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Voie de la plume, voie du sabre

Le corps-à-corps poétique chez Bauchau, Dotremont et Bonnefoy

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Matthieu Dubois

Cet ouvrage se propose d’évaluer l’imprégnation de l’Extrême-Orient dans la littérature française d’après-guerre par l’étude de l’esthétique poétique de trois écrivains emblématiques de leur génération : Henry Bauchau, Christian Dotremont et Yves Bonnefoy. On observera comment leurs œuvres relèvent d’un imaginaire sino-japonais syncrétique, qui leur permet d’interroger une certaine pratique de l’écriture afin de développer un usage performatif du langage.
En particulier, cet imaginaire permet de saisir différents aspects du rayonnement de l’Extrême-Orient relatifs à la place du corps dans la création. Il invite à considérer l’impact des arts martiaux orientaux – progressivement intégrés dans la culture européenne – à l’égard des représentations et des valeurs associées à l’Asie. L’enjeu de cette étude est alors de comprendre la spécificité de ces œuvres majeures de la production poétique française contemporaine, marquées par cette culture éloignée, en regard de la pensée de la création comme geste et comme présence, telle qu’un art martial les met en œuvre en son propre lieu.
L’analyse comparative et différentielle des trois œuvres fera apparaître, outre leur singularité, un horizon commun concernant une requalification des enjeux de l’écriture poétique pouvant ouvrir à un enrichissement de l’existence et, ainsi, à un mieux-être.
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Chapitre 3 - Énigme de la Vie

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CHAPITRE 3

Énigme de la Vie

S’il est vrai que l’œuvre d’Yves Bonnefoy tend à qualifier le corps comme le temple où peut se vivre un rapport renouvelé à l’absolu – par reconfiguration des coordonnées traditionnelles du sacré –, on conçoit qu’elle en induit la refiguration. La possible imprégnation de la pensée extrême-orientale que l’on peut repérer à l’arrière-plan des textes révèle une distanciation à l’égard des valeurs qui ont marqué son éducation, pour privilégier l’exploration d’une intériorité différente, fondée sur l’expérience charnelle. Son entreprise tend à ré-enchanter l’épreuve que l’individu fait de soi, de sa pulsation vitale – liée au corps –, de façon à trouver dans l’expression poétique une jouissance d’être au monde que Jérôme Thélot associe à « la retrouvaille » de l’être, « de son commencement par lui-même »1. Elle opère ainsi la mutation du sacré, identifié traditionnellement à la transcendance divine, vers l’immanence d’une Vie qui, pour Michel Henry, « s’auto-révèle » dans chaque vécu. En écho à l’analyse de Rolf Kühn sur les rapports entre affectivité et monde, la dimension numineuse de la nature dans les poèmes signifie l’infinie puissance d’auto-affectation de soi, dès lors que :

[…] avant d’être le panorama […], le monde est d’abord constitué par la passibilité de l’auto-réceptivité de la force en nous, comme la coïncidence ou l’identité pratique de toute force en nous qui permet […] le...

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