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Perceptions de l’espace chez Frankétienne et Tahar Ben Jelloun

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Jean Norgaisse

Le présent ouvrage est une étude comparative entre deux grandes figures de la littérature d’expression française: Frankétienne, haïtien de souche, et Tahar Ben Jelloun, d’origine marocaine. Ils jouissent d’une renommée internationale, fondée sur une œuvre forte. Entendons: une œuvre visionnaire, pertinente, qui s’inscrit dans la mimésis spatio-temporelle, le vécu humain, et qui fait aussi entendre un cri perçant, un souffle envoûtant, une musique originale. Elle croise, à bien des égards, celle de René Depestre, d’Abdelkébir Khatibi, de Yasmina Khadra, de Soljénitsyne et de Zola.

Singulière, elle est à la fois géographique et dramatique, avec le nomadisme des personnages, la mise en scène de l’espace, des atrocités et conflits actantiels. L’espace-fiction chez les deux poètes-romanciers s’ancre dans l’horreur, le chaos et la psychose, qui constituent des thèmes fondamentaux de leurs œuvres.

L’étude, qui offre une nouvelle approche théorique et une méthode d’analyse efficiente, est présidée par la démarche anthropo-géographie sémiologique, qui suggère une lecture ouverte, interdisciplinaire, favorisant une pluralité de sens de l’œuvre de Frankétienne et de Ben Jelloun. Elle permet ainsi d’appréhender leur discours fictionnel et poétique, plein de fièvre et de colère, qui rend compte du monde claustral, sinistre, angoissant, et qui refuse que l’homme sombre dans la déchéance morale, l’inhumanité. D’où résulte une anthropologie poético-géographique et philosophique.

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Chapitre 7. espace et poétique de la révolte

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ESPACE ET POéTIQUE DE LA RéVOLTE

En considérant la société humaine d’un regard tranquille et

désintéressé, elle ne semble montrer d’abord que la violence des

hommes puissants et l’oppression des faibles : l’esprit se révolte contre la dureté des uns ou est porté à déplorer l’aveuglement des autres.

—J-J. Rousseau, Discours sur l’inégalité parmi les hommes

On est frappé par le tableau infrahumain qu’offre l’œuvre fictionnelle et poétique de Frankétienne et de Ben Jelloun, avec les atrocités qui s’imposent comme mode de vie sociale. On y trouvre un univers effarant où la désolation et la tourmente occultent la joie de vivre, où le mal domine le bien, où se manifeste le combat entre la mort cruelle et la vie, où le mutisme et la torpeur voilent les yeux de l’espérance. Vit ainsi une population dans des conditions effroyables, sous l’emprise d’un pouvoir musclé et sauvage; et l’horizon de la vie des personnages romanesques ne cesse, au fil du temps, d’assombrir. On dirait qu’ils se consentent de leur sort. Ils sont d’ailleurs désignés sous le triste nom : « bande de zombis », décrite dans les proses narratives et poétiques Ultravocal et Les Affres. Tous ne sombrent pourtant pas dans l’apathie, même s’ils sont calmes et silencieux. Bouillent en eux l’amertume, la colère et l’indignation. C’est vrai aussi de la figure centrale du roman jellounien...

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