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Régimes démographiques et structures socio-économiques

Les communautés villageoises de la province de Namur durant la première moitié du 19e siècle

de Marc Debuisson (Auteur)
Thèses XXII, 749 Pages

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • Table des matières
  • Table des tableaux/graphiques
  • Avant-propos
  • Introduction
  • Partie I : Critique des sources
  • 1. Le Siècle des Lumières et les chiffres de population
  • 1.1 Dénombrements des feux dans le Comté de Namur en 1747
  • 1.2 Le partage des biens communaux de 1773 dans le Comté de Namur
  • 1.3 Les dénombrements de 1784 du Comté de Namur
  • 2. Mise en place de l’appareil statistique national (1795–1856)
  • 2.1 L’administration française, entre l’effort de guerre et la gouvernance par la raison du chiffre
  • 2.2 Les dénombrements sous la période hollandaise
  • 2.3 Le recensement de la population de 1830
  • 2.4 Les recensements de 1846 et le registre de population
  • 2.5 Les recensements de 1856
  • 2.6 Les listes de paroissiens à Hanret, recensements inédits
  • 2.7 En marge de l’Office statistique, le pouvoir central met en place des statistiques administratives : le cadastre de 1834
  • 3. Etat civil : de la laïcisation des registres paroissiaux à la source juridique
  • 4. Conclusions : montée en puissance de l’appareil statistique belge et émergence de données de qualité
  • Partie II : Approche statistique des régimes démographiques
  • 1. L’analyse des mouvements de la population des communes de la province de Namur durant la première moitié du 19e siècle
  • 1.1 La constitution des clusters
  • 1.2 Les caractéristiques des groupes selon les variables
  • 1.3 Caractéristiques des groupes et choix des communes-cas
  • 1.4 Synthèse de la classification
  • 2. Indicateurs démographiques calculés à partir de la base de données individuelles de six communes namuroises
  • 2.1 Le couplage des recensements et l’injection des données d’état civil
  • 2.2 Le calcul des indicateurs démographiques
  • 2.3 Les intervalles de confiance et les indices calculés sur des petites populations
  • 2.4 Conclusions : de la typologie des communes de la province de Namur à l’analyse des six communes-cas
  • Partie III : Le « régime démographique » : une revue de la littérature pour approfondir un concept et dresser un cadre analytique
  • 1. Apparition du concept de régime démographique dans la définition de transition démographique
  • 1.1 Définition des régimes démographiques et leur lien avec la transition démographique
  • 1.2 Les approches et les écoles : entre analyses micro et macro
  • 2. Les migrations : entre mobilité et famille… et régimes
  • 2.1 Migration et lignage
  • 2.2 Migration et génétique
  • 2.3 Migrations à partir des registres de population
  • 3. Les liens entre composantes des régimes démographiques, approche par facette de la complexité des régimes
  • 3.1 Nuptialité et fécondité
  • 3.2 Migration et fécondité
  • 3.3 Fécondité et mortalité infantile
  • 3.4 Mortalité et fécondité
  • 3.5 Mortalité et migrations
  • 4. Le régime démographique : interconnexion de tous les comportements démographiques
  • 4.1 Régimes démographiques par les analyses macro
  • 4.2 Régimes démographiques par les analyses micro : entre migrations et industrialisation
  • 4.3 Régimes démographiques au travers de la relation familles et environnement économique et/ou socio-culturel d’un territoire donné
  • 5. Conclusion : méthodologie adoptée pour définir les régimes démographiques de la province de Namur en rapport avec la structure socio-économique
  • 5.1 Le niveau d’analyse : le niveau méso
  • 5.2 Le cadre analytique
  • Partie IV : Les régimes démographiques dans la province de Namur
  • 1. Le cadre démographique de la province de Namur
  • 1.1 La croissance de la population
  • 1.2 La fécondité et la nuptialité
  • 1.3 La mortalité
  • 1.4 Conclusion du cadre démographique de la province de Namur
  • 2. Le cadre économique, environnemental et institutionnel
  • 2.1 L’essor industriel namurois dans la révolution industrielle
  • 2.2 Le développement de l’agriculture dans la province de Namur
  • 2.3 Les marchés et le monde rural
  • 2.4 Conclusions
  • 3. Les régimes démographiques des six communes
  • 3.1 Rienne : un village dans les Ardennes namuroises
  • 3.2 Ciergnon : un village de Famenne
  • 3.3 Miécret : un village du Condroz
  • 3.4 Annevoie : un village de maîtres de forges
  • 3.5 Gelbressée : un village de mineurs
  • 3.6 Hanret : un village de Hesbaye
  • 4. Résultats de la démarche : les régimes démographiques des six communes au travers du cadre analytique
  • 4.1 Premier cadre du schéma : le cadre démographique dans lequel s’inscrivent les régimes des six communes
  • 4.2 Deuxième cadre du schéma : le contexte physique, institutionnel et socio-économique
  • 4.3 Troisième cadre du schéma : l’interaction entre les régimes démographiques, la structure économique et la structure sociale
  • Partie V : Quintessence de la recherche
  • 1. Constitution des régimes à partir d’une analyse de classification
  • 2. Traits saillants du lien entre régimes démographiques et structures socio-économiques
  • 3. Démarche épistémologique
  • Bibliographie
  • Titres de la collection

Table des tableaux/graphiques

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Avant-propos

Dans son cours de critique historique, Léopold Genicot avait l’habitude de prononcer cette maxime : « En histoire, l’objectivité est un leurre, l’impartialité un devoir ». L’historien ne peut jamais adopter une position neutre. Quel que soit l’objet, son vécu et son bagage culturel lui imposent un a priori qu’il convient de cerner avant d’entamer la recherche. Permettez-moi dans ces quelques lignes d’utiliser le « je » qui s’effacera ensuite au profit du « nous ». Dans tout travail académique, ce « nous » représentant l’auteur de la recherche est là pour estomper, comme par tromperie, la subjectivité du « je ».

Cet éminent médiéviste qu’était Léopold Genicot aimait sa terre et ses gens. Au début des années 1990, un peu avant sa mort, il a choisi comme thème d’un de ses derniers ouvrages l’histoire de son village natal namurois, Forville, au temps de son enfance sous le titre Calme Hesbaye (1992). En quête de renseignements à l’Institut de démographie, il atterrit alors dans mon bureau de jeune assistant étonné d’y retrouver un de ses médiévistes, originaire du même coin de terre. Nous avons pu évoquer notre attache commune à cette région. Lorsqu’il parlait du pays namurois, Léopold Genicot ne pouvait s’empêcher de montrer son émotion. Comme le rappelait George Duby (1996, p. 1075) dans l’article nécrologique qu’il a consacré à Léopold Genicot, ce dernier s’est attaché à étudier son pays natal « jalousement chéri » dans son œuvre principale, L’économie namuroise au Bas Moyen Age (1943–1995), restée un monument de l’historiographie sur le Moyen Age occidental.

Léopold Genicot (1980, p. 106–107) mettait en garde contre la tentation académique de nier cette subjectivité découlant naturellement de la conception de l’homme que se fait l’historien :

Pour comprendre les hommes d’autrefois, l’historien doit connaître, je dirais même expérimenter ceux d’aujourd’hui. Vivre en communion étroite avec ceux-ci. S’immerger dans le milieu. Mais ce faisant, il s’imprègne fatalement de celui-ci et risque d’en être captif. De lui conférer une valeur universelle. De verser dans l’anachronisme psychologique et sociologique. […] Devant cette menace, deux parades. S’attacher à établir ce qu’a été la psychologie individuelle et collective jadis ; c’est à quoi correspond le développement croissant de l’histoire des mentalités. Ou ← 1 | 2 → encore ou simultanément, se fonder sur une psychologie fondamentale, précédant ou transcendant les individus, les siècles et les pays. C’est à ce moment qu’intervient la subjectivité. Pareille psychologie, qui serait certainement élémentaire, ne pourrait, et encore, être objective que si elle était strictement descriptive et donc analytique, si elle renonçait notamment à toute théorie des valeurs et de leur hiérarchie. Mais elle condamnerait alors aux explications partielles et superficielles. Impossible de parvenir aux motivations ultimes sans une philosophie de l’homme. Et toute philosophie de l’homme est, en dernière analyse, affaire de conception et même de conviction personnelle.

Si j’évoque Léopold Genicot, c’est aussi pour parler du lien avant tout affectif qui m’ancre comme lui à la Hesbaye namuroise. J’ai passé une grande partie de ma jeunesse au milieu de ces villages de Hesbaye namuroise dans lesquels le sentiment d’appartenance communautaire restait fort. J’y ai appris le wallon et une connaissance profonde des rapports sociaux dans les communautés villageoises. Mais que sont ces « communautés villageoises » ? Il s’agit d’un groupement de personnes sur un territoire restreint et identifié qui se distingue géographiquement et historiquement d’autres groupements. Ces personnes forment une paroisse ou une commune, souvent les deux. Elles ont en commun une culture et un sentiment d’appartenance. L’isolement, le travail, l’entraide, les liens familiaux et la vie de la paroisse sont autant d’éléments qui y contribuent. Il n’existe pas nécessairement une égalité entre les membres, ni même des valeurs partagées par tous. Aujourd’hui encore, jamais on n’entend dans la bouche des vieux : « je suis né dans tel village », ils se présentent en recourant à la formule « je suis de tel village », revendiquant avant tout leur appartenance comme une identité.

Mes grands-parents maternels sont nés dans les premières années du 20e siècle à Hanret, village voisin de celui de Forville. Ils sont issus d’une famille de menuisiers et de cultivateurs du 19e siècle. Du côté paternel, mon grand-père est né à Gelbressée en 1893, il était journalier partageant son travail entre la mine et l’agriculture. Mon histoire familiale n’est donc pas indépendante de l’objet de recherche. Elle est même partie intégrante de l’histoire de deux des six villages retenus dans cette étude. Sans pour autant verser dans l’anachronisme, le regard que je porte sur l’objet de cette recherche reste donc, si pas emprisonné dans un a priori, tout au moins lié à ce qu’a été ma propre construction et aux valeurs qui en sont les briques. Je me dois d’en être conscient et d’en avertir le lecteur. ← 2 | 3 →

Dans ce travail, je m’attacherai à la première moitié du 19e siècle. Mais ce passé n’est pas aussi éloigné de moi qu’il y paraît. Si proche même qu’il en devient presque palpable sur une vieille photo de famille, qui nous rappelle, à nous historiens démographes, qu’au-delà des chiffres, ce sont des hommes de chair que nous étudions. On voit sur cette photo mon grand-père vers 1904 photographié à Hanret dans ses habits du dimanche. Derrière, une ombre surprise par l’objectif comme un fantôme surgit du passé : l’arrière-grand-mère de l’enfant, Man Djène, de son nom d’état civil Jeanne Beguin, née à Hanret en 1814. Elle fait donc partie des 8 000 individus qui constituent la base de données des villages analysés dans cette recherche.

Document 1 : Joseph Colard et Jeanne Beguin vers 1904 à Hanret.

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Source : Photo propriété de l’auteur.

Cette photo m’a toujours donné le vertige. En dévisageant mon aïeule aujourd’hui par un regard qui embrasse aussi mon grand-père, ce sont deux cents ans d’histoire d’une famille. Ce sont deux cents ans de bonheur et de peines. Ce sont deux cents ans de condition humaine… Au-delà de ← 3 | 4 → l’austérité des méthodes statistiques déployées dans les pages qui suivent, le but poursuivi par cette recherche est aussi de mettre en lumière cette formidable aventure humaine qui, chez chacun, nous donne tout notre sens.

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Introduction

A l’occasion d’un Colloque de l’Association internationale des démographes de langue française tenu à La Rochelle en 1998 sur « Régimes démographiques et territoires », Alfred Perrenoud (2000, p. 205) mettait l’accent sur l’interaction des régimes démographiques et de leur environnement formant, en bout de course, plus qu’un espace, une structure de vie construite par la communauté : « Dans toute société consciente de ses limites spatiales et économiques, les hommes ont élaboré des mécanismes de régulation leur permettant d’assurer au mieux, sans heurts, dans un contexte écologique donné, les équilibres entre ressources et peuplement, les échanges entre les générations, la continuité, le renouvellement et la reproduction de leur propre structure. Ces mécanismes forment système, c’est-à-dire qu’ils sont en interrelation et associent aux comportements démographiques les données socio-économiques, les pratiques sociales et les représentations personnelles ».

Résumé

Un terroir et une population : entre les deux se sont tissés des liens qui forment plus qu’un espace, une structure de vie construite par la communauté villageoise. Le concept de régimes démographiques a tardé à s’imposer dans les analyses en démographie historique. Pourtant, cette approche permet d’intégrer deux dimensions longtemps négligées en démographie : les migrations et le terroir. En ce début du 19e siècle, dans la province de Namur (Belgique) confrontée aux bouleversements de la révolution industrielle, les comportements démographiques des communautés villageoises ont dû s’adapter à l’évolution physique, économique et sociale de leur environnement qui, lui-même, était modelé par l’essor sans précédent de la population. A partir d’une analyse quantitative de près de 400 communes de la province de Namur, six communes-cas reflétant la grande diversité des régimes démographiques ont été retenues pour une approche mêlant quantitatif, en observant 8’000 individus, et qualitatif, en recourant aux archives locales. Cette recherche tente en effet de réconcilier le quantitatif et le qualitatif, le macro et le micro en privilégiant un niveau méso : la communauté villageoise.

Résumé des informations

Pages
XXII, 749
ISBN (PDF)
9783035203363
ISBN (ePUB)
9783035193398
ISBN (MOBI)
9783035193381
ISBN (Livre)
9783034316712
Langue
Français
Date de parution
2016 (Janvier)
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2015. XXII, 749 p., 60 ill. n/b, 80 graph. n/b, 53 tabl. n/b

Notes biographiques

Marc Debuisson (Auteur)

Marc Debuisson, historien médiéviste et démographe de formation, devient chercheur à l’Institut de démographie de l’Université catholique de Louvain (UCL Belgique) en 1989. II y débute sa collaboration avec Michel Poulain et Thierry Eggerickx. Il intègre en 1996 un service scientifique de l'administration wallonne, qui deviendra l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS). En 2013, il soutient sa thèse de doctorat en Histoire sur les « Régimes démographiques » à l’Université Saint-Louis - Bruxelles où il est chercheur associé depuis 2005.

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Titre: Régimes démographiques et structures socio-économiques