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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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Mikola Bazhan

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1

Etna Taormina. Les pages de souvenirs2

[…] On plaça et alluma les projecteurs. On contrôla l’acoustique. On testa les appareils. L’atmosphère était étouffante, bruyante, fatigante. Les portes s’ouvrirent et Anna Akhmatova, accompagnée de quelques personnes, entra dans la salle lentement et solennellement. La lumière des projecteurs l’illumina. Toute son attitude était calme et digne. Elle ne montrait pas l’effort qu’avait été pour cette vieille femme de gravir les marches raides du grand escalier moyenâgeux. La poétesse était majestueuse, telle une reine de légende. Et tout ce public disparate qui avait envahi la salle, indépendamment de ses opinions envers les Soviétiques, se leva pour acclamer cette invitée venue du Nord dont l’apparition suscitait l’étonnement et l’enthousiasme. J’admirais sa façon de se tenir, ses gestes lents et majestueux, son allure générale. Une robe longue de soie marron, bruissante, voletait autour de sa taille qui avait perdu la fragilité et la souplesse de sa jeunesse, fixée à jamais sur les portraits peints par Modigliani, Annenkov, Tychler3, mais avait acquis, dirais-je, une majesté royale. La poétesse était comme suspendue au-dessus d’un public bariolé aux multiples visages à une hauteur inimaginable. Dans son maintien, il y avait une pose particulière, une certaine théâtralité, un jeu, mais avec tant de talent et de naturel qu’il semblait lui appartenir depuis toujours.

Elle s’inclina légèrement, prit place à la table et se tourna vers...

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