Pour une histoire lexicale de la folie
Chemins dénominatifs et conceptuels
Résumé
Extrait
Table des matières
- Couverture
- Page de titre
- Page de droits d’auteur
- Table des matières
- Liste des figures
- Liste des tableaux
- Liste des abréviations
- Introduction
- Chapitre 1 Réflexions théoriques et méthodologiques pour une histoire lexicale de la folie
- 1.1. La psychiatrie dans la tour de Babel : quel intérêt pour la terminologie diachronique ?
- 1.2. La néologie rétrospective ou historique
- 1.3. Genèse et apories de la terminologie psychiatrique : jalons épistémologiques
- 1.4. Quelle méthode pour une diachronie historique longue ?
- 1.5. La néologie terminologique en diachronie : quel modèle théorique ?
- 1.6. Construction du corpus : quelques remarques méthodologiques
- Chapitre 2 Pour une histoire lexicale de la folie
- 2.1. Cartographies linguistiques de la folie dans l’Antiquité gréco-latine
- 2.1.1. Le lexique de la folie en Grèce antique (Ve-IVe siècle av. J.-C.)
- 2.1.2. Parler de folie à Rome (Ve siècle av. J-.C.-Ve siècle)
- 2.2. Nommer la folie au Moyen Âge (IXe -XVe siècles) : la naissance du fou
- 2.3. Entre Renaissance et Lumières : un regard « lexicographique » sur la folie à l’âge classique
- 2.4. Les Lumières (XVIIIe siècle) : siècle de taxonomies, siècle de nosologies
- 2.4.1. Boissier de Sauvages : une pré-terminologie psychiatrique
- 2.5. La naissance de la terminologie psychiatrique (XIXe siècle)
- 2.5.1. Pinel : vers une systématisation nosologique
- 2.5.2. Esquirol et les monomanies
- 2.5.3. Falret et Baillarger : entre folie circulaire et folie à double forme
- 2.5.4. Morel et Magnan : la dégénérescence et la bouffée délirante
- 2.5.5. Après le tournant allemand : de Kraepelin à Chaslin
- 2.6. Vers une nomenclature internationale : le DSM et la CIM
- Chapitre 3 La terminologie psychiatrique en diachronie
- 3.1. Analyse des chemins dénominatifs
- 3.2. Analyse des chemins conceptuels
- Conclusion et perspectives de recherche
- La psychiatrie : une science des concepts en situation
- Les maux des siècles : la néologie psychiatrique comme détecteur de l’esprit du temps
- Bibliographie
- Histoire et philosophie de la science, de la médecine et de la psychiatrie
- Sciences humaines, linguistique et philologie
- Corpus d’étude
- Ouvrages lexicographiques
- Annexe – Évolution des dénominations dans le DSM
- Index
Liste des figures
Figure 1 : Proposition d’une méthode d’analyse des néologismes terminologiques en diachronie par chemins conceptuels et dénominatifs
Figure 2 : Extrait du Discours préliminaire, Boissier de Sauvages, 1772 : 152
Figure 3 : Extrait du Discours préliminaire, Boissier de Sauvages, 1772 : 154
Figure 4 : Classification des maladies mentales de Doublet et Colombier, 1785 (Sueur, 1993)
Figure 5 : Classification des maladies mentales par Pinel, 1801 (Sueur, 1993)
Figure 6 : Classification des maladies mentales par Jacquelin-Dubuisson, 1816 (Sueur, 1993)
Figure 7 : Classification des maladies mentales par Esquirol, 1838 (Sueur, 1993)
Figure 8 : La Monomane de l’envie dit aussi La Hyène de la Salpêtrière, Théodore Géricault, Musée des Beaux-Arts, Lyon, 1819-1822
Figure 9 : Classification des maladies mentales par Baillarger, 1854 (Sueur, 1993)
Figure 10 : Classification des maladies mentales par Morel, 1859 (Sueur, 1993)
Figure 11 : Tableau des traits principaux de la folie des héréditaires dégénérés par Magnan (1890 : 204)
Figure 12 : Classification proposée par Chaslin (1912 : 15-17)
Liste des tableaux
Tableau 1 : Corpus primaire de traités et ouvrages spécialisés (1772-2013)
Tableau 2 : Corpus secondaire des ouvrages lexicographiques spécialisés consultés
Tableau 3 : Liste des adjectifs grecs décrivant la déviance mentale et leur traduction
Tableau 4 : Liste des substantifs grecs décrivant la déviance mentale et leur traduction
Tableau 5 : Liste des verbes grecs décrivant la déviance mentale et leur traduction
Tableau 6 : Liste des adjectifs latins décrivant la déviance mentale et leur traduction d’après le Gaffiot
Tableau 7 : Liste des substantifs latins décrivant la déviance mentale et leur traduction d’après le Gaffiot
Tableau 8 : Liste des verbes latins décrivant la déviance mentale et leur traduction d’après le Gaffiot
Tableau 9 : Liste des adjectifs en ancien français décrivant la déviance mentale et leur traduction d’après les Dictionnaires du Moyen français
Tableau 10 : Liste des substantifs en ancien français décrivant la déviance mentale et leur traduction d’après les Dictionnaires du Moyen français
Tableau 11 : Liste des verbes en ancien français décrivant la déviance mentale et leur traduction d’après les Dictionnaires du Moyen français
Tableau 12 : Dénominations des maladies mentales proposées par Boissier de Sauvages (1772)
Tableau 13 : Dénomination des maladies de Pinel
Tableau 14 : Dénominations des maladies par Kraepelin
Tableau 15 : Évolution des dénominations anglaises du DSM-II au DSM-III
Tableau 16 : Évolution des définitions d’ « aliénation »
Tableau 17 : Évolution des définitions de « délire »
Tableau 18 : Évolution des définitions de « démence »
Tableau 19 : Évolution des définitions de « manie »
Tableau 20 : Évolution des définitions de « mélancolie »
Tableau 21 : Évolution des définitions de « névrose »
Tableau 22 : Évolution des définitions de « psychose »
Liste des abréviations
CIM Classification internationale des maladies
DAF Dictionnaire de l’Académie française
DSM Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders
Hpc. Hippocrate
Esch. Eschyle
Eur. Euripide
TOC Trouble obsessionnel compulsif
Introduction
État limite entre raison et déraison, la folie est avant tout un concept anthropologique qui occupe une place singulière dans l’imaginaire occidental, oscillant entre fascination et répulsion. Loin et avant d’être uniquement un objet d’étude clinique, la folie s’avère être un miroir déformant de la condition humaine. Elle révèle nos angoisses les plus profondes et questionne les frontières de la normalité, ce qui en fait un territoire d’exploration artistique et esthétique autant qu’existentielle et philosophique.
Dès l’Antiquité, les figures du fou et du mélancolique hantent les récits. L’Héraclès furieux et la Médée d’Euripide, l’Ajax de Sophocle frappé de démence par les dieux, la Didon amoureuse de Virgile, ou encore le roi Lear de Shakespeare, pour en arriver jusqu’à Cervantes, Kafka en passant par Dostoïevski : la folie se manifeste comme une condition révélatrice de vérités cachées et la littérature un moyen de l’enquêter.
De même, l’art pictural, de Jérôme Bosch aux expressionnistes allemands, traduit visuellement cette fascination pour les états altérés de conscience. Les toiles de Van Gogh créées dans ses périodes de crise, les portraits des aliénés peints par Géricault ou les créations recueillies par les surréalistes dans les institutions psychiatriques, témoignent de cette porosité entre création artistique et expérience de la folie. Au XXe siècle, le cinéma prolonge cette tradition en multipliant les figures du fou génial, du psychopathe fascinant ou de l’interné injustement enfermé, cristallisant les ambivalences de nos sociétés face à la maladie mentale. Des films expressionnistes allemands aux œuvres contemporaines de David Lynch ou Lars von Trier, la folie devient un langage cinématographique qui bouleverse les codes narratifs traditionnels et plonge le spectateur dans des univers oniriques ou cauchemardesques. Cette représentation artistique de la folie révèle ainsi une constante anthropologique : la créativité humaine comme moyen d’apprivoiser et de donner forme à ce qui échappe à la rationalité, transformant la souffrance mentale en expérience esthétique universelle.
Par ailleurs, la déviance fait l’objet de l’intérêt juridique dans l’histoire du droit. Depuis l’Antiquité, les sociétés ont été confrontées à la nécessité de définir juridiquement ce qui échappe à la raison, créant ainsi un paradoxe fondamental : comment le droit, système rationnel par excellence qui a pour but de « normer » la société, peut-il appréhender et encadrer ce qui, par définition, se situe aux marges de la rationalité et de la norme elle-même ?
Pendant la période de chasse aux sorcières, les femmes accusées de sorcellerie présentaient souvent des comportements jugés anormaux : visions, transes, discours incohérents, ou simplement une marginalité sociale. Ces manifestations, que nous pourrions aujourd’hui interpréter comme des troubles psychiques ou neurologiques (il suffit de penser à l’épilepsie), étaient alors lues à travers le prisme religieux comme des signes de possession démoniaque ou de pacte avec le diable. Les manuels d’inquisition comme le Malleus Maleficarum, « le Marteau des sorcières » (Institoris, Sprenger 1893-1898), établissaient des liens directs entre certains symptômes mentaux et la sorcellerie. Michel Foucault, dans l’un de ses ouvrages les plus célèbres consacré à la folie, a montré comment, avec la fin progressive de la chasse aux sorcières au XVIIe siècle, ces mêmes comportements ont été progressivement médicalisés (Foucault 1972). Cette transition marque un changement fondamental : de la punition divine et judiciaire, on passe à l’internement thérapeutique. Mais les mécanismes d’exclusion sociale, particulièrement envers les femmes jugées déviantes, persistent sous de nouvelles formes.
Résumé des informations
- Pages
- XIV, 208
- Année de publication
- 2026
- ISBN (PDF)
- 9783631947784
- ISBN (ePUB)
- 9783631947791
- ISBN (Relié)
- 9783631947777
- DOI
- 10.3726/b23610
- Langue
- français
- Date de parution
- 2026 (Juillet)
- Mots Clés (Keywords)
- terme terminologie terminologie diachronique néologie folie psychiatrie histoire de la langue nosologie Philippe Pinel Jean-Etienne Esquirol CIM DSM
- Publié
- Berlin, Bruxelles, Chennai, Lausanne, New York, Oxford, 2026. xiv, 208 p., 5 ill. en couleurs, 7 ill. n/b, 23 tabl.
- Sécurité des produits
- Peter Lang Group AG