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Electric Worlds / Mondes électriques

Creations, Circulations, Tensions, Transitions (19th–21st C.)

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Edited By Alain Beltran, Léonard Laborie, Pierre Lanthier and Stéphanie Le Gallic

What interpretation(s) do today’s historians make of electrification? Electrification is a process which began almost a hundred and fifty years ago but which more than one billion men and women still do not have access to. This book displays the social diversity of the electric worlds and of the approaches to their history. It updates the historical knowledge and shows the renewal of the historiography in both its themes and its approaches. Four questions about the passage to the electrical age are raised: which innovations or combination of innovations made this passage a reality? According to which networks and appropriation? Evolving thanks to which tensions and alliances? And resulting in which transition and accumulation?

Quel(s) regard(s) les historiens d’aujourd’hui portent-ils sur l’électrification, processus engagé il y a près de cent cinquante ans mais auquel plus d’un milliard d’hommes et de femmes restent encore étrangers ? Le présent volume rend compte de la diversité des mondes sociaux électriques et des manières d’enquêter sur leur histoire. Il actualise les connaissances et témoigne du renouvellement de l’historiographie, dans ses objets et ses approches. Quatre points d’interrogation sur le basculement des sociétés dans l’âge électrique jalonnent le volume : moyennant quelles créations ou combinaisons créatrices ? En vertu de quelles circulations et appropriations ? Selon quelles tensions et alliances ? Et produisant quelles transitions et accumulations ?

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Le barrage des Trois-Gorges. Des déplacements de populations sous contrôle

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Le barrage des Trois-Gorges

Des déplacements de populations sous contrôle

Florence PADOVANI

Abstract

The impact of the Three Gorges Dam is complex due to the scale of the project, the number of people affected, the duration of the construction period and the huge volume of investment. This is without even mentioning the environmental consequences and archeological losses. It is also a very sensitive project because of the high involvement of the State and the need for energy.

This essay is based on intensive fieldwork, done in different districts along the Yangzi as well as in Guangdong and Shanghai over the last ten years. It analyzes the consequences for the resettled population and the challenges they have to face.

Keywords: China – Three Gorges Dam – Resettlement

Résumé

Le barrage des Trois-Gorges est complexe à analyser à cause de son échelle : le nombre de personnes affectées, la durée des travaux et l’énorme volume d’investissements. À ceci s’ajoutent les conséquences environnementales et les pertes archéologiques. C’est un sujet qui reste aujourd’hui très sensible à cause du rôle de l’État et de la nécessité de trouver de nouvelles sources d’énergie.

Cet article se base sur un long travail de terrain, effectué dans plusieurs préfectures le long du Yangzi mais aussi à Shanghai et dans la province du Guangdong sur une période d’une dizaine d’années. Il s’agit d’analyser les conséquences du déplacement pour les populations affectées et les défis auxquels elles doivent faire face.

Mots clés : Chine – Barrage des Trois-Gorges – Déplacement de population

*

Introduction

Le barrage des Trois-Gorges est mondialement connu et a suscité nombre de commentaires et d’articles dans la presse occidentale et dans une certaine mesure en Chine aussi. Si les barrages ont été jusqu’à une époque récente considérés, en Occident, comme des symboles du ← 439 | 440 → progrès et de la modernité, aujourd’hui les fleuves « retournent à la nature » et l’on démantèle des barrages en Amérique du Nord ou en Europe par exemple. À l’inverse, en Chine, le gouvernement continue à promouvoir la construction de grands barrages, comme étant une source d’énergie propre. L’image officielle renvoyée par les médias chinois est construite avec des superlatifs tels que « le plus grand barrage au monde ». L’élément central du discours officiel est la fierté nationale.1 Les personnes critiques, de leur côté, condamnent « un désastre écologique » et « une violation des droits de l’homme ». Le barrage, alors qu’il est achevé depuis plus d’une décennie, reste un thème de controverses à l’étranger et en Chine continentale c’est un sujet toujours très sensible.2

Le débat autour de la faisabilité du barrage atteignit son paroxysme en 1989 quand l’Assemblée nationale populaire étudia le projet. Or, au même moment la société chinoise était en ébullition, donnant naissance au second « printemps de Pékin » (le premier ayant eu lieu en 1979). Une répression brutale s’abattit sur les contestataires et toute forme de critique du régime fut interdite. Dès lors, les opposants au projet du barrage des Trois-Gorges ne furent plus autorisés à s’exprimer ouvertement. Dai Qing, la plus médiatique des opposants au projet, fut même internée quelques mois pour ses prises de position. Le livre de Dai Qing, publié en Chine en 1989 puis en anglais en 1994, donne une bonne idée de la liberté de ton et de l’engagement de plusieurs scientifiques chinois lors des débats qui eurent lieu pendant les années 1980.3

Le barrage des Trois-Gorges a été construit sur le fleuve Yangzi à la limite entre la province du Hubei et la municipalité de Chongqing. Cette dernière est la plus affectée par la montée des eaux puisque le réservoir se trouve en grande partie sur son territoire, ce qui implique que l’organisation des déplacements de population a été plus complexe à réaliser à Chongqing ← 440 | 441 → qu’au Hubei.4 Qu’il ait fallu partir devant la montée des eaux ou rester, que les personnes concernées aient le statut de citadin ou soient attachées à la terre,5 tous ont vu leur vie changer de manière radicale.

Le cas d’étude que nous présentons ici est celui de personnes originaires de l’une des préfectures de la municipalité de Chongqing : Wushan. Chongqing comprend 31 préfectures plus des arrondissements urbains. Ces déplacés sont partis, notamment, dans la province du Guangdong (préfecture de Sanshui). En contre-point nous présentons un autre groupe de personnes, elles aussi originaires de la municipalité de Chongqing mais d’une autre préfecture : celle de Wanzhou. Un certain nombre d’entre elles ont été déplacées dans la municipalité de Shanghai, préfecture de Chongming.6

Après un court rappel historique puis l’analyse des diverses mesures administratives qui ont été prises pour faire face aux déplacements de population, nous montrerons à travers les deux cas d’étude comment s’est effectué l’enracinement au Guangdong et à Shanghai. La mise en regard des deux cas permet de mieux comprendre comment les personnes trouvent des solutions pour faire face aux différentes réalités locales.

Mise en contexte

La Chine a une très longue tradition de gestion hydraulique ou plus exactement de contrôle de ses fleuves. Le peuple chinois a beaucoup souffert au cours de son histoire des inondations meurtrières. Les ingénieurs ont très tôt effectué de grands travaux pour irriguer7 et rendre navigables les grands fleuves chinois afin d’ouvrir des voies de ← 441 | 442 → communication est-ouest. La maîtrise de l’hydraulique était tellement importante en Chine que le premier empereur mythique, Yu le grand, a commencé par contrôler les fleuves. Ce point central de l’histoire chinoise n’a pas échappé à Wittfogel qui alla jusqu’à qualifier ce phénomène de « despotisme asiatique ».8 Ce sinologue du début du XXe siècle tenta de démontrer que la structure fondamentale de la société chinoise était due au pouvoir centralisé, nécessaire à la réalisation des grands travaux hydrauliques. Cette thèse a suscité de nombreux débats.

Le barrage des Trois-Gorges est situé à l’ouest de la province du Hubei, près de la ville de Yichang (où se trouve d’ailleurs un autre barrage, celui de Gezhouba construit entre 1970 et 1988). Il se trouve donc en Chine centrale et s’inscrit dans la lignée de ces grands travaux hydrauliques puisque les trois objectifs qui lui sont assignés sont la régulation du cours du fleuve afin de prévenir les inondations, la possibilité pour les gros bateaux de marchandises (plus de 10 000 tonnes) de remonter le fleuve de Shanghai à Chongqing et surtout la production d’électricité.9

Sun Yat-sen, qui avait dès 1919 conçu un projet de développement industriel de la Chine, avait conscience de la nécessité de créer de meilleures voies de communication et de produire plus d’énergie.10 Il oeuvra donc beaucoup pour la multiplication des voies de chemin de fer et eut aussi l’idée de construire un barrage sur le Yangzi dans les Trois-Gorges afin d’améliorer la navigation et de pouvoir mieux utiliser les ressources hydrauliques. Les événements historiques ne lui ont pas permis de réaliser son projet, Chang Kaishek puis Mao Zedong n’y sont pas parvenus non plus. Ce n’est que Deng Xiaoping qui dans les années 1980 permit au projet de prendre corps. Mais, le dirigeant qui oeuvra le plus pour que le barrage des Trois-Gorges voit le jour est Li Peng. Ingénieur hydraulique de formation, il est un personnage controversé, surtout à cause de son rôle dans la répression du second « printemps de Pékin » en 1989. C’est donc en tant que Premier ministre et ingénieur hydraulique qu’il reprit les plans du barrage des Trois-Gorges et surmonta finalement tous les obstacles pour faire adopter officiellement le projet par l’Assemblée nationale populaire en 1992. Un an plus tard, les travaux débutaient. Dans son journal, publié en 2003, il explique combien ce ← 442 | 443 → projet lui tenait à coeur et justifie son action comme étant une mission patriotique.11

Dans le tronçon des quelque 600 kilomètres que représente le réservoir entre le site de Sandouping proche de la ville de Yichang et la ville de Chongqing proprement dite, de nombreux affluents se jettent dans le Yangzi, ceux-ci sont aussi affectés par la montée des eaux. C’est le cas de la préfecture de Wushan qui est traversée d’ouest en est par le Yangzi et du nord au sud par la rivière Daning. Une partie des déplacés dont il sera question plus loin a été affectée par la montée des eaux alors qu’ils vivaient à plusieurs centaines de kilomètres du Yangzi. Dans toute la région du réservoir, le relief est constitué à 70 % de petites montagnes (plus de 400 m) avec quelques pics à plus de 2 000 mètres d’altitude. De nombreuses vallées coupent le relief. Ce sont en général les seules terres plates. Les terres les plus riches ont toutes été ennoyées laissant le choix aux habitants soit de s’installer plus haut, soit de partir. L’écosystème étant très fragile12 et l’érosion du sol provoquant des glissements de terrain surtout à la saison des pluies en été, ceux qui ont choisi de monter sont aujourd’hui dans l’une des trois situations suivantes : soit ils ont dû déménager à nouveau puisque le gouvernement a interdit la production agricole sur les pentes à plus de 25 %,13 soit ils sont restés mais sont considérés aujourd’hui comme vivant dans une zone dangereuse exposée aux glissements de terrain, soit ils font partie des paysans qui ont signé un contrat avec les autorités pour ne pas cultiver de céréales et déboiser mais au contraire replanter. Certaines expériences sont menées dans des préfectures pilotes. ← 443 | 444 →

« Les déplacés14 doivent partir sans encombre, s’installer de manière stable et devenir riches petit à petit »

Ce slogan adopté par les autorités chinoises résume bien la nouvelle façon d’envisager les déplacements de population.15 Plutôt que de donner directement aux intéressés une certaine somme d’argent et de fournir un nouveau lieu de vie, les dirigeants visent un autre but : sortir les populations, rurales pour la plupart, de la pauvreté. La migration est présentée comme la possibilité d’entreprendre une nouvelle vie.16 Cet objectif est inscrit dans les différents règlements qui ont été adoptés pour donner un cadre juridique au déplacement de population pendant la décennie 1990 jusqu’en 2001.17

À l’article 3 du règlement de 1993, il est indiqué : « Le déplacement et l’installation sont décidés et organisés par les autorités locales compétentes. (…) Le niveau de vie doit être maintenu ou mieux amélioré par rapport à leur ancien niveau. (…) La vie des migrants doit s’améliorer sur le long terme ». Ceci constitue une grande différence par rapport aux précédents cas de déplacement de population effectués en Chine.18 Une structure administrative spécifique a aussi été mise en place aux différents échelons de l’administration pour traiter uniquement des déplacements de population liés au barrage des Trois-Gorges. ← 444 | 445 →

L’organisation est très hiérarchisée de haut en bas selon le slogan : « sous la direction du gouvernement central, mise en place par chaque province affectée, basée sur les préfectures concernées ».19 Cette nouvelle politique a eu pour conséquence de faire peser une pression énorme sur les cadres au niveau le plus bas de la hiérarchie puisque c’est sur la base de leurs rapports et de leurs schémas prospectifs que les fonds ont été alloués et que les plans ont été mis en place. « L’État fournit les fonds pour les dédommagements à la municipalité de Chongqing et à la province du Hubei, lesquelles redistribuent aux villes et aux préfectures concernées. La somme allouée aux provinces et aux préfectures ne doit pas dépasser ce qui a été prévu ».20

Il est généralement accepté que les autorités au niveau local ont une meilleure connaissance de la réalité du terrain et sont donc les plus à même de calculer les besoins réels. Une telle responsabilité a souvent été vue par les cadres eux-mêmes comme une mission impossible. De fait, les compétences des cadres en matière de gestion et de planification des dépenses publiques étaient souvent très faibles et lors d’entretiens certains ont exprimé leur désarroi face à une tâche qu’ils ne savaient pas comment accomplir. Les responsables au niveau de la préfecture livrés à eux-mêmes ont parfois utilisé l’argent public pour des opérations de prestige transformant la petite rue d’un district local en avenue digne des Champs Élysées. Le bâtiment du gouvernement se doit d’être imposant même si une partie de ses locaux est laissée vide. ← 445 | 446 →

Illustration 1. Le nouveau bâtiment administratif de la préfecture de Zigui (Hubei)

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Lors d’entretiens menés à Chongqing en 2003 auprès de cadres en charge des déplacements de population au niveau des bourgs, plusieurs éléments revenaient régulièrement. « Nous n’avons reçu aucune formation spécifique en comptabilité et en gestion de projet » ; « Nous connaissons tous les villageois et souvent ce sont des membres de la famille, ce qui rend notre travail très difficile » ; « Même si nous ne voulons pas partir, nous devons montrer l’exemple et finalement nous sommes traités comme nos administrés ». Il n’est donc pas étonnant que la question de la corruption revienne régulièrement dans les critiques faites par les déplacés. Il est difficile de savoir dans quelle mesure ces accusations sont fondées ou non mais le gouvernement a reconnu officiellement qu’environ 800 millions de RMB (monnaie nationale)21 auraient été mal utilisés.22 En plus, il est certain que le budget alloué par le gouvernement central pour le déplacement de moins d’un million de personnes ne peut pas couvrir ← 446 | 447 → les dépenses de presque deux millions.23 Le chiffre officiel de 650 000 déplacés annoncé au début des travaux a dû être réévalué à 800 000. Les opposants comme Dai Qing évaluent à deux millions le chiffre total.

D’autre part, le calcul des indemnités est effectué en suivant une grille de nombreux critères qui laissent une part importante à l’appréciation des cadres locaux. Ainsi par exemple pour évaluer la valeur d’une maison sont pris en compte sa taille, le matériau de construction, etc., mais les briques artisanales ne sont pas forcément comptabilisées au même taux selon les préfectures.

Illustration 2. Maison en torchis à Kaixian (Chongqing)

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Autre exemple, des débats sans fin ont eu lieu pour évaluer le prix des arbres fruitiers (surtout des agrumes), principale ressource dans la région. Il n’était pas possible de les déménager pour des raisons climatiques. Mais un arbre jeune ou en pleine maturité ne donne pas droit aux mêmes indemnités. Malgré ces difficultés, pour la première fois les autorités ont fait preuve de transparence en donnant à chaque foyer touché, d’une manière ou d’une autre, par la montée des eaux, un petit livret comprenant ← 447 | 448 → le règlement de 2001, ou le précédent s’ils étaient affectés plus tôt. Était inclus un tableau explicatif sur les critères rentrant en ligne de compte pour le calcul de leur indemnité.24 Les ruraux interrogés m’ont tous montré ce document pour prouver leurs droits. Tout ceci a donné lieu à de multiples conflits, parfois violents, à un flot de pétitions25 déposées auprès des autorités provinciales et à un mécontentement généralisé. Les pétitions sont l’un des moyens que Kevin O’Brien appelle « la résistance légitime » dans les campagnes chinoises.26 C’est un fait que la construction du barrage n’est critiquée par aucun déplacé. Tous ont affirmé qu’il était nécessaire pour le développement de la Chine. Peur de représailles ? Conviction idéologique ? Acceptation désabusée d’une situation qui leur est imposée ? Il y a sûrement des cas différents mais pour eux le vrai combat était (et est toujours pour certains) d’obtenir une juste compensation pour les pertes subies.

Enfin, ce qui a rendu plus délicate la question des déplacements de population c’est la durée : elle s’est étalée entre 1993 et 2009. En 1993, quelques centaines de familles furent affectées sur le site de Sandouping (province du Hubei) où le barrage a été érigé. Elles sont toutes restées dans la même préfecture de Zigui.27 Le nouveau siège de la préfecture est d’ailleurs aujourd’hui considéré comme un programme pilote, il est visité régulièrement par les hauts dirigeants chinois. En 2009, les derniers à être déplacés sont à Kaixian (municipalité de Chongqing). Ils ont été éparpillés et relogés dans des provinces différentes. Une autre difficulté à gérer a été la migration au fil de la montée des eaux, ce qui signifie qu’une famille habitant le même bourg mais à des hauteurs différentes par rapport au fleuve se retrouve dispersée aux quatre coins de la Chine.28 Il a été jugé impossible de reloger les habitants d’un même bourg ou même d’un village ensemble. C’est une décision à la fois stratégique pour permettre une meilleure intégration avec la communauté d’accueil et aussi pratique car il était difficile de trouver suffisamment de terres disponibles pour ← 448 | 449 → subvenir aux besoins des déplacés. Notons que nous nous concentrons dans le cadre de cet article uniquement sur les personnes ayant un statut de rural, ce qui représente les trois quarts des personnes déplacées. Les citadins étant un cas très différent, ils n’apparaîtront pas ici.

Illustration 3. Panneau informant les résidents qu’ils sont concernés par la seconde et la troisième vague de déplacement. Il est positionné à la limite de la montée des eaux (135 mètres)

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Deux destinations qui font rêver avant mais qui s’avèrent loin de la vision idyllique

La municipalité de Shanghai et la province du Guangdong, situées sur la côte est, sont parmi les dix entités administratives de Chine les plus développées économiquement. Elles attirent des flots de migrants, pour la plupart ruraux, venant chercher fortune dans les grands centres urbains. Shanghai, surnommée par les Chinois la capitale économique de Chine, est au troisième rang derrière Beijing et Tianjin selon le critère du PNB par habitant en 2012, tandis que le Guangdong est classé huitième. Toutes les deux apparaissent régulièrement sur les chaînes de télévision chinoises, nourrissant l’imaginaire de ces ruraux vivant le long du Yangzi. Parmi les personnes que j’ai interrogées très peu avaient une expérience ← 449 | 450 → de travail hors de leur préfecture ou de leur province et seulement deux avaient travaillé dans les usines du Guangdong pendant plusieurs années.

Il y avait donc une image très favorable de ces deux lieux avant la migration et mon hypothèse de départ était que cela représentait une vraie chance pour les déplacés de débuter une nouvelle étape de leur vie dans de bonnes conditions. En effet, un des éléments essentiels pour réussir son implantation est lié aux conditions de vie et donc aux possibilités de trouver un travail bien rémunéré. Shanghai et le Guangdong semblaient de ce point de vue tout à fait convenir.

Shanghai a dû accepter, tout comme dix autres provinces,29 d’accueillir un certain nombre de déplacés en provenance de la municipalité de Chongqing. Ils arrivèrent en trois vagues (2000, 2001 et 2003-2004) en provenance de la préfecture de Yunyang (5 500 personnes) et de Wanzhou (2 000 personnes). La province du Guangdong, pour sa part, en accepta 7 000 originaires de la préfecture de Wushan et 2 000 de Wanzhou.

La métropole de Shanghai s’étend sur 6 340 km2 dans le delta du Yangzi. Le centre est très urbanisé et la densité de population y est importante, mais il y aussi des zones périurbaines et même des zones rurales qui sont moins peuplées et où il reste des terres cultivables. En plus de l’île de Chongming, six autres arrondissements furent choisis (Nanhui, Jinshan, Fengxian, Songjiang, Qingpu et Jiading). Certes, ces sites sont très éloignés du Bund ou des quartiers modernes du centre, mais ils remplissent les critères établis par les fonctionnaires en charge de l’implantation des nouveaux arrivants. Tout d’abord, il est possible de fournir des terres à cultiver, et ensuite, le niveau d’étude des populations locales est sensiblement le même que celui des arrivants. On a donc estimé que la phase d’intégration serait plus facile. Les implantations sur l’île de Chongming ont été déclarées des modèles de bonnes pratiques par les autorités de Shanghai. Si la municipalité s’est vue imposer par le gouvernement central de prendre en charge un quota de migrants, elle a pu négocier d’aller sur place pour sélectionner ceux qui auraient l’honneur de s’installer à Shanghai.30

Les autorités du Guangdong pour leur part n’ont pas fait de sélection avant le départ. Par contre, il y a eu des négociations entre les différentes préfectures pour savoir combien de personnes elles accueilleraient. Certaines d’entre elles ont refusé et ont préféré payer une indemnité aux ← 450 | 451 → autres.31 Si Shanghai fait rêver, les nombreuses usines du Guangdong attirent nombre de provinciaux. Les conditions de travail y sont réputées difficiles, mais permettent de bien gagner sa vie. Toutes les personnes que j’ai interrogées avant leur départ pour Shanghai ou le Guangdong avaient une vision très positive de leur vie future.

Chaque lieu où ont emménagé les déplacés des Trois-Gorges avait été au préalable, inspecté par des délégués élus par les migrants eux-mêmes. Ils ont été accueillis sur place par les cadres en charge du déménagement qui leur ont souvent montré un site non viabilisé où s’élèverait leur maison. C’était la première fois que les autorités chinoises favorisaient une implication des déplacés en organisant un voyage préliminaire, mais la plupart se sont plaints que c’était trop rapide et qu’ils n’avaient pas eu le temps de se rendre compte de la réalité locale.

Sur l’île de Chongming qui accueille un quart des nouveaux venus, ils ont été dispersés avec au maximum une concentration de trois ou quatre maisons. Les personnes originaires de Wanzhou n’ont pas été mélangées avec celles de Yunyang et d’ailleurs même dans les années qui ont suivi il n’y a eu que très peu d’échanges entre les deux communautés. Le même phénomène se répète au Guangdong où ceux de Wushan ne fréquentent pas ceux de Wanzhou.32 Très révélatrice à cet égard est la question du mariage. À ma connaissance, il n’y a eu aucun mariage entre les deux communautés et très peu avec les Cantonais ou les Shanghaïens. Les mariages se font soit avec des membres restés dans les Trois-Gorges, soit avec des migrants économiques rencontrés sur le lieu de travail.

À Shanghai et au Guangdong, des maisons standardisées ont été préparées (120 m2, 150 m2 ou 180 m2) selon la taille de la famille mais le maximum anticipé était cinq personnes. Dans les deux cas, les maisons ont souvent été agrandies : une cuisine extérieure a souvent été ajoutée ainsi qu’un ou deux étages supplémentaires. Il s’agit de pouvoir accueillir des membres de la famille de passage ou un des enfants qui se marie mais le plus souvent il s’agit de pouvoir louer des chambres aux migrants économiques. Le petit revenu supplémentaire peut s’avérer conséquent quand il y a une dizaine de chambres. ← 451 | 452 →

Illustration 4. Une maison de déplacés à Chongming (Shanghai) avec une extension en cours de réalisation

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Au Guangdong, les autorités ont été contraintes d’organiser plusieurs villages de déplacés avec un maximum de 500 personnes. Yaoshan (préfecture de Sanshui) est un exemple de village créé ex nihilo pour abriter des personnes originaires de Wushan.33 Le problème de la terre à Sanshui est plus sensible qu’à Chongming. La valeur potentielle y est très importante non pas tant pour le revenu de la production agricole que par l’installation d’usines qui paient des redevances conséquentes aux villageois. Cette particularité explique en partie pourquoi l’accueil n’a pas été toujours très chaleureux puisque les villageois ont été contraints de céder à bas prix une partie de leurs terres aux nouveaux arrivants.

Les problèmes d’adaptation au nouveau milieu

Ils sont de différentes natures. Il y a tout d’abord le climat, la nourriture et la langue. Tous ces éléments ont été des handicaps souvent surmontés assez facilement par les jeunes et les adultes, ce sont surtout les personnes ← 452 | 453 → âgées qui ont eu, et ont encore, des problèmes d’accoutumance au climat subtropical du Guangdong ou à la nourriture (qualifiée de fade). Dans le cas de Shanghai et du Guangdong, la familiarisation aux dialectes locaux s’avère très difficile. Le cantonais est très éloigné du Sichuanais, lequel est aussi très différent du shanghaien. Toutefois, considérant que la langue officielle et donc celle qui est enseignée dans les écoles est le mandarin, il devrait être possible de communiquer dans la langue nationale. Étant donné que j’arrive à communiquer avec les différents groupes en mandarin, il me semble curieux qu’ils n’y arrivent pas entre eux. À moins d’admettre que la langue est une composante d’appartenance à un groupe. La difficulté de la communication souligne que la personne est étrangère au groupe. Il y a aussi d’une certaine façon de la part des déplacés un désir de garder leur spécificité en développant une sorte de « syndrome insulaire », surtout quand ils sont concentrés entre eux dans un village. À Shanghai où ils ont été dispersés, ce phénomène est beaucoup moins visible.

Une autre spécificité du Guangdong, outre l’importance du paramètre linguistique, est la présence très active des pratiques de religiosité populaire. Il y a beaucoup de temples, surtout bouddhistes, mais aussi de temples ancestraux, de petites statuettes dédiées au dieu du sol, etc. Il y a des activités religieuses très régulières et très importantes pour la cohésion de ces communautés. Les étrangers au groupe n’y sont pas invités, ce qui fait dire à plusieurs des personnes interrogées que les Cantonais sont très superstitieux. Ici encore une barrière difficilement surmontable a été érigée entre les deux communautés.

Plus problématiques encore sont la difficulté d’accès au travail et la compétition avec les migrants économiques venus de toute la Chine. Pour ce qui est de Chongming, comme son environnement est protégé et que les usines y sont interdites, il y a très peu d’emplois auxquels les déplacés puissent prétendre. Ils se plaignent de la mauvaise qualité des terres et de l’impossibilité de faire vivre leur famille avec la vente de leur production.34 La vaste majorité des hommes adultes a quitté l’île dès la première année de leur arrivée pour aller travailler dans d’autres provinces. À Sanshui, il n’y avait qu’une seule usine à l’arrivée des déplacés. Xinmingzhu fabrique des dallages et des carrelages essentiellement pour l’exportation. La production ne s’arrête jamais et les ouvriers (souvent ouvrières) font les trois-huit. Ils ont un jour de congé toutes les deux semaines et s’ils ont une petite qualification ← 453 | 454 → ils peuvent gagner entre 2 000 et 3 000 Rmb, ce qui est considéré comme un bon salaire dans cette région. Ce travail n’a pas été fourni par les cadres locaux puisqu’il s’agit d’une entreprise privée. Les cadres ont proposé des emplois de gardien de nuit ou de manoeuvre dans des administrations ou des entreprises d’État mais ils sont très mal payés. Notons qu’entre 1992 quand l’Assemblée nationale populaire a approuvé le projet et les années 2000 quand les déplacés sont arrivés au Guangdong ou à Shanghai, la situation économique de la Chine a beaucoup évolué. Aujourd’hui les entreprises d’État sont très minoritaires et les cadres sont obligés de négocier avec les entreprises privées l’embauche des déplacés. Selon les endroits c’est une tâche plus ou moins aisée. Ce qui explique que les migrants se sont souvent débrouillés par eux-mêmes.

Il est souvent reproché aux cadres d’avoir laissé les migrants livrés à eux-mêmes, sans tenter de les aider pendant la phase d’adaptation. Le rôle de ces fonctionnaires au niveau local n’est pas plus facile que celui de leurs homologues de Chongqing. Ils doivent faire face aux doléances des Cantonais ou des Shanghaiens et tenter de trouver à chaque fois un compromis avec les nouveaux arrivants. Ainsi par exemple, à Chongming les Shanghaiens ont accusé les nouveaux arrivants de détruire l’environnement puisqu’ils abattaient des arbres pour s’en servir comme bois de chauffage ou pour cuisiner. Il y a eu nombre de disputes liées à des accidents de voiture.35 Le rôle des cadres est donc souvent celui de médiateur.

Plus problématique est la question du certificat de propriété de leur nouvelle maison. Quand ils étaient dans leur village de la région des Trois-Gorges, ils pouvaient construire eux-mêmes leur habitat selon leurs besoins mais à Shanghai comme à Sanshui, ce n’est pas le cas. Pour rajouter un ou deux étages, il faut un permis de construire, or aucun ne l’a demandé. À Sanshui les cadres ont menacé de faire détruire les maisons qui ne sont donc plus aux normes (c’est-à-dire toutes les maisons sauf une), mais ils ont dû y renoncer devant l’ampleur de la tâche et du mécontentement. Néanmoins, ils n’ont jamais délivré de certificat de propriété, ce qui a pour conséquence une grande insécurité pour les habitants et l’impossibilité de vendre leur maison. De fait, cela stabilise la population qui serait tentée de retourner à Chongqing. À Sanshui, cette stratégie a fonctionné puisque seulement deux ou trois familles sont reparties mais d’autres villages se sont vidés de leurs résidents, les personnes sont parties soit en abandonnant la maison, soit en la louant ← 454 | 455 → à des Cantonais. Dans de rares cas, il y a eu transaction mais pour une somme dérisoire. À Chongming aucune famille n’a abandonné sa maison, il reste en général les personnes âgées s’occupant des enfants en bas âge comme on peut le voir dans le reste de la Chine.

Que ce soit à Sanshui ou à Chongming, finalement la personnalité et la débrouillardise de chaque individu ont été déterminantes dans son adaptation à son nouveau milieu. Monsieur Wang, qui avait une expérience d’entrepreneur à Zhuhai (c’est assez exceptionnel), gagne sa vie aujourd’hui à Chongming après avoir monté un élevage important de porcs. Un village du Guangdong est devenu célèbre en Chine après avoir fait fortune en quelques mois en hébergeant des prostituées. Monsieur Li avait divorcé juste avant le déplacement vers le Guangdong. Son ancienne femme était restée à Wushan tenant une petite boutique de vêtements assez prospère. Après quelques mois à Yaoshan, monsieur Li s’est rendu compte qu’il n’arriverait pas à faire fortune alors, avec son fils, ils sont rentrés à Wushan et comme il s’est remarié avec son ancienne épouse il a retrouvé pleinement ses droits de résidence. Si l’inverse s’était passé sa femme aurait pu obtenir elle aussi un permis de résidence pour le Guangdong. Ces quelques exemples peuvent paraître anecdotiques et pourtant il est étonnant de voir sur place les trésors d’ingéniosité qui sont déployés pour améliorer le quotidien et pour avoir une meilleure qualité de vie.

Conclusion

Les changements politiques, économiques et sociaux qui ont eu lieu en Chine depuis les années 1980 ont eu une influence importante sur la manière de traiter le déplacement de population suite à la construction du barrage des Trois-Gorges. Les personnes affectées ont été beaucoup mieux informées que dans les cas précédents (réunions, délégués qui sont allés sur place, diffusion auprès de chaque foyer d’un livret explicatif, etc.). Un cadre légal a été créé pour encadrer les procédures, une administration spéciale a elle aussi été créée pour mieux gérer les deux millions de personnes déplacées. Bref, le gouvernement chinois souhaite mettre en avant malgré les difficultés, l’image d’un pays moderne répondant aux standards internationaux de « bonne pratique » des déplacements de population. Nous avons toutefois montré qu’au-delà du discours officiel, la réalité au niveau local est souvent différente.

Le but affiché de « partir sans encombre, s’installer de manière stable et devenir riche petit à petit » a bien du mal à être atteint. Il est rare que les déplacés aient acquis un meilleur niveau de vie qu’avant, ils sont en général au mieux à un niveau équivalent. Même après une période relativement longue d’une dizaine d’années, la situation s’améliore ← 455 | 456 → difficilement. Le discours quelque peu fataliste qui revient souvent est le souhait que tout aille beaucoup mieux pour la prochaine génération. Tous les espoirs reposent sur les jeunes qui ont été scolarisés à Shanghai ou à Sanshui, parlent le dialecte local (ou au moins le comprennent) et qui pourront peut-être mieux s’intégrer que leurs parents. La destruction de leurs réseaux, la rupture avec la terre natale et tous les changements profonds ont pour conséquence qu’une personne ne peut refaire sa vie en quelques années.

Shanghai et Sanshui étaient pourtant a priori des sites favorables à une bonne installation et à une amélioration du niveau de vie des déplacés. Dans les faits, nous l’avons montré, la situation reste difficile. Les deux cas analysés ici donnent une fois de plus raison aux tenants de la formule selon laquelle plus on s’éloigne de son lieu d’origine plus on devient vulnérable et on a du mal à se reconstruire.

Différentes étapes de la construction du barrage des Trois-Gorges
1919 : Sun Yat-Sen émet l’idée de construire un barrage hydraulique sur le site des Trois-Gorges
1953 : Mao montre un grand intérêt pour la construction d’un grand barrage sur le Yangzi
1985 : Deng Xiaoping reprend l’idée du barrage des Trois-Gorges. Création d’une commission d’enquête, sous l’autorité du ministère des Ressources hydrauliques, dirigée par Li Peng
1985-1989 : Dai Qing mobilise (en Chine) plusieurs intellectuels chinois contre le projet de barrage. Après 1989 toute remise en cause du projet est interdite
1992 : Le projet est adopté par l’Assemblée nationale populaire.
1993 : Le Comité du conseil des affaires d’État chargé du projet des Trois Gorges est créé. Li Peng et Zhu Rongji sont nommés présidents. La Société pour le développement du projet des Trois-Gorges sur le Yangzi est créée sous l’autorité du Conseil des Affaires d’État. Il s’agit d’une entreprise d’État
1993-1997 : Première phase de migration Toutes les personnes déplacées sont originaires du Hubei (préfectures de Zigui et Badong)
1994 : Inauguration des travaux sur le site de Sandouping (province du Hubei)
1997 : Création de la municipalité autonome de Chongqing. Diversion des eaux du Yangzi
1998-2003 : Seconde phase de migration
1999 : Promulgation d’un règlement interdisant de cultiver sur les pentes de plus de 25 %. Plus de personnes que prévu doivent partir
2003 : L’infrastructure en béton du barrage est terminée. Première montée des eaux jusqu’à 135 mètres (octobre seconde montée à 139 mètres) ← 456 | 457 → 2004-2009 : Troisième phase de migration
2006 : Troisième montée des eaux jusqu’à 156 mètres
2008 : Dernière montée des eaux à 175 mètres
2009 : La construction du barrage est complètement achevée
2013 : Opération normale du barrage. Les derniers migrants sont partis
Le barrage des Trois-Gorges en quelques chiffres
Hauteur depuis le sol : 185 mètres
Longueur : 2 335 mètres
Écluse : 100 mètres
Capacité de contrôle des inondations : 22,15 millions de m3
Capacité de la centrale électrique : 18 200 MW
Taille du réservoir : 650 km2 + 452 km2 terres inondées sur les affluents du Yangzi
Surface totale inondée 1 084 km2
Terres cultivables inondées : 25 900 hectares dont 10 620 hectares de vergers
Préfectures affectées :
– Province du Hubei : Yichang, Zigui, Xinshan et Badong.
– Municipalité de Chongqing : Wushan, Wuxi, Fengjie, Yunyang, Kaixian, Wanzhou, Zhongxian, Shizu, Fengdu, Fuling, Wulong, Changshou, Jiangbei et Baixian. ← 457 | 458 →

Organigramme des structures du bureau des migrations dans le cadre des Trois-Gorges sous l´autorite du Conseil des affaires d´État

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1 Ce qui permet, d’un côté, de condamner les opposants comme étant de mauvais patriotes et de l’autre, de glorifier les dirigeants clairvoyants qui ont réalisé ce grand projet. Toute la dramaturgie développée au moment de la mise en eau est exemplaire à cet égard. Don Challman, « The whole dam story : A review of China Yangtze Three Gorges Dam », Energeia 1 (2000) : 1-4.

2 À ce jour, fort peu de recherches académiques ont été réalisées en Chine sur les sujets abordant les questions liées au barrage. Quelques centres de recherches très encadrés produisent des documents qui font référence, le plus connu étant celui de l’Université Hohai à Nankin. Il reste très difficile d’avoir accès directement aux documents officiels et encore plus aux personnes affectées.

3 En chinois : Dai Qing, Changjiang ! Changjiang ! (Guizhou People’s publishing House, 1989) ; en anglais : Yangtze ! Yangtze ! Debate Over the Three Gorges Project (Toronto : Earthscan, 1994). Dai Qing (ed.), The River Dragon Has Come ! The Three Gorges Dam and the Fate of China’s Yangtze River and Its People (New York : M.E. Sharpe, 1998).

4 Dans d’autres études, nous avons mis en lumière la différence de traitement dans les deux régions administratives. Ici il ne sera fait référence qu’à Chongqing. Florence Padovani, « Displacement and resettlement in the Three Gorges Dam », Provincial China 8/2 (2003) : 164-183 et Les effets sociopolitiques des migrations forcées en Chine liées aux grands travaux hydrauliques – l’exemple du barrage des Trois-Gorges, Les Études du CERI, 103 (2004), http://www.sciencespo.fr/ceri/sites/sciencespo.fr.ceri/files/etude103.pdf.

5 Rappelons qu’en Chine toute personne est titulaire d’un permis de résidence portant la mention citadin ou rural. Ce statut donne droit à certains avantages notamment en matière de santé, d’éducation, etc.

6 The Three Gorges Project Construction Committee, Map collection for Three Gorges project resettlement work (Beijing : Planning Department of Resettlement Bureau of TGPCC Survey, Mapping and Design Institute of China Water Resource Commission of the Ministry of Water Resources, 2000).

7 Christian Lamouroux, Dong Xiaoping, « La fabrique des droits hydrauliques : histoire, traditions et innovations dans le nord de la Chine », Annales. Histoire, Sciences Sociales 1 (2011) : 33-67.

8 Karl A. Wittfogel, Oriental Despotism : A Comparative Study of Total Power (New Haven : Yale University Press, 1957).

9 Z.M. Jiang, « Zai Sanxia gongcheng da jiang zhai liu yishi shang de jianghua » (Speech at the Ceremony for Diverting the Great River at the Three Gorges Construction), Renmin ribao (9 November 1997) ; J. Yao Jianguo, Three Gorges : What Future Benefit for China ? (Beijing : China Today Press, 1991) ; Introduction to China’s Yangtze River Three Gorges Project (Beijing : Three Gorges Project Construction Committee, 2001).

10 Sun Yat-Sen, The International Development of China (New York : Putnam, 1929).

11 Li Peng, Li Peng Sanxia riji – zhongzhi hui hong tu [Li Peng’s Diary about the Three Gorges – Unite forces for a wonderful Purpose] (Beijing : Zhongguo sanxia chubanshe, 2003).

12 Pour une analyse nuancée de la question écologique dans la région entourant le barrage des Trois-Gorges : Wu J.G., Huang J.H., Han X.G., Gao X.M., He F.L., Jiang M.X., Jiang Z.G., Primack R.B., Shen Z.H., « The Three Gorges Dam : an Ecological Perspective », The Ecological Society of America 2/5 (2004) : 241-248. En chinois : Fu X. T., « Environmental capacity for rural resettlers in the Three Gorges Resettlement Area », Guangming Daily (1999, December 8) : 6.

13 Article 25 du règlement de 2001 : State Council, Changjiang sanxia gongcheng jianshe yimin tiaoli [The Regulations on Migration Due to the Construction of the Three gorges Project on the Yangtze] (2001). S. Steil & Y. F. Duan, « Policies and practice in Three Gorges resettlement : A field account », Forced Migration Review 12 (2002) : 10-13. En chinois : N. Z. Wu & Q. L. Liao, « The necessity to relocate the resettlers outside for the consideration of land bearing capacity – take Yunyang County as a case study », Resources and Environment in the Yangtze Basin 8/3 (1999) : 20-22. (In Chinese).

14 Notons qu’en langue chinoise aucune distinction n’est faite entre migrer, émigrer, immigrer, déplacer. Tous se traduisent par yimin. Pour cette raison dans le texte nous employons ces termes indifféremment.

15 B. Mcdonald, M. Webber, & Y. F. Duan, « Involuntary resettlement as an opportunity for development : The case of urban resettlers of the Three Gorges Project, China », Journal of Refugee Studies 21 (2008) : 82-102.

16 J. Jing, « Rural resettlement : Past lessons for the Three Gorges project », The China Journal 38 (1997) : 65-92 ; B. McDonald-Wilmsen & M. Webber, « Dams and displacement : Raising the standards and broadening the research agenda », Water Alternatives 3 (2010) : 154-173 ; C. McDowell, « Involuntary resettlement, impoverishment risks and sustainable livelihoods », Australian Journal of Disaster and Trauma Studies 6/2 (2002).

17 Changjiang sanxia gongcheng yimin gongzuo shiyong dituce [Map Collection for the Three Gorges Dam Project Resettlement Work] (Beijing : Ministry of Water resources, 2001). G. Shi & S. Chen, China resettlement policy and practices (Nanjing : National Research Center for Resettlement, 2000). Source : www.chinaresettlement.com/paper/erepolcy.html.

18 Il existe malgré tout une différence notable entre la création des structures administratives et juridiques d’une part et la mise en oeuvre au niveau local. S. Jackson & A. Sleigh, « Resettlement for China’s Three Gorges dam : Socioeconomic impact and institutional tensions », Communist and Post-Communist Studies 33 (2000) : 223-241.

19 Règlement 2001.

20 Ibid.

21 1 RMB vaut environ 0,15 euro.

22 Selon le rapport d’un audit commandité par le Conseil des Affaires d’État entre juin 2011 et février 2012. Des extraits sont parus dans la presse chinoise (nanfangzhoumo 07/06/2013) mais très vite la page Internet a été inaccessible. Une seule page en anglais subsiste « 279 mln yuan in relocation funds misused in The Gorges Project : auditor » (english.cntv.cn/20130607/105171.shtml).

23 Dai, Yangtze ! Yangtze !, 1994. Voir aussi le site de l’ONG canadienne Probe International, auquel Dai Qing contribue régulièrement (http://journal.probeinternational.org/three-gorges-probe/).

24 Y. Duan & S. Steil, « China Three Gorges project : Policy, planning and implementation », Journal of Refugee Studies 16 (2003) : 422-443.

25 X. Ying, Dahe yimin shangfang de gushi [The Story of the Dahe Resettlees petitioning] (Beijing, Sanlian shudian, 2001). Traduction en ligne http://www.threegorgesprobe.org/pi/index.cfm?DSP=content&ContentID=12714).

26 K. O’Brien, L. J. Li, Rightful Resistance in Rural China (New York : Cambridge University Press, 2006).

27 Ziguixian sanxia gongcheng kuqu, nongcun yimin anzhi shishi banfa [Mise en pratique des solutions d’aide à l’installation des migrants ruraux dans le district de Zigui, dans la zone du réservoir des Trois-Gorges] (Ziguixian : Ziguixian yiminju fanyin, 1999).

28 Ainsi par exemple, madame Li, originaire de Wanzhou (municipalité de Chongqing) a déménagé à Shanghai sur l’île de Chongming, son frère ayant une maison plus en hauteur est parti pour le Hubei et sa mère avec sa grande soeur ont été envoyées dans la province de l’Anhui (entretien 2010).

29 Dès 1999 le Conseil des Affaires d’État avait constitué des parrainages entre les provinces les plus développées le long du Yangzi principalement et les préfectures des Trois-Gorges. Les provinces suivantes avaient été mises à contribution : Sichuan, Hubei, Hunan, Anhui, Jiangxi, Zhejiang, Shanghai, Fujian, Guangdong et Shandong.

30 Florence Padovani, « Displacement From the Three Gorges Region. A discreet arrival in the economic capital of China », China Perspectives 66 (2006) : 18-27.

31 Le chef de village de Yaoshan m’a dit en 2003 que Dongguan avait versé deux millions de RMB pour ne pas recevoir de déplacés des Trois-Gorges.

32 Il existe une hiérarchie entre les différentes préfectures et Wanzhou (précédemment Wanxian) a toujours eu au cours de son histoire un statut à part. Elle était plus développée économiquement et administrativement elle supervisait la préfecture de Yunyang. D’autre part, les personnes de Yunyang ont la réputation d’être facilement querelleuses. En ce qui concerne Wushan, ses habitants ne sont pas toujours bien vus par ceux des autres préfectures qui les traitent facilement de brigands ou de pirates. On peut supposer que ces stéréotypes ont été exportés dans leurs nouveaux lieux de vie.

33 Derrière le village, occupé par des familles cantonaises, se trouvait une colline non cultivée et une esplanade où était entreposée une réserve de charbon. La colline a été arasée et avec l’esplanade, elles constituent aujourd’hui le village de Yaoshan.

34 Sun Yang and Zhang Yangming, « Sanxiakuqu waiqian yimin tedian yu wenti yanjiu. Shanghaishi Chongmingxian yimin anzhi tiaoli » [Study of the features and problems of migrants from the Three Gorges Dam. Regulations concerning emigration to the prefecture of Chongming in Shanghai], Shuili jingji 3 (2002) : 38-41.

35 Si le Code de la route est national, le nombre de voitures sur les routes et la façon de conduire sont bien différents entre les petits villages des Trois-Gorges et Shanghai par exemple. Ceux qui étaient habitués à circuler en bateau ou en moto sur les routes de montagnes n’avaient pas les bons réflexes face au flot de voitures sur terrain plat.