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Enseignements à distance

Des arts savants, le génie d’un métier, l’instruction en valeurs : anthropologies d’une organisation éducative

Olivier Marty

Les enseignements à distance émanent de l’endroit des signes ; ils permettent l’élévation par des messages lointains. D’où viennent ces signes ? Qui les adressent ? Qui sont les enseignants à leur origine ? Comment pensent, travaillent et évaluent ceux qui font l’enseignement à distance ? C’est à ces questions de recherches anthropologiques que répond l’ethnographie que nous livrons ici ; elle a pris place pendant trois années dans une organisation éducative vénérable, grâce à son site dédié à l’enseignement supérieur – dont nous garderons l’anonymat par déontologie.

La professionnalité de la profession de professeur, qui est parole devant audience, laisse alors place à une industrie du signe paradoxale, souvent muette dans les fascicules, parfois loquace sur des enregistrements sonores, voire audiovisuels et numériques. Les arts et les métiers, que nous décrirons par le détail, montrent une pensée gestionnaire à l’œuvre dans cette institution (c’est le lien formation-emploi) ; un génie nouveau, à la fois ingénu, car libre, et ingénieux puisqu’inventif avec des supports modernes, comme la classe virtuelle. Mais nous verrons aussi la permanence des valeurs de l’instruction par l’évaluation qualitative, supérieure à la masse des nombres.

Faisant abstraction des péripéties du quotidien, vous pourrez lire une anthropologie de l’éducation qui est une anthropologie des savoirs, non pas produits, mais de ceux qui les produisent. C’est l’anthropologie d’une organisation éducative, économique par l’agence étudiée dans son labeur, mais aussi épistémique par ses objets, résultats et conditions de possibilités.

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Conclusion : de l’anthropologie économique à l’anthropologie épistémique

Conclusion : de l’anthropologie économique à

l’anthropologie épistémique

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Notre itinéraire d’observateur participant et de participant observateur dans l’enseignement à distance, et en particulier le chapitre précédent sur le lien entre docimologie et économie, pourrait laisser penser que notre anthropologie se réduit à une anthropologie économique critiquant un gouvernement par les nombres surrané. Nous avons en effet, selon une approche institutionnaliste ou organisationnelle classique en anthropologie de l’éducation, étudié une industrie éducative diffusant les connaissances. Notre originalité étant d’étudier non pas comment les connaissances sont produites (par la recherche) ou consommées (par les étudiants) mais l’intermédiaire éducatif qui permet de les diffuser (l’industrie commerciale d’un centre d’enseignement à distance, appareil administratif national). On retrouve bien des problématiques propres à l’anthropologie économique qui occupe une place de choix dans les sociétés de la connaissance – où la connaissance se massifie, se marchandise et devient un secteur d’activité parfois lucratif. Est-elle un bien public ou un bien privé ? Cette distinction révolutionnaire et pourtant acutelle avait-elle un sens dans l’université médiévale ?

Pourtant nous ne voulons pas réduire nos efforts à une anthropologie économique. On remarquera en effet l’évolution dans notre ouvrage depuis la gestion, vers la conception et enfin l’apprentissage. La description du métier de cadre intermédiaire de l’enseignement à distance, spécialisé dans les fonctions d’ingénierie, laisse peu à peu la place à des descriptions sur le métier d’élève ou encore sur les activités d’apprentissage et leurs valeurs.

Nous pensons que notre anthropologie...

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