise économique (Marios HAIDARLIS)
  • Chapitre 14 Processus innovants et dynamique territoriale sur le littoral méditerranéen : Quel impact sur le développement durable au niveau du territoire touristique Cap Nord au Maroc ? (Abrahal EL BAKKAL)
  • Chapitre 15 Valoriser l’immigration pour innover dans le tourisme et les loisirs : le cas des Zinneguides bruxellois (John VAN DEN PLAS)
  • Chapitre 16 L’enjeu territorial dans la promotion du développement local : la région de Kef, entre défis et dangers (Asma GHARBI et Souhir BOUZID)
  • Chapitre 17 La certification environnementale dans la stratégie marketing : cas de la société d’aménagement et de promotion de la station touristique de Taghazout, Maroc (Khalid BENAMARA et Mohamed AIT NACER)
  • Partie 5 Nouvelles Pratiques, Nouveaux Espaces De Loisirs
  • Chapitre 18 Du wifi sous la yourte. L’avènement d’un écotourisme connecté au Kirghizstan (Tom FOURNAUX)
  • Chapitre 19 Les food courts de métropoles françaises : des espaces à potentiel touristique ? (Jonathan HAQUET)
  • Chapitre 20 Les pratiques ludo-sportives, des ressources territoriales innovantes pour le tourisme : le parkour à Roubaix (Robin LESNÉ)
  • Chapitre 21 Le bassin de baignade de Saint André, un équipement touristique au service d’un territoire. (Vincent SALBERT)
  • Chapitre 22 Les nouveaux territoires du tourisme en mer (Catherine ROCHE)
  • Conclusion Générale : Tourisme Et Innovation Des Territoires. Rapport De Synthèse (Stéphanie CRABECK)
  • Références bibliographiques
  • Postface Illustrations des 1ères biennales Tourisme et pays (Vincent HERBERT)
  • Liste des figures
  • Liste des tableaux
  • Liste des principaux sigles et acronymes
  • Liste des auteurs
  • Titres de la collection

Introduction générale Tourisme, innovation et territoires : prolégomènes à une réflexion collective

Vincent HERBERT avec la collaboration de Philippe DUHAMEL

Le tourisme est une innovation sociale et spatiale produit par la société européenne au XVIIIe siècle. Sociale car elle invente un nouvel acteur du monde, le touriste, cet individu qui parcourt le monde avec un regard, une posture, des attentes et des projets nouveaux, qui séjourne et passe dans les lieux qu’il fréquente et conduit à transformer profondément. Innovation spatiale car, dans le cadre de son développement et de son industrialisation des années 1850, de nouveaux métiers apparaissent au rang desquels le tour opérating de Thomas Cook ou les guides touristiques de Murray, Joanne et Baedeker, mais aussi les guides de montagne et leur compagnie, les guides-baigneurs…. A leur manière aussi, les stations touristiques sont des innovations spatiales lorsqu’il s’agit de concevoir et de réaliser des lieux nouveaux, hors de tout établissement pré-existant, ex-nihilo : Cabourg dans les années 1850 ou Courchevel dans les années 1950 montrent cette force et cette puissance du phénomène touristique à intégrer les marges et les périphéries, à étendre l’écoumène d’une manière puissante et sans égal sans doute.

La question de l’innovation dans le tourisme ne s’est pas posée pendant longtemps. Mais, aujourd’hui, dans une société-monde qui devient touristique et dans une société à la recherche d’un nouveau moteur de développement, de nouvelles sources d’inspiration, l’innovation est devenue progressivement un élément central de la réflexion sur le tourisme menée par les professionnels et les scientifiques. Et ce sont ces derniers qui ont « innové » d’une certaine, à l’image du premier numéro de la revue Espaces (paru en juin 1992) qui déjà, hébergeait un article de S. Hibbs intitulé Le tourisme des jeunes en Andalousie : un facteur de progrès et d’innovation. Elle apparaît même comme une constante nécessaire ←15 | 16→à l’activité du tourisme, « tant pour conquérir de nouvelles clientèles que pour les fidéliser » (Hazebroucq, 2007).

La notion d’innovation apparaît elle-même comme complexe : son caractère « protéiforme » (DGE, 2016) ou « polymorphe » (Ducroquet & Viallon, 2017) est probablement dû à la variété des champs qu’elle couvre : environnement, social, culturel, technologique, managérial, etc. Elle contribue à l’apparition de nouveaux concepts donnant naissance à des formes inédites de pratiques et de loisirs (couchsurfing, woofing, foodsurfing, …) issus de nouveaux processus méthodologiques (outils dématérialisés, développement de startups, notions d’incubateurs, d’accélérateurs ou de Hub d’innovation) et dont les fonctions n’apparaissent pas de façon intuitive ou immédiate (néologismes, parfois d’origine anglo-saxonne).

Cette complexité s’inscrit dans un contexte actuel d’une triple (r)évolution, qui s’intègrerait, selon plusieurs auteurs, dans le cadre d’une « troisième révolution touristique » (The Economist, 2008, Clergeau, Duhamel, Gay, Violier, 2016). Cette (r)évolution est éminemment et toujours sociétale, en lien avec une demande de loisirs qui a considérablement évolué et s’est diversifiée depuis le début du XXe siècle (Caisse des Dépôts et Consignations / Futuribles International, 2007). Elle s’accompagne désormais d’un bouleversement technologique, avec l’apparition et le développement exponentiel des outils numériques. Cette évolution technologique conduit à l’utilisation de nouveaux outils accompagnés de néologismes parfois peu lisibles ou identifiés par le grand public (flashcode, e-réputation, Big Data, ubérisation, etc.). Dans le cheminement de cette évolution numérique, émerge alors une nouvelle ère communicationnelle et caractéristique des espaces et lieux dédiés aux loisirs en tous genres. Cette imbrication du numérique et du communicationnel vient-elle pour autant modifier l’univers des pratiques touristiques ? Rien n’est moins sûr.

Pourtant, cette configuration récente et dynamique conduit à présenter la réponse de l’offre de services touristiques comme une adaptation à une « mise en tension » constante issue de la demande et des attentes, à l’image des termes utilisés par certains auteurs : J.-P. Lozato-Giotart et al. (2012) font ainsi référence à la « confrontation offre touristique – demande ←16 | 17→touristique ». Cette pression, ou cette « confrontation avec le marché », serait « une étape fondamentale de la réussite d’une innovation touristique » selon S. Chesnel & A. Ducroquet (2017). L’innovation devient alors une démarche incontournable pour une adaptation des prestataires professionnels de la filière touristique et des loisirs aux exigences de la demande de la clientèle, et plus globalement, des usagers.

C’est probablement pour cette raison que l’innovation est aujourd’hui souvent associée – parfois de façon exclusive – aux nouvelles technologies numériques.

Si « Le monde touristique est encore à construire » (Duhamel, 2018), la période contemporaine est celle qui considère qu’il faut sans cesse innover. On pourrait même parler d’une injonction à innover. Et « innover c’est produire quelque chose de nouveau sur une zone géographique donnée, permettant de créer un avantage concurrentiel durable et générateur de profits » (Réseau J’innove en Nord-Pas-de-Calais remplacé par l’Agence Régionale de Développement et d’Innovation Hauts-de-France le 1er janvier 2018).

L’innovation implique le ou les territoires, en tant que destinations (touristiques). C’est le sens donné par C. Taillardat (2017) : « L’innovation doit intégrer dans ses choix les composantes sociales et environnementales du développement durable ». Pour J. Vincent (2017, citant Huijbens et al., 2009) , « ce qui apporte le plus d’innovations dans le tourisme, c’est souvent l’action collaborative entre employés, consommateurs, organisations… ». Les territoires impliquent donc l’humain, et plus globalement les humains et leurs interactions, au sein d’un « géosystème touristique », au sens de G. Bertrand (1991) et d’autres approches conceptuelles liés à l’altérité, le(s) sens, le (bien)-être. Ils concernent aussi des entrées plus opérationnelles liées, par exemple, au cadre juridique et institutionnel, aux inégalités territoriales (réseau d’information et de transport) ou aux difficultés d’adaptation des acteurs du tourisme à ces nombreuses et rapides évolutions. La Caisse des Dépôts et Consignations a produit en 2017 un document au titre évocateur « Comment intégrer le numérique dans les stratégies touristiques ? » qui traite, par exemple, de la notion d’accompagnement pour les intercommunalités. Enfin, la constitution de clusters et l’élaboration des contrats de destinations peuvent aussi être considérés comme une forme d’innovation contemporaine permettant de mutualiser les moyens humains afin de permettre aux territoires de maintenir leur attractivité touristique.←17 | 18→

C’est dans cet esprit que cet ouvrage collectif pluridisciplinaire s’est construit. Il constitue l’aboutissement d’un an de travail collectif qui a débuté par l’organisation d’un colloque international intitulé Tourisme, innovation des territoires, organisé à l’Université du Littoral Côte d’Opale (ULCO) du 25 au 27 septembre 20191. Cet ouvrage comprend, sous forme de chapitres, les principales interventions du colloque, mais est enrichi par d’autres contributions. Il répond à plusieurs objectifs. Dans un premier temps, il apporte une réflexion scientifique et pratique aux préoccupations de la région des Hauts-de-France, et s’inscrit, plus généralement, dans la dynamique initiée par la Direction Générale des Entreprises (DGE) et son réseau d’incubateurs et d’accélérateurs du tourisme France Tourisme Lab2. Dans ce cadre, il peut s’avérer utile aux techniciens, professionnels et monde associatif œuvrant dans le domaine du tourisme réceptif. Certaines contributions peuvent être comprises dans un cadre de recherche-action par leur aspect pratique et opérationnel et faire l’objet d’une transférabilité sur d’autres territoires. Le second objectif est d’apporter une approche pluridisciplinaire impliquant les disciplines en sciences humaines et sociales suivantes : aménagement, architecture, droit privé et public, économie, géographie. Elle permet d’offrir un regard croisé sur l’innovation dans le domaine du tourisme et ses relations au territoire et cible la la problématique générale sur leurs interactions.

Les exemples couvrent des territoires variés (belges, camerounais, français, grecs, kirghizes marocains et tunisiens) et s’adressent principalement à un public francophone. Ils offrent un regard international sur les moyens et les outils mis en œuvre pour répondre aux nouvelles demandes des visiteurs, dans des milieux variés (littoraux, urbains, désertiques, …). En portant un regard académique, universitaire et scientifique sur des cas d’étude opérationnels et originaux, ce projet offre une ouverture croisant démarche conceptuelle et opérationnelle. Enfin, il permet aussi de prolonger et renouveler les travaux réalisés depuis une vingtaine d’années ←18 | 19→dans le domaine de l’innovation touristique et de nourrir la réflexion vers le champ des problématiques territoriales. Il rappelle, ainsi, que l’innovation ne se limite pas à la technologie et au numérique, mais implique et intègre nécessairement l’Humain et l’échelle locale. La démarche se veut multiscalaire, puisque les échelles spatiales varient entre des cas d’études généraux (échelle d’un pays) à des exemples analysant des territoires locaux.

Dans le cadre du présent ouvrage, la réflexion et le questionnement se sont structurés sur la base de quatre axes thématiques.

Le premier point traite de l’innovation comme réponse à l’évolution des pratiques touristiques. L’évolution des comportements sociétaux à l’égard de pratiques touristiques interroge directement la notion de « clientèle ». Dans une relation de réciprocité, comment les professionnels en charge du développement touristique s’adaptent-ils aux nouvelles exigences des demandes ? Dans un contexte de l’évolution technologique exponentielle, comment intègrent-ils les nouvelles modalités numériques liées aux pratiques touristiques (interfaces numériques dans l’usage spatial à destination des usagers, place du numérique dans la déclinaison de marques territoriales, itinérance 3.0, etc.) et sur l’autre versant, comment les « clients » utilisent ces nouvelles médiations numériques ? Sont-elles accessibles et/ou adaptées à tout type d’usagers ? Quels sont les usages sociaux qui en sont faits ?

La seconde question porte sur les processus innovant aidant à la mise en valeur d’un territoire. Elle fait référence aux diverses interactions et rétroactions nécessaires à la réalisation et la réussite d’un projet territorial. Ces dernières relèvent des interrelations humaines, spatiales et numériques qui peuvent conduire à l’élaboration d’une image de marque, un logo symbolisant une ou des caractéristiques locales (paysagères, culturelles ou plus largement patrimoniales).

Cette mise en valeur inclut aussi les perspectives à plus ou moins long terme, en matière de rapport investissements/bénéfices, afin d’assurer la pérennité d’une offre globale dans la filière du tourisme et des loisirs. Elle peut prendre la forme d’une rénovation d’un bâtiment, d’un quartier, d’un sentier de découverte, d’un événementiel. Un autre aspect concerne le degré d’appropriation du projet par les résidents et le niveau d’investissement des acteurs privés et publics du territoire.

L’adaptation des professionnels à la demande touristique et à l’économie numérique constitue une autre source de réflexion. Dans le domaine ←19 | 20→juridique par exemple, le droit n’offre encore que des réponses imparfaites à la modification des modèles d’affaires que génère la digitalisation du tourisme. Distorsions de concurrence par rapport aux acteurs soumis à des régimes juridiques plus favorables (particuliers, plateformes d’intermédiation, boutiques sans présence « physique »…) ou difficultés suscitées par la nécessité de proposer une offre dématérialisée (référencement, droits des consommateurs, e-réputation, gestion des données personnelles…) ne sont que quelques-unes des questions posées par le numérique dans le secteur du tourisme.

Enfin, dans un cadre opérationnel, il convient de suivre l’impact et l’apport des incubateurs et des accélérateurs pour les territoires. Lancé en 2016 par la DGE le réseau national français d’incubateurs et d’accélérateurs touristiques, France Tourisme Lab, propose d’accompagner les territoires dans leurs mutations touristiques. Sont offerts aux professionnels et entrepreneurs (startups, entreprises, etc.) des outils d’accompagnement et de mise en réseau pour innover et mieux valoriser le tourisme. Ce réseau compte aujourd’hui sept structures d’accompagnement de startups et ambitionne, à court terme, de porter ce nombre à dix. Au-delà des réussites effectives, il permet d’observer les moyens et outils mis en œuvre permettant de consolider la portée de ces structures récentes au sein des territoires.

Le croisement de toutes ces réflexions nous a conduit à organiser cet ouvrage en cinq thématiques au service de la mise en valeur des territoires et de la dynamique de la demande sociétale.

La première partie, que l’on peut interpréter comme une contextualisation de la problématique, est alimentée par la réflexion historique et socioanthropologique de deux sociologues dont l’approche permet d’avoir un regard distancié sur le tourisme et l’innovation. Christophe Gibout offre une revue de littérature riche en définitions qui éclaire sur la généalogie du concept d’innovation avant de questionner le rapport de l’innovation touristique au territoire et au temps. Entre innovation de croissance et innovation de rupture, l’auteur rappelle qu’il est essentiellement question d’acteurs et de culture, bien que l’innovation relève aussi « d’objets sociotechniques chers à la sociologie ».

L’approche de Kristina t’Felt rompt avec l’idée dominante du champ académique qui ne distingue pas nécessairement le tourisme du voyageur. La réflexion conduit à une approche originale du rapport du touriste à ←20 | 21→l’espace et étudie diverses mobilités touristiques qui créent et façonnent l’expérience. La démonstration montre notamment l’influence négative de l’outil numérique sur la mémoire. Elle conduit à la notion de déplacement et d’expérience noétique, élément phénoménologique dont l’innovation touristique doit s’enrichir.

La deuxième partie porte sur les pratiques numériques dans la filière du tourisme. La présence de l’outil dans la société actuelle, sous diverses formes, et son impact sur les activités, les comportements et l’économie nous a motivé à lui consacrer la place subséquente aux présentations sociologiques. Les cinq contributions suivantes témoignent du rôle prépondérant aujourd’hui de l’outil numérique dans le monde de l’innovation.

Christine Aubry et Arnaud Waels ouvrent cette partie en nous invitant à un voyage dans le temps, grâce à une application mobile par immersion en 360° en réalité augmentée et adaptée à la déambulation en ville. L’outil numérique permet de visualiser simultanément des photographies d’archives in situ, « à la manière d’une fenêtre sur le passé ». L’application permet aussi d’établir ses propres parcours par un plan interactif qui adapte le temps disponible du visiteur. S’il le souhaite, ce dernier aura accès à une documentation complète composée de photographies anciennes, de cartes postales, de documents de presse de l’époque concernée, etc. Le projet Ici Avant. Guerre(s) en ville(s), est assurément un bel outil consacré à la mémoire collective.

Sarah Markiewicz aborde une nouvelle pratique issue des applications mobiles, et plus largement aux enjeux juridiques dans le secteur du m-tourisme et de la réalité augmentée. L’analyse différencie ce qui relève du droit de propriété et du droit d’auteur. Les nombreux supports offerts par les Smartphones conduisent à des pratiques qui ne distinguent pas le domaine public du domaine privé. La démonstration se fonde sur l’application Pokemon GO qui interpelle sur le rôle de l’État, mais aussi des collectivités locales comme les municipalités, dans le cadre de l’utilisation de l’espace public et des parcelles privées. Au-delà de la question territoriale, c’est aussi la question du droit d’auteur qui est interrogée : le propriétaire d’une parcelle est-il en droit de demander un droit d’exploitation lorsque son bâtiment ou son terrain est photographié ou parcouru par des joueurs du Pokemon GO ? Si ce type d’application peut conduire à une mise en valeur d’un territoire par le jeu des chasses au trésor, il interpelle sur le cadrage législatif de ces nouvelles pratiques.←21 | 22→

Les deux contributions suivantes rappellent l’importance du numérique dans la communication et le marketing territorial. Manuelle Aquilina, Claire Mahéo et Julie Pasquier-Jeanne proposent une étude interdisciplinaire qui croise des approches communicationnelle et sociologique, numérique et patrimoniale. L’analyse porte sur les dispositifs numériques développés dans quatre lieux et institutions culturelles du territoire breton. Leur travail permet de mettre en lumière les collaborations entre des agences intervenant au plan national et international des lieux patrimoniaux et des institutions culturelles relevant de collectivités territoriales sur le territoire breton. Le questionnement porte sur le processus d’instrumentalisation de l’innovation dans la médiation patrimoniale à des fins de communication et dans quelle mesure la démarche répond aux attentes et des besoins du public. Les auteurs soulignent le risque de « reproduction et donc (d’une) certaine standardisation de ces dispositifs ».

À partir de l’exemple des châteaux de Blois et de Chambord (Région Centre-Val de Loire, France), Florence Abrioux, Philippe Tanchoux et Koffi Selom Agbokanzo analysent le recours aux technologies innovantes des grands sites et monuments dans un cadre concurrentiel de promotion territoriale. Dans un premier temps, les auteurs montrent que si l’utilisation de l’outil numérique à des fins communicationnelles est déployée sur chaque site, elle illustre une « intrication d’intérêts territoriaux » conduisant à une image ambiguë. Dans ce contexte, chaque collectivité cherche à se différencier, conduisant à une communication hétérogène de la destination régionale Val de Loire. Les auteurs constatent que la destination Blois-Chambord finalement « noyée dans l’image des destinations régionales concurrentes » ne trouve pas de place légitime au sein des marques régionales de « destination » et de « produits » déjà existantes. Le recours au numérique symbole de modernité et l’évolution du choix marketing de la marque territoriale de la destination Blois Chambord illustrent pleinement les luttes d’influence des collectivités publiques et les limites de la loi NOTRe.

Par ailleurs, l’étude d’Anestis Gourgiotis met l’accent sur le rôle des entreprises telles qu’Airbnb dans l’évolution du développement touristique en Grèce. L’exemple de cette entreprise montre l’influence des sociétés de location de courte durée gérées par l’outil numérique sur l’évolution du paysage touristique en Grèce. Elles participent à la transformation de régions en destinations touristiques sans qu’elles bénéficient initialement d’une dynamique dans ce domaine. Par ailleurs, l’étude met en exergue ←22 | 23→la forte polarisation entre les régions grecques, la plupart d’entre elles enregistrant des performances élevées en matière d’hébergement et de transactions via Airbnb, ainsi qu’une large dispersion géographique. Le tourism sharing (technologie innovante appliquée au tourisme), illustré dans le cas présent par la politique d’Airbnb, participe à l’équilibre spatial de l’activité dans les diverses régions grecques.

Les réseaux collaboratifs font l’objet de la troisième partie. Leur forme implique souvent l’utilisation de l’outil numérique, sur lequel se fondent les deux dernières contributions pour compléter la thématique par une réflexion juridique. Mais elles nécessitent avant tout une volonté réciproque et multilatérale des acteurs impliqués dans les projets de développement, à l’image des systèmes productifs localisés, de la constitution de clusters ou de la mise en œuvre d’un musée.

Au Maroc, la valorisation des territoires à des fins touristiques peut s’effectuer au niveau local avec un soutien de l’État marocain. En s’inspirant des systèmes productifs locaux développés principalement dans le milieu agricole, Khadija Askour suggère d’adapter ce mode coopératif au secteur touristique. L’auteure montre la performance des Systèmes Produtifs Localisés (SPL) en matière d’innovation grâce à la mise en réseau des acteurs de la production et le partage de valeurs communes. Le transfert de ce processus par des projets innovants, technologiques et sociaux peut contribuer au développement de territoires touristiques. L’échelon local offre ainsi une alternative aux politiques publiques au Maroc « notamment pour des filières ou territoires en mal de développement ». La route du Majhoul, projet écotouristique intégrant les préceptes de l’économie sociale et solidaire illustre la dynamique en cours en matière de développement touristique et d’innovation au Maroc par la mise en place des SPL.

Le développement de clusters, mis en relief par Bouchra Rajouani, Mohammed Elamrani et Aziz Hmioui complète le dispositif de structuration de l’offre touristique du Maroc. Les auteurs rappellent à cet effet que « le secteur du tourisme réunit un grand nombre d’acteurs hétérogènes et interdépendants. Leur regroupement en réseau s’avère donc comme une nécessité dans le succès des stratégies touristiques ». De façon pragmatique, ils soulignent que « le cluster de tourisme transforme la proximité des acteurs en résultats économiques et en performances ». L’analyse porte sur la mise en place d’un cluster, à l’initiative du ministère du Tourisme. Parallèlement à la réforme de décentralisation de 2015 qui a consacré les régions comme espace pertinent pour le déploiement ←23 | 24→des stratégies sectorielles nationales, il devrait servir de fer de lance pour de nouvelles initiatives en faveur de la mise en tourisme des territoires locaux.

Résumé des informations

Pages
516
ISBN (PDF)
9782807616066
ISBN (ePUB)
9782807616073
ISBN (MOBI)
9782807616080
ISBN (Broché)
9782807616059
Langue
Français
Date de parution
2021 (Septembre)
Published
Bruxelles, Berlin, Bern, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2021. 516 p., 19 ill. en couleurs, 30 ill. n/b, 13 tabl.

Notes biographiques

Vincent Herbert (Éditeur de volume)

Vincent Herbert est géographe, professeur des universités à l’ULCO (Université du Littoral Côte d’Opale) et chercheur au laboratoire TVES (Territoires, Villes, Environnement et Société) (Unité Labellisée de Recherche – ULR – 4477). Il est directeur de l’Institut de Recherches et d’Enseignement en Tourisme (Groupement d’Intérêt Scientifique InREnT) et dirige le master Tourisme à l’ULCO depuis 2010.

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Titre: Tourisme et Territoires