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Migrations et mobilités en Europe

Politiques publiques et perspectives d’intégration (1992-2012)

de Paul Lees (Éditeur de volume) Stéphanie Couderc-Morandeau (Éditeur de volume) Pilar Martinez-Vasseur (Éditeur de volume)
Collections VI, 310 Pages

Résumé

Cet ouvrage, issu d’un programme de recherche pluridisciplinaire, traite des phénomènes migratoires au sein de l’Europe depuis 1992, et des politiques publiques mises en œuvre par les différentes instances politiques aux niveaux européen, national et local. Les disparités qui existent d’un pays à l’autre dans les modes d’intégration des immigrants soulèvent des questions sur le sens de la citoyenneté et sur les conséquences de ces disparités sur le couple citoyenneté-identité. L’analyse de ces politiques migratoires nous mène à la question sous-jacente du rôle et de l’évolution de l’Union européenne : est-t-elle génératrice de solidarités et/ou de nouvelles formes d’appartenance ? Quelle citoyenneté européenne propose-t-elle ? Finalement, c’est peut-être, plus qu’ailleurs, au niveau régional et local que l’on peut observer une « appropriation de la dimension européenne », en dépit du silence des traités fondateurs à leur sujet et de la diversité des situations dans les différents pays. Les réponses à ce foisonnement de questions se fondent sur des études comparatives et internationales à tous les niveaux, du local au supranational, ce qui fait la richesse et l’originalité de l’ouvrage.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’éditeurs
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Introduction
  • I. Politiques et perspectives européennes
  • Libre circulation et mobilité en Europe : du succès à la remise en cause des accords de Schengen: Michel Catala
  • 1. Les accords de Schengen, une initiative française difficile à concrétiser
  • 2. Elargissement et approfondissement
  • 3. L’Europe en crise, Schengen en difficulté
  • Conclusion
  • A European Citizenship providing for a sense of European Belonging: Eva ErsbØll
  • 1. Eurobarometer surveys concerning the future of Europe, feelings of identity and Union citizenship
  • 2. Member States’ resistance towards creating a true Union citizenship
  • 3. The Role of the EU Court of Justice
  • 4. Achievements and deficiencies
  • Conclusion
  • Ciudadanía, igualdad, identidad: Javier de Lucas y Maria José AÑÓn
  • Introducción: síntomas y símbolos
  • 1. La necesidad de revisar la noción de ciudadanía como eslabón del proceso de “redemocratización”
  • 2. El déficit del “monismo ontológico”, lastre de la condición de ciudadanía. La lección del multiculturalismo: necesidad de desarraigar la ciudadanía de la nacionalidad
  • 3. Evocando a Beck: la ciudadanía apolítica, abstracta, como categoría “zombie”
  • 4. Contexto y función de la ciudadanía, hoy
  • 5. El corazón de la disputa: la egalibertad
  • 6. Ciudadanía, identidad, género
  • Une stratégie européenne des territoires ruraux: Jacques Fialaire
  • 1. Un idéal de « cohésion territoriale » perverti par une application incertaine du principe de subsidiarité
  • a Les projections de l’objectif de « cohésion territoriale »
  • b Les projections de l’objectif de « cohésion territoriale »
  • 2. De la cohésion à la « solidarité territoriale » : les perspectives de renouvellement de la « stratégie européenne des territoires ruraux »
  • a L’extension du cadre conceptuel : de la cohésion à la « solidarité territoriale »
  • b Vers une nouvelle « stratégie européenne des territoires ruraux » ?
  • II. Politiques et perspectives nationales
  • La política de migración en España desde el tratado de Schengen: Mario P. Diaz Barrado
  • 1. Precedentes : la modernización económica espaňola de mediados del siglo XX y la Transición democrática
  • 2. Política migratoria espaňola desde los aňos 70 al tratado de Schengen (1985)
  • 3. Política migratoria espaňola desde 1997 a la actualidad
  • Ciudadanía, igualdad e integración: un análisis desde el ordenamiento juridico espaňol: Ángeles Solanes Corella
  • 1. El binomio ciudadanía-identidad: una relación con muchos vértices
  • 2. El estatuto jurídico del inmigrante en Espaňa: la tiranía de la comunidad nacional
  • 3. La dimensión jurídica de la integración
  • Bibliografía citada
  • Les dispositifs d’accueil et d’intégration des migrants en France : quelle stratégie ?: Stéphanie Couderc-Morandeau
  • 1. Les dispositifs d’intégration et d’immigration en France : vers un modèle européen
  • 2. Méthode d’intégration européenne et politique française : vers l’émergence de contradictions ?
  • Conclusion
  • La politique migratoire au Royaume-Uni depuis dix ans et sa représentation à la télévision: Paul Lees
  • 1. Un pays d’émigration et, de plus en plus, d’immigration
  • 2. La nouvelle politique migratoire
  • 3. La représentation de la migration à la télévision
  • Conclusion
  • Le retour des indigènes dans le paysage en Angleterre : un refus de l’immigration ?: Sylvie Nail
  • 1. Paysages et identités
  • 2. Le débat sur identités et plantes en Grande-Bretagne
  • 3. Le fantasme scientifique dénoncé
  • 4. L’amalgame politique
  • III. Stratégies et politiques régionales et locales
  • Les politiques migratoires au Royaume-Uni : le point de vue divergent de l’Ecosse depuis 1999: Annie Thiec
  • 1. La spécificité démographique de l’Ecosse : un enjeu majeur dans la politique de croissance économique du Gouvernement écossais
  • 2. La politique migratoire britannique : divergences de point de vue entre le gouvernement de Londres et l’administration écossaise
  • 3. Une politique migratoire spécifiquement écossaise est-elle possible ?
  • Conclusion
  • Bibliographie
  • Migration and Scotland: developing local responses within a UK policy framework: Mhoraig Green
  • 1. Scotland and UK immigration policy
  • 2. The Scottish perspective on immigration policy
  • 3. Local Authorities’ strategies to welcome and integrate migrants
  • 4. The future for Scotland’s immigration policy
  • Conclusion
  • La Catalogne et les politiques migratoires : enjeux et représentations (2006-2012): Michel Landron
  • 1. Une longue histoire d’immigration
  • 2. Politiques migratoires et cohésion sociale
  • 3. L’immigration et les enjeux électoraux
  • Conclusion
  • Bibliographie
  • La mise en place des formations linguistiques destinées aux migrants adultes en France et en Angleterre : analyser l’articulation entre les échelles européenne, nationale et locale: Joanne Walker
  • 1. Politique de formation ou politique d’intégration ? Le cadrage national des dispositifs de formation linguistique en Angleterre et en France
  • a En Angleterre, la politique de formation linguistique comme politique sociale ?
  • b En France, une politique d’intégration définie mais une implication financière moins importante de l’Etat
  • 2. L’échelle européenne, un niveau d’analyse heuristique ?
  • a Un contexte européen en évolution : l’européanisation sans l’Europe ?
  • b Les actions de l’Union européenne : un cadre ambivalent
  • 3. Les contextes locaux : déterminants pour la mise en place des cours ?
  • a L’articulation entre le niveau national et local : autonomie et dépendance
  • b De nouvelles configurations au niveau local et l’accessibilité comme revendication
  • Conclusion
  • La prise en compte de la dimension européenne par les autorités locales et régionales : limites et perspectives d’un statut juridique embryonnaire en droit de l’Union européenne: Anne-Sophie Lamblin-Gourdin
  • 1. Le statut des autorités locales et régionales en droit de l’Union européenne, limite à l’appropriation de la dimension européenne
  • a La nature juridique de l’Union européenne, cause du statut embryonnaire des autorités locales et régionales en droit de l’Union européenne
  • b Les principes structurant l’ordre juridique de l’Union, entraves à une relation directe entre l’Union européenne et les autorités locales et régionales
  • 2. Les perspectives d’affirmation européenne des autorités locales et régionales
  • a Les perspectives d’affirmation des autorités locales et régionales par les initiatives de l’Union européenne
  • b Les perspectives d’affirmation des autorités locales et régionales par l’évolution des systèmes juridiques nationaux
  • Conclusion

Introduction

Le programme de recherche régional DCIE (Dynamiques citoyennes en Europe), mis en place pour trois ans dès 2010, se propose de fédérer les travaux scientifiques interdisciplinaires d’enseignants-chercheurs des universités de Nantes, d’Angers et du Mans, pour contribuer à élaborer un savoir sur les formes nouvelles et héritées du façonnement de la « cité ». Leurs compétences réunies visent à situer ces travaux dans un contexte comparatif large et à les valoriser auprès de la société civile, au niveau local et européen.

Décliné en trois thèmes principaux1, l’axe 2 de ce programme porte sur la question des citoyennetés et des identités au sein de l’espace européen.

En 2008, le 3e Forum Mondial des Droits de l’Homme, qui s’est tenu à Nantes, a accueilli une table ronde sur les tests et entretiens auxquels sont confrontés les primo arrivants en général et les candidats à un permis de séjour de longue durée ou à la naturalisation proprement dite, à laquelle ont participé deux chercheurs du CRINI2. L’analyse visait à mettre à jour les idéologies à l’œuvre (consciemment ou non) et à reconstituer les pratiques politiques de contrôle de la naturalisation qui s’y rattachent.

En 2010, dans le cadre du 4e Forum, les chercheurs de l’axe 2 du programme DCIE3 ont organisé cette fois une table ronde sur l’accès à la citoyenneté et à l’intégration des migrants, à laquelle ont participé des représentants de différents pays européens travaillant sur ces questions4. De nouvelles articulations entre « identités et citoyennetés » soulèvent de plus en plus de questions : quelle place réserve-t-on à l’autre dans une société en pleine transformation, et surtout face à la crise économique mondiale ? Qu’en est-il de la politique embryonnaire d’intégration en ← 1 | 2 → Europe ? Assiste-t-on à une aggravation des cas de discrimination contre l’immigré ?

En mai 2011, les chercheurs de l’axe 2 du programme DCIE ont organisé une journée d’étude à la Maison des Sciences de l’Homme, à Nantes, sur Image et représentation des politiques publiques en matière de migration dans les médias européens depuis 1992. Les phénomènes migratoires, leur traitement par les différentes instances publiques et la manière dont ils sont perçus par les sociétés, sont révélateurs d’une crise dans les rapports identité-citoyenneté. Les flux migratoires à l’intérieur de l’espace européen ou bien en provenance d’autres parties du monde, et la « résidence longue durée » décloisonnent-ils les barrières nationales ? Mènent-ils à l’émergence d’une Europe génératrice de solidarités et de nouvelles formes d’appartenance ?

L’Union européenne a considérablement perturbé le couple nationalité-citoyenneté ; sans être un Etat, elle produit du droit, y compris du droit de la citoyenneté, créant même une citoyenneté européenne en 1992 dans le Traité de Maastricht, mais en complément des citoyennetés nationales, sans se substituer à celles-ci. Dans ce contexte, un peu partout en Europe, les espaces « locaux », infranationaux, promeuvent dans les pratiques et dans les discours un autre champ d’exercice de la citoyenneté et, de manière plus ou moins prononcée, d’autres supports d’identité, entretenant un jeu souvent complexe avec les Etats nationaux et avec l’Union européenne.

En octobre 2012, les chercheurs de l’axe 2 du programme DCIE ont organisé un colloque international intitulé Migrations et mobilités en Europe : vers de nouveaux marqueurs d’identités ? à la Maison des Sciences de l’Homme, à Nantes. Il s’agissait cette fois d’analyser l’évolution des rapports institutionnels entre les niveaux de gouvernance infranationaux et supranationaux en Europe, et l’incidence des échanges et transferts induits par la création de réseaux interrégionaux et de projets collectifs entre les grandes métropoles européennes. En effet, la prise en compte de la dimension européenne par les autorités locales et régionales reste un champ d’études largement inexploré. Or, celles-ci se sont saisies progressivement de la dimension européenne : mise en place de stratégies d’influence, de réseaux de solidarité et de partenariats, de politiques d’accompagnement des acteurs locaux, de représentations régionales à Bruxelles. Appuyées sur un tissu associatif, elles s’affirment plus ← 2 | 3 → fortes et plus autonomes, au point parfois de penser l’Europe comme une sorte de fédération d’identités locales.

L’ouvrage issu de ces recherches, témoigne du foisonnement des approches, traduit la diversité des réponses selon les pays et les contextes, et révèle également des évolutions communes, parfois inquiétantes.

Partant des institutions supranationales, la première partie se concentre sur les politiques et perspectives européennes. Michel Catala rappelle les étapes du long chemin qui a mené à la construction européenne et se concentre en particulier sur la mise en place des accords de Schengen qui viennent traduire dans la pratique le principe de la libre circulation. Il montre comment, loin d’être acquis de manière définitive, ce principe est soumis à des contingences diverses en fonction du contexte politique des pays signataires et peut facilement être remis en cause, par exemple sous l’effet de la crise économique et politique que traverse l’Europe depuis 2008. En parallèle, Eva Ersbøll aborde la question de la construction européenne par le biais de la mise en place de la citoyenneté européenne. Les sondages d’opinion, tout comme le taux de participation aux élections européennes, laissent à penser que ce concept est loin encore de faire partie de la vie des citoyens européens, alors même qu’il est opérationnel en droit, comme elle le montre grâce à plusieurs exemples de jugements rendus par la Cour de justice de l’union européenne. Eva Ersbøll conclut à une tension entre les droits réels autorisés par la citoyenneté européenne et une relative indifférence de la part des Etats-membres et des citoyens européens. Selon Javier de Lucas et Maria José Añón, dans leur chapitre consacré à la citoyenneté, à l’égalité et à l’identité du point de vue de la philosophie politique, le désir de fermeture des frontières et la stigmatisation des immigrés repérables dans beaucoup de pays de l’Union européenne, en particulier depuis 2008, dissimulent mal la réalité de l’exclusion des immigrants des droits des citoyens dans les Etats dits de droit et, au-delà, une absence de réflexion sur une nécessaire « redémocratisation » de la politique. Celle-ci ferait voler en éclats les catégories désuètes de citoyenneté et de souveraineté pour les remplacer par l’égalité des droits, ou « égaliberté », la dignité, et une nouvelle définition de la citoyenneté, à l’échelle de la démocratie globale. Enfin, prenant le cas particulier des territoires ruraux en Europe, Jacques Fialaire envisage les mobilités européennes sous l’angle de leurs effets sur les territoires ruraux. Il s’agit en l’espèce de voir si seules les ← 3 | 4 → zones urbaines sont affectées par ce phénomène ou si les territoires ruraux peuvent également être touchés, à la fois dans leur cohésion, mais aussi par une redynamisation due à deux formes de mobilité « qui se superposent partiellement » : celle des résidents quittant les aires urbaines pour s’installer dans les espaces ruraux ; et les « mouvements pendulaires » effectués par certains de ces habitants vers les bassins d’emploi situés en zones agglomérées. L’auteur prône la mise en œuvre d’une véritable « stratégie européenne des territoires ruraux » au service de leur diversité.

La deuxième partie du livre met en lumière les mobilités, les changements institutionnels face à celles-ci et les identités qui les accompagnent, en s’intéressant cette fois aux perspectives nationales, en particulier en Espagne, en France et au Royaume-Uni.

Mario Diaz Barrado souligne la situation particulière de l’Espagne, passée en quelques décennies du statut de pays d’émigration à celui de pays d’immigration, suite à l’entrée de l’Espagne dans la CEE en 1986 puis à l’adoption du traité de Schengen. Toutefois les politiques migratoires mises en œuvre en Espagne ont été plus marquées par la peur du danger que représentent les immigrants en termes d’emploi et de troubles à l’ordre public que par un désir de les intégrer. Cette situation s’est aggravée depuis que la crise a frappé durement l’Espagne en 2008, même si le terme « immigrant » y recouvre toujours des catégories de population bien distinctes (personnes à la recherche d’un emploi mais aussi retraités à la recherche du soleil). Partant de la nécessité de repenser les cadres conceptuels de la démocratie pour l’adapter à un espace européen caractérisé par des flux migratoires, thèse exposée dans la première partie par Javier de Lucas et Maria José Añón, Ángeles Solanes Corella étudie dans le contexte espagnol la faillite du binôme citoyenneté-identité d’un point de vue juridique. En effet, dans les diverses réformes législatives récentes, l’immigrant demeure un objet, non un sujet, de droit, dont la citoyenneté en tant que pouvoir de participation est limitée, voire réduite à néant, en fonction de sa situation administrative. Les droits, dans le domaine de la santé par exemple, ont ainsi été réduits depuis 2012, allant jusqu’à contrevenir, dans le cas des immigrants en situation irrégulière aux droits fondamentaux contenus dans les traités internationaux dans le domaine. Enfin, l’auteur précise que la participation politique des immigrants constitue un prérequis indispensable à l’intégration, sans lequel une nouvelle conception de la citoyenneté ne ← 4 | 5 → saurait émerger. Elle pointe, tout comme le fait Stéphanie Couderc-Morandeau dans le chapitre suivant, les disparités qui existent d’un pays à l’autre dans les modes d’intégration des immigrants, malgré l’adoption depuis 2003 de Principes de base communs pour l’intégration et les conséquences de ces disparités sur le couple citoyenneté-identité. Pour ce qui est de la France, Stéphanie Couderc-Morandeau présente les nouveaux outils dont s’est doté le pays depuis 2006, dont le Contrat d’accueil et d’intégration établi par l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Ce Contrat comprend une dimension médicale, civique et linguistique, et permet au migrant ayant satisfait à ses critères d’obtenir un titre de séjour. Contrairement à d’autres pays européens, la France choisit de tester « l’assimilation civique » par un entretien sans préparation et sans règles claires, dont les questions révèlent la persistance d’une vision politique assimilationniste, dans laquelle citoyenneté et identité ne font qu’une, montrant encore une fois que la construction de l’Europe se fait au moins autant au niveau de chacun des pays, avec son histoire et ses traditions, qu’au niveau supranational.

Le mode d’obtention de la citoyenneté britannique, très différent de la procédure française, est au centre du chapitre de Paul Lees qui, après avoir dressé un tableau de l’évolution de l’immigration récente au Royaume-Uni et souligné son utilisation opportuniste aussi bien dans le débat politique que dans les médias, détaille la procédure d’acquisition de la citoyenneté, en particulier par les « tests de citoyenneté ». Dans un deuxième temps, Paul Lees prend pour objet d’étude les émissions de télévision, de plus en plus nombreuses à évoquer les identités nationales du Royaume-Uni, pour analyser la vision de l’Autre véhiculée par celles-ci, qu’il s’agisse de l’expatrié britannique en Europe ou de l’immigré clandestin tentant de passer la frontière à Calais. Dans les deux cas, conclut l’auteur, il s’agit de réactiver un certain récit national, de réaffirmer des valeurs communes dans un contexte où le multiculturalisme ne fait plus recette politique et de rassurer la population, plus que de traduire une réalité autrement plus complexe. Ce récit et ces valeurs destinées à susciter une homogénéité, au moins de surface, dans un contexte ressenti comme menaçant, apparaissent également dans l’analyse du discours et la législation relative aux plantes exotiques, que choisit Sylvie Nail comme grille de lecture pour son chapitre consacré au discours dominant sur les identités nationales, l’immigration (avec le spectre de l’immigration clandestine) et l’intégration en Angleterre. Paradoxale ← 5 | 6 → ment, dans un pays où le paysage tient une place essentielle dans l’identité et où il doit beaucoup à des plantes exotiques, l’heure est pourtant à la méfiance envers tout ce qui pourrait mener à une « écologie bâtarde ». Les discours et réglementations récents en matière de plantes exotiques traduisent un amalgame sans fondement scientifique entre végétaux exotiques et plantes envahissantes, elles-mêmes facilement assimilées à des immigrants clandestins, alors que l’observation de la réalité anglaise montre que les paysages peuvent devenir des lieux de partage où se tissent des liens et où se dessinent de nouvelles identités locales.

Enfin, rendant justice au fait que la construction européenne a des incidences évidentes sur les niveaux les plus proches des citoyens, la troisième et dernière partie se concentre sur les politiques et stratégies mises en œuvre dans les régions et au niveau local. Il convient dans cette dernière partie de différencier entre les régions/nations à compétences législatives et les autres. Au titre des premières, deux exemples sont étudiés, celui de l’Ecosse et celui de la Catalogne. Les articles respectifs d’Annie Thiec et de Mhoraig Green s’attachent à montrer l’ambigüité de la décentralisation limitée qui s’est mise en place en Ecosse depuis 1999. En effet, celle-ci exclut des domaines dévolus à Edimbourg les politiques en matière d’immigration, alors même que celles-ci ont des incidences évidentes sur des politiques qui, elles, sont du ressort du Parlement et du Gouvernement écossais, telles que l’éducation, le logement ou la santé. Dans un contexte où l’Ecosse désire ardemment attirer de nouveaux talents afin de dynamiser sa démographie et son économie, cette limitation constitue une pierre d’achoppement entre le gouvernement de Westminster et Parlement d’Edimbourg et nourrit les aspirations indépendantistes, note Annie Thiec. L’étude de cas des îles Shetland et de la ville de Glasgow menée par Mhoraig Green révèle cependant des différences notables selon les autorités locales et conclut que loin de résoudre tous les problèmes en matière d’immigration, l’indépendance pourrait bien ne pas constituer une solution miracle aux défis écossais. Dans le cas de la Catalogne, en revanche, présenté par Michel Landron, le transfert des compétences de l’Etat vers la Communauté autonome (Generalitat) de Catalogne en matière d’immigration, a été entériné dans le nouveau statut d’autonomie en 2006. S’interrogeant sur l’importance réelle de la question migratoire dans les élections, l’auteur analyse les scrutins municipaux et régionaux qui se sont tenus respectivement en mai 2011 et en novembre 2012. Contrairement à ce que l’on pourrait ← 6 | 7 → penser, la question n’occupe pas une place prépondérante dans les préoccupations des citoyens, même lorsque les étrangers extracommunautaires ont le droit de vote, comme c’est le cas en Catalogne depuis 2011. En revanche, la question de la langue revêt une dimension essentielle dans le sentiment d’identité et de cohésion sociale. Michel Landron souligne que l’apprentissage du catalan constitue un passage obligé pour obtenir certains documents de régularisation, et cette obligation trouve des échos dans beaucoup dans de nombreux autres pays qui soulignent l’importance de la langue comme facteur de cohésion nationale.

Aussi le chapitre suivant se concentre-t-il sur cette conséquence de l’hétérogénéité des migrants en Europe qu’est le plurilinguisme. Joanne Walker montre dans son étude des dispositifs de formation linguistique aux niveaux central et local en France et en Angleterre, que les cours de langue dans les pays d’accueil font désormais partie de l’arsenal destiné à une meilleure adaptation des migrants. Cependant, une analyse plus fine de leur mise en place et leurs modalités lui permet de conclure que la « variable nationale » joue pleinement son rôle, et que les cours de langue, loin d’être unifiés par un commun désir de cohésion et d’intégration, répondent d’une part à des priorités qui restent nationales, et dépendent d’autre part largement du volontarisme des organismes qui les dispensent.

Enfin, Anne-Sophie Lamblin-Gourdin conclut l’ouvrage en écho à plusieurs auteurs, en notant que c’est peut-être, plus qu’ailleurs, aux niveaux régional et local que l’on peut observer une « appropriation de la dimension européenne », en dépit du silence des traités fondateurs à leur sujet et de la diversité des situations dans les différents pays. Dès lors, il est essentiel d’étudier le statut juridique, encore embryonnaire, des autorités locales et régionales en droit de l’Union européenne, puisque c’est celui-ci qui va leur permettre de se saisir de la dimension européenne et de disposer de moyens d’action, en particulier dans le domaine de l’accueil des migrants. L’état actuel, conclut Anne-Sophie Lamblin-Gourdin, devra nécessairement être amélioré par une adaptation du droit primaire, afin de permettre aux collectivités territoriales de devenir actrices à part entière d’une véritable construction européenne. ← 7 | 8 → ← 8 | 9 →

 

1A. Constructions identitaires et citoyenneté européenne ; B. Nations en question – débats identitaires et nouvelles formes de citoyenneté ; C. Nouvelles identités régionales et locales, nouvelles formes de l’engagement citoyen.

2Jean-Paul BARBE et Paul LEES.

Résumé des informations

Pages
VI, 310
ISBN (ePUB)
9783035195897
ISBN (PDF)
9783035202632
ISBN (MOBI)
9783035195880
ISBN (Broché)
9783034315234
Langue
Français
Date de parution
2014 (Juillet)
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2014. 310 p.

Notes biographiques

Paul Lees (Éditeur de volume) Stéphanie Couderc-Morandeau (Éditeur de volume) Pilar Martinez-Vasseur (Éditeur de volume)

Paul Lees est Maître de Conférences en Civilisation britannique à l’Université de Nantes et coordinateur de l’Axe 2 (Citoyennetés et Identités) du réseau DCIE. Stéphanie Couderc-Morandeau est Ingénieur d’Etudes CNRS à l’Université de Nantes. Pilar Martínez-Vasseur est Professeur d’Histoire espagnole contemporaine à l’Université de Nantes. Sylvie Nail est Professeur de Civilisation britannique à l’Université de Nantes. Annie Thiec est Maître de Conférences en Civilisation britannique à l’Université de Nantes.

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Titre: Migrations et mobilités en Europe