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Le corps de l’audible

Écrits français sur la voix 1979–2012

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Helga Finter

La voix n’est-elle qu’un instrument pour la langue ou a-t-elle une signifiance propre? Quel rôle joue sa théâtralisation pour les conceptions du sujet, du corps, du langage? Comment la voix crée-t-elle une présence ou une signature? Comment dramatise-t-elle son origine et l’audio-vision? Quels sont les effets et les fonctions des technologies sonores? À quoi servent les voix acousmatiques? Comment se manifestent une éthique et/ou une politique de la voix? Quel est le rapport entre voix d’auteur et voix poétique? C’est à de telles questions que répondent les écrits de ce livre en analysant des œuvres de la scène expérimentale – théâtre, opéra, danse, médias – et de l’écriture qui proposent par leur pratique une esthétique de la voix.
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La voix atopique : présences de l’absence

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Technologies et crise de la représentation

Depuis les radiophonies d’Antonin Artaud, les expériences vocales au théâtre avaient ciblé ce qui, dans une voix, fait présence de corps. Mais à partir les années 1970, l’utilisation de médias comme le microport, les haut-parleurs et plus tard les sound computer, les vocoder ou les sampler a contribué à radicaliser l’exhibition d’une altérité de la voix et de la parole : en séparant la voix émise du corps de l’acteur, l’unité du personnage fut alors mise en question. Artaud cependant avait déjà fait entendre, avant toute intervention d’appareillage technique, une telle séparation par un travail sur l’intervocalité1 : celle-ci suggéra d’appréhender la voix au théâtre comme toujours déjà autre, multiple et à la recherche de son lieu. Cette intervocalité se distinguait toutefois de l’intervocalité des acteurs virtuoses. Tandis que ceux-ci faisaient entendre la multiplicité des voix d’écriture selon une vraisemblabilité expressive rhétorique, Artaud injectait un corps polylogue dans l’écriture : en superposant des voix rendues sensibles comme voix soufflées, il projetait comme rapport à autant de voix et paroles soufflées l’utopie d’un espace vocal2. Or l’intervention d’un appareillage technique rendit par la suite la voix autant étrangère que la parole : en la séparant du corps visible sur scène, la voix techniquement modifiée déconstruisit la vraisemblabilité du lien entre corps et langage et par ce fait même la représentation du personnage...

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