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Crowdfunding, industries culturelles et démarche participative

De nouveaux financements pour la création

de Laurent Creton (Éditeur de volume) Kira Kitsopanidou (Éditeur de volume)
©2016 Collections 192 Pages

Résumé

La notion de participation, associée aux usages du web 2.0, est devenue une composante essentielle de l’économie numérique. Par-delà les fantasmes cultivés par les discours médiatiques sur l’économie participative et la rhétorique techno-démocratique, cet ouvrage vise à déterminer si la nouveauté des termes « crowdfunding », « finance participative », « économie contributive », « crowdsourcing », « consommation collaborative », etc., rend compte de changements majeurs et d’innovations significatives en matière de pratiques sociales, de modèles organisationnels et de logiques financières et industrielles à l’œuvre au sein des industries de la culture.
Le crowdfunding contribue-t-il au financement et à l’exposition de biens culturels plutôt en marge des logiques industrielles et du circuit commercial traditionnel, ou est-il principalement au service de l’économie de best-sellers participant d’emblée à la réduction de l’incertitude qui caractérise tous les biens d’expérience et permettant la captation très en amont d’une audience potentielle pour les projets les plus fédérateurs ?
L’ouvrage met en perspective les logiques transformatives du crowdfunding et de l’économie participative selon une approche interdisciplinaire (économie, sociologie, sciences de l’information et de la communication, droit, histoire) en se fondant sur l’étude de cas précis et sur les témoignages de professionnels issus de différents secteurs culturels et créatifs.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos du livre
  • À propos des directeurs de la publication
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • Remerciements
  • Introduction
  • Première Partie: Le Crowdfunding et L’économie Participative : Ruptures et Continuités
  • De la financiarisation, au financement de l’innovation et jusqu’au crowdfunding
  • De la gratuité au crowdfunding dans le contexte du tournant participatif de la culture à l’heure du web
  • Crowdfunding et valorisation des biens culturels
  • Deuxième Partie: Enjeux et Usages du Crowdfunding Dans le Secteur Culturel
  • Enjeux économiques, juridiques et sociologiques du financement participatif sur Internet dans le secteur de la création
  • Les modèles participatifs dans les musées
  • Usages du crowdfunding dans les secteurs musicaux et littéraires
  • Le crowdfunding au regard des jeux vidéo
  • Troisième Partie: Financer la Création Audiovisuelle À L’heure du web Collaboratif
  • Tous coproducteurs : une utopie juridique ?
  • Le crowdfunding et les chaînes de télévision françaises
  • Le financement participatif
  • Le financement participatif augmente-t-il la diversité de l’offre ?
  • Bibliographie
  • Les auteurs

Remerciements

Le travail d’étude et de recherche qui fonde cet ouvrage n’a pu être réalisé que grâce au concours de nombreux professionnels des milieux du cinéma, de l’audiovisuel et des industries culturelles avec lesquels nous échangeons régulièrement. Qu’ils reçoivent ici l’expression de nos remerciements.

Notre gratitude va également aux institutions qui ont joué un rôle si important pour que le colloque à partir duquel cet ouvrage a été réalisé puisse se tenir dans d’excellentes conditions :

       le Conseil scientifique de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et l’Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel (IRCAV, EA 185)

       le Labex Industries Culturelles et Création Artistique. Numérique et Internet (ICCA) et son directeur, Bertrand Legendre

       la plate-forme de financement participatif TousCoprod et en particulier Nicolas Bailly (fondateur et CEO), Matthias Lavaux (co-fondateur et directeur des opérations) et Lydia Ould Ami (office manager).

Enfin nos remerciements vont à Chloé Delaporte pour sa contribution à l’organisation du colloque. ← 11 | 12 → ← 12 | 13 →

Introduction

Laurent CRETON et Kira KITSOPANIDOU

La notion de participation, associée aux usages du web 2.0, est devenue une composante essentielle de l’économie numérique. De la production (FabLabs, maker spaces) à la consommation, jusqu’au financement (crowdfunding), en passant par l’éducation (modes d’apprentissage en pair à pair, éducation ouverte, open source), l’économie participative recouvre une grande diversité de pratiques qui sont potentiellement autant de leviers de transformation, de perturbation, voire de bouleversement des marchés et des modèles économiques préexistants. Dans le domaine des arts et de la culture, les plates-formes participatives prennent de plus en plus d’envergure, donnant la possibilité aux internautes de devenir tantôt des business angels à faible ticket d’entrée pour financer des projets de création artistique, tantôt des prescripteurs concourant activement à la promotion et à la valorisation des biens culturels, tantôt des prosumers (Toffler, 1980) contribuant à la production de contenus (logiciels, blogs, vidéos, etc.) et à leur circulation. S’appuyant sur l’essor des technologies numériques et dynamisées par le développement de la philosophie Do It Yourself, les pratiques participatives s’étendent à tous les secteurs culturels et créatifs (musique, audiovisuel, jeu vidéo, livre, arts plastiques…) et se professionnalisent avec l’arrivée de nombreux acteurs en France (KissKissBankBank, Ulule, Touscoprod, Projet Cinéma, Weareproducteurs…) et à l’international (IndieGoGo, Kickstarter, Patreon, Tubestart…).

Avec une capacité de levée de fonds qui a triplé tous les ans pendant plusieurs années, le marché global des « socio-financements », marché qui recouvre en réalité une diversité de modèles d’affaires1, nourrit des attentes fortes en matière d’alternative aux circuits classiques de financement. En 2012, le total de l’intervention financière de l’État dans le domaine de la culture et de la communication a atteint 13,9 milliards d’euros2. Les collectivités territoriales apportent de nos jours au secteur culturel 70 % du budget global qui lui est consacré, soit quelque 7,6 mil ← 13 | 14 → liards d’euros en 20103. Cependant, dans le contexte actuel de crise économique et de désengagement progressif des principaux soutiens à la création artistique (réduction de la dépense publique, reforme territoriale, recul des financements traditionnels à la création cinématographique), le financement participatif semble inaugurer une ère nouvelle d’investissement culturel porté par le mécénat 2.0 (le site de mécénat participatif Culture Time, le programme Tous Mécènes du Musée du Louvre) et la « philanthropie digitale », reconfigurant en même temps le mode de consommation de la culture (passage de la « culture comme bien » à la « culture comme lien »). Le magazine Forbes estime le potentiel mondial de financement du crowdfunding à 1 000 milliards d’euros à l’horizon de 20204, le marché français étant évalué à cette échéance à 2 ou 3 milliards d’euros5. En 2014, les plates-formes européennes du financement participatif ont pu collecter plus de 2,9 milliards d’euros dont 154 millions d’euros ont été levés en France6. Au regard de ces chiffres, la tentation est grande de croire que les investissements des particuliers pourront jouer le rôle d’amortisseur à la crise économique et aux coupes dans les dépenses culturelles publiques. Or, l’analyse du marché britannique des socio-financements, marché qui réunit plus de trois quarts de la collecte européenne, révèle que le secteur est porté en grande partie par les plates-formes spécialisées dans le crédit aux PME et à la consommation. En France, la moitié de la collecte en 2014 concerne la plate-forme Prêt d’Union, active dans le peer-to-peer lending7.

C’est sur les plates-formes de don que le secteur culturel et artistique représente l’essentiel de l’intérêt des investisseurs, ces plates-formes représentant un quart du marché global des financements participatifs. La capacité de collecte en faveur des industries culturelles semble encore bien maigre en comparaison avec les circuits classiques de financement. À l’échelle internationale, l’audiovisuel et les arts du spectacle vivant ont attiré en 2014 près de 2 milliards de dollars8. En quatre ans d’existence, ← 14 | 15 → des plates-formes de don telles que KissKissBankBank et Ulule ont permis de financer plus de 10 000 projets avec respectivement 26 millions d’euros et 30,5 millions d’euros collectés. À l’autre bout de l’échelle, Kickstarter aux États-Unis a permis depuis sa création en 2009 de lever 1,5 milliard de dollars. L’audiovisuel ne représente qu’un peu plus de 66 millions de dollars des fonds collectés par le géant américain du crowdfunding en 20149. Positionnée sur la production audiovisuelle, la plate-forme française Touscoprod a enfin levé entre 2009 et 2014 près de 3,8 millions d’euros répartis sur plus de 452 films10. L’offre relativement faible des « financements 2.0 » du point de vue de l’offre culturelle mainstream ne doit cependant pas occulter les transformations que le web collaboratif engendre en matière de modèles d’affaires, de pratiques de consommation culturelle et de renouvellement de la création et des modes de production. Les enjeux du crowdfunding ne s’apprécient pas principalement au regard des sommes levées mais à la manière dont il remplit une fonction de laboratoire à la fois sur le plan des nouvelles formes d’intermédiation numériques mais également pour les modèles économiques hybrides nés avec Internet.

Par-delà les fantasmes cultivés par les discours médiatiques sur l’économie participative et la rhétorique techno-démocratique, cet ouvrage collectif se donne d’abord pour objectif d’historiciser la pratique du « financement par la foule » afin, d’une part, de la mettre en perspective sur le plan des technologies culturelles qui la sous-tendent et des modèles économiques qui l’ont rendu praticable (Laurence Allard) et de la comparer, d’autre part, à des pratiques du don plus traditionnelles (par exemple, les sociétés d’amis des arts, sociétés d’amis de musée, etc.) pour identifier la part du nouveau (François Mairesse). En effet, le crowdfunding correspond à l’hybridation du web participatif avec une pratique ancienne dont on retrouve historiquement les racines sous la forme d’appels à souscriptions dans le patrimoine, les musées, le livre, voire le cinéma (Dominique Bougerol).

Résumé des informations

Pages
192
Année de publication
2016
ISBN (ePUB)
9782807600096
ISBN (MOBI)
9782807600102
ISBN (Broché)
9782875743688
ISBN (PDF)
9783035266412
DOI
10.3726/978-3-0352-6641-2
Langue
français
Date de parution
2016 (Septembre)
Publié
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2016. 192 p., 1 fig., 4 tabl.
Sécurité des produits
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Notes biographiques

Laurent Creton (Éditeur de volume) Kira Kitsopanidou (Éditeur de volume)

LAURENT CRETON est professeur à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et membre de l’IRCAV. Ses travaux portent notamment sur les marchés du cinéma, les nouveaux médias numériques de l’image et du son, les stratégies d’entreprise et les politiques de régulation des industries culturelles. KIRA KITSOPANIDOU est maître de conférences à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et membre de l’IRCAV. Ses recherches portent notamment sur les stratégies d’innovation des acteurs du champ cinématographique et audiovisuel.

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