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Rollon : de l’histoire à la fiction

État des sources et essai biographique

Liliane Irlenbusch-Reynard

Lorsque Rollon et sa bande s’établissent en basse Seine, depuis plus d’un siècle déjà, l’Occident chrétien est victime des raids vikings. Après les régions côtières, les bassins fluviaux sont la proie des pillards. Dans un premier temps, l’Empire carolingien résiste efficacement, mais à partir des années 840, affaibli par les conflits internes, la défense vacille. Les Vikings remontent les fleuves et leurs affluents, et pillent cités et monastères. Puis ils prélèvent des tributs et finalement certains décident de s’établir, sollicitant alors une reconnaissance officielle de la part du prince souverain du pays. Ainsi, en 911 à Saint-Clair-sur Epte, Rollon obtient de Charles le Simple Rouen et sa région. Ce sera la seule principauté viking qui ne connaîtra pas un destin éphémère. Pourtant, de ce chef scandinave fondateur de la Normandie et de son parcours, on ne sait finalement que peu de chose avec certitude. Était-il danois ou norvégien ? Cette question suscita la polémique. Aussi cette étude s’attache-t-elle en premier lieu à donner au lecteur accès aux sources, à savoir aux sagas, chroniques et autres écrits de l’Occident chrétien, qui gardent mémoire du chef viking. Au fil de l’exposé, on découvre les spécificités des différentes traditions historiographiques et des contextes géo-politiques et culturels d’où proviennent ces témoignages ; on découvre également comment les informations circulaient, traçant les contours d’une Europe allant de l’Islande à la Sicile. Et finalement, c’est un scénario qui s’affirme, celui du parcours de Rollon, au plus près de l’histoire.
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2 La tradition normande

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Nous ne disposons aujourd’hui d’aucun témoignage contemporain et local sur l’établissement de Rollon et de ses hommes en Neustrie. Avant que Dudon de Saint-Quentin, dans la dernière décennie du Xe siècle, ne mette sa plume au service des Rollonides, selon toute vraisemblance un seul auteur s’engagea dans cette voie, choisissant de louer Guillaume, le fils et successeur de Rollon, peu après son assassinat le 16 décembre 942. L’œuvre qu’il composa, le Planctus ou Complainte sur la mort de Guillaume Longue-Épée, est un chant funèbre en latin aujourd’hui préservé en deux manuscrits des Xe et XIe siècles, manuscrits incomplets et quelque peu détériorés, mais ayant toutefois permis de reconstituer l’essentiel du texte original. La Complainte comprend aujourd’hui dix-sept strophes. Ce fut, très probablement, soit à Jumièges, abbaye que Guillaume restaura en 942, soit au monastère ligérien de Saint-Mesmin de Micy, dont l’abbé était depuis 950 Annon et qui fut nommé dès 943 abbé de Jumièges et auquel la paternité de l’œuvre a été récemment attribuée, soit à Poitiers, au monastère Saint-Cyprien dont Martin à qui Guillaume fit appel pour restaurer Jumièges était l’abbé, que cette œuvre vit le jour.1 Quand bien même la Complainte n’aurait pas été composée en Normandie mais plus au sud, elle n’en demeure pas moins une œuvre normande, une œuvre en l’honneur d’un prince normand et de sensibilité normande....

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