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Mœurs de province

Essai d’analyse bakhtinienne de "Madame Bovary</I>- Avec une préface d’Yvan Leclerc

Helge Vidar Holm

Personne ne sait pourquoi Gustave Flaubert a rajouté de sa main, sur la première page du manuscrit définitif de Madame Bovary, celui du copiste, le sous-titre Mœurs de Province. A quelques rares exceptions près, la recherche flaubertienne ne s’est guère penchée sur la question, et depuis la mort du romancier normand, la plupart des éditeurs du roman a tout simplement supprimé le sous-titre, pourtant si significatif notamment pour une compréhension approfondie des intentions critiques de Flaubert vis-à-vis de la société bourgeoise de son époque.
Pour l’auteur de cet essai, le premier de longue haleine à étudier le sens et la signification du sous-titre, les mœurs provinciales visées par l’écrivain dans son premier roman publié sont avant tout des mœurs langagières. La langue et les langages sont au centre de ce livre, où le personnage le plus troublant, la protagoniste Emma Bovary, est clairement victime de ces mœurs langagières bien que, à certains moments, elle arrive à sortir de leur contrainte et paraître une voix à part entière, tels les personnages romanesques polyphoniques de Dostoïevski vus par Bakhtine.

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Préface d’Yvan Leclerc, Directeur du Centre Flaubert, Université de Rouen IX

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IX Préface Alors ils parlèrent de la médiocrité provinciale… Les découvertes scientifiques ont souvent pour point de départ un élément perturbateur qui oblige à repenser tout le système antérieur d’interprétation, soit un petit quelque chose en trop qui n’entre pas dans les catégories constituées, soit l’irruption d’un fait inaperçu qui reconfigure le savoir. Il en va de même pour la critique littéraire. Que dire sur Madame Bovary aujourd’hui, l’une des œuvres les plus commentées de la bibliothèque mondiale? Ce roman qui commence par l’entrée d’un «nouveau» peut- il susciter du neuf? Helge Vidar Holm témoigne de cette possible relance en partant d’une absence, d’un point aveugle: le sous-titre de Madame Bovary, écrasé par la notoriété du titre, omis dans la plupart des éditions modernes, et rarement commenté par la critique: (Mœurs de province). Ce sous-titre placé entre parenthèses, Flaubert l’a voulu, en le portant tar- divement sur la première page du manuscrit du copiste. L’essai qu’on va lire se présente donc comme un «plaidoyer pour un sous-titre négligé». La province représentée dans le roman ne se confond pas avec un thème ou un paysage, même si les descriptions de Yonville et de Rouen sont restées justement célèbres: elle se caractérise par ses mœurs, et ses mœurs sont essentiellement langagières, selon la forte intuition initiale de Helge...

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