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Ville infectée, ville déshumanisée

Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain

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Sylvie Freyermuth, Jean-François Bonnot and Timo Obergöker

Le programme de recherche Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain a réuni des chercheurs européens dont les travaux, présentés ici, sont entrés en dialogue au sujet de la catégorie de l’espace, en étroite relation avec la géographie, l’histoire, les sciences sociales et politiques, et enfin les sciences cognitives et la cybernétique.
L’espace est soumis aux tensions des difficiles premières années du XXIe siècle (guerres, peurs et fantasmes « terroristes », etc.), de surcroît marquées par une crise économico-financière sans précédent depuis 1929, de telle sorte que les groupes sociaux et les individus s’inscrivent dans des situations très nouvelles dans lesquelles se trouvent réactivés soupçons et défiances à l’égard des institutions politiques et de leurs administrations. Aucun domaine n’est épargné, qu’il s’agisse de l’éducation, de la recherche scientifique ou des activités de diffusion de l’information.
Ce volume explore et analyse la création, essentiellement romanesque, de l’extrême contemporain, où l’espace s’impose avec force, comme en témoigne le rôle rempli par les lieux archétypiques de la « surmodernité » – prisons, usines, périphéries urbaines, voire centrales nucléaires, ensemble de lieux « sans qualités apparentes ». C’est parce que la littérature est à la fois une caisse de résonance des fantasmes et des terreurs et une conscience critique, que ces contributions veulent rendre compte de ce rapport avec l’espace, dont l’humain a lui-même organisé la planétarisation et – paradoxalement – la déshumanisation.
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Ambulo ergo sum : le chant du piéton (une espèce en voie de disparition)

Introduction

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Nathalie ROELENS

Université du Luxembourg

Ce travail a pour vocation de parcourir la niche « médiologique » du piéton du XIXe au XXIe siècle et d’étudier sa rivalité avec les niches concurrentes. Cette notion, calquée sur celle de « niche écologique1 » indique que chaque invention s’installe en quelque sorte dans la niche d’usage de la précédente et l’en chasse symboliquement : « Dès son arrivée sur le marché, [la bicyclette] est opposée au cheval, au chemin de fer dont elle occupe en partie les niches2. » Cette logique de substitution, encore formulée de la sorte par Paul Virilio : « Il n’y a pas d’acquis sans perte. Quand on invente un objet technique, par exemple l’ascenseur, on perd l’escalier3 », suscite des affects nostalgiques que l’on observe tout au long du XXe siècle : à l’époque des aéroplanes, on regrette le train, à l’époque des bus, on regrette le tramway, etc. La bicyclette semble cependant échapper à cette logique : malgré sa vélocité, comme son nom initial de vélocipède l’indique, elle jouit d’une légitimité qui lui fera traverser toutes les niches, jusqu’à sa réhabilitation de nos jours. La bicyclette a foncièrement quelque chose de plébéien, de démocratique, d’émancipatoire. L’Albertine proustienne, « demoiselle au polo, au vélo et au diabolo4 », mutante au corps façonné par le sport5, enjambe joyeusement à la fois les clivages sociaux traditionnels et la différence ← 115 | 116 → sexuelle, « bousculant...

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