L'Écriture et l'Art à l'ère de l'Intelligence Artificielle
Nouvelles approches de l’Anthropocène
Résumé
La confrontation de l’oeuvre du philosophe allemand Peter Sloterdijk à la critique génétique a orienté la plupart des chapitres de l’ouvrage. Surpris en effet par les rapprochements possibles entre la position de l’écrivain qui plonge autant dans son cerveau que dans les événements qui l’entourent pour écrire et celle des explorateurs qui de Magellan aux astronautes d’aujourd’hui ont exploré de nouveaux continents sur la planète Terre au XVIIe siècle et hors de celle-ci aux XXe et XXIe siècles, l’auteur a creusé la métaphore et en a tiré les conséquences autant pour l’écrivain que pour son lecteur. C’était toucher à la description de l’Univers anthropocène au niveau micro et macroscopique pour souligner les approches qui en résultaient et mesurer leurs conséquences comme celles découlant de l’invention de l’intelligence artificielle (I.A.), pour s’en éloigner et retrouver ce qui caractérise l’être humain.
Extrait
Table des matières
- Couverture
- Page de titre
- Page des droits d'auteur
- Page de dédicace
- Table des matières
- Figures
- Préface (Roberto Zular)
- Avant-propos (Michel Peterson)
- Introduction
- PARTIE I Le manuscrit, objet des explorateurs
- CHAPITRE 1 L’Écriture, étoile terrienne, reflet de la Terre, étoile rayonnante de l’Univers
- Qu’en sera-t-il pour l’écrivain ?
- La nouvelle sphère des écrivains
- De la ville à l’Académie, de la ville-hôte à l’être, du déracinement au métèque, de la visibilité à l’intimité
- Un nouveau Noé
- CHAPITRE 2 L’écrivain, créateur de sphères
- CHAPITRE 3 Impact de la composition sur l’écrivain
- CHAPITRE 4 Impact de l’écriture sur l’écrivain
- Neurosciences et écriture
- La résistance physique des écrivains les rapproche des athlètes
- La sape par le haut et la psychanalyse
- La libération par l’inconscient
- Quel est le rôle de la théorie critique et de l’improbable dans les processus de création ?
- Les manuscrits transforment-ils les artistes et les écrivains ?
- CHAPITRE 5 Impact de la lecture sur le lecteur et sur le généticien
- Les effets de la lecture sur le cerveau
- Les conséquences dans la vie du lecteur
- Si le lecteur est un chercheur qui se penche surles manuscrits ou sur les archives de l’écrivain, qu’advient-il de la roue de la lecture ?
- CHAPITRE 6 La puissance du cerveau, support de l’invraisemblable
- CHAPITRE 7 Comment provoquer l’étonnement et creuser la finitude chez le lecteur ?
- PARTIE II Temps, mémoire et signifiant
- CHAPITRE 8 Temps et mémoire chez les arbres et chez l’homme
- Qu’en est-il pour l’animal et pour l’arbre ?
- Les bases physiologiques de la mémoire
- L’art et la mémoire
- CHAPITRE 9 Repenser le signifiant selon le Saussure de 1891
- Envoi
- Genèse de l’Essai
- Bibliographie
- Index des noms
- Index des concepts
Figures
Figure 1: La roue de l’écriture
Figure 2: Les roues de la lecture pour le lecteur et le chercheur
Figure 3: La mémoire des arbres
Préface
L’essai de Philippe Willemart comme dans la plupart de ses écrits exige une compréhension profonde des couches infinies de relations proposées dans chaque chapitre et en même temps une compréhension de l’histoire des réflexions de l’auteur qui l’ont amené à ce moment. C’est à partir de ces deux perspectives que nous proposerons deux parcours au lecteur.
L’Écriture et l’Art à l’ère de l’Intelligence Artificielle crée un large éventail de développements qui semblent parfois vertigineux, mais qui se résument à l’effort de comprendre ce qui est en jeu dans l’acte d’écrire. Comme Paul Valéry l’avait déjà écrit : “Mais essayez de vous figurer ce que suppose le moindre de nos actes. Songez à tout ce qui doit se passer dans l’homme qui émet une petite phrase intelligible, et mesurez tout ce qu’il faut pour qu’un poème de Keats ou de Baudelaire vienne se former sur une page vide, devant le poète.” (Théorie poétique et esthetique, p. 1519) Des variables infinies peuvent être reliées d’une infinité de façons et font de l’écriture une « étoile rayonnante de l’Univers ».
Oui, Willemart donne une portée extraordinaire à l’invention de l’écriture et, surtout, à l’écriture de l’invention. Acte apparemment mineur, mais qui change toute la façon dont nous habitons l’univers et le comprenons. Cependant, une telle portée est (ou devrait être) proportionnelle à la responsabilité que cette forme de création nous impose devant l’Univers. Ce livre semble nous dire que nous ne sommes pas encore à la hauteur de ce que nous avons inventé.
Plus que cela, non seulement nous ne nous rendons pas compte à quel point nous sommes faits d’écriture, mais nous nous laissons emporter par le chant des sirènes de l’Intelligence Artificielle. Sans aucun doute, l’IA est une chanson belle et puissante, mais comme ce livre cherche à le montrer, elle semble encore loin de produire la force de rupture, d’invention, d’imprévisibilité, d’association, d’accouplement corporel que le simple geste d’écriture au fil des millénaires, s’est montré capable de faire.
L’Écriture nous place en effet devant les défis de l’Anthropocène (la place hégémonique de l’être humain dans la constitution de la planète Terre), nous interroge sur les illusions de l’intelligence artificielle et comment une technologie apparemment aussi dépassée que l’écriture peut nous aider à réfléchir à la relation entre notre façon d’habiter la Terre et le monde numérique.
Voyez par exemple comment dans le premier chapitre de la deuxième partie, nous sommes amenés à repenser la dynamique de la création humaine semblable à la façon dont les arbres échangent leurs matériaux et se communiquent dans la forêt. Ainsi l’écriture est nécessairement reliée à d’autres écritures, à l’évolution des mots, aux couches historiques de la langue, à la grammaire, aux formes, aux sonorités, aux rythmes, bref, aux variables presque infinies dont parlait Valéry et à travers lesquelles nous sommes parlés par l’acte d’écrire.
Cet acte (ou il serait plus exact de dire cette série d’actes interconnectés) aussi proche du monde naturel que des inventions artificielles, produit de nouvelles manières d’exister, de voir, de créer. C’est comme si Willemart faisait écho à Clarice Lispector (« Je n’ai jamais eu un seul problème d’expression, mon problème est bien plus grave : c’est celui de la conception ») comme si, en créant, l’écrivain ne découvre pas seulement de nouvelles possibilités combinatoires entre les mots, mais une autre façon de se rapporter à l’univers, une autre couche d’existence que la création humaine donne à la vie.
Il n’est pas rare de se heurter à des prévisions négatives sur le futur de l’humanité, mais Willemart au contraire maintient tendu l’arc de la promesse de la puissance et de la beauté de l’aventure humaine, liée aux découvertes à venir. « Toute la poésie est un voyage dans l’inconnu », pourrions-nous chanter en chœur avec Maïakovski. Et pour notre auteur, c’est ce futur qui fonctionne paradoxalement comme une cause, ce devenir qui est déjà là et qui se constitue comme un élément intrinsèque de tout acte créateur toujours projeté vers ce « livre futur », le désir d’écouter l’inouï qui nous fait avancer.
Il convient ici de souligner qu’il ne s’agit pas seulement de l’écriture manuscrite littéraire, mais de la notion d’écriture prise au sens large du terme qui se déploie sur la page blanche, sur la toile, sur la partition, dans la pierre, dans la voix ou, qui s’inscrira dans de nombreuses autres possibilités qui existent ou qui existeront impliquant des inscriptions, des traces, des enregistrements, des programmations, des gravures, bref, tout ce qui dépasse l’être humain dans ses propres processus ou encore avec Valéry, tout ce qui comporte les traces d’une « transformation qui a pour objet la transformation ».
Comme le lecteur le remarquera également et comme Willemart l’annonce lui-même, il s’agit d’un long commentaire par l’écriture sur les sphères de Sloterdijk tout au long des chapitres. Et ici, la métaphore fonctionne à merveille, car, comme nous l’avons vu, il s’agit de sphères à l’intérieur des sphères qui cherchent à percer les bulles de nos spécialités, de nos lieux communs et de nos croyances narcissiques. C’est-à-dire qu’il s’agit bien de la création d’une sphère (l’écriture elle-même, qui est au langage ce qu’est la membrane pour la cellule), mais une sphère capable de faire trembler toutes les autres.
Les sphères de Sloterdijk fonctionnent ainsi comme une expansion des rouages de l’écriture et de la lecture, comme une possibilité de se placer dans l’écriture, de se laisser emporter par elle, d’occuper des positions fictionnelles, de les accepter ou de les rejeter. Mais dans cet essai, surgi une nouveauté : il y a un lieu où la roue de lecture engage le lecteur à écrire, le transformant en critique et, en particulier, en critique génétique. Un lecteur-écrivain (position précédemment occupée par l’écrivain-lecteur lui-même) qui lisant se déplace d’un cran pour devenir critique à son tour. Fondamentalement, l’écriture, bien que bombardée par des machines à répétitions internes et externes, est une école d’étonnement et cet étonnement, curieusement, est dû à la possibilité de se laisser emporter par l’écriture et de lui permettre de fonctionner comme un lieu de bouleversement.
Parmi ces sphères, la dimension du langage telle qu’elle est réinventée par le manuscrit de Saussure « La double essence du langage » gagne une grande pertinence. En ce sens, ce que Willemart développe à partir d’une simple hypothèse saussurienne est incroyable : deux syllabes (et seulement deux) suffiraient à dévoiler toutes les conséquences du fonctionnement du langage. Si nous n’avions que « ba » et « la », nous traduirions le monde en « ba » et « la » de telle sorte que le champ de signification de ces très petits signifiants serait formulé avec une possibilité presque infinie de significations. Mais si l’essence du langage est double et qu’il n’y a pas de signifiant sans sens, cela nous amènerait à montrer facilement combien l’équivoque et la pluralité de sens sont constitutives de notre façon de parler et d’écrire.
Résumé des informations
- Pages
- XXII, 140
- Année de publication
- 2026
- ISBN (PDF)
- 9783034358217
- ISBN (ePUB)
- 9783034358224
- ISBN (Broché)
- 9783034358200
- DOI
- 10.3726/b23040
- Langue
- français
- Date de parution
- 2026 (Février)
- Mots Clés (Keywords)
- Sloterdijk Proust écriture art processus de création intelligence artificielle anthropocène roue de l’écriture
- Publié
- Bruxelles, Berlin, Chennai, Lausanne, New York, Oxford, 2026. xxii, 140 p., 3 ill. n/b.
- Sécurité des produits
- Peter Lang Group AG