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Des personnages et des hommes dans la ville

Géographies littéraires et sociales

Sylvie Freyermuth and Jean-François Bonnot

Les diverses facettes de la ville se donnent à voir non seulement à travers les travaux des sociologues, des historiens, des géographes, mais également à travers la littérature. En croisant ces approches, les auteurs renouvellent l’éclairage critique des notions de lieu et de non-lieu, d’habitable et d’inhabitable, d’entre-soi, de désaffiliation, ou encore d’errance. Cette approche de l’urbain fait appel aux données de la mémoire orale et s’ancre dans une histoire des traces, dans l’infra-historique et dans les représentations de la spatialité intime. La première partie du livre réévalue la place de l’individu dans les conurbations industrielles et postindustrielles. La deuxième est consacrée à l’examen des réseaux urbains et à la mise en perspective littéraire de quartiers emblématiques, alors que la troisième traite des processus « d’infection » et de « contamination » à l’œuvre dans les centres urbains et analyse les mécanismes d’innovation et de blocage sociaux et linguistiques. Dans la quatrième partie, sont examinées les frontières symboliques et la déconstruction du tissu social traditionnel dans le Montbéliard des années soixante, de même que les destinées d’un groupe d’ouvriers dans la vallée du Doubs en voie d’industrialisation ; enfin, un fait-divers criminel exemplaire éclaire les modalités de la cohabitation houleuse entre sédentaires et gens du voyage dans la seconde moitié du siècle industriel.
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Chapitre 11: Sites et frontières symboliques : une excursion dans la « Cité des Princes » et ses banlieues

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Alors, comme un enfant, comme quiconque rêve et ne peut s’empêcher de rêver à ce qui est « de l’autre côté de la montagne » ou « derrière le mur », à l’invisible, on franchit les frontières en s’imaginant qu’aussitôt ce pas fait, tout sera différent, comme diffèrent les drapeaux et les noms qui désignent les pays. Et si d’abord cette naïve attente est déçue, parce que les vraies limites ne sont pas nécessairement où l’histoire les a pour un temps fixées, plus lentement quelque chose se passe, qui bientôt presque la comblera.

Philippe Jaccottet, Les Cormorans, 1984/2014, p. 687.

Le site d’habitation lui-même est fréquemment perçu par les résidents comme morcelé et traversé de frontières incertaines. Fournand (2003, p. 549) a ainsi demandé à un échantillon de jeunes résidents des « quartiers » de Garges-Lès-Gonesse de dessiner des cartes mentales de leur lieu de vie ; elle observe que « la ville apparaît comme une mosaïque de quartiers et micro-territoires coupés les uns des autres par des limites invisibles mais bien réelles dans l’espace vécu. » Ces représentations d’une spatialité fragmentée, très souvent accompagnées d’une significative dégradation du sentiment de sécurité, sont également observées dans les petites villes qui échappent fréquemment, de ce point de vue, à l’attention des sociologues. À Uzès (environ 9000 habitants dont 600 jeunes), Roques (2005, n.p.) a fait...

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