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Dire la Suisse

Quête d’identité et vocation littéraire dans « Cités et pays suisses » de Gonzague de Reynold

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Augustin Matter

« Le Suisse trait sa vache et vit paisiblement », disait Victor Hugo. Au tournant du XXe siècle, de jeunes écrivains romands mettent en question leur adhésion aux mythes officiels et aux clichés romantiques sur le pays des Alpes. Face au tourisme et au folklore, dans la confrontation aux mutations politiques et sociales de la modernité, un contemporain de Ch. F. Ramuz, Gonzague de Reynold (1880-1970), exprime sa propre vision de la Suisse. Dans une série de textes publiés de 1909 à 1920, Cités et pays suisses, la diversité helvétique s’exprime par la multiplication des genres, des registres et des points de vue : le livre est tour à tour essai, page d’histoire ou d’archive, poème en prose et récit de voyage.

En promenant son lecteur de villages en châteaux, des collines du Plateau au Jura bâlois, de l’Albula à Genève, le poète-promeneur cherche à promouvoir de nouvelles valeurs helvétiques. « Passéistes », aristocratiques, anti-modernes ? Tant que l’on voudra. Sans pour autant que ce livre, considéré parfois comme « bréviaire de la conscience nationale », sacrifie de manière univoque aux mythes helvétiques de l’Alpe, de l’âge d’or et de l’insularité.

Dans le prolongement, la confirmation et parfois la correction des travaux classiques sur l’identité suisse et les intellectuels en Suisse, la présente étude examine le traitement du mythe helvétique dans Cités et pays suisses ; elle souligne à son tour la mise à distance de l’helvétisme traditionnel opérée par Reynold. Au travers d’une lecture serrée des textes, elle s’interroge en particulier sur la portée inextricablement poétique et politique d’une quête d’identité qui devient pour son auteur une édification de soi et une vocation littéraire.

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Chapitre deuxième. Nouvelles figurations de l’écrivain

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CHAPITRE DEUXIÈME

Nouvelles figurations de l’écrivain

Dans sa thèse sur la littérature romande, Daniel Maggetti a beaucoup insisté sur les « effets de champ » déductibles de l’état de dominé symbolique qui est celui de la Romandie vis-à-vis de la France. Depuis le XIXe siècle, les caractères moral et utilitaire de la littérature y ont été élevés au rang de marqueur identitaire, tandis que le soin de la forme est laissé à autrui. Pour illustrer cet état de fait, Maggetti cite une formule frappante du critique et écrivain neuchâtelois Philippe Godet : « Le peuple suisse et le peuple français ressemblent à deux jardiniers, dont l’un cultive des choux et l’autre des fleurs1. » L’homme de lettres professionnel cultive des fleurs ; tandis que le Suisse cultive ses œuvres comme des choux, c’est-à-dire que sa littérature « n’est pas à elle-même son propre but2 ». De ce fait, les écrivains sont obligés de produire une image d’eux-mêmes en accord avec les contraintes internes et externes du champ littéraire romand. Daniel Maggetti a ainsi résumé les figurations récurrentes de l’écrivain suisse romand entre 1830 et 1910 : il insiste sur les caractères bourgeois, idéaliste, « romantique modéré », patriote libéral dans lesquels se complaisent les littérateurs romands ; il signale l’imaginaire correspondant à cette situation d’infériorité : divers animaux ou végétaux totémiques prennent en charge l’énonciation poétique ou...

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