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Jazz, pouvoir et subversion de 1919 à nos jours / Jazz, Macht und Subversion von 1919 bis heute

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Pascale Cohen-Avenel

Pour la première fois, un ouvrage scientifique étudie le jazz et ses relations avec le pouvoir dans plus de 6 pays francophones, germanophones et russophones. Il s’interroge sur la valeur subversive du jazz dans la quête identitaire de la jeunesse contestataire, sur son rôle dans la propagande d’Etat de l’Est comme de l’Ouest, et dans la définition de soi des élites et des artistes des années 1920 à nos jours. Résolument internationale, la perspective choisie est également pluridisciplinaire.
Diese Studie widmet sich als erste in diesem Gebiet dem Jazz und seinen Beziehungen zu den Machthabern der jeweiligen Staaten. Der Fokus liegt auf verschiedenen deutsch-, französisch- sowie russischsprachigen europäischen Ländern. Untersucht wird, wie subversiv der Jazz in der Identitätssuche der Jugend wirkt, sowie seine Rolle in der staatlichen Propaganda, und in der Selbstdefinition der Eliten und der Künstler von den 1920er Jahren bis heute. Die Perspektive dieses Buches ist sowohl international wie interdisziplinär.
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CHRISTIAN BÉTHUNE

Dans son Adieu au jazz de 1933,1 Adorno se demandait, non sans ironie : pourquoi les nazis prenaient-ils la peine d’interdire une forme d’expression à l’agonie ? En effet, aux dires du philosophe, le jazz moribond était sur le point de rendre l’âme, si tant est que, pour le Maître de Francfort, il en possédât une. Ironiquement, loin de congédier une fois pour toute l’expression jazzistique, ce prétendu « adieu au jazz » aura inauguré une suite quasi obsessionnelle d’écrits et de remarques incidentes sur le sujet sous la plume acrimonieuse d’Adorno.

L’un des griefs majeurs d’Adorno à l’égard du jazz c’est qu’il constitue une figure emblématique de « l’administration généralisée du monde », en d’autres termes de ce que nous appellerions aujourd’hui la mondialisation ou, pour adopter la forme anglo-saxonne de ce terme, la « globalisation ». Pour leur part, entendant dans le jazz une expression nègre et juive mâtinée de musique tzigane,2 c’est au nom de l’exclusion de tout cosmopolitisme culturel et de la chasse à l’impureté raciale, que les nazis feront du jazz l’emblème de toutes les musiques dégénérées. On remarquera qu’une curieuse proximité lexicale s’établit au passage entre l’« Entkunstung» (désartification3), ← 333 | 334 → néologisme, spécialement forgé par Adorno pour disqualifier le jazz de toute prétention esthétique, et l’« Entartung » (dégénérescence) de la condamnation nazie dont le jazz est le...

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