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Mallarmésis

Mythopoétique de Stéphane Mallarmé

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Émile Fromet de Rosnay

Mallarmé, qui se rend compte de la contingence de la Notion une fois qu’elle se met en contact avec le langage, et pour qui la littérature et la pensée sont inséparables, a inventé une nouvelle approche mythologique au langage. Celle-ci récupère l’ancien système des ressemblances où le mot était l’équivalent de son concept. Pourtant, cette approche, « mythopoétique » – une production négative de mythes qui est symptomatique de l’histoire de l’esthétique occidentale – réussit par son échec mimétique même à reproduire une homogénéité au niveau de la forme. Nous démontrons, par des analyses de textes « linguistiques » et « critiques » comme les Notes sur le langage et Le mystère dans les lettres, de proses et de poèmes comme Igitur, les Divagations, Épouser la Notion, le Sonnet en X et Un Coup de Dés, et à partir de phénomènes contemporains, qu’il ne s’agit pas tant de l’art imitant la nature ou vice versa, mais plutôt de la répétition de la production de la nature et de la « nature » d’un langage qui crée des mythes. Les nouvelles ressemblances de cette poétique sont donc doublement mimétiques, à la fois imitant et devenant nature. C’est une poétique qui reflète les découvertes en linguistique au dix-neuvième siècle, comme chez Müller, pour qui « le langage est le travail de la nature », mais qui avant tout se situe inéluctablement dans les trous de la pensée occidentale. Elle exige un travail qui tient compte de son devenir comme constitué épistémologiquement.

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Chapitre 2 : « Notre objet, le Langage » 43

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CHAPITRE 2 « Notre objet, le Langage » 1 Bien que l’on trouve dans Épouser la notion une « pensée qui se pense », et bien que se manifeste ailleurs dans ses écritures des formules hégéliennes, l’œuvre de Mallarmé n’est pas définitivement « hégélienne ». Il y a beaucoup d’éléments qui semblent indiquer que Mallarmé était également « anti-hégélien », dans le sens où la conscience chez Mallarmé ne peut pas surmonter ses contradictions par la Raison (sauf par la reconnaissance de leur auto- détermination, comme avec le désir d’épouser la notion qui s’avère sa propre notion). C’est dans les Notes sur le Langage que nous pouvons voir une perspective (quand même « dialectique ») à partir de laquelle Mallarmé propose sa vision sur le langage. Cette perspective, qui s’accorde avec les découvertes en philologie de l’époque, se résume bien au début des Notes : « Résultats de l’accointance de l’Idée de Science et de l’Idée de Langage et essai sur la tentative actuelle [i.e. la philologie comparée] » (OCI 503). L’« accointance » suscite chez Mallarmé une nouvelle conscience du langage, venant d’une découverte d’une nuance entre les autres sciences et la « Science du Langage ». Une telle distinction se vaut parce que toute Science est faite dans un langage ; mais la Science du Langage en témoigne d’une façon assez privilégiée, puisqu’elle possède une certaine réflexivité (elle emploie le langage pour parler du langage)...

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