L’imagination en Relations Internationales
Résumé
Loin de voir une tension entre rigueur dans l’étude des enjeux mondiaux d’une part et fantaisie de l’esprit d’autre part, le présent ouvrage collectif entend interroger le champ des relations internationales par le prisme de cette ouverture d’esprit. L’ouvrage entend également contribuer à l'interrogation de la portée de l’imagination dans nos domaines, et fournir de nouveaux chemins de recherche.
Extrait
Table des matières
- Couverture
- Page de titre
- Page de droits d’auteur
- Table des matières
- Liste des figures et tableaux
- Préface
- Remerciements
- Introduction L’imagination en relations internationales (Fanny Hockers, Alexandre Piron & Tanguy de Wilde)
- Première partie : reconfigurations étatiques à travers l’imaginaire
- Deuxième partie : représentations, culture et imaginaires
- Bibliographie
- Première Partie Reconfigurations étatiques à travers l’imaginaire
- Chapitre 1 Imaginer le système international (Tanguy de Wilde)
- Imaginer le XXe siècle
- Imaginer la paix
- Imaginer la mondialisation (mal)heureuse
- Utopies et dystopies internationales au XXIe siècle
- Bibliographie
- Chapitre 2 L’aide humanitaire internationale entre principes et géopolitique : approche comparative des imaginaires chinois, américain et belge (Alexandre Piron & Edouard Xia)
- Introduction
- I. L’aide humanitaire internationale telle qu’imaginée historiquement
- A. Le courant humaniste ou humanitaire puriste
- B. Les principes humanitaires comme unique moteur décisionnel ?
- II. Les États-Unis : la modification de l’imaginaire libéral et humaniste par l’intérieur
- III. La Chine : la contestation de l’imaginaire libéral et humaniste par l’extérieur
- A. Déterminants de la politique humanitaire chinoise
- B. Win-win oriented ou purement humaniste ?
- IV. La Belgique : entre idéalisme et (sur)réalisme
- A. L’approche humanitaire belge est principielle
- B. L’approche humanitaire belge est principalement multilatérale
- C. L’aide humanitaire belge montre-t-elle des signes de politisation ?
- D. La Belgique, acteur du statu quo
- V. Imaginaires et système(s)
- VI. Conclusion
- Bibliographie
- Chapitre 3 Imaginer l’impensable : le paradoxe de Newcomb et la dissuasion nucléaire (Michel Liegeois)
- L’arme nucléaire et la logique dissuasive
- Le paradoxe de Newcomb
- Application à la dissuasion nucléaire
- Conclusion
- Bibliographie
- Chapitre 4 Après-guerre : comment imaginer l’avenir ? (Valérie Rosoux)
- Introduction
- I. Le texte : quatre formes de loyauté post-conflit
- I. Hic et nunc : un présent étriqué
- II. Réparation : un présent ancré dans le passé
- III. Tabula rasa : un présent projeté dans le futur
- IV. Double promesse : un présent dilaté
- II. Le contexte : imaginer passé et avenir
- I. Une défaite incontestable et un ennemi commun
- II. Imaginer un avenir alternatif
- III. Imaginer une autre lecture du passé
- Conclusion
- Bibliographie
- Chapitre 5 Réexaminer l’absence présumée de culture stratégique en Belgique : Exploration de l’imaginaire et des représentations des décideurs (Vincent Gabriel & Marion Jacques)
- I. Le concept de culture stratégique
- II. Une tentative d’application à la Belgique
- La géographie
- L’histoire
- La culture politique nationale
- III. Un désintérêt politique conscient et volontaire ?
- Bibliographie
- Chapitre 6 L’imaginaire cybernétique : Les formes du système international à l’ère des réseaux (Edouard Xia)
- I. Introduction
- II. L’échange d’information comme processus autorégulatoire du système international
- III. Structure en réseau et hiérarchisation
- IV. La complexification des voies de la puissance
- V. Une conclusion toute provisoire
- Bibliographie
- Deuxième Partie Représentations, culture et imaginaires
- Chapitre 7 L’usage du temps : imagination et créativité pour anticiper nos futurs (Fanny Hockers, Dorothée Vandamme & Tanguy Struye de Swielande)
- Bibliographie
- Chapitre 8 Puisse le sort nous être favorable ? Apports et limites du concept de « crise de l’imaginaire » en relations internationales (Flora Delgrange & Vincent Gabriel)
- Introduction
- I) Crise de l’imaginaire et culture populaire
- II) Causes et conséquences de la crise de l’imaginaire
- III) Un futur en panne ?
- Quelle quantification de la crise de l’imaginaire ?
- Des briques et des hommes : les dystopies intégrales
- Les films de super-héros
- Dinosaures, robots géants, vaisseaux spatiaux … et Minions
- Discussion conclusive
- Bibliographie
- Chapitre 9 Des démons en Amérique : une brève histoire des boucs émissaires de l’imaginaire complotiste américain (Simon Desplanque)
- Conspirationnisme, imaginaires et sociétés
- Une soupe primordiale aux relents européens
- Illuminati, francs-maçons, catholiques et (anti-)esclavagistes : les démons d’une république chancelante
- Du Gilded Age au début du XXe siècle : lutte des classes et xénophobie
- De la Grande Guerre aux années chaudes de la Guerre froide : entre retour du même et rejet d’un gouvernement en expansion
- Une guerre, trois martyrs et un complot
- De Reagan au 11/09 : entre paniques morales et méfiance accrue contre le gouvernement
- Du 11 septembre à l’ère Trump : le complotisme à l’ère numérique
- Bibliographie
- Chapitre 10 Des monstres et des hommes. La politique américaine vue par Stephen King (Vincent Gabriel)
- I. Les débats de société chez Stephen King
- II. La figure du politicien chez King
- III. De Greg Stillson à Donald Trump : figures des Présidents dans l’œuvre de Stephen King
- IV. Un penchant partisan ?
- V. Une œuvre populiste ?
- ‘Born in the USA’: discussion conclusive
- Bibliographie
- Chapitre 11 Les diplomates-écrivains (Raoul Delcorde)
- Paul Claudel
- Alexis Leger/Saint-John Perse
- Paul Morand
- Romain Gary
- Pierre-Jean Remy
- Bibliographie
- Chapitre 12 1947-1953 : les officiels américains face aux OVNI (ou comment créer, sans le vouloir, un imaginaire complotiste) (Simon Desplanque)
- Aux sources du mythe
- Les enquêtes officielles
- L’Air Force prend les devants
- De Sign à Grudge, l’HET en débat
- Un vertige puis le silence : heurs et malheurs du projet Blue Book
- Les origines du tabou
- Bibliographie
- Chapitre 13 Les injures et les excuses dans les relations internationales : Caractéristiques, fonctions, symboles et finalités (Archange Bissue Bi-Nze)
- Introduction
- Les injures : une source de tensions plausibles et certaines
- L’injure : une approche éclectique
- Les caractéristiques
- Les fonctions
- Les symboles
- Les finalités
- Les excuses : une source d’apaisement possible et avérée
- L’excuse : une archéologie du savoir
- Les aspects distinctifs
- Les rôles
- Les représentations
- L’effet recherché
- Conclusion
- Bibliographie
- Annexe
- Liste cinématographique - Flora Delgrange & Vincent Gabriel - Chapitre 8
- Note sur les contributeurs et contributrices
Figures et tableaux
Alexandre Piron & Edouard Xia
Fig. 1 : Imaginaire historique de l’aide humanitaire international
Fig. 2 : Évolution du funding gap mondial en milliards de $ (2012-2023)
Fig. 3 : Évolution du funding gap mondial en % des financements manquants (2007-2023)
Tableau 1 : Liste des dix principaux donateurs mondiaux en 2024
Fig. 4 : Imaginaire contemporain de la politique humanitaire des États-Unis
Fig. 5 : Évolution de l’aide humanitaire chinoise (2000-2024)
Fig. 6 : Proportion d’aide humanitaire dépensée par type de bénéficiaire
Fig. 7 : Imaginaire contemporain de la politique humanitaire de la Chine
Fig. 8 : Logo de l’aide étrangère chinoise depuis 2019
Fig. 9 : Évolution de l’aide humanitaire belge en millions de $ (1999-2023)
Fig. 10 : Évolution du core funding et des fonds flexibles en millions de € (2012-2024)
Fig. 11 : Évolution du core funding et des fonds flexibles, pris séparément, en % du budget total (2012-2024)
Fig. 12 : Méthode de raisonnement pour déterminer l’impact de l’imaginaire étatique sur le système international
Fig. 13 : Schéma récapitulatif indiquant la relation entre imaginaire et système dans le cas des États-Unis, de la Chine et de la Belgique
Valérie Rosoux
Tableau 1 : Combinaisons temporelles
Schéma 1 : Négociateurs concentrés sur un présent comprimé
Schéma 2 : Négociateurs concentrés sur un passé
Schéma 3 : Négociateurs concentrés sur le futur
Schéma 4 : Négociateurs concentrés sur le passé, le present et le futur
Edouard Xia
Fig. 1 : Schéma d’un transfert d’information menant à une action politique
Fig. 2 : Réseau centralisé
Fig. 3 : Réseau décentralisé
Fig. 4 : Réseau distribué
Fig. 5 : Réseau hybride
Préface
Qu’est-ce qu’une nation ? A la différence d’un État, elle n’occupe pas un espace fixe ; c’est essentiellement le résultat ‘d’une croyance collective, une communauté imaginée’. Ce commentaire initial donne le ton à ce curieux mais fascinant ouvrage collectif publié sous la direction du professeur Tanguy de Wilde, de Fanny Hockers et d’Alexandre Piron de l’UCLouvain.
Lorsqu’on aborde les relations internationales, il y a ce que le présent nous impose, mais le passé nous rappelle ce que l’imagination pouvait anticiper – songeons aux États Unis d’Europe de Victor Hugo, à l’affrontement Est-Ouest prédit par Tocqueville – et le futur sera ce que nous imaginons pouvoir se développer, que ce soit aspiration, utopie … ou dystopie. On ne peut donc qu’aspirer à ce que la liberté, la démocratie, la liberté d’expression dont nous jouissons aujourd’hui nous permettent de façonner l’avenir dont rêve notre ‘imaginaire social’ – plutôt que l’avenir sombre décrit dans les films, les romans de science-fiction ou par les ‘complotistes’.
Le défi relevé par l’ouvrage est de mettre en valeur le rôle de l’imaginaire dans les relations internationales à travers l’histoire – comment les États ou des individus ont-ils reconfiguré le système international en fonction de leur imaginaire ? (première partie) et d’examiner, dans cette perspective, un certain nombre de ‘questions culturelles charriées par l’imagination de notre monde’ (deuxième partie).
Après une introduction éclairant cette approche originale de la politique et des relations internationales, un premier chapitre évoque magistralement l’évolution du ‘système’ international depuis le concert des nations de 1815 jusqu’aux ‘dystopies’ du 21ème siècle, en passant par les échecs relatifs de la SDN et des Nations Unies – avec le mythe (ou le rêve ?) de la sécurité collective qui les sous-tendait, et qui est un peu discrédité aujourd’hui …
Vient ensuite une analyse de l’évolution, négative elle aussi, du domaine de ‘l’aide humanitaire’. À travers les exemples des États-Unis de la Chine et de la Belgique, le chapitre 2 décrit l’abandon progressif de l’approche désintéressée qui l’a fait naître et des principes de neutralité sur lesquels elle a été fondée.
Le chapitre 3 aborde de manière originale la dissuasion nucléaire, expliquant le traumatisme inévitable qui attend celui qui devra pousser sur le bouton ; à le lire, on comprend mieux à quel point le ‘paradoxe de Newcomb’ est terrifiant pour lui !
Les ‘processus de paix’ font l’objet du 4ème chapitre : ils consistent à travailler à la fois ‘sur la mémoire et sur l’espoir’. L’auteure analyse particulièrement le traité de l’élysée de 1963, modèle parfait, ni détaché du passé (les guerres), ni du futur (l’Europe unie) ; il s’agit en fait du modèle parfait du ‘présent dilaté’ – qu’elle distingue du ‘présent étriqué’ (un simple échange de prisonniers), d’un présent ancré dans le passé (indemnisation des victimes par exemple) ou seulement projeté vers le futur (tabula rasa comme la paix en Irlande du Nord).
La faible ‘culture stratégique’ de la Belgique est bien expliquée au chapitre 5, par l’histoire et la géopolitique. Aujourd’hui toutefois, avec la menace russe, les mentalités sont en train d’évoluer rapidement, ‘une petite révolution’, estiment les auteurs. Certes, les Belges aiment le multilatéralisme et le pacifisme, mais ce n’est pas tout à fait un hasard si nous avons aujourd’hui le siège de l’OTAN et le plus grand nombre de diplomates au monde avec Washington …
Le chapitre 6 analyse le système international sous la focale de ‘l’imaginaire cybernétique’, un cadre conceptuel permettant de comprendre (et peut-être anticiper) la façon dont les acteurs internationaux interagissent et adaptent leur comportement ‘pour maximiser leur intérêt propre et promouvoir la stabilité du système international’- ‘anarchique’ par nature. Selon l’imaginaire cybernétique, l’échange d’information est ici le vecteur permettant de réaliser cette adaptation.
Le chapitre qui introduit la deuxième partie, ‘l’usage du temps’ analyse le concept de ‘prospective’, un outil des think tanks mais aussi le fruit de ‘nos rêves sur les futurs possibles’ – et de la science-fiction ! L’imaginaire, issu notamment de la science-fiction, peut devenir un outil au service de la ‘réflexion stratégique’ ; l’article décrit ainsi en détail l’utilisation de la science-fiction pour la réflexion stratégique de nos armées.
Le chapitre 8 nous plonge dans la ‘dystopie’ et ‘la crise de l’imaginaire’ perçue à travers la culture populaire et le cinéma américain. La majorité des films examinés, surtout ceux de science-fiction, présentent un futur pessimiste, mettant en scène ‘des sociétés totalitaires ou postapocalyptiques, asservies à la technologie et victimes d’un épuisement des ressources ou d’une dégradation extrême de l’environnement’. Quel effet cela aura-t-il sur notre vision imaginaire du futur ?
Plus dangereux encore, dans le chapitre 9, est ‘le complotisme’, c’est-à-dire la propension à voir derrière chaque évènement ‘la manifestation d’une volonté occulte et malveillante’. Les protagonistes de ces récits sont à la fois ‘omnipotents et démoniaques’ et animés d’une soif inextinguible de pouvoir. Avec comme toile de fond les évènements du 6 janvier 2021 à Washington, cette contribution raconte l’histoire des théories du complot aux États-Unis, en s’intéressant spécifiquement ‘aux boucs émissaires qu’elles ont façonnés’.
Stephen King, l’auteur célèbre, est un ‘anti Trump’ déclaré et, bien que ses romans mettent surtout en scène ‘des personnages ordinaires ayant à gérer des situations extraordinaires’, ils ne sont pas ‘politiques’. Pourtant, selon l’auteur du chapitre 10, rares sont ses romans faisant l’économie d’une référence à un politicien, un évènement, un débat de société. Et, ayant lu tous ses livres, il s’attache à analyser l’influence qu’ à travers eux il exerce sur l’imaginaire politique de ses (nombreux) lecteurs.
Les diplomates doivent tous, du fait de leur fonction, être des écrivains : les dépêches diplomatiques doivent être bien rédigées car il faut souvent faire preuve d’une intelligence créative ‘non seulement pour trouver des solutions à des problèmes insolubles, mais aussi pour les mettre en œuvre’. L’auteur du chapitre 11, lui-même diplomate, suit le parcours des écrivains diplomates les plus célèbres. Certains, comme Claudel ou Saint John Perse ont harmonieusement exercé les deux métiers ; d’autres, comme Paul Morand, Romain Gary ou même Pierre Jean Remy ont, semble-t-il, surtout utilisé la diplomatie comme moyen de subsistance et non comme source d’inspiration …
Le chapitre 12 sur le ‘complotisme ufologique’ est intéressant parce qu’il analyse la manipulation des rêves et le contrôle de leur perception par le public. Il y a les ‘soucoupes’ volantes et aussi tout le domaine manipulateur des fake news et des ‘influenceurs’, qui s’annonçait, dès avant les social networks … On constate que les autorités responsables, tout en niant l’existence des OVNIs, ont contribué souvent à l’accréditer … et on en conclut que, face à ces phénomènes, ce qui est important c’est de contrôler ‘la perception du public’.
Enfin, l’ouvrage se conclut avec ‘les injures et les excuses’ dans les relations internationales. Au niveau des injures, il cite l’enlèvement d’Hélène qui causa la guerre de Troie, le discours de Lumumba devant le roi Baudouin en 1960 et les actes ‘stratégiques et volontaires’ des États voyous ; parmi les excuses, quand ‘l’offensant reconnait qu’il a touché l’imaginaire de l’offensé’, on retrouve notamment la dent du même Lumumba, renvoyée au Congo en grande pompe.
Des études assez variées donc, mais avec ce trait commun de la présence (ou de la manipulation) de l’imaginaire, qui ‘façonne le réel autant qu’il en émerge’, comme le note l’introduction de l’ouvrage. Et, si les différents sujets abordés peuvent alimenter le rêve et stimuler l’imagination, on notera que les contributions sont toutes d’une valeur scientifique solide et bien documentées.
Jean De Ruyt
Ambassadeur
Membre de l’Académie royale de Belgique
Remerciements
Cet ouvrage a bénéficié, au sein de l’UCLouvain, du soutien de l’Institut de sciences politiques Louvain-Europe (ISPOLE) et du Centre d’étude des crises et des conflits internationaux (CECRI). La Fondation Romain Yakemtchouk pour l’étude des relations internationales (FERI) a également apporté sa généreuse contribution pour la réalisation de ce livre.
Résumé des informations
- Pages
- XVI, 298
- Année de publication
- 2026
- ISBN (PDF)
- 9783034362634
- ISBN (ePUB)
- 9783034362641
- ISBN (Broché)
- 9783034362627
- DOI
- 10.3726/b23884
- Open Access
- CC-BY
- Langue
- français
- Date de parution
- 2026 (Août)
- Mots Clés (Keywords)
- Imagination relations internationales culture diplomatie futur cinématographie Belgique aide humanitaire dissuasion nucléaire représentation culture stratégique cybernétique prospective crise de l’imaginaire imaginaire complotiste
- Publié
- Bruxelles, Berlin, Chennai, Lausanne, New York, Oxford, 2026. xvi, 298 p., 22 ill. n/b, 3 tabl.
- Sécurité des produits
- Peter Lang Group AG