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Mallarmésis

Mythopoétique de Stéphane Mallarmé

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Émile Fromet de Rosnay

Mallarmé, qui se rend compte de la contingence de la Notion une fois qu’elle se met en contact avec le langage, et pour qui la littérature et la pensée sont inséparables, a inventé une nouvelle approche mythologique au langage. Celle-ci récupère l’ancien système des ressemblances où le mot était l’équivalent de son concept. Pourtant, cette approche, « mythopoétique » – une production négative de mythes qui est symptomatique de l’histoire de l’esthétique occidentale – réussit par son échec mimétique même à reproduire une homogénéité au niveau de la forme. Nous démontrons, par des analyses de textes « linguistiques » et « critiques » comme les Notes sur le langage et Le mystère dans les lettres, de proses et de poèmes comme Igitur, les Divagations, Épouser la Notion, le Sonnet en X et Un Coup de Dés, et à partir de phénomènes contemporains, qu’il ne s’agit pas tant de l’art imitant la nature ou vice versa, mais plutôt de la répétition de la production de la nature et de la « nature » d’un langage qui crée des mythes. Les nouvelles ressemblances de cette poétique sont donc doublement mimétiques, à la fois imitant et devenant nature. C’est une poétique qui reflète les découvertes en linguistique au dix-neuvième siècle, comme chez Müller, pour qui « le langage est le travail de la nature », mais qui avant tout se situe inéluctablement dans les trous de la pensée occidentale. Elle exige un travail qui tient compte de son devenir comme constitué épistémologiquement.

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Chapitre 10 : Mallarmé numérisé : les orientations du savoir mallarmétique dans l’ère bio-informatique 159

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CHAPITRE 10 Mallarmé numérisé : les orientations du savoir mallarmétique dans l’ère bio-informatique Depuis les Lumières, la science a de plus en plus abandonné la recherche du savoir intrinsèque (pour soi), et s’oriente vers la recherche utilitaire. Cette orientation instrumentaliste utilise le savoir pour dépasser les limites du possible et de ce qu’on peut savoir. Le savoir est désormais un moyen à des fins, à un avenir sans souffrance, manque ou même mort. Tandis que la tradition socratique insiste sur « la chose elle-même », ce qui a inauguré la distinction ancienne entre les savoirs intrinsèque et extrinsèque, les découvertes de la science moderne dépendent de plus en plus de la technologie, et il s’avère de plus en plus difficile de se rendre compte de l’Homme et du destin du savoir humain. Ce que Habermas appelait les « intérêts du savoir » des sciences dites « pures » (de la nature)—soit l’apprivoisement de la nature afin d’améliorer l’humanité (Habermas 168)—s’est introduit dans le domaine des sciences humaines. Loin d’atrophier le savoir intrinsèque, celui-ci s’est réinscrit avec le problème de l’autoréflexivité dans la science. Si, comme le constate Heidegger, « la science ne pense pas » (cité par Kittler 2004 254), la science est pourtant toujours scrutée. La notion même « d’intérêts du savoir » remonte à un tel besoin d’auto-connaissance à cause des orientations objectivistes qui trompent « les sciences avec l’image d’un monde auto-suffisant de faits structurés...

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