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L’abîme de l’épreuve

Phénoménologie matérielle en son archi-intelligibilité

de Rolf Kühn (Auteur)
Monographies 197 Pages

Résumé

Ce livre déploie jusque dans ses plus ultimes conséquences le projet d’une auto-radicalisation de la phénoménologie. C’est une interrogation radicale sur le fond abyssal de toute épreuve subjective que l’auteur entend ici réaliser. Cette recherche contribue à l’avancement d’une phénoménologie qui ne serait plus dupe de la séparation artificielle entre des disciplines traditionnelles telles que la métaphysique, l’ontologie, la théologie, la mystique, l’épistémologie, l’éthique, l’esthétique, etc. Elle permet par ailleurs de faire de la question de l’éprouver, ressaisi en son abîme intérieur, en l’incessante fulguration de sa naissance immanente, le cœur d’une recherche renouvelée sur les conditions individuelles et collectives d’une praxis libératrice.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Avant-propos
  • Partie I
  • Chapitre 1 Le lieu originaire de la phénoménologie et de la métaphysique
  • 1. Concept, métaphysique et mystique
  • 2. Religion et analyse relevant de la phénoménologie de la vie
  • 3. Gnoséologie et faire en tant qu’accès à la vie
  • Chapitre 2 Vie et être, ou phénoménologie et ontologie chez Edith Stein
  • 1. La « personne » comme le vivant illimité
  • 2. La totalité du sens ontologique
  • 3. L’empathie comme attitude fondamentale en philosophie et religion
  • Partie II
  • Chapitre 1 Aisthétique de la vie et du monde, ou l’image originaire
  • 1. Sentir et généalogie de la Vie
  • 2. Le « passage » des tonalités
  • 3. Le sol du monde et l’impression aisthétique
  • 4. Sentiment du Temps et de l’Espace
  • Chapitre 2 Le renversement de l’action et de la pensée dans le Marx de Michel Henry
  • 1. Opérativité et déconstruction
  • 2. Métaphysique, objectivité et capitalisme
  • 3. Historialité et éthos – affectivité et aliénation
  • 4. Souffrance et libération des potentialités « émancipées »
  • Partie III
  • Chapitre 1 Dire l’indicible. La vie en sa narration immanente
  • 1. La vie en tant que certitude et agir d’elle-même
  • 2. La Vie en son Fond comme épreuve de soi
  • 3. Abîme archi-passible. De la fatigue à la vieillesse
  • Chapitre 2 L’architecture et la demeure de la vie
  • 1. L’architecte et son rapport à la subjectivité esthétique
  • 2. Théorie de l’architecture et phénoménologie de la « demeure »
  • 3. Urbanisme et « existence esthétique »
  • Conclusion Conscience et vie en leur immanence archi-intelligible
  • Du même auteur
  • Anthropologie et philosophie sociale
  • Ouvrages parus

Avant-propos

Dans l’œuvre de phénoménologie matérielle laissée par Michel Henry, l’adjectif abyssal est fréquent, mais on ne trouve guère une explicitation directe de cet emploi récurrent qu’il faut chercher plutôt dans l’analyse du Fond auto-affectif ou archi-intelligible de la Vie absolue en sa charnalisation radicale. Cette absence relative d’une « métaphysique de l’abîme » (Abgrund) proprement dite correspond visiblement au refus principiel d’une « spéculation » ontologique qui ne serait pas couverte par l’auto-apparaître en sa phénoménalisation originaire même. Or, cette problématique propre au lien entre ontologie, métaphysique et phénoménologie s’avère aussi à l’œuvre dans toute la tradition philosophique et spirituelle en Occident, et si nous optons dans ce livre pour une auto-radicalisation de la phénoménologie historique depuis Husserl, c’est précisement pour éviter aussi bien l’écueil de l’Un (néo)platonicien en sa distance avec l’Être et/ou la Vie que l’abîme inconscient de Boehme et Schelling (Un-Grund) ou l’abîme-néant (Nichts) chez Heidegger pour articuler la « différence ontologique », la transcendance-liberté ou plus tard l’Ereignis, sans parler de la raison suffisante chez Leibniz ou Kant1.

L’auto-radicalisation phénoménologique au travail à travers nos chapitres suivants signifie un changement réductif des catégorialités de la vision (Schau) vers la praxis subjective en sa potentialisation concrète et invisible. En ce sens, notre titre L’abîme de l’épreuve marque l’aboutissement de nos publications antérieures en français telles que Radicalité et passibilité. Pour une phénoménologie pratique (2003) ainsi qu’Individuation et vie culturelle. Pour une phénoménologie radicale dans la perspective de Michel Henry (2012). Il s’agit donc d’un aboutissement poursuivi pendant des années dans le sens d’une impossibilité de principe de pouvoir dépasser la Donation immémoriale en tout Faire par une représentation quelconque. Puisque toute affection implique déjà un agir ← 9 | 10 → en tant qu’engendrement par la Vie phénoménologique absolue, toute expérience recèle cet Abîme-Épreuve. Notre tentative d’articuler celle-ci en son archi-intelligibilité vivante ne peut signifier par conséquent qu’épouser l’Unité primoridale d’une « naissance transcendantale », en dernière analyse, en toute modalisation affective, ce qui nous approche de la conception de l’Abîme-Vie en son immanence pure selon Maître Eckhart sans aucune transcendance ou différence. Il va de soi que cette affinité de pensée ne souscrit à aucune position historique ou herméneutique particulière, mais obéit au seul souci d’une archi-intelligibilité vivante et pratiquable loin des idéologies régnantes.

Nous voudrions remercier chaleureusement Alexander Schnell, Khalil Chalfoun, Sylvain Camilleri, Marie-Rose Ritter et Frédéric Seyler pour la première traduction en français de nos chapitres I,1, I,2, II,5 et II,6, que nous avons ensuite retravaillés et augmentés lors de notre rédaction finale en vue de cette publication. Le manuscrit complet a été relu encore une fois par Thierry Berlanda à qui revient donc le mérite irremplaçable de présenter un texte bien lisible dans son ensemble aux lecteurs francophones. Nous espérons que tous ces efforts contribuent ultimement à l’avancement de la phénoménologie même, qui ne serait plus dupe de la séparation artificielle entre des disciplines traditionnelles telles que la métaphysique, l’ontologie, la théologie, la mystique, l’épistémologie, l’éthique, l’esthétique, etc., pour cerner à l’avenir plutôt – tout en reconnaissant une certaine « pluralité d’approches » – une « unité abyssale » qui concerne l’enjeu de notre culture même en tant que praxis individuelle et communautaire.

Fribourg-en-Brisgau, hiver 2011

Rolf Kühn

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1    Pour l’historique de la conceptualisation du Fond/Abîme, cf. par exemple l’article de K. Bendezeit, « Grund », in Historisches Wörterbuch der Philosophie. T. 3, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1974, pp. 902-910. Chez M. Henry, on trouve la notion de Fond surtout dans La barbarie (Paris, Grasset, 1987) et dans un texte de 1989 « Peindre l’invisible », republié maintenant dans A. Jdey et R. Kühn (dir.), Michel Henry et l’affect de l’art. Recherches sur l’esthétique de la phénoménologie matérielle, Leiden-Boston, Brill, 2012, pp. XXV-XXXIX. Le « Fond incréé », inspiré de Maître Eckhart, sert surtout à dépasser la réalité unilatérale d’une création transcendante.

PARTIE I

FONDEMENTS

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CHAPITRE 1

Le lieu originaire de la phénoménologie
et de la métaphysique

Au cours de notre investigation – conduite sur de nombreuses années – qui portait sur l’auto-manifestation, relevant de la phénoménologie de la vie, en tant qu’essence de l’apparaître et du religieux dans le christianisme chez Michel Henry (1922-2002), deux compréhensions se sont cristallisées, qui semblent être corrélatives. D’un côté, la vie absolument phénoménologique – en tant qu’essence de Dieu lui-même au sens de son auto-donation se révélant – ne se laisse plus subsumer sous un concept intuitif ; d’un autre côté, la reconnaissance d’une telle réalité privée de toute intuition au sens du remplissement de l’évidence implique la nécessité du recours au concept d’une autre métaphysique afin de souligner la facticité incontournable d’une effectivité absolue de la révélation qui constitue elle-même, d’une façon aussi essentielle, la vérité immanente de l’« homme » en tant qu’être vivant pathique. Ainsi la détermination de la métaphysique n’a plus recours au concept de l’être et ce, ni au sens onto-théologique, ni au sens de l’herméneutique existentiale. Et dans la mesure où l’analyse radicale et contre-réductive de la vie purement immanente ne contient plus de dispositif de conditions transcendantales a priori au sens d’une suite relationnelle de principes, une compréhension de la métaphysique en tant que catégorialité de l’essence ou de l’expérience qui précéderait l’apparaître en tant que tel est dès lors fondamentalement obsolète. Donc, sans vouloir restaurer ni une métaphysique générale, ni une métaphysique spéciale1, le fait incontournable qu’on ne puisse renoncer au mot « métaphysique », même si la phénoménologie, pour peu qu’elle veuille se comprendre elle-même, ne peut plus échapper à l’essence de l’auto-révélation religieuse, signifie eo ipso et à son tour une requalification du « phénomé ← 13 | 14 → nologique » par rapport à sa détermination d’essence classique en tant que remplissement intuitif ou compréhension herméneutique du sens.

Car, pour le dire en d’autres termes, l’opposition ne semble finalement pas tant être celle entre la métaphysique et la phénoménologie, mais entre la « monstration » (preuve) et l’« épreuve » immanente, où l’idée persiste cependant que la métaphysique au sens habituel vise une dépendance vis-à-vis de la transcendance – mais qu’elle est comprise ici comme épreuve a priori et contre-réductive de la vie absolument phénoménologique en son immédiateté. Ou pour le dire dans les termes de Michel Henry :

C’est seulement en partant du phénomène métaphysique de la Vie, en la reconnaissant comme la Révélation originelle présupposée par tout ce qui éprouve et s’éprouve soi-même, qu’on peut saisir, à partir de cette révélation originelle en lui de la Vie, ce qu’est un individu vivant2.

Il s’agira par la suite de comprendre cette phrase dans toutes ses dimensions, tout en en assumant notre responsabilité phénoménologique propre.

1. Concept, métaphysique et mystique

Le concept et l’évidence sont en effet liés l’un à l’autre dans la mesure où le concept signifie – pour la détermination de l’expérience qui se démontre – ce qui constitue l’évidence eu égard au remplissement d’horizon, à savoir le fait de rendre possible l’expérience en général. L’évidence phénoménologique veut intuitionner eidétiquement du général à même le singulier et ce, en une essentialité concrète en tant que typique de la conscience et dans une systématique transcendantale et synthétique, c’est-à-dire en tant que cours de l’expérience possible qui certes ne doit être réalisée de cette façon par aucune individualité empirique, mais qui reste pourtant tributaire, en son empiricité, de la limitation, à chaque fois régionale, des possibilités internes de variation qui caractérisent cette dernière :

La validité de l’expérience et de la connaissance empirique de l’expérience a son corrélat dans certains rapports effectifs et possibles de la conscience de l’expérience et, à l’inverse, si l’on admet que ces rapports existent, la connaissance de l’expérience a aussi une validité3. ← 14 | 15 →

Résumé des informations

Pages
197
ISBN (PDF)
9783035262636
ISBN (ePUB)
9783035299946
ISBN (MOBI)
9783035299939
ISBN (Broché)
9789052019147
Langue
Français
Date de parution
2014 (Septembre)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2012. 197 p.

Notes biographiques

Rolf Kühn (Auteur)

Né en 1944 en Allemagne, Rolf Kühn a été, après des études de philosophie et de théologie à la Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris, professeur de philosophie aux Universités de Vienne, Beyrouth, Nice, Lisbonne, Louvain-la-Neuve, Fribourg-en-Brisgau. Auteur de nombreux ouvrages, il est actuellement le directeur du Centre de recherche sur la philosophie française de la religion à l’Université de Fribourg-en-Brisgau et du Forschungskreis Lebensphänomenologie.

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Titre: L’abîme de l’épreuve