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Voyages dans l’école cartographique de Dieppe au XVI e siècle

Espaces, altérités et influences

de Martine Sauret (Auteur)
©2014 Monographies XVI, 324 Pages

Résumé

Cet ouvrage se propose d’étudier l’histoire de l’école Cartographique de Dieppe au XVIe siècle (Cossin, Nicholas Desliens, Pierre Desceliers, Roze, Guillaume le Testu, Nicholas Vallard, Jacques de Vaulx, Jacques de Vau de Claye) et d’examiner les influences des journaux de voyages de Jean et Raoul Parmentier, Verrazano et Cartier sur le tracé iconographique et cartographique de l’école cartographique de Dieppe.
Traversant l’histoire des savoirs et de ses supports matériels, l’histoire de l’imaginaire collectif et la sociologie de la connaissance, ces cartographes présentent des choix esthétiques et intellectuels importants dans l’élaboration de leurs cartes. Ils invitent les lecteurs à les redécouvrir.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • Table des matières
  • Liste des Illustrations
  • Introduction
  • Notes
  • Chapitre 1: Les Pérégrinations du Regard et des Savoirs de l’École de Dieppe
  • Les visions du monde
  • Ptolémée
  • Platon et Aristote
  • Concepts physiques: Apian
  • La grille d’Alberti
  • Copernic
  • Figurations de la terre aux XVe et XVIe siècles
  • Les portulans
  • Les découvertes géographiques comme “passage” des connaissances
  • Les premières découvertes portugaises
  • Les explorations normandes au XVe et XVIe siècle
  • Les expéditions normandes
  • Notes
  • Chapitre 2: Redire le Voyage: La Dynamique de l’Espace
  • La place de l’expression de soi dans le récit
  • La dynamique de l’espace dans les deux voyages
  • La question de la représentation
  • Le point de vue
  • L’intégration culturelle de la nouveauté
  • Nouveautés des espaces
  • La visée colonisatrice
  • Le paysage dans les voyages de Parmentier
  • La représentation des autochtones dans les débuts des journaux de Colomb, Verrazano et Cartier
  • Notes
  • Chapitre 3: La Science Nautique et les Cartographes Normands
  • Voyageurs français
  • La marine
  • Les navires
  • Que dire des échanges et des techniques diverses pour la réparation sur les bateaux?
  • Le bateau “à carvelle” et sa popularité
  • Les vents
  • D’autres moyens techniques; boussole, cartes, roses des vents, latitudes et longitudes, sondes, astrolabes et arbalètes
  • Latitudes et longitudes
  • Jean Cousin/Jehan Cossin
  • Nicolas Desliens
  • Pierre Desceliers
  • Pour la carte de 1546
  • La carte de 1553
  • Les monstres
  • Pour l’ensemble des deux cartes 1550-1553: leurs caractéristiques communes
  • La Terre australe
  • Java la Grande
  • Description de l’Asie
  • L’Asie du Sud et de l’Est
  • L’Amérique
  • Le tracé du Saint Laurent
  • L’ensemble du centre de l’Amérique et la Floride
  • Pour ce qui concerne les Antilles et l’Amérique centrale
  • Le Brésil
  • Guillaume Le Testu
  • Le portulan de 1556
  • La carte 34
  • La flore, la faune et la représentaion humaine de l’atlas
  • Guillaume Postel
  • La projection de la carte de 1581
  • Jean Roze (ou Jean Rotz)
  • Jacques Vau de Claye
  • La carte de la baie de Rio
  • Jacques de Vaulx
  • Nicolas Vallard
  • Notes
  • Chapitre 4: Voyageurs et Cartographes Normands: Caractéristiques de l’École de Dieppe.…
  • Le globe d’Ecouy
  • Cartographes dont les oeuvres sont perdues
  • Jean de Clamorgan
  • Jean de Séville
  • Jean Denys
  • Jean Ango
  • Jacques Cartier
  • Le premier voyage de 1534
  • Le deuxième voyage (1535-1536)
  • Le troisième voyage
  • Jacques Le Moyne de Morgues
  • Jean et Raoul Parmentier
  • Crignon
  • Ribault
  • Verrazano
  • Les caractéristiques des cartes normandes
  • La terre australe
  • Java la Grande
  • L’Asie et l’archipel asiatique
  • L’Afrique
  • L’Amérique du Nord
  • L’Amérique du Sud
  • L’Amérique centrale et les Antilles
  • Notes
  • Chapitre 5: Les Images et la Représentation des Autochtones dans les Premières Cartes de l’École de Dieppe: Exemples de Desceliers, Desliens et Roze
  • Les Cartes de Desceliers
  • Carte de la côte du Labrador: détail
  • Le Nord du Canada
  • L’intérieur du Canada
  • Les illustrations ethnographiques de Jean Roze
  • La carte du Canada et l’Amérique
  • L’Europe, L’Asie et l’Afrique
  • La carte de Nicholas Vallard et le Nord du Canada
  • L’Amérique centrale et du Sud
  • L’Afrique, L’Europe et l’Asie
  • La grande Jave
  • Notes
  • Chapitre 6: Navigation de Jean Parmentier: Second Volume
  • La Maniere Comme l’on Fait Pour Avoir Du Pain de ce Pays
  • De ce qui s’Ensuit Depuis la Riviere Grande Jusques A Veragua.
  • La Ville de Nombre de Dios
  • Notes
  • Chapitre 7: La poésie des Merveilles de Dieu.
  • Introduction et commentaires
  • Les merveilles de l’air
  • Les merveilles de la Terre
  • Traicte en forme d’exhortation contenant les merveilles de Dieu et la dignite de l’homme compose par Jean Parmentier
  • Les merveilles de la mer
  • La dignité de l’homme
  • Les merveilles de l’air
  • Les merveilles de la terre
  • Lecteur
  • Plaincte Sur le trespas de deffunctz Jean et Raoul Parmentier Capitaines de la Pensée et du Sacre
  • Notes
  • Conclusion
  • Notes
  • Illustrations
  • Bibliographie
  • Index
  • Titres de la collection

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Liste des illustrations

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Introduction

L’idée de voyager n’est pas neuve. Toute une belle littérature s’attèle à démontrer les raisons, les conditions, les expérimentations des voyages. Nous aimerions en particulier reprendre tout d’abord le résumé succinct de l’essor de la cartographie au XVIe siècle. Il est directement relié à l’essor de la cartographie dieppoise. Que ce soit comme nous le rappelle David Buissere1 grâce à l’essor de l’imprimerie qui favorisera le développement des cartes et leur publication, la redécouverte de Ptolémée et de l’implication dans l’appropriation de l’espace, le quadrillage des formes (Apian), ou la découverte de la perspective pour élaborer sur une page la mise en place de grandeurs et d’échelles plus justes, il ne faut guère oublier une volonté commune des humanistes à vouloir comprendre le monde dans l’aventure mais aussi dans le tracé de ses explorations. Sans techniques plus performantes dans les bateaux, l’usage progressif des boussoles, quadrants et autres instruments de trigonométrie que nous examinerons aux chapitres un et trois, les cartographes dieppois comme les autres mathématiciens n’auraient pas pu aussi bien représenter le monde dans leurs cartes. À cela, comme l’ajoute Chaunu2 et Buisseret, une volonté historique et politique pour aménager l’espace, les parcelles des propriétaires et délimiter les territoires ainsi que l’essor d’un capitalisme naissant croisent les chemins d’un moment inoubliable dans l’histoire des expéditions.

Le rassemblement de ces données constituera aussi une gageure. L’écriture de ce livre sur les explorateurs Parmentier (Jean et Raoul) et sur les cartographes dieppois connus le plus souvent sous le nom de “École cartographique de Dieppe” implique de nombreux défis. Le premier est celui de la précarité des cartes. Il ne reste dans le monde que peu d’exemplaires. C’est la une première contrainte qui contribue à une méconnaissance certaine de ces Normands. Bien vite, la grandeur, la fragilité de ces grandes cartes, leur manque de maniabilité et leur insouciance des détails à l’intérieur des pays ne répondront plus aux besoins des explorateurs et des découvreurs de la fin du XVIe siècle. Mais aussi bon nombre de facteurs vont défier nos cartographes dieppois, qu’ils soient historiques, économiques, sociaux ou politiques. Nous examinerons au cours de ce livre ces raisons. Le monde de l’exploration, alors particulièrement favorable aux Portugais et aux Espagnols, ne facilite pas leurs démarches. Soucieux de rendre les côtes maritimes au plus juste, ils restent tributaires des Portugais—dont ils sont souvent les cartographes attitrés mais tenus au secret—et ils ne peuvent enregistrer que des détails parfois de voyageurs bien longtemps après les parutions des journaux. Ils lancent ← 1 | 2 → cependant un défi pour l’écriture de la carte dans ses résonnances techniques, mathématiques et ethnologiques: ils continuent d’enregistrer des données de première main de leurs compatriotes français normands tels que Cartier, Parmentier, Eustache Des fosses ou Verrazano mandaté par le roi François 1er. Nous examinerons en particulier au chapitre deux l’influence des journaux de Parmentier sur la littérature de voyage et les possibilités graphiques que l’École dieppoise en a tirées.

Pour aborder les questions importantes sur les cartes et la littérature de voyage, il faut tout d’abord rappeler certains points qui sont complémentaires entre la forme de littérature et la forme géographique à la Renaissance. Comme nous l’avons bien dit ailleurs,3 l’écriture cartographique place la voie orale des dits et faits dans un domaine différent; celui de l’écriture. Le façonnement du visible s’étale sur une longue période. Nous trouverons des analogies entre les graphiques et les projections, les expansions dans les dessins contemporains et postérieurs aux conquêtes. Produits à l’intersection du discours et de l’espace, les travaux essayent de donner un monde juste et fini, qui deviendront des mondes à explorer. Et le cycle continuera. Les explorations produiront des cartes et les cartes donneront envie de voyager. Ce désir combiné avec les techniques que nous mentionnions il y a quelques instants travaillera l’imaginaire de l’homme. Nous en examinerons les détails au chapitre un.

En effet, la signification de ces cartes se trouve à la fois relayée dans l’imprimerie et les diagrammes. Le discours des voyageurs s’inscrit par l’intermédiaire des cartographes dans les vignettes, les titres, les emblèmes et les localisations des espaces. En même temps, l’organisation de ces structures ne se trouve pas seulement focalisée sur ces catégories. Elles s’étendent et varient dans des buts qui vont parfois au-delà des écrivains. Les mondes dessinés et envisagés par les cartographes sont explorés au moyen de grilles et de perspectives, qui délimitent, quantifient et exploitent chaque détail au maximum. Dans un labyrinthe de données et de compilations cartographiques, la mobilité de ces cartes désigne où elles sont par rapport aux combinaisons de schémas d’autres cartographes. En cherchant à contenir le monde et à le définir, elles produisent un discours sur l’espace dans des méandres de dur labeur et de navigation verbale. En empruntant les données d’Apian, de Thevet ou de Ptolémée, les cartographes dieppois créent un monde où la représentation totale de l’œuvre illustre l’appréciation des différents auteurs et genres utilisés. Leurs élaborations de figurines deviennent mobiles, éphémères et par conséquent en voie de futures modifications, et sujettes à de futures envies d’explorer. En explorant la profondeur du parchemin, les différentes couleurs, les nouvelles données mathématiques, ces ← 2 | 3 → géographes dévoilent au lecteur toute une accumulation de savoirs, impriment des marques particulières sur un monde en devenir, profilent leur signature et authentifient les indices spécifiques de cette école. La carte devient une topographie d’impressions, de souvenirs témoignant de la force de frappe de la lettre et du dessin peint à la main. Sa création touche directement le modelé de l’écriture imprimé et l’art.

Dans une fonction communicative, ces représentations exercent un relais et délivrent un tableau travaillant la transmission du message inscrit qui disparaît souvent dans l’horizon visuel. En même temps, une volonté de “faire voir” immédiatement une totalité d’un univers s’installe. Dans un effet de miroir, elles communiquent au lecteur leur monde et déroulent en anamorphose la surface et la profondeur des champs connus et inconnus tout en multipliant les possibilités d’interprétation. Voir le monde dans une bulle, dans une vignette, ou dans un espace spécifique de légende agrémenté de multiples détails et de frises sera possible. Le jeu porté sur tous ces moyens pour projeter le monde donne une illusion de clarté, de compréhension et d’un espace unifié. Comme Panofsky l’a bien montré, les grilles utilisées en peinture n’offrent que l’apparence d’un espace unifié: leurs effets sont menés dans une accumulation de détails qui saturent l’espace et tendent à mener l’œil du lecteur partout sur la carte. En quelque sorte, les portulans provoquent une lecture haptique de l’image. Les cartographes dieppois semblent aller plus loin que d’autres géographes à la même époque dans leur mise en place de frises et de dessins en perspective. L’œil semble toucher ce qu’il voit et regarde en même temps les autres vignettes ou les lieux véritablement scandés sur les côtes. Ce regard porté sur telle ou telle frise qui entoure les cartes de Vallard ou cette insistance à magnifier sans cesse ces roses des vents si caractéristiques dans cette école servent ici de convertisseurs de lumière sur des éléments particuliers comme des fenêtres imaginaires s’ouvrant sur autre chose. En cela une esthétique de l’éphémère4 prend une place déterminante. Mettant en valeur le moment ou l’instant disponible sur la carte et dans le texte, les empreintes de ces géographes et leurs vagues successives témoigneront au XVIe siècle d’une grande variété, mais révèleront aussi leur fragilité quand leurs cartes souligneront trop les passages du temps. Les histoires de tel ou tel explorateur si bien imprimées chez les Dieppois ne pourront maintenir que l’importance de l’époque de 1520 ou 1533 des expéditions de Cartier ou de Parmentier. D’autres viendront augmenter le champ des connaissances et rendront obsolètes les dessins, les grilles, les frises ou les emblèmes. L’art des figurines et la représentation de la flore deviendront désuètes, souvent ridicules. ← 3 | 4 →

Au moment de la Renaissance italienne, suite à l’invention de la perspective monoculaire, le peintre pouvait voir et projeter par des grilles une construction d’un volume intégral. Au Nord, toute une construction d’allégories s’est établie: elles articulent l’espace en mettant en scène de nombreux micro-détails. Une sorte de dialogue mystique se développe alors là où l’expérience de la lecture et celle de l’écrit se voient corrélés avec l’expérience oculaire. Cela donnera ainsi aux formes, aux contours, aux points, aux grilles carrées et aux cercles de multiples strates de lecture et de jeux. Au Sud, la Renaissance fabriquait alors ses sensations grâce à une distance obtenue et retenue dans la perspective. Chez Les cartographes dieppois, la lettre devient un site de dialogue entre cette “sensation” et acquiert une “virtualité” à titre de tableau en “cartouche” encadrant un monde idéal. si les lettres et les dessins sont constamment inclus dans un jeu de perspective, le point de fuite vers l’inconnu marque cependant un espace particulier.5

Résumé des informations

Pages
XVI, 324
Année
2014
ISBN (PDF)
9781453910979
ISBN (ePUB)
9781454189749
ISBN (MOBI)
9781454189732
ISBN (Broché)
9781433121388
DOI
10.3726/978-1-4539-1097-9
Langue
français
Date de parution
2015 (Mars)
Mots clés
Journal Tracé iconographique Support matériel Carte Imaginaire collectif
Published
New York, Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, Oxford, Wien, 2014. 324 p., nombr. fig.

Notes biographiques

Martine Sauret (Auteur)

Martine Sauret a reçu son PhD, avec mention très bien en juin 1991 à l’Université du Minnesota sous la supervision de Tom Conley (Harvard University). Elle enseigne actuellement comme Professeur associé à Macalester College, St. Paul, Minnesota. Elle a publié plusieurs livres: Les voies cartographiques. A propos des cartographes sur les écrivains français des XVe et XVIe siècles (2004), «Gargantua et les délits du corps» (1997), et sa traduction en français de The Graphic Unconscious in Early Modern French Writing de Tom Conley (2000). Elle est l’auteure d’articles sur la littérature à la Renaissance en France, l’Histoire des Idées en France au XVIe siècle. Elle a également publié sur des études francophones dans des journaux académiques.

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