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Paroles de témoins, paroles d’élèves

La mémoire et l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, de l’espace public au monde scolaire

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Nadine Fink

À la fin des années 1990, le rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale fait l’objet de vives polémiques au cours desquelles se confrontent la mémoire portée par les acteurs du passé et l’histoire en tant qu’interprétation de ce passé. Les tensions et les controverses, largement relayées dans la société, n’épargnent pas le monde scolaire. Ainsi, jusqu’en 2008, plus de vingt mille élèves de Suisse visitent l’exposition L’Histoire c’est moi qui médiatise les témoignages audiovisuels de personnes racontant leurs souvenirs de l’époque de la guerre. En suivant la manière dont cette exposition a été vécue par le jeune public, ce livre étudie l’expression et la réception de la parole du témoin dans le champ scientifique, dans l’espace public et dans le monde scolaire. Il interroge à la fois la construction de la mémoire collective de la Seconde Guerre mondiale en Suisse et la contribution des témoignages oraux à la formation intellectuelle des élèves. Il montre comment se tisse le lien intergénérationnel entre témoins et élèves autour d’une représentation partagée du passé, souvent lisse et consensuelle, plus rarement critique et nuancée.
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Chapitre 4: Les Témoins dans la Classe: Approche Didactique

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Or l’élection de Lindbergh avait pour moi levé tout doute sur ce chapitre: la révélation de l’imprévu, tout était là. Retourné comme un gant, l’imprévu était ce que nous, les écoliers, étudions sous le nom d’«histoire», cette histoire bénigne, où tout ce qui était inattendu en son temps devenait inévitable dans la chronologie de la page. La terreur de l’imprévu, voilà ce qu’occulte la science de l’histoire, qui fait d’un désastre une épopée.

Philippe Roth (2006, p. 140-141)

L’extrait du roman de Philippe Roth en ouverture de ce chapitre fait référence à la découverte que fait le narrateur, à l’âge adolescent, de l’imprévisibilité du présent. Dans son roman, Roth imagine les conséquences sur le déroulement de la Seconde Guerre mondiale et sur les conditions de vie de la population juive américaine – dont le narrateur – de la modification d’un seul événement: l’élection de Lindbergh, favorable à Hitler, et non de Roosevelt aux présidentielles américaines de 1941. Roth met en évidence le déroulement linéaire et déterminé du récit historique – évoqué aux chapitres précédents – auquel échappent difficilement l’histoire et son enseignement. Répondant à un souci de quête d’intelligibilité face à un passé complexe et chaotique, aux réalités et expériences humaines multiples et parfois insaisissables, le récit historique se déroule tel un fil continu. Il est reconstruit autour...

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