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Dialogisme : langue, discours

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Edited By Jacques Bres, Aleksandra Nowakowska, Jean-Marc Sarale and Sophie Sarrazin

Comment le discours d’autrui pénètre-t-il mon propre discours ? Comment se marque cette altérité ? Quels outils la langue fournit-elle par lesquels se signifie la pluralité énonciative ? Cet ouvrage apporte des réponses à ces questions en faisant travailler une notion héritée du philosophe du langage russe Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) : le dialogisme, que l’on définira comme l’orientation, constitutive de sa production comme de son interprétation, de tout discours vers d’autres discours. Cette orientation dialogique se manifeste sous forme d’échos, de résonances, d’harmoniques, qui font signe vers d’autres discours ; sous forme de voix introduisant de l’autre dans l’un, que l’on étudie à partir des marques linguistiques qu’elles laissent en surface.
Les analyses retenues dans ce travail collectif font travailler la notion de dialogisme à l’articulation de la langue et du discours, à partir de l’hypothèse suivante : si la production du discours est constitutivement orientée vers d’autres discours, alors cette dynamique doit affecter certains outils de la langue elle-même. Ainsi se voient questionnés différents lieux de la grammaire de la langue et du texte : la dislocation, la locution adverbiale un peu, le connecteur non que, l’interrogation en est-ce que, le déterminant démonstratif, les temps verbaux de l’indicatif, la structuration du texte en paragraphes, le titre de presse.

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DEUXIÈME PARTIE. TEMPS VERBAUX ET FONCTIONNEMENT DIALOGIQUE

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DEUXIÈME PARTIE TEMPS VERBAUX ET FONCTIONNEMENT DIALOGIQUE 77 Aspect, modalité et dialogisme Théorie et analyse de quatre langues européennes* Adeline PATARD Université d’Anvers I. Introduction Le lien entre aspect et modalité, et notamment entre imperfectivité et épistémicité, est reconnu et amplement documenté dans différentes langues. Par exemple, dans les langues romanes où le domaine du passé est traversé par une opposition aspectuelle entre un passé imperfectif (cf. l’imparfait français) et un passé perfectif (cf. le passé simple français), on observe que les passés imperfectifs peuvent être associés à l’expres- sion d’une distance épistémique – la situation dénotée est présentée comme improbable ou irréelle –, alors que les passés perfectifs ancrent toujours le fait relaté dans la réalité passée du locuteur. Ce contraste explique la différence d’interprétation entre (1a) et (1b) : (1a) Un pas de plus et elle tombait. (interprétation contrefactuelle) (1b) Un pas de plus et elle tomba. (interprétation factuelle) ainsi que l’impossibilité d’employer un passé perfectif dans des con- textes où le locuteur souligne par ailleurs le caractère peu probable ou irréel de la situation : (2) Si un jour tu partais (/ *partis) sans retour / les fleurs perdraient leur parfum. (É. Piaf) (3) Si seulement je pouvais (/ *pus) lui manquer ! (Calogero) Parallèlement, quelques auteurs1 ont noté une possible relation entre dialogisme et modalité. Patard et Vermeulen (2010) notent par exemple que, dans l’emploi hypothétique illustr...

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