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Anna Akhmatova et la poésie européenne

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Edited By Tatiana Victoroff

À partir de la figure centrale d’Anna Akhmatova, emblématique de l’âge d’argent russe, à travers les complexes rapports d’opposition et de filiation que la poésie russe entretient avec l’Europe depuis le début du XIX e siècle, des chercheurs, des poètes, des traducteurs s’interrogent sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et en est très profondément l’héritière. Les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence se laissent préciser et affiner au regard d’une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Les contributions de chercheurs comparatistes ou slavisants, français et russes, s’organisent selon plusieurs axes – Akhmatova en dialogue avec les poètes européens ; Akhmatova comme poète européen ; les questions de traduction et de transmission – mais l’ouvrage inclut également les témoignages de poètes et d’intellectuels au sujet de leur rencontre avec Akhmatova ou à travers la lecture de ses vers. Il propose également de nouvelles traductions d’Akhmatova en français. Enfin, des poèmes inédits d’auteurs européens contemporains qui ont composé sous l’inspiration akhmatovienne témoignent de l’écho européen d’une voix contre laquelle la censure s’est acharnée sans l’étouffer et qui reste un surgeon toujours fécond dans la lignée de la poésie la plus existentielle.
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Nikita Struve

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1

Huit heures en compagnie d’Anna Akhmatova…2

Les derniers jours du mois de mai 1965, Akhmatova s’était rendue en Angleterre pour recevoir à Oxford le titre de docteur honoris causa. C’était son deuxième voyage à l’étranger depuis près d’un demi-siècle, ce n’est qu’en 1964 qu’elle fut autorisée à se rendre en Italie pour recevoir le prix Etna Taormina. J’avais été tenté de me rendre en Angleterre ne serait-ce que pour l’apercevoir, mais je ne pensais pas du tout qu’elle puisse me rencontrer… Sur le chemin du retour, elle reçut la permission de passer par Paris à condition de n’y rester que trois jours. Elle y arriva dans la soirée du jeudi 25 juin, en compagnie de sa petite-fille (par alliance), Anna Kaminskaïa, et par une étudiante des États-Unis qui devait devenir sa biographe, Amanda Haight (prématurément disparue en 1990). Par leur entremise, Akhmatova à mon grand étonnement m’avait fixé un rendez-vous pour vendredi à 14 heures à l’hôtel Napoléon près des Champs-Élysées, où une chambre avait été mise à sa disposition par le fils du critique littéraire Serge Makovski. J’arrive bien sûr à l’heure, je demande qu’on m’annonce, mais aussitôt retentit un coup de téléphone et l’on me dit : « c’est pour vous ». J’entends la voix lente et profonde d’Akhmatova : « Vous êtes déjà arrivé ? Pardonnez-moi, je suis en retard » ? Gêné, je réponds gauchement « puis-je vous attendre ? », et elle, de sa...

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