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Jorge Semprún: memoria, historia, literatura / mémoire, histoire, littérature

by Juan F. García Bascuñana (Volume editor)
Edited Collection 234 Pages
Series: Perspectivas Hispánicas, Volume 39

Summary

El presente volumen recoge doce contribuciones inéditas de estudiosos de la obra de Jorge Semprún pertenecientes a varias universidades europeas. En ellas sus autores han intentado acercarse a la figura y la obra de Jorge Semprún (1923–2011) a través de diferentes perspectivas. Efectivamente, Semprún se encontró a lo largo de su vida en un constante cruce de caminos. Desde su adolescencia debió dividirse entre dos lenguas, vivir con varias identidades: la del « rojo español » o del deportado à Buchenwald, la de la clandestinidad comunista española; y más tarde la del escritor a partir de El Largo Viaje (1963). Este libro le abrió en cierto modo las puertas del reconocimiento como intelectual europeo. Atravesando diferentes lugares y tiempos, y para protegerse contra la esquizofrenia que siente adueñarse de él, Semprún toma la decisión de escribir y trata de hacerlo en distintos géneros.
Le présent volume rassemble une douzaine de contributions inédites de spécialistes de l’œuvre de Jorge Semprún (1923–2011) provenant de plusieurs universités européennes. Les auteurs cherchent à approcher sa figure et son œuvre à travers différentes perspectives. En effet, Semprún se trouva tout au long de sa vie à la croisée des chemins. Partagé depuis son adolescence entre deux langues, il vécut avec plusieurs identités successives: celle du «rouge espagnol» ou du déporté à Buchenwald, celle de la clandestinité communiste espagnole; puis celle de l’écrivain à partir du Grand Voyage (1963). Ce livre lui ouvrit d’une certaine façon les portes d’une reconnaissance comme intellectuel européen. En traversant des époques et des lieux différents, et pour se protéger contre la schizophrénie qu’il sent s’emparer de lui, Semprún décide d’écrire en s’essayant à des genres variés.

Table Of Contents

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières / Índice
  • Présentation / Presentación
  • La doble clandestinidad de ¡Libertad para los 34 de Barcelona! de Jorge Semprún
  • En torno a la relación de Jorge Semprún con Alemania
  • La dimensión autobiográfica en los guiones originales de Semprún
  • Reescritura y testimonio en Jorge Semprún: memorización abierta al futuro de los viejos tiempos
  • Jorge Semprun, en quête de l’homme européen
  • Constantes et variantes identitaires dans l’écriture de Jorge Semprun
  • Jorge Semprún en el territorio de la clandestinidad. La alegría de Madrid
  • Pour un éloge de la fiction dans l’œuvre de Jorge Semprún
  • Du monde concentrationnaire à l’écriture décentralisée de Jorge Semprún
  • Semprún y su época: de Primo de Rivera a la crisis de los bonos subprime
  • Images de France dans l’œuvre narrative de Jorge Semprun
  • El universo concentracionario en las novelas de Jorge Semprún: historia, memoria, escritura
  • Semblanzas bio-bibliográficas de los autores del volumen / Notices bio-bibliographiques des auteurs du volume
  • Titres de la collection

Présentation

Ce volume réunit un choix de textes provenant du symposium international Jorge Semprún: mémoire, histoire, littérature qui s’est tenu à l’Université Rovira i Virgili de Tarragone les 21 et 22 mars 2012. Une rencontre qui a voulu avant tout rendre hommage à Jorge Semprún dont on avait proposé la candidature au titre de docteur honoris causa de cette université, ce que sa mort, le 7 juin 2011, a empêché. Dans cette rencontre internationale où ont participé des spécialistes de l’œuvre de Semprún, provenant de différentes universités espagnoles et européennes, ceux-ci ont essayé d’approcher sa figure et son œuvre à travers la triple perspective annoncée dans le titre du symposium, puis dans celui du volume que nous présentons ici. Il faut rappeler que Semprún se trouva tout au long de sa vie à la croisée des chemins, ce qui nous apparaît d’une certaine façon dans le titre même du volume. Depuis son adolescence il dut se partager entre deux langues, vivre avec plusieurs identités: celle du «rouge espagnol», le Gérard Sorel ou le Manuel de la Résistance, celle du déporté de Buchenwald ou celles de Juan Larrea, Federico Sánchez ou Rafael Artigas de la clandestinité communiste espagnole; puis celle de l’écrivain à partir du Grand Voyage (1963), le livre qui obtint le Prix Formentor et le Prix littéraire de la Résistance et lui ouvrit d’une certaine façon les grandes portes d’une reconnaissance comme intellectuel européen, un aspect qui fut largement abordé au long du symposium et sur lequel on insiste au longs des pages qui suivent. En traversant différents endroits et temps, et pour se protéger contre la schizophrénie qu’il sent s’emparer de lui, Semprún décide d’écrire en s’essayant à différents genres: il pense à créer un livre d’histoire, constamment différé, il fait de l’autobiographie, de l’essai autobiographique, de l’autofiction comme diraient les théoriciens de notre temps. Néanmoins, et malgré le désir de sa famille (il était indiscutable qu’il allait suivre le désir exprimé par sa mère qui lui augurait un grand futur comme écrivain), sa relation avec le monde des lettres n’a pas été facile. L’expérience du camp de concentration le troublera de telle façon que cela l’empêchera pendant seize ans de pouvoir formuler avec des mots l’horreur vécue, car l’écriture serait une nouvelle manière de revivre un horrible cauchemar. Il lui faudra du temps pour récupérer la «sérénité» qui lui permettra d’écrire. Pour ce qui concerne le choix de la langue dont il se servira pour exprimer cette expérience, ← 9 | 10 → cela viendra tout naturellement de son propre caractère et de sa propre estime de soi à partir de circonstances personnelles de son adolescence et de ses premières expériences d’exilé «vaincu»: les premiers jours comme pensionnaire dans le lycée Henri-IV de Paris marquent la certitude «d’une fin radicale» ou «d’un commencement absolu». En réalité ce ne sera ni la langue, ni les mots ni la vocation qui poseront des problèmes, mais la création d’un discours convenable, vraisemblant et, malgré tout, le plus exact possible.

Les auteurs des différents chapitres du volume, tous des spécialistes reconnus de l’œuvre de Jorge Semprún, essaient de scruter la réalité d’une œuvre spécialement complexe. Et ils le font en partant de différentes perspectives, approchant aussi bien l’homme que son œuvre (une œuvre multiple où, côte à côte avec la littérature, le cinéma a aussi une place d’exception, compte tenu d’un autre visage de Semprún, celui de scénariste (La guerre est finie, Z, L’aveu…).

Le volume s’ouvre avec une contribution d’Íñigo Amo qui nous présente ¡Libertad para los 34 de Barcelona!, la première pièce de théâtre écrite en espagnol par Jorge Semprún, qui date de 1953. La pièce a comme point de départ la campagne pour la libération d’un dirigeant communiste catalan, condamné à mort, avec d’autres détenus, comme conséquence d’une grève de tramways à Barcelone en 1951. Nous avons affaire à une contribution spécialement pertinente, compte tenu du fait qu’il s’agit d’analyser une pièce à peine connue et très tôt désavouée par Semprún lui-même, qui ne voulut pas la rééditer. De là sans doute l’intérêt de l’étude d’Íñigo Amo autour d’une pièce qui appartient à une étape de la vie de Semprún dont celui-ci voulut plus tard prendre ses distances.

Franziska Augstein nous parle de la relation de Jorge Semprún avec l’Allemagne, une longue histoire qui commence très tôt, quand, dans son enfance, son père lui fait apprendre la langue de Goethe. Sa relation avec l’Allemagne connaîtra différentes situations d’attirance et de rejet, et sera marquée par les vicissitudes de son propre parcours de vie qui le conduira jusqu’au camp de concentration de Buchenwald. Mais même dans ce lieu d’opprobre et d’ignominie, souligne Augstein, la langue allemande apprise dans son enfance et pratiquée dans ses lectures d’adolescence viendra le racheter et probablement lui sauvera la vie. Mais il y aura toujours, une duplicité irrésoluble entre l’attirance et l’admiration de Semprún pour ce pays et le désenchantement, ce qui l’aurait empêché, d’après Augstein, de comprendre pleinement la réalité contemporaine allemande.

De sa part, Jaime Céspedes Gallego réalise une étude pragmatique et rhétorique de la projection biographique de Jorge Semprún dans ses scénarios cinématographiques, c’est-à-dire de l’image identitaire que, volontairement, il y ← 10 | 11 → projette et de ses intentions dans le domaine de sa réception à chaque moment précis. L’auteur axe son approche sur les scénarios de Semprún les plus liés à son expérience personnelle en tant que dirigeant communiste: La guerre est finie (A. Resnais, 1966), Les routes du sud (J. Losey, 1978), Les deux mémoires (J. Semprún, 1973). Sans oublier le seul scénario où il accepta d’adapter son expérience comme prisonnier dans le camp de concentration de Buchenwald: Temps de silence (2010).

Beatriz Coca Méndez nous signale que la vie de Jorge Semprún est indéfectiblement associée aux grands événements du XXe siècle, empreinte capitale à laquelle ne peut pas se soustraire la prose semprunienne: l’exil, la déportation, la clandestinité et l’exil choisi. Elle souligne que le caractère autobiographique d’une bonne part de l’œuvre de Semprún devient le miroir de la mémoire et de la réflexion, de façon que la réécriture des épisodes qui surgissent et affleurent dans les différentes œuvres n’est pas le résultat d’une manifestation narcissique mais elle provient plutôt du poids qu’ont les fantasmes du passé. Puis elle insiste à propos de la prose de Semprún où, de son point de vue, on apprécie une volonté inébranlable de cultiver la mémoire comme corrélat d’une morale de résistance.

La relation de Jorge Semprún avec l’Europe, à travers ce que Mirjam Leuzinger appelle «la quête de l’homme européen», est abordée par celle-ci tout de suite après. Une entreprise complexe qui a affaire à une identité aux multiples facettes (exilé, résistant, déporté, dirigeant politique, ministre de la Culture, écrivain et intellectuel) et à une écriture et à une cinématographie qui témoignent de la riche culture européenne du XXe siècle. Puis en partant de quelques-uns des essais de Semprún, elle nous offre certaines clés d’interprétation. L’homme Jorge Semprún y parle selon ses divers rôles de survivant, d’écrivain, d’intellectuel et d’homme politique s’adressant à une audience variée (Français, Allemands, Israéliens, Autrichiens) et c’est pour cela, nous dit M. Leuzinger, que ces textes peuvent répondre d’une manière exemplaire aux deux questions principales qu’elle se pose: Qui est l’homme européen Jorge Semprún? Et quelle est cette Europe qui lui est si chère?

Quant à Françoise Nicoladzé, elle soutient que les identités «chatoyantes», déguisées ou révélées dans l’écriture de Jorge Semprún sont le fruit d’une remémoration incessante et se reconnaissent à travers une ligne constante aux formes obliques. Mais leur identification à l’auteur exige, d’après elle, du lecteur une attention de limier pour distinguer les artifices fictionnels de la vérité autobiographique. L’écrivain, ayant rassemblé ses «moi» partiels, construit des récits aux voix narratives successives et troublantes dont, pourtant, le personnage, doté ← 11 | 12 → d’éléments identitaires essaimés dans l’œuvre entière, enrichis avec le temps de l’écriture, apparait unique, qu’il s’agisse du narrateur déporté ou d’un double romanesque. La figure du Rouge espagnol résistant au nom de la liberté qui fut, pour Jorge Semprún, l’axe philosophique de toute une vie, persiste dans celle du témoin, lucide devant le Mal contemporain que la fraternité doit défier dans la vigilance.

Felipe Nieto étudie surtout les années de clandestinité de Jorge Semprún à Madrid, soulignant son engagement significatif comme militant du PCE. Des années qui constituent principalement un espace de la «fraternité communiste»; une expérience partagée, à laquelle Semprún participa pendant ces années-là, qui lui laissa des souvenirs qu’il conserverait toute sa vie, et cela indépendamment de sa relation future avec le communisme. L’expérience de la fraternité qu’il vécut pour la première fois avec les communistes de Buchenwald, dans les circonstances extrêmes de la déportation, se prolongera dans le territoire également adverse de la clandestinité espagnole. Ce qui lui servira pour nouer des liens de solidarité durables, au-delà d’autres considérations et des circonstances personnelles et politiques. Comme le dit Nieto, Semprún reconnaîtra plus tard que sa vie, sa liberté et sa sécurité pendant tous ces ans devaient beaucoup à la discrétion, le silence ou la résistance à la torture de beaucoup de ses camarades. Cette expérience unique sera l’une des marques indélébiles qui resteront pour toujours chez Semprún comme témoignage d’un temps de silence.

Jusqu’à quel point le discours de fiction sert à transmette l’essence de l’expérience vécue? Alicia Piquer Desvaux se pose la question et nous dit tout de suite après que celui-ci est l’un des grands débats que Jorge Semprún a entretenu et justifié au fil de ses livres avec d’autres témoins directs, des victimes et des survivants, de l’horreur des camps de concentration. Pas seulement la littérature, explique A. Piquer Desvaux, mais aussi la musique et surtout la peinture (La montagne blanche et Vingt ans et un jour) constituent pour Semprún des moyens d’exprimer l’indicible, ou de réfléchir sur la problématique identitaire ou sur la convulsive histoire européenne. Des œuvres comme La deuxième mort de Ramón Mercader ou L’Algarabie nous révèlent, derrière le jeu littéraire du roman noir ou du récit picaresque, derrière l’humour, l’ironie, le lyrisme ou le sentiment tragique, d’autres aspects d’un moi fragmenté dans un monde à la dérive.

L’étude d’Hélène Rufat s’intéresse à l’écriture de Semprún dans le cadre de ce qu’on appelait «théorie de la francophonie», dans les années 90 du siècle dernier. Le parcours que suggère le titre répond à l’hypothèse de l’existence d’une possible relation de cause à effet entre l’expérience concentrationnaire ← 12 | 13 → de Semprún et son écriture en langue française, sans caractérisations localistes. En ce sens, son écriture ne répond pas non plus aux expectatives centralistes de la littérature française et pour cette raison elle apparaîtrait comme une écriture décentralisée. Dans un premier moment, l’étude analyse comment la critique francophone a considéré (et considère) l’œuvre de Semprún, pour comparer après ces jugements avec ceux que Semprún lui-même exprimait dans ses textes sur le travail créatif. Finalement, H. Rufat analyse quelques fragments de l’œuvre de Semprún où se manifeste la dimension universaliste des valeurs présentes dans ses écrits qui, à cause de l’écriture qui les véhicule, s’éloignent des valeurs et appréciations locales et localistes. C’est ainsi que prendrait forme la décentralisation de l’écriture semprunienne par rapport aux conventions françaises concernant la littérature francophone.

Josep Sánchez Cervelló réalise une approche de la vie et l’œuvre de Jorge Semprún dans le cadre de l’histoire espagnole et européenne entre l’année de sa naissance (1923), au début de la dictature de Primo de Rivera, et l’année de sa mort (2011), en pleine crise financière et économique. L’auteur de cette étude aborde certains moments capitaux de l’histoire du XXe siècle, en insistant spécialement sur la période de la Guerre Civile espagnole, compte tenu de ses conséquences pour le devenir de Semprún, et sur la dictature franquiste, qui coïncide avec des étapes cruciales de sa vie: exil, déportation, militance communiste et clandestinité. Et il aborde aussi les relations orageuses de Semprún avec les dirigeants du PCE, après son expulsion du parti en 1964. Mais malgré ses critiques postérieures à l’égard du communisme, il n’abdiquera pas ses convictions de justice et d’équité pour lesquelles ont lutté beaucoup de ses anciens camarades. Il ne manque pas non plus, dans l’étude de Sánchez Cervelló, d’objections ponctuelles à l’égard de certaines positions de Semprún, concernant aussi bien le processus de construction européenne que l’État d’Israël.

En prenant comme corpus L’Algarabie y L’écriture ou la vie de manière préférentielle, Àngels Santa analyse l’intertextualité «à caractère français» dans l’œuvre narrative de Jorge Semprún. Elle souligne que l’écrivain manifeste son intérêt pour différentes cultures, même si l’espagnole et la française, et aussi l’allemande, occupent un lieu d’exception dans ses tâches littéraires. Elle s’intéresse en même temps au fonctionnement des images françaises que Semprún recueille à travers la citation, l’allusion, la référence ou l’évocation. Pour souligner finalement que certains poèmes et certains auteurs précis façonnent la personnalité de Semprún et expliquent son parcours personnel dans le temps et dans l’histoire. ← 13 | 14 →

Details

Pages
234
ISBN (PDF)
9783035108538
ISBN (ePUB)
9783035193510
ISBN (MOBI)
9783035193503
ISBN (Hardcover)
9783034316637
Language
Spanish
Publication date
2015 (May)
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2015. 234 p.

Biographical notes

Juan F. García Bascuñana (Volume editor)

Juan F. García Bascuñana es profesor de Filología Francesa en Tarragona (Universitat Rovira i Virgili). Es especialista en literatura francesa de la Edad Media tardía e historia de la lengua francesa. Ha dirigido varios proyectos de investigación sobre la historia del francés en España. Organizó el 1er Simposio internacional Jorge Semprún (Tarragona, marzo de 2012). Juan F. García Bascuñana est professeur de Philologie Française à Tarragone (Universitat Rovira i Virgili). Ses recherches portent sur la littérature française du Moyen Âge tardif et sur l’histoire du français. Il a dirigé quelques projets de recherche sur l’histoire du français en Espagne. Il a organisé le 1er Symposium international Jorge Semprún (Tarragone, mars 2012)

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