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Enjeux postcoloniaux de l’enfance et de la jeunesse

Espace francophone (1945-1980)

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Edited By Yves Denéchère

Si la jeunesse a joué un rôle important dans la construction des empires coloniaux, elle est également un enjeu essentiel des décolonisations et de leurs suites. Au second XXe siècle, les processus d’émancipation des peuples colonisés posent en effet avec force la question sociale et politique de l’enfance et de la jeunesse en contexte colonial et postcolonial, dans les pays devenus indépendants comme chez les anciens colonisateurs. L’intérêt de cet ouvrage est de mettre en avant les biopolitiques spécifiques aux enfants et aux jeunes qui ont émergé dans un ensemble complexe de questions politiques et diplomatiques, économiques et sociales, démographiques et populationnistes, philosophiques et religieuses. À l’instar des Colonial and Postcolonial Studies, il s’agit d’interroger les cultures postcoloniales et les articulations entre décolonisation et colonisation, notamment les prolongements de celle-ci dans celle-là. Pendant la décolonisation des empires français et belge et la construction de nouveaux États, les enfants et les jeunes ont été sujets de politiques voulues ou soutenues par des biopouvoirs et mises en œuvre par des protagonistes divers : armées, associations, humanitaires, colonialistes, nouvelles élites, militants, simples citoyens. Les archives publiques qui reflètent les différentes politiques menées ainsi que les sources écrites et orales d’associations ou d’autres organisations permettent de cerner les rôles d’acteurs non-étatiques. Les paroles, plus ou moins critiques, de celles et de ceux qui sont les premières personnes concernées par cette histoire – c’est-à-dire les enfants et les jeunes eux-mêmes – sont bien entendu également mobilisées.

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Les enfants métis de Monseigneur Augouard à Brazzaville (1921-1954) (Françoise Blum)

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Les enfants métis de Monseigneur Augouard à Brazzaville (1921-1954)

Françoise BLUMCNRS, Centre d’histoire sociale du XX e siècle

Nombreux sont les juristes, médecins, administrateurs qui ont tenté de définir ou catégoriser les métis. Ceux que le sens commun et le droit colonial considéraient comme tels ont aussi dit leur condition, leurs souffrances et leurs fragilités. Ainsi le Congolais Henri Lopes :

Je suis né dans une ville en forme d’orange. À l’époque, ses maîtres, pour mieux en presser le jus, l’avaient coupé en deux. D’un côté la partie blanche, de l’autre la partie noire. À la maison pourtant, la couleur dominante n’était ni l’une ni l’autre. Nous étions nés, contait grand-mère, du mariage de deux gouttes dissipées qui giclèrent lors de la séparation. Une goutte de l’hémisphère noir, une goutte de l’hémisphère blanc. Allez savoir pourquoi, le noir et le blanc ne donnèrent pas du gris mais du marron. « Non, me reprenait grand-mère, nous ne sommes ni gris ni marrons, nous sommes métis ; une tribu sans langue ni mœurs, mais sans laquelle le monde serait privé de soleil. Marron ? Le mot n’existe pas en lingala. Gris ? Nous le serions si nous étions des souris. Or nous sommes une tribu née de l’amour et de la fantaisie, c’est-à-dire de la sagesse »1.

Métisse, Andr...

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