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Les français régionaux dans l’espace francophone

de Marie-Madeleine Bertucci (Éditeur de volume)
©2016 Comptes-rendus de conférences 252 Pages

Résumé

Les différentes variétés de français observables dans l’espace francophone, dites « français régionaux », dans la terminologie sociolinguistique, sont étudiées dans ce volume par certains des meilleur-e-s spécialistes du sujet, dans une perspective synchronique et à travers un spectre large qui embrasse aussi bien la variation diatopique que la variation sociale. Les chercheur-e-s interrogent le statut linguistique de ces formes endogènes de français et la place qu’elles seraient susceptibles d’occuper dans les politiques linguistiques-éducatives de régions ou d’États traversés par des tensions sociales et ethniques. Ces variétés s’inscrivent dans le paysage plurilingue et pluriculturel de la francophonie du XXIe siècle où la question des langues et des identités en contact est centrale.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • Sommaire
  • Préface Les Français Régionaux.
  • Présentation
  • Première partie : Les français régionaux : un statut problématique
  • De l’observation des variétés locales et régionales du français à une didactique de la pluralité des pratiques du français en contextes plurilingues : un chemin semé d’embuches
  • Langue régionale et minoration sociolinguistique : l’approche glottonomique de la langue normande
  • Quelles « langues » sont les « français régionaux » ? Un point de vue phénoménologique-herméneutique
  • Faut-il continuer à « produire » des français régionaux ? Pour qui ? Pourquoi ? Et éventuellement comment ?
  • L’élaboration d’une norme endogène dans la valorisation du français vernaculaire en Louisiane
  • « Nous aussi, on dit ça ». Frontières et catégories linguistiques. L’exemple de l’Acadie
  • Norme endogène et enseignement du français en Belgique francophone. Entre dénégation et acceptation
  • Deuxième partie : quelle place pour les formes régionales dans un contexte mondialisé ?
  • Francophonie et altercentricité : construire la régionalité autour de parcours et d’expériences ?
  • Le français en créolophonie : à propos des contributions haïtiennes.
  • Le lexique du français calédonien. Présentation linguistique et sociolinguistique – mondialisation, homogénéité, hétérogénéité –
  • Variation, Normes, Sociolectes et Parlers Régionaux : L’exemple du Parler Minier du Nord de la France
  • Troisième partie : Vers une didactique contextualisée en situations plurilingues
  • Modalités d’une altérité minorée. Pertinence de la notion de région pour les politiques linguistiques-éducatives
  • Le français « langue partagée » en Nouvelle-Calédonie : Quelle place pour la diversité linguistique à l’école ? Quelle didactique du français contextualisée ?
  • Quelle place pour la variation linguistique dans l’enseignement du français ?
  • Postface
  • Les français régionaux dans l’espace francophone. Quel statut linguistique, quelle place dans les politiques éducatives ?
  • Notices Biographiques
  • Index des auteurs
  • Index des notions

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Henriette Walter1

Préface : Les Français Régionaux

Il serait injuste de parler des français régionaux sans rappeler au préalable les circonstances historiques qui en ont favorisé l’éclosion tout en rejetant dans l’ombre le souvenir des langues qui les avaient précédés.

Ces langues vernaculaires, qui étaient présentes sur le territoire bien longtemps avant le français, avaient été gravement mises en danger à l’époque de la Révolution, en particulier en 1794, date à laquelle l’abbé Grégoire prononçait son fameux discours sur la « nécessité d’abolir les patois » : une catastrophe qui avait bien failli se produire puisque, près d’un siècle plus tard, vers la fin du XIXe siècle, Jules Gilliéron et l’abbé Rousselot annonçaient comme un aboutissement inéluctable leur « imminente destruction ». Et pourtant, malgré une diminution inquiétante de leur usage, et pour peu que l’on veuille bien prêter l’oreille, on peut encore les entendre en France, en ce début de XXIe siècle, où leur sauvegarde est même mise à l’ordre du jour.

Depuis quelques décennies, dans les territoires où, malgré la pression omniprésente du français, des îlots de langues régionales avaient pu survivre, des associations et des groupes d’enseignants ont en effet pris le relais des patoisants de naissance pour redonner vie à ce patrimoine linguistique dont ils ont compris la valeur et les prolongements culturels. Ils ont même entraîné dans leur sillage des jeunes de plus en plus nombreux, désireux de s’initier à la langue de leurs grands-parents, qu’ils craignent de voir disparaître : on pourrait peut-être voir dans ces initiatives comme un écho tardif de quelques opinions exprimées pendant la Révolution, à la suite de l’enquête que l’abbé Grégoire avait organisée en 1790 par écrit auprès des communes de France, réalisant ainsi la première enquête sociolinguistique avant la lettre. À la question 29 de son questionnaire : « Quelle serait l’importance religieuse et politique de détruire entièrement ce patois ? », la réponse du correspondant du Languedoc avait été sans équivoque : « Pour le détruire, il faudrait détruire le soleil, la fraîcheur des nuits, le genre d’aliments, la qualité des eaux, l’homme tout entier ».

Il faut croire que cette prise de conscience individuelle à l’époque de la Révolution n’a pas été isolée car la suite de l’histoire linguistique de la France a montré que, malgré les discours enflammés de quelques révolutionnaires résolument en ← 9 | 10 → guerre contre ces langues vernaculaires, certaines de ces dernières ont tout de même réussi à se maintenir jusqu’à nos jours.

Mais leur présence se manifeste aussi de façon plus subtile, en donnant une grande partie de leurs couleurs à ces français régionaux, qui ont été le thème particulièrement bienvenu des deux journées de colloque de mars 2012.

Pour illustrer les singularités de quelques-unes des variétés régionales du français, il n’est que de faire observer par exemple que la serpillière s’habille tour à tour en wassingue, en cinse ou en pièce à frotter, que la salade, dans certains coins de la France, se laisse brasser, et dans d’autres, simplement tourner ou remuer, mais aussi touiller ou encore fatiguer, et même… épuiser. Devant un étal de poisson, on risque de se laisser prendre au jeu des apparences quand on ignore que le colin des poissonneries de Paris est la même espèce de poisson que le merlu des marchés de Marseille, qu’inversement le bar de l’Atlantique n’est pas un autre poisson que le loup de la Méditerranée, et que la lotte de mer prend avec juste raison le joli nom de baudroie dans les régions méridionales.

Dans un tout autre domaine, on remarquera sans peine que septante évoque la Belgique ou la Suisse, que chanceux ou dispendieux sont des adjectifs plus fréquemment entendus au Québec ou chez les Acadiens qu’en France, et que zouk ou zombie sont usuels aux Antilles. Par ailleurs, à l’intérieur de l’Hexagone, seul un Méridional dira qu’il s’estrasse (de rire) et seul un Lyonnais emploiera couramment les mots mâchon pour désigner « un petit repas » ou cuchon pour parler d’un « tas ». Enfin, on peut être sûr que n’est pas originaire de Paris celui qui prononce brun différemment de brin, une distinction qui a commencé à donner des signes de faiblesse, à partir du XVIIe siècle, pour disparaître progressivement des usages parisiens.

On voit ainsi l’histoire des langues de France faire bon ménage avec la géographie, en constatant que chez un locuteur de français, c’est avant tout son origine régionale qui se manifeste dans sa façon de parler : à la fois par son « accent », qui n’est que la partie la plus superficielle de son système phonologique, par certaines de ses tournures grammaticales, et sans aucun doute encore plus nettement dans ses choix lexicaux, ces deux derniers traits se manifestant aussi à l’écrit.

Fille de son histoire, et enracinée diversement selon les régions, la langue française se révèle donc de nos jours sous la forme des multiples français régionaux qui ont nourri les débats animés du colloque dont les actes publiés aujourd’hui, nous apprennent, grâce aux recherches des meilleurs spécialistes de la question, tout ce que nous ignorons encore sur ces variétés régionales du français toujours en mouvement.


1 Université Rennes 2.

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Marie-Madeleine Bertucci 1

Présentation

Les textes réunis ici constituent les actes d’un colloque organisé à la Maison de la Nouvelle Calédonie à Paris les 14 et 15 mars 2012. Ce colloque avait pour thème les français régionaux dans l’espace francophone. Le projet était d’interroger le statut linguistique de ces formes endogènes de français, leur place dans les politiques éducatives dans un contexte mondialisé et traversé par des tensions géopolitiques et économiques.

Ce colloque a réuni de nombreuses personnalités scientifiques, dont l’expertise sur la question est reconnue de manière unanime au plan international. Il a permis de leur rendre un hommage que cet ouvrage souhaite matérialiser à travers la transmission du savoir qu’il permet et concrétiser puisqu’il prend la forme d’un livre. On souhaiterait saluer ici tout particulièrement les travaux essentiels d’Henriette Walter, de Robert Chaudenson et d’Albert Valdman, qui nous ont fait l’honneur de contribuer à ce travail.

Après la belle préface d’Henriette Walter, qui ouvre le volume, les sept premiers chapitres, qui constituent la première partie, ont pour projet d’interroger le statut des français régionaux et de mettre en évidence leur caractère problématique.

Les quatre contributions initiales croisent les différents courants théoriques qui développent la notion. Philippe Blanchet offre une vision diachronique critique, qui soulève des questions à la fois sociolinguistiques et didactiques. Il retrace les principales étapes de l’évolution de la notion, de la dialectologie à la sociolinguistique, après avoir évoqué les premiers manuels correctifs et la vision folklorisante. Thierry Bulot, ensuite, propose une synthèse de l’approche glottopolitique des situations minorées à travers l’analyse sociolinguistique du cauchois. Il met en évidence les discours sur les pratiques linguistiques perçues comme régionales et sur leur dimension symbolique et identitaire, qui va traverser les différentes contributions de manière récurrente. Didier de Robillard, enfin, interroge la notion même de langue à travers les français régionaux en montrant que leur hétérogénéité met en débat l’institution d’une langue intangible et homogène. Pour ce faire, il prend le parti d’une démarche phénoménologique-herméneutique, qu’il estime plus adaptée à cette notion que les courants positivistes et structuralistes dominants dans le champ selon lui. Rada Tirvassen prolonge les propositions de ← 11 | 12 → Didier de Robillard en se demandant si les français régionaux ne constituent pas tout bonnement un artefact.

Une deuxième série de trois contributions clôt la première partie. L’enjeu de ce deuxième volet est identitaire et questionne différentes modalités de légitimation des formes régionales.

Albert Valdman aborde la question de l’aménagement linguistique et décrit les processus de reconnaissance des variétés locales de français en Louisiane pour l’élaboration d’une forme écrite basée sur les parlers vernaculaires. Annette Boudreau traite du phénomène de la nomination des parlers régionaux au Canada par les locuteurs dont la différenciation constitue un composant identitaire important. Michel Francard reprend la question de la nomination à propos du français en Belgique, en l’intégrant dans une réflexion sur la légitimité des pratiques identifiées comme distinctes de la variété « de référence ». Il en conclut qu’aujourd’hui la variété de français en usage en Belgique, de par sa diffusion et son emploi dans l’ensemble des domaines de la vie sociale, est validée comme norme (endogène). Albert Valdman comme Michel Francard mettent en évidence le rôle que pourrait jouer l’École dans la reconnaissance de ces variétés et dans leur transmission comme élément patrimonial.

La seconde partie cherche à évaluer la place des formes régionales dans un contexte mondialisé, et ce, en approfondissant l’analyse. Celle-ci se déploie à partir d’une perspective large centrée sur la notion de francophonie, perçue comme la conscience de la nécessité de se rapprocher, développée par certains peuples minorés, du fait de leur pratique du français (Valentin Feussi) et se concentre progressivement pour conclure sur l’étude de la place d’un sociolecte comme le parler minier dans la perspective de la mondialisation (Béatrice Turpin). Cette dernière contribution interroge le phénomène de la variation et des frontières entre les langues. Le parler minier appartient-il au domaine des parlers picard, en tant que variété du français ou à la langue picarde, distincte du français ? En cela, le travail de Béatrice Turpin est un écho au questionnement initié par Didier de Robillard sur l’instabilité, la labilité et l’hétérogénéité de la/des langue(s). Il rejoint également les interrogations d’Annette Boudreau et de Michel Francard sur les processus de nomination. Entre les chapitres de Valentin Feussi et de Béatrice Turpin, prennent place deux articles, qui contribuent à l’enrichissement de la notion de français régional. Dominique Fattier interroge la variété de français parlée en Haïti en mettant en évidence la notion d’« écologies internes ou externes », de variabilité diatopique, lesquelles ont engendré des variétés différentes. La contribution de Christine Pauleau, qui suit celle de Dominique Fattier, consacrée à la présentation linguistique et sociolinguistique du français calédonien en est une illustration. ← 12 | 13 →

La troisième partie, enfin, pose le problème de la place de ces formes à l’École. Marie-Madeleine Bertucci s’intéresse à la modernité de la notion de région pour les politiques d’enseignement du français et met en évidence la revitalisation de cette notion dans le contexte de la mondialisation, qui accroît d’autant l’intérêt qu’il convient de porter aux normes endogènes de français. Véronique Fillol pose le problème de la contextualisation didactique et de la place de l’enseignement du français, langue de scolarisation, dans le contexte plurilingue de la Nouvelle-Calédonie. Jacques David, enfin, aborde de plain-pied, la question de la description du français à enseigner et de l’équilibre à trouver entre des descriptions systémiques endogènes de la langue et des descriptions exogènes associées à l’étude de l’activité langagière orale et écrite.

Robert Chaudenson, acteur de premier plan des études sur les français régionaux, conclut le volume en rappelant les grandes étapes de l’histoire contemporaine de la recherche sur la notion. ← 13 | 14 →


1 Université de Cergy-Pontoise.

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Première partie :
Les français régionaux : un statut problématique

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Philippe Blanchet1

De l’observation des variétés locales et régionales du français à une didactique de la pluralité des pratiques du français en contextes plurilingues : un chemin semé d’embuches

Résumé des informations

Pages
252
Année
2016
ISBN (PDF)
9783653040753
ISBN (ePUB)
9783653993493
ISBN (MOBI)
9783653993486
ISBN (Relié)
9783631646502
DOI
10.3726/978-3-653-04075-3
Langue
Français
Date de parution
2016 (Juin)
Mots clés
variation linguistique français vernaculaires sociolinguistique didactique
Published
Frankfurt am Main, Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Wien, 2016. 252 p.

Notes biographiques

Marie-Madeleine Bertucci (Éditeur de volume)

Marie-Madeleine Bertucci est professeure de sciences du langage à l’université de Cergy-Pontoise. Elle s’intéresse aux variations du français ainsi qu’aux politiques linguistiques-éducatives dans une perspective sociolinguistique et didactique dans les contextes plurilingues de l’espace francophone.

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Titre: Les français régionaux dans l’espace francophone