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Dire la crise : mots, textes, discours / Dire la crisi: parole, testi, discorsi / Decir la crisis: palabras, textos, discursos

Approches linguistiques à la notion de crise / Approcci linguistici al concetto di crisi / Enfoques lingüísticos sobre el concepto de crisis

de Daniela Pietrini (Éditeur de volume) Kathrin Wenz (Éditeur de volume)
Collections 274 Pages

Résumé

En considérant la « crise » comme une notion discursive, ce volume se propose de reconstruire sa conceptualisation du point de vue de sa mise en langage. Les auteurs explorent les différentes façons de raconter la crise économique avec son lexique (européismes, néologismes, phraséologismes), les métaphores, les topoï discursifs et les stratégies d’euphémisation et d’interdiction linguistique, tout en mettant en relation la construction linguistique de la crise avec les contextes extralinguistiques propres aux pays concernés.
Partendo dalla considerazione della crisi come nozione discorsiva, questo volume si propone di ricostruirne la concettualizzazione in ambito romanzo dal punto di vista della sua costruzione linguistica. Gli autori esplorano i vari modi di raccontare la crisi economica con il suo lessico (europeismi, neologismi, fraseologismi), le metafore, i topoi discorsivi e le strategie eufemistiche e di interdizione linguistica, mettendo in relazione la costruzione linguistica della crisi con i rispettivi contesti extralinguistici.
Teniendo en cuenta la "crisis" como un concepto discursivo, este volumen se propone reconstruir su conceptualización desde la perspectiva de su lenguaje. Los autores exploran el fenómeno mediante el léxico (europeísmos, neologismos), las metáforas, los topoi discursivos y varias estrategias eufemísticas. Así se pone en relación la construcción lingüística de la crisis económica con los contextos extralingüísticos específicos de cada país analizado.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos du directeur de la publication
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières / Table of contents
  • Daniela Pietrini / Kathrin Wenz - Introduction : Au commencement était la crise…
  • Massimo Arcangeli - La crisi. Parole e cose
  • Dietmar Osthus - « La crise (…) est là, elle est violente, elle est lourde, elle est profonde, elle est dure. » Lexicométrie et narratifs de la crise financière
  • Silvia Verdiani - Frammenti di lingua: l’immagine del discorso politico della crisi fra spot politici e social network
  • Livia Gaudino Fallegger - La crisi dell’unione monetaria europea. Ipotesi sul contributo della linguistica allo studio dell’interculturalità a partire da un’analisi contrastiva (francese, italiano, tedesco)
  • Sabina Ceffa - Narrare la crisi, tradurre la crisi: un’analisi comparata del discorso sulla crisi economica europea nella stampa tedesca e italiana
  • Regina Göke - L’usage métaphorique et métonymique du terme crise économique dans les magazines d’actualité économique français
  • Anamaria Gebăilă - Tra “argomenti economici di sostanza” e “una polvere di parvenza di stabilità”: le metafore di sostanza nei discorsi sulla crisi economica
  • Mª Elena Gómez Sánchez - Los sustitutos eufemísticos y la crisis económica: algunos ejemplos de su representación en la prensa española (2012–2014)
  • Fiorenza Fischer - Inflazione negativa, disinflazione ovvero prezzi diversamente alti. Perché viene evitato il termine “deflazione”? Eufemismi e disfemismi in tempi di crisi dell’euro
  • Angelo Variano - “Dire la crisi in rete”. Analisi lessicale di europeismi economici nell’informazione online: dal “Sole 24 Ore” al “Movimento per la decrescita felice”
  • Raffaella Setti - La crisi nelle richieste al Servizio di consulenza linguistica dell’Accademia della Crusca
  • Denis Muzet - Quelles représentations de la crise en France à travers les mots ?
  • Mariola Moreno Calvo - Los mundos lexicales de la crisis en las agencias de prensa: una comparación Francia – España
  • Tilman Schröder - Catástrofe natural o comedia nacional: Representaciones lingüísticas de la crisis económica en la prensa española y en foros de internet
  • Vincenzo Faraoni - “Dire la crisi” per macaronica verba: i Carmina burina della Sora Cesira
  • Anna-Susan Franke - « De la crise à la relance » – le programme de travail quadriennal d’Eurofound (2013–2016) soumis à une analyse contrastive des phraséologismes de crise français et espagnols
  • Simone Mwangi - Manejar las crisis – Argentina como sociedad resiliente
  • Les auteurs / Contributors
  • Adresses / Contacts

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Daniela PIETRINI / Kathrin WENZ

Introduction : Au commencement était la crise…

1. La crise par-ci, la crise par-là

Tutte quante le nazioni si lamentano così

conferenze, riunioni, ma si resta sempre lì

“ah la crisi… eh…”

Ma cos’è questa crisi?

Ma cos’è questa crisi?

Rinunziate all’opinione

della parte del leone e chissà…

che la crisi finirà!

(Rodolfo De Angelis: Ma cos’è questa crisi, Chanson du 1933)

Ce volume fait suite aux travaux de la section thématique du même nom qui s’est déroulée dans le cadre du XXXIVe Congrès International Romanistentag de l’Association des Romanistes allemands (DRD) à l’Université de Mannheim du 26 au 29 juillet 2015 sous la devise « Économie et philologie romane » (orig. : « Romanistik und Ökonomie »).

Le but de cette section était d’analyser le sujet de la « crise » dans la perspective de sa construction linguistique car, comme souligne à juste titre Scharloth, la crise est d’abord un objet construit par le langage et dont la répétition en discours contribue en manière déterminante à la diffusion et à la perception de son entité :

« Eine Krise ist ein sprachlich konstruierter Gegenstand. […] Jede sprachliche Referenz auf eine Krise leistet einen Beitrag zu ihrer Verfestigung. Je häufiger von Krise die Rede ist, je weiter verbreitet das Reden über die Krise ist und je mehr Sachverhalte als Teil der Krise identifiziert werden, als desto tiefer wird die Krise wahrgenommen. » (Scharloth et al. 2010 : 99)

C’est alors par les mots que la crise entre dans la vie quotidienne de tout locuteur :

« La crise vient à notre conscience à travers des mots. On en entend parler avant d’être touché par elle, avant de l’éprouver concrètement. Ces mots sont là, autour de nous, en permanence. Ils rôdent, ils envahissent notre quotidien, notre espace de vie, de travail, notre intimité. Ils sont omniprésents sur nos écrans, dans nos conversations. Ils nous parlent et on les cite entre soi, en famille, au bureau, avec des amis. Ces mots nous inquiètent. Ils nous sapent même le moral. » (Muzet 2013 : 8). ← 9 | 10 →

Le terme même de « crise » est utilisé pour désigner un grand nombre de phénomènes divers, parmi lesquels la crise immobilière originaire d’Amérique du Nord, la crise bancaire, la crise de l’Euro, la crise financière globale et finalement la crise économique générale concernant différents domaines comme la croissance, la consommation, le marché du travail etc.

« On dit partout : Ça ne va pas / La crise par-ci, la crise par-là / On se plaint jour et nuit / On s’lamente, on s’ennuie / La crise est la cause de tout / Même Crésus est sans le sou » : Albert Préjean chantait La crise est finie en 1934 dans le film du même nom (directeur : Robert Siodmak), néanmoins ces mots pourraient aussi faire partie de la couverture médiatique actuelle dans les pays romans. Des syntagmes comme « la crise de l’Euro », « la crise financière », « la crise des dettes nationales », « la crise économique » etc. font la une des journaux, la « crise » constituant aussi l’objet de plusieurs discours publics menés à divers niveaux (politique, médias, science) et par de nombreux acteurs (politiciens, experts financiers, journalistes, entrepreneurs, économistes, mais aussi tout citoyen ordinaire en tant que consommateur, salarié, chômeur, retraité…) avec des objectifs variés. Il s’agit d’une notion omniprésente dont l’analyse peut néanmoins réserver quelques surprises. D’abord son origine : bien qu’aujourd’hui « crise » puisse paraître univoquement connotée de façon négative, son étymologie nous révèle un parcours beaucoup plus stratifié et ambivalent. Issu du grec κρίσις – ‘krisis’ le terme désigne dans les langues modernes tout d’abord le point culminant d’un procès, un tournant décisif dont l’aboutissement ne sera pas forcement négatif. Utilisée dans le contexte de la médecine au sens d’un moment crucial dans le cours d’une maladie (soit en bien soit en mal), la « crise » est mise en relation avec d’autres situations et en particulier avec la notion de « progrès ». De ce point de vue « crise » désigne un état momentané et décisif qu’il s’agit de surmonter. Cela peut évidemment avoir un effet paralysant ou bien pousser au changement et à la progression.

En considérant les nombreux néologismes lexicaux et sémantiques issus de la situation de crise économique qui affecte notamment les pays de langue romane dans la zone euro, le potentiel créatif de la crise devient évident : tandis que les européens s’appauvrissent apparemment de plus en plus, les langues s’enrichissent presque chaque jour de nouvelles expressions émanant du langage de l’économie et entrant dans la communication quotidienne. Ce n’est pas par hasard qu’en Italie les mots « indignati », « spread » et « default » se faisaient concurrence avec respectivement 33%, 28% et 11% dans l’élection de la Parola dell’anno en 2011 (cf. Arcangeli: L’allarme „spread“ ci rende „indignati“, Repubblica, 28 décembre 2011), pendant que la Real Academia Española vient ← 10 | 11 → d’introduire plusieurs nouveaux lemmes du domaine lexical de la crise économique dans la vingt-troisième édition de son Diccionario (octobre 2014) (cf. A Continent Mired in Crisis Coins a Language of Economic Pain, New York Times, 25 juillet 2013). Particulièrement productif se montre le mécanisme formatif des mots-valise qui, par exemple, sur la base de la fusion d’un lexème variable avec le mot « austérité » produit plusieurs néologismes dans les langues européennes. On pense pour le français à « austéritaire » (du croisement d’« austérité » avec « autoritaire », cf. Jean-Luc Mélenchon dénonce une Europe « austéritaire », Le Monde, 9 décembre 2011) et pour l’espagnol à la néoformation « austericidio » avec le sens de ‘mort ou suicide à cause de l’austérité’ (cf. Hay que apoyar el « austericidio », El País, 25 février 2015), née du croisement d’ « austeridad » avec « suicidio » ou bien « homicidio ».

Les contributions faisant partie de ce volume mettent en relation ce potentiel créatif de la crise du côté de sa construction linguistique avec les contextes extralinguistiques propres aux pays concernés. Plusieurs voies s’offrent à la réflexion sur un sujet aussi complexe et pluridimensionnel : à côté du point de vue lexicologique, visant surtout à dénicher les néologismes et peut-être les internationalismes qui se forment dans les différentes langues romanes lors de la crise économique actuelle, une perspective d’analyse du discours peut explorer la construction du phénomène à l’aide des métaphores, de plusieurs stratégies d’euphémisation et d’interdiction linguistique, mais aussi l’emploi de mots stigmatisants et/ou de mots-drapeaux (pour ces derniers concepts cf. Hermanns 1994) etc. En outre, le choix d’un sujet jouissant d’une actualité comparable dans plusieurs pays romans offre la possibilité d’exploiter le potentiel d’une approche comparative : l’analyse dans différentes langues romanes, de l’usage actuel et concret du langage dans le contexte de la « crise économique », permet d’en dégager les différences et les convergences ainsi que d’établir des liens possibles avec les données extralinguistiques propres à chaque pays. Le caractère éminemment multidimensionnel de la « crise » se reflète aussi dans l’hétérogénéité des corpus analysés, allant d’articles de la presse écrite – soit généraliste (Gómez Sánchez, Ceffa, Mwangi), soit spécialisée (Göke, Fischer) -et de dépêches des agences de presse (Moreno) aux discours publics (Gebăilă) ou plus spécifiquement électoraux (Osthus, Verdiani) prononcés par des politiciens des pays concernés, jusqu’à l’entretien d’expertise à la télévision (Gaudino Fallegger) ou même aux vidéos musicales satyriques (Faraoni), aux weblogs et aux forums sur Internet (Variano) et aux questions concernant le lexique de la « crise » individuellement posées par les locuteurs aux institutions nationales compétentes en matière de défense et d’illustration de la langue (Setti). En outre, quelques contributions préfèrent se consacrer à un sous-discours lié à ← 11 | 12 → la thématique de la « crise » dans des typologies de textes variés (v. l’analyse du discours des faillites d’entreprises menée par Schröder) ou à étudier les textes produits par une institution déterminée (Franke). Les méthodes employées reflètent dans leur pluralité la variété des corpus couvrant un large éventail d’approches de l’analyse qualitative à la lexicométrie ou à d’autres applications pour l’analyse statistique de données textuelles (p. ex. le logiciel Iramuteq dans Moreno) jusqu’à la médiascopie, une méthode de mesure des réactions individuelles en temps réel au discours public développée par Muzet. Beaucoup des contributions réunies dans ce volume ouvrent ainsi à l’opportunité, sinon à la nécessité, d’élargir le regard sur la « crise » de l’analyse linguistique, textuelle et discursive à la littérature, à la sociologie, aux sciences de la politique et de l’économie et à l’étude de l’interculturalité.

2. À chacun sa « crise » : Regard sur les contributions réunies dans ce volume

Cette publication s’ouvre avec l’article de Massimo ARCANGELI envisageant la phénoménologie de « crise » avec ses nombreuses branches et facettes dans un parcours au rebours qui ne se limite pas à l’origine et au développement de cette unité sémantique et mentale dans les langues européennes anciennes et modernes, mais explore jusqu’au chinois et au japonais. Cette contribution étend le champ de la recherche du domaine de la crise financière et économique pour aller jusqu’à la littérature, à la poésie et même à la chanson.

L’article de Dietmar OSTHUS se situe sur le plan de la narration (storytelling) de la crise dans la France contemporaine. Constatant l’omniprésence de la « crise » dans la plupart des débats politiques et économiques, il analyse le rôle qui lui est attribué dans les structures narratives de la communication politique actuelle. L’étude repose sur un corpus de discours électoraux des principaux candidats dans les campagnes présidentielles de 2007 et de 2012 en combinant les méthodes lexicométriques avec l’analyse textuelle, et il ouvre à l’opportunité d’aller au-delà de la linguistique dans une approche pluridisciplinaire comprenant aussi les sciences politiques et économiques.

Silvia VERDIANI se consacre aussi à l’étude du discours politique électoral (à l’occasion des élections régionales en Italie en mai 2015) en étendant le champ de recherche aux réseaux sociaux et en enrichissant la perspective de la crise économique de la dimension du discours récent sur l’immigration et sur l’acceptation de l’autre. Au centre de sa contribution, l’analyse de la dimension intertextuelle et multimodale (visuelle, audio et verbale) de la communication politique contemporaine. ← 12 | 13 →

Dans la recherche de Livia GAUDINO FALLEGGER, il s’agit surtout de vérifier la possibilité d’identifier dans la diversité des langues un univers symbolique propre à chacune des cultures. Cela devient possible sur la base de l’observation des symétries et des dissymétries linguistico-discursives présentes dans des textes issus de traditions différentes, mais homogènes quant à leur mode de diffusion, au statut réciproque des participants et au thème traité – dans ce cas-là précisément la crise économique dans la zone euro. L’approche contrastive entre français, italien et allemand sur la base de matériel audiovisuel vise à une possible application des résultats à l’étude de la communication interculturelle.

La volonté d’examiner la différence des perspectives et des clés de lecture symboliques et idéologiques d’un discours ayant le même sujet (celui de la crise de la dette souveraine en Europe) dans des sociétés différentes à un moment donné est aussi au centre de l’article de Sabina CEFFA, qui choisit une approche contrastive italien-allemand. Sa recherche vise les topoï, les métaphores et les mots-clés des deux discours parallèles dans le but de sensibiliser les traducteurs à un travail méthodologiquement fondé sur l’analyse linguistique du discours.

C’est en effet le lexique avec son sens propre, figuré ou euphémistique et avec toutes ses néoformations au centre de la plupart des articles réunis dans ce volume. Dans sa contribution, Regina GÖKE se concentre sur les emplois métaphoriques et métonymiques de l’expression « crise économique » dans un corpus comprenant des journaux économiques d’actualité. Elle présente en premier lieu les champs lexicaux étant à la base des métaphores pour retracer en deuxième lieu les relations de contiguïtés des métonymies employées. Finalement, elle discute leurs emplois dans divers contextes entre 2011 et 2015.

À l’étude des métaphores liées à la crise économique est consacrée aussi l’analyse menée par Anamaria GEBĂILĂ, qui choisit quant à elle une approche comparative italien-français-roumain. Sur la base d’un corpus de discours publics des Présidents du conseil des pays respectifs, elle se concentre sur les métaphores de substance, c’est-à-dire sur la façon de représenter une expérience en la rapportant à une substance matérielle uniforme, pour reconstruire les schémas conceptuels auxquels la crise économique est souvent reliée.

Résumé des informations

Pages
274
ISBN (ePUB)
9783631695814
ISBN (PDF)
9783653072334
ISBN (MOBI)
9783631695821
ISBN (Relié)
9783631674710
Langue
Français
Date de parution
2017 (Janvier)
Published
Frankfurt am Main, Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Wien, 2016. 274 p., 11 graph. n/b, 19 tabl.

Notes biographiques

Daniela Pietrini (Éditeur de volume) Kathrin Wenz (Éditeur de volume)

Daniela Pietrini est maître de conférences habilitée à diriger des recherches à l’Université de Heidelberg, où elle enseigne Linguistique Italienne et Française. Kathrin Wenz a étudié Lettres (Philologie française et espagnole) à l’Université de Lyon et de Heidelberg, où elle a reçu son doctorat. Daniela Pietrini è professore associato ("Privatdozentin") di linguistica italiana e francese all’Università di Heidelberg. Kathrin Wenz ha studiato filologia romanza alle università di Lione e di Heidelberg, dove ha conseguito il dottorato di ricerca. Daniela Pietrini es profesora asociada ("Privatdozentin") de lingüistica italiana y francesa en la Universidad de Heidelberg. Kathrin Wenz estudió filología románica en las universidades de Lyon y Heidelberg, donde recibió su doctorado.

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