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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Amitié

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Si on avait demandé à Panaït Istrati pourquoi il aimait Mikhaïl, il aurait pu répondre comme Montaigne à propos d’Etienne de la Boétie : « Je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : “Parce que c’était lui, parce que c’était moi” »1. « Amitié… Je ne t’explique pas : je voudrais te chanter », écrivait Istrati, en indiquant, par cette seule référence à l’art qu’il considérait comme suprême, la perfection divine de la chose à décrire et celle de l’expression adéquate (v. musique). Cependant, les deux auteurs ont consacré beaucoup de pages à l’Ami unique, moins explicatives, il est vrai, que lyriques, comme un douloureux requiem. C’est à nous de chercher les explications, parce qu’il ne suffit pas de parler de l’amitié comme si c’était un universel de langage et de sentiments. Sur le fond commun, on doit saisir les différences, seules porteuses de significations.

Dans La Jeunesse d’Adrien Zograffi un livre entier était consacré à Mikhaïl ; des centaines de pages en aval, dans la Vie d’Adrien Zograffi, le second volume de la Méditerranée contenait un avant-dernier chapitre sur la « Mort de Mikhaïl », comme si l’existence de ce personnage alter-ego marquait aussi bien le début que la fin de sa propre vie. Il l’avait rencontré à dix-sept ans, quand Mikhaïl, de cinq ans son aîné, était vendeur dans la pâtisserie misérable de Kir Nicolas. Leurs yeux ne se rencontrèrent pas, selon le...

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