Transmettre le français
Politiques linguistiques familiales de parents francophones «der Stadt Bern»
Résumé
Installé.e.s par choix en Suisse alémanique, ces parents impulsent une dynamique de reterritorialisation du français à Bern. L’implantation de ces jeunes familles plurilingues, germanophiles et décomplexées qui n’attendent pas de services « en français » mais davantage d’offres « bilingues », témoigne d’une phase en pleine évolution de l’histoire de la ville avec le français, qui bouscule l’organisation traditionnelle des langues et invite les autorités à se questionner et à se (re)positionner.
Extrait
Table des matières
- Couverture
- Page de titre
- Page de droits d'auteur
- Sommaire
- Table des illustrations
- Préambule
- CHAPITRE 1 Cadre de Recherche
- 1.1 Genèse d’un projet sociolinguistique
- Politiques linguistiques familiales : l’exercice d’un pouvoir parental
- Autour du « bilinguisme » : discours scientifiques et idéologiques
- 1.2 Bern : Éléments de sociolinguistique
- Français, langue officielle
- Français, langue étrangère
- Français, langue minoritaire
- Français, langue de la migration
- Français, langue de prestige
- Offres scolaires
- Cours de langue et culture d’origine
- 1.3 Considérations méthodologiques
- CHAPITRE 2 Les Parents Rencontré.e.s
- Bien plus que « francophones »
- Une catégorie socioprofessionnelle très bien formée
- La bonne combinaison : une qualité de vie
- Les montagnes… russes !
- CHAPITRE 3 Politiques Linguistiques Parentales
- 3.1 Devenir parent ou la prise de conscience des PLF
- La répartition des langues : un rôle à tenir
- Quand il y a plusieurs langues à transmettre
- La contraignante discipline parentale
- Quel français : corriger ou mélanger des langues ?
- Les évolutions dans le temps
- Composer avec l’imprévisible
- Les différences au sein des fratries
- La question du genre
- Le deuil et autres émotions
- Le discours de la perte
- Le choix de ne pas transmettre
- Les limites de la gouvernementalité
- 3.2 Identifier des soutiens aux PLF
- Toute une gamme de mesures
- La famille entre soutien et pression
- Parier sur la socialisation
- Le repas en famille
- La culture, la littérature
- 3.3 Le tournant de l’école
- L’école en allemand : qualité de vie et apprentissage de l’allemand
- L’école en français : continuité et compensation
- École bilingue : une logistique familiale
- Prégnance de la socialisation de quartier
- L’enseignement du français langue étrangère : le non-lieu scolaire
- Les cours LCO
- CHAPITRE 4 Politiques Individuelles, Pratiques Collectives
- La grande déception
- Pistes didactiques
- Éléments de perspectives
- Épilogue
- Bibliographie
Table des illustrations
Figure 1: Le concept Clabi
Figure 2: Carte de Françoise
Figure 3: Carte de Bernard
Figure 4: Qui est émique ?
Figure 5: Questionnements préalables
Figure 6: Les parents rencontré.e.s et leur famille
Figure 7: Les langues dans le quotidien familial
Figure 8: Carte de Claire
Figure 9: Cartographie des origines géographiques déclarées
Figure 10: Carte de Sarah
Figure 11: Carte de Linda
Figure 12: Carte de Guillaume
Figure 13: Carte de Mathilde
Figure 14: Carte d’Hanna
Figure 15: Carte de Sabine
Figure 16: Carte d’Elsa
Figure 17: Carte de Jessica
Figure 18: Françoise, image 1 – PLF avant les enfants
Figure 19: Françoise, image 2 – PLF avec les enfants
Figure 20: Françoise, image 3 – les langues à l’arrivée de sa belle-fille
Figure 21: Françoise, image 4 – PLF actuelles
Figure 22: Carte de Christoph
Figure 23: Carte de Marion
Figure 24: Carte d’Ernesto
Figure 25: Carte de Valérie
Figure 26: Carte d’Éric
Figure 27: Elsa – trois langues à table
Figure 28: Carte de Faustine
Figure 29: Carte de Laura
Figure 30: Choix de la langue de scolarisation
Figure 31: Carte de Lisa
Figure 32: Carte de Romane
Figure 33: Carte d’Adèle
Préambule
En tant que mère francophone en terres alémaniques, je me suis posé beaucoup de questions sur les modalités de transmission (ou non) des langues (lesquelles, comment, pourquoi ?1) au sein de ma propre famille. Je n’étais pas la seule ! Si j’ai eu besoin d’échanger, de pénétrer d’autres logiques, d’explorer d’autres modèles, je me suis rendu compte au fil du projet de recherche qui est à l’origine de cet ouvrage que ces questionnements sont à la fois très communs, comme en témoigne l’abondante littérature scientifique autour des « politiques linguistiques familiales », et tout à fait propres au contexte sociolinguistique de la ville de Bern. Pendant ces quatre années de projet (2019–2023), l’intérêt sociétal pour les questions linguistiques en lien avec les institutions scolaires n’a fait que croître en Suisse. Si plusieurs études se sont penchées sur les stratégies de couples mixtes plurilingues2 ou sur les enjeux du choix de langue(s) de scolarisation des enfants dans différents contextes linguistiques et nationaux (basque3, franco-ontarien4, suisse fribourgeois5 et même suisse alémanique en Suisse romande6, etc.), il n’existe aucun ouvrage à ma connaissance qui porte précisément sur ces enjeux pour les francophones en ville de Bern, bien que ces questions y soient particulièrement actuelles.
Dans ce contexte, la publication d’une monographie issue d’un projet de recherche scientifique peut intéresser un public dépassant le monde académique et les milieux éducatifs. L’idée de cet ouvrage est, certes, de valoriser le travail déjà accompli dans le cadre du projet en regroupant en un seul et même lieu des aspects déjà partiellement diffusés dans des articles de revues spécialisées ou exposés à l’occasion de congrès scientifiques. L’objectif général est toutefois de toucher un public plus large. Ni ouvrage de vulgarisation ni ouvrage scientifique, ce livre comporte certains chapitres qui parleront sans doute plus aux chercheur.e.s ou aux responsables institutionnel.le.s, tandis que d’autres davantage aux parents à qui il fournira peut-être de modestes éléments de réponse à leurs questionnements. Les parents francophones ayant participé au projet étaient en effet nombreux.ses à chercher une approbation, à vouloir savoir qu’iels « font bien » selon l’état des connaissances scientifiques actuelles ou si nous avions des conseils et astuces à leur fournir pour favoriser la transmission du français à leurs enfants. Cet ouvrage compile les conseils et astuces qu’iels ont bien voulu nous livrer. Ce qui le caractérise dans son ensemble, c’est ainsi son côté « récit de recherche », toute subjectivité assumée. Les chapitres théoriques et méthodologiques y sont, de ce fait, extrêmement succincts, bien qu’ils aient été largement développés dans d’autres canaux de publication. Puisqu’il ne s’agit pas à proprement parler d’un ouvrage scientifique, je m’autorise une excentricité inédite pour moi : à l’exception des citations longues, je renonce à la convention des références bibliographiques entre parenthèses au fil du texte. Elles se trouvent systématiquement en notes de bas de page.
Je précise encore que j’ai opté pour une écriture inclusive et pour le pronom personnel neutre « iel » (iels au pluriel) récemment entré dans le dictionnaire. Au risque de froisser les traditions, j’ai par ailleurs volontairement choisi la graphie alémanique Bern, sans « e » final, lorsqu’il est question de la ville de Bern qui est germanophone (à moins qu’il s’agisse d’un nom déposé comme celui d’une association par exemple). En revanche, j’opte pour la graphie francisée Berne, avec « e » final, pour désigner le canton de Berne qui, lui, est bilingue allemand-français. Ce n’est pas l’usage classique en Suisse, où l’on nomme volontiers les villes dans les autres langues (Bâle est francisé alors qu’il s’agit de la ville alémanique Basel, Genf ne serait jamais nommée Genève en allemand bien qu’elle soit francophone, etc.). Le site officiel de la ville de Bern et la Constitution bernoise font l’usage de la version avec un « e » final, l’orthographe choisie ici est donc est un parti pris assumé qui vise à mettre l’accent sur le fait que la ville de Bern est germanophone : après tout, le sujet de l’ouvrage est la transmission du français dans un espace alémanique.
Enfin, je souligne que j’ai renoncé au « nous de modestie » attendu dans certains espaces académiques français (je n’y associe volontairement pas l’ensemble des espaces francophones) et qui se veut garant d’une certaine distance entre la chercheuse en tant que personne et le propos tenu. Il arrive néanmoins dans des espaces non francophones que ce « nous », qui se veut pourtant modeste, soit interprété comme un « nous de majesté », ultime marque d’arrogance et signe, justement, d’une posture de recherche problématique. Il induit bien des alémaniques en erreur. Lasse de devoir l’expliquer (et d’ailleurs ces explications ne convainquent personne en Suisse alémanique), j’ai désappris l’usage du « nous scientifique » (pas du « nous » pluriel) et adopté, au risque de devoir à présent défendre cette nouvelle position, le « je » qui a cours dans ces espaces alémaniques où j’exerce et qui, surtout, traduit tellement mieux la posture de subjectivité que je revendique. D’entrée de jeu, le « je » donc.
Résumé des informations
- Pages
- XVI, 148
- Année de publication
- 2026
- ISBN (PDF)
- 9783034360609
- ISBN (ePUB)
- 9783034360616
- ISBN (Broché)
- 9783034360593
- DOI
- 10.3726/b23065
- Open Access
- CC-BY
- Langue
- français
- Date de parution
- 2026 (Février)
- Mots Clés (Keywords)
- bi/plurilinguisme témoignages parents contexte sociolinguistique suisse politiques linguistiques familiales
- Publié
- Bruxelles, Berlin, Chennai, Lausanne, New York, Oxford, 2026. xvi, 148 p., 27 ill. en couleurs, 6 ill. n/b.
- Sécurité des produits
- Peter Lang Group AG