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Charlemagne et les objets

Des thésaurisations carolingiennes aux constructions mémorielles

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Edited By Philippe Cordez

Les recherches réunies dans ce livre partent du constat que le Moyen Âge ne connaissait pas notre notion d’« objet ». Le mot n’a en effet pris son sens courant de chose de dimension limitée, destinée à un certain usage, que vers la fin du XVIII e siècle. Comment peut-on, dès lors, rendre compte sans anachronisme de ce que les « objets » ont été pour ceux qui vécurent durant les siècles précédents ?
La figure de Charlemagne a permis aux auteurs d’aborder cette question à partir de deux phénomènes historiques. La vaste entreprise de la réforme carolingienne, d’abord, impliqua le développement de pratiques de « thésaurisation », soit des accumulations de matières et de formes consistant aussi bien en de nouveaux modes de gestion qu’en la création d’artefacts unissant, de façon inédite, les pouvoirs profane et sacré. La célébration largement partagée de la mémoire de l’empereur, ensuite, donna lieu à de nombreuses « constructions mémorielles », qui associaient des récits et des choses, et faisaient ainsi d’elles l’évidence présente d’un passé revisité.

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Philippe Cordez - Vers un catalogue raisonné des «objets légendaires» de Charlemagne. Le cas de Conques (XIe-XIIe siècles) 135

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135 Philippe Cordez Vers un catalogue raisonné des «objets légendaires» de Charlemagne. Le cas de Conques (XIe-XIIe siècles) Le mot «objet», au sens d’entité matérielle et fonctionnelle, s’est imposé vers la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle dans le contexte de la révolution industrielle et commerciale1. Le terme legenda désignait au Moyen Âge ce qui se lit: il entre dans la notion d’«objet légendaire», qui attire l’attention non sur des objets fictifs, mais sur ce que l’on rapportait à propos de certains objets bien réels. Le principe du «catalogue rai- sonné» est quant à lui l’invention de marchands éclairés du milieu du XVIIIe siècle2. On souhaite ici l’appliquer aux objets légendaires de Char- lemagne, pour recenser et étudier, aussi exhaustivement que possible et en s’efforçant de saisir leur sens et leurs enjeux, les objets attribués à la générosité de l’empereur, ou comptés parmi ses biens, avant que ne s’imposent les méthodes d’analyse formelle de l’histoire de l’art. Celles- ci conduisirent aux XIXe et XXe siècles à porter un œil critique sur les interprétations traditionnelles, et presque toujours à les rejeter en les dégradant au rang de fausses hypothèses: débarrassés de ces «légendes», les objets purent être inscrits plus facilement dans une chronologie abso- 1 Je remercie Pierre Alain Mariaux pour des conversations suggestives, Emmanuel Garland pour une relecture précise et mes collègues du Kunsthistorisches...

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