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Politiques éducatives, diversité et justice sociale

Perspectives comparatives internationales

de Régis Malet (Éditeur de volume) Liu Baocun (Éditeur de volume)
©2021 Collections 258 Pages

Résumé

Ce volume aborde les questions de justice sociale sous l’angle des politiques éducatives menées dans des espaces géo-culturels qui se signalent par une grande diversité interne, qu’elle soit sociale, ethnique ou linguistique.
Il propose une lecture comparative des conceptions contemporaines qui orientent les politiques publiques dans les domaines de l’éducation, de l’équité, de l’accessibilité et de la promotion individuelle.
Les contributions rassemblées proposent des analyses qui éclairent différentes perceptions - principalement françaises et chinoises - des enjeux d’équité et de justice en éducation, ainsi que des politiques qui en rendent compte et des débats publics qu’elles suscitent.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • LISTE DES CONTRIBUTEURS
  • Présentation – Regards croisés sur les enjeux de justice sociale dans les politiques éducatives contemporaines: (Régis Malet et Liu Baocun)
  • PREMIÉRE PARTIE SCOLARISATION, INTÉGRATION ET JUSTICE SOCIALE – MISE EN PERSPECTIVE SOCIOHISTORIQUE DES DÉBATS CONTEMPORAINS
  • Former les masses et former les élites en France, entre politiques nationales et convergences internationales, XIX – XXIe siècle.: (Bruno Garnier)
  • Discrimination positive et démocratisation de l’accès à l’école en Chine mesurée par le coefficient de Gini (2000–2015): (Lijuan Wang)
  • « Pour tous » : quelles diversités pour une éducation inclusive ? Idéaux, paradoxes et principes de l’universalisme éducatif: (Magdalena Kohout-Diaz)
  • DEUXIÈME PARTIE POLITIQUES DE RECONNAISSANCE ET D’ORIENTATION SCOLAIRE
  • Subir ou choisir son orientation ? Une comparaison internationale des politiques d’éducation à l’orientation: (Yves Dutercq & Christophe Michaut)
  • L’identification des élèves à besoins spécifiques au Canada : entre catégorisation et non-catégorisation: (Philippe Tremblay)
  • Evolutions récentes des représentations territoriales et scolaires des élèves de collège ruraux-montagnards susceptibles d’intervenir dans la construction des inégalités d’orientation d’origine territoriale: (Elodie Bellarbre et Pierre Champollion)
  • TROISIÈME PARTIE MONDIALISATION DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET JUSTICE SOCIALE
  • Trajectoires d’accès à l’enseignement supérieur des personnes en situation de migration : perspectives internationales comparées: (Marie-Agnès Détourbe)
  • Qualité et équité de l’enseignement à l’ère de la mondialisation. Contextes et recontextualisations: (Marie Christine Deyrich)
  • De la massification de l’éducation aux inégalités de genre dans l’orientation scolaire dans l’enseignement supérieur au Mozambique: (Duarte Patrício RAFAEL)
  • Du rôle de l’élitisme des grandes écoles françaises dans la stratification sociale: (Meng Yajun)
  • Analyse croisée et études de cas des Initiatives d’Excellence en France. Les exemples de l’Université Paris-Saclay et Sorbonne.: (Zhang Hui)
  • Postface: (N’Dri Assié-Lumumba)
  • Titres parus dans la collection.

cover

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Magdalena Kohout-Diaz

« Pour tous » : quelles diversités pour une éducation inclusive ?
Idéaux, paradoxes et principes de l’universalisme éducatif.

Résumé : Si la prise en compte de la diversité de plus en plus grande des publics scolaires est à l’agenda des politiques éducatives dans de nombreux pays d’Europe et du monde, la question se pose de savoir ce qui est exactement entendu par cette diversité. L’article explicite en quoi les réponses à cette question nous conduisent au cœur de nombreux paradoxes.

L’un d’entre eux confronte une représentation humaniste de l’enfant au discours impératif contemporain concernant la jouissance des objets. Si une première approche ancre le sujet parlant dans sa langue, sa culture et son histoire, la seconde envisage l’enfant comme un individu anhistorique et globalisé. De ce fait, elle instaure exclusion et discrimination, nous éloignant des idéaux de justice sociale et d’équité pourtant promus par l’idéologie consensuelle de l’éducation inclusive qu’elle décrète.

Mots clé : diversité, éducation inclusive, humanisme, paradoxe, idéal, universalisme

1. Introduction

La prise en compte des diversités, une éducation et une scolarisation inclusives et équitables pour tous les enfants et la lutte contre toutes les formes de discrimination constituent des objectifs consensuels pour les politiques publiques internationales, nationales et locales depuis de nombreuses années. Toutefois ces défis prennent aujourd’hui des significations nouvelles que nous visons à mettre en évidence, au carrefour de discours humanistes, pédagogiques, gestionnaires, managériaux et technoscientifiques. L’adjectivation inclusive est « plus qu’un mot à la mode », indiquant notamment l’aspiration sociétale à une éthique démocratique renouvelée et ouverte20 au moment où nous assistons à une montée en puissance des discours de haine et d’exclusion partout dans le monde.

Ce chapitre analyse cette ambition de la prise en compte inclusive des diversités en éducation de trois points de vue, visant à montrer la complexité de la ←75 | 76→notion. L’éducation inclusive est d’abord étudiée en tant qu’elle est un idéal historiquement ancré dans l’humanisme de la Renaissance, qui promeut le sujet contre l’objet, la démocratie et la citoyenneté mondiale contre les totalitarismes et les discriminations. Mais à l’époque contemporaine, ce processus inclusif charrie également de nombreux paradoxes : la prescription de l’éducation pour tous est une opportunité récupérée par les marchés pédagogiques ; la valorisation de la diversité spécifique et singulière de chaque enfant est confrontée à l’abord neurobiologique des profils d’apprentissage et la personnalisation des parcours tend à ne plus être accompagnée par des professionnels experts. La question est donc de savoir quels sont les principes structurants de l’approche inclusive de l’éducation, permettant de pérenniser le respect de diversités socio-historiquement et culturellement ancrées.

2. L’éducation inclusive en idéaux humanistes.

Les premières avancées contemporaines en matière d’éducation inclusive ne sont pas récentes. Elles sont traditionnellement rattachées à deux références devenues désormais classiques : le Rapport Warnock (1978), établissant la notion de besoins éducatifs particuliers, et la Déclaration de Salamanque (1994), fixant le cadre commun d’une « éducation pour tous » comme impératif mondial. Toutefois, du point de vue de l’histoire de la pensée, pouvons faire remonter cette idée universaliste21 de l’éducation inclusive bien en amont, au moment à la fin de la Renaissance.

Comenius, philosophe et pédagogue d’origine morave, véritable « Galilée de l’éducation », ambitionna en effet (non sans mysticisme messianique et utopie ; il reste homme de la Renaissance) de constituer la pédagogie comme « art universel de tout enseigner à tous » [pampaedia]22. Il fut en ce sens un précurseur des conceptions universalistes de l’éducation, d’une scolarisation indépendante des différences individuelles et de l’accueil des diversités (Kohout-Diaz, 2008). Précurseur aussi de la notion de citoyenneté mondiale au cours de la période troublée de la Guerre de Trente Ans, il a cherché « ce qui pouvait, mieux encore que l’épée, terminer toute guerre : un système d’éducation, qui, appliqué aux nations diverses, diminuant leur diversité, effaçant des oppositions plus apparentes que réelles, préparerait la grande harmonie. » (Michelet, 1870, chap. 3, p. 175).

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Ce bref rappel historique permet de saisir que l’éducation inclusive est profondément articulée à un humanisme culturel pan-européen, à l’idéal démocratique et à la justice sociale dans une perspective irénique. Il constitue un élément de réponse historiquement ancré à la question des origines des réformes inclusives dans les politiques éducatives au niveau international. Autrement dit, le développement du processus inclusif en éducation n’est pas anhistorique. Le référer au moment historique de l’émergence de la pédagogie/didactique comme domaine spécifique de savoirs, c’est faire de l’éducation inclusive une scène où se jouent les tensions entre une vision du monde reposant sur la croyance (Comenius, fin Renaissance) et celle qui permettra l’avènement de la science par la révolution cartésienne du cogito. Comenius est en effet un réformateur métaphysique et universaliste mais reste résolument au seuil de la modernité rationaliste et technicienne inaugurée par le cartésianisme (Denis, 1973 ; Prévot, 1981). La dimension mystique de l’œuvre, typique de la conviction millénariste héritée de la pensée de la Renaissance, est indéniable (Bayle, 1697).

Nous faisons l’hypothèse qu’aujourd’hui encore, les travaux sur l’éducation inclusive donnent à voir des analyses traversées par l’antagonisme entre des finalités scientifiques (voire scientistes) et humanistes.

2.1. Humanisme et sujet versus règne de l’objet.

Au cours de son développement, le processus inclusif a été animé par plusieurs logiques d’action déployées à l’égard des diversités : aux logiques séparatistes (élimination, exclusion, enfermement) ont succédé des logiques paternalistes (caritatives, d’assistance, de réparation, de protection, de réadaptation) puis des logiques sociétales (compensation, prévention, participation, intégration) qui caractérisent l’approche humaniste du XXe siècle (Cagnolo, 2009). Les logiques contemporaines qui vectorisent l’abord inclusif sont aujourd’hui pluralistes, promouvant une éthique de la diversité. Être inclusif, c’est « croire aux potentialités de réussite de chacun » (Prud’homme et al., p. 10). Chaque différence est considérée comme une richesse et articulée à un projet global d’émancipation qui passe par le développement de l’autonomie individuelle, de l’équité et de la démocratie délibérative.

De même, les instances internationales comme l’Unesco par exemple mettent en valeur l’articulation entre la perspective inclusive et un humanisme renouvelé pour le XXIe siècle : « l’humanisme doit se repenser face au mondialisme qui divise, à la crise environnementale et aux horizons incertains qu’offre l’évolution rapide des sciences et des technologies (…), [qu’il] puisse s’élaborer de manière pluraliste, critique et inclusive par le biais de l’analyse rigoureuse, du ←77 | 78→dialogue et de la coopération entre spécialistes de sciences humaines, artistes, penseurs et innovateurs d’origines et d’orientations très diverses. » (Unesco, 2011, p. 2). Dès 2011, le processus inclusif s’articule donc à un humanisme de la diversité, renouvelé et dialogique, en contrepoint du gouvernement des technosciences (Pestre et al., 2014). L’humanisme inclusif vise à contenir le règne (de la consommation) de l’objet en y opposant l’incommensurabilité du sujet parlant.

2.2. Démocratie versus totalitarisme

Étroitement articulée à toutes les formes de diversités, la perspective inclusive porte donc avec elle le germe de la démocratie, à l’opposé des politiques « totales ». « L’expérience des totalitarismes a mis en relief un caractère clé de la démocratie : son lien vital avec la diversité. La démocratie suppose et nourrit la diversité des intérêts ainsi que la diversité des idées. Le respect de la diversité signifie que la démocratie ne peut être identifiée à la dictature de la majorité sur les minorités ; elle doit comporter le droit des minorités et des protestataires à l’existence et à l’expression, et elle doit permettre l’expression des idées hérétiques et déviantes. » (Morin, 2006, p. 64).

L’inclusion éducative est liée à une inclusion sociale et politique c’est-à-dire à une orientation résolument démocratique vers les diversités et l’idée que la réalisation des capacités de chacun passe par sa citoyenneté pleine et entière c’est-à-dire par sa participation à la prise de décision politique. « La voie vers la démocratie doit donc aborder le pluralisme. À une époque de mondialisation croissante, les sociétés sont de plus en plus tenues de reconnaître et/ou d’intégrer divers groupes. L’inclusion concerne la manière dont les sociétés réagissent face à la “différence” dans des contextes qui sont souvent politiquement sensibles. » (Grossman, 2008, p. 46). Le « pour tous » inclusif est celui de la démocratie mais pas celui du totalitarisme : il s’agit de savoir comment faire avec les différences et non pas de les abraser. Accueillir tous les enfants à l’école, leur offrir à tous d’égales chances est un objectif qui donne à voir la dimension universaliste de l’éducation inclusive. Toutefois, la question est bien de savoir s’il s’agit d’accueillir tous les enfants sans distinction ou bien de les accueillir avec un respect éminent de leurs différences distinctives et de leur liberté d’expression

2.3. Justice sociale et équité versus discrimination

C’est pour cette raison que dans de nombreux textes internationaux, l’éducation inclusive est définie comme une lutte déterminée contre les discriminations, ←78 | 79→qui font des diversités les motifs d’une exclusion civique, socioéconomique et/ou éducative. L’Unesco en particulier articule systématiquement l’action en faveur de l’inclusion à la lutte contre toutes formes de discriminations. Cette articulation n’est pas récente : « La Convention de l’Unesco concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l’enseignement (1960) et d’autres traités internationaux sur les droits humains interdisent toute exclusion ou restriction dans les possibilités d’éducation, qui serait fondée sur des différences socialement acceptées ou perçues, telles que par le sexe, l’origine ethnique/sociale, la langue, la religion, la nationalité, le statut économique, les aptitudes. » (Unesco, 2019).

Un pas de plus est accompli lorsqu’il s’agit de viser non plus la lutte contre les discriminations et les exclusions mais une éducation pour tous. La question se pose alors de ce que cela signifie exactement : s’agit-il de garantir la même offre à chacun ou bien s’agit-il de donner à chacun selon ses besoins, régulièrement réévaluées, suivant le principe de la compensation ?

En tout état de cause l’éducation inclusive, telle qu’elle est travaillée par les recherches internationales, apparaît comme un ensemble d’idéaux : humanisme, démocratie, justice sociale et équité. Leur envers définit les luttes à mener. : la domination des logiques consuméristes des objets, l’irrespect de la personne dans le progrès des technosciences, le maintien ou la résurgence des politiques totalitaires, des inégalités et des discriminations les plus diverses en sont quelques exemples. Les textes de consensus internationaux fixent les objectifs et mettent en évidence les points de blocage. La méthode adoptée est le plus souvent la définition de bonnes pratiques, de prescriptions générales et de recommandations d’action qui orientent les politiques publiques mondiales, nationales et/ou locales.

Résumé des informations

Pages
258
Année de publication
2021
ISBN (Relié)
9783631838808
ISBN (PDF)
9783631839447
ISBN (ePUB)
9783631839454
ISBN (MOBI)
9783631839461
DOI
10.3726/b17751
Langue
français
Date de parution
2021 (Janvier)
Publié
Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2021. 258 p., 4 ill. en couleurs, 3 ill. n/b, 18 tabl.
Sécurité des produits
Peter Lang Group AG

Notes biographiques

Régis Malet (Éditeur de volume) Liu Baocun (Éditeur de volume)

Régis Malet est professeur en sciences de l’éducation à l’université de Bordeaux et membre senior de l’Institut Universitaire de France. Il a dirigé le Laboratoire Cultures, Education et Sociétés (LACES EA7437), dont il est depuis 2010 chercheur titulaire et responsable de l’Équipe de Recherche Comparatiste en Éducation, Pluralisme, Prévention et Professions (ERCEP3). Ses domaines de recherche sont l’analyse des politiques éducatives, la formation des enseignants, l’inclusion sociale et l’éducation à la citoyenneté. Président de l’Association Francophone d’Éducation Comparée (AFEC), il est directeur de publication et rédacteur en chef de la revue Éducation Comparée depuis 2007. Liu Baocun est professeur d’éducation comparée à la Beijing Normal University de Pékin où il dirige un grand institut de recherche en éducation comparée et internationale. Il est également co-éditeur de la revue chinoise International and Comparative Education, l’organe officiel de la China Comparative Education Society. Ses domaines de recherches sont l’analyse des politiques éducatives, l’enseignement supérieur et l’innovation en éducation.

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Titre: Politiques éducatives, diversité et justice sociale