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Analyse structuro-sémantique des parémies zoophytonymiques lubà

Langue, littérature, cerveau, comportement et développement- Tome 1

de Adrien Munyoka Mwana Cyalu (Auteur)
Monographies 299 Pages

Résumé

Tout peuple a intérêt à structurer un langage, à structurer des connaissances, à formaliser un contexte de savoir sur le monde et sur l’homme, à poser des actes d’intérêt vital et de croissance. Une analyse structuro-sémantique de cent parémies zoophytonymiques lubà, selon le modèle actantiel de Greimas appuyé par l’herméneutique des traditions, permet de montrer une organisation socioculturelle, politique, juridique et économique de ce peuple, et d’y lire ses préoccupations existentielles et cognitives. Sur le plan formel, on observe une structure binaire caractéristique des traditions orales et génératrice de rythme, ainsi qu’une syntaxe particulière. Dans la plupart des cas, les symboles sont à image existentielle, suivie d’une image prédicative. La dissonance entre la crise lubà actuelle et son modèle social idéal a nécessité un mode d’approche d’une intervention parémiologique s’ouvrant à un nouveau champ de recherche : la neuroparémiologie.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Prélude
  • Remerciements
  • Introduction
  • Chapitre 1. Généralités sur le peuple lubà
  • 1. Note introductive
  • 1.1. Du peuple lubà
  • 1.2. Conclusion partielle
  • Chapitre 2. Notion de littérature orale et son univers
  • 2. Note introductive
  • 2.1. Statuts des littératures orale et écrite
  • 2.2. Littérature orale – Traditions et implications
  • 2.3. Débat existentiel et définitionnel de la littérature orale africaine
  • 2.4. Débat définitionnel
  • 2.5. Caractéristiques de la littérature orale
  • 2.6. Conclusion partielle
  • Chapitre 3. Présentation et traitement des parémies phytonymiques
  • 3. Note introductive
  • 3.1. Présentation du corpus phytonymique
  • 3.2. Le tableau des informateurs
  • 3.3. Analyse structuro-sémantique et interprétation des parémies phytonymiques
  • 3.4. Conclusion partielle

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Prélude

Il était une fois

Quatre voyageurs se rencontrant

Au pays hospitalier de la parole

Pour s’abriter

À l’ombre imaginaire d’un arbre

L’un dit alors :

 Chaque fois que je raconte c’est comme si je revenais chez moi…

L’autre dit :

 Chez nous…

Car le pays appartient à tous et à personne, comme le pays de nulle part,

Quand tu racontes ton histoire

Tu racontes aussi celle de l’autre…

Le troisième dit :

 La parole est comme un galet qui a roulé du fond des origines jusqu’à nous. C’est ce fil invisible qui restitue à chacun sa part la plus humaine…

Le quatrième dit :

 C’est la parole qui fait de nous les frères de tous les hommes, ceux du passé, ceux d’aujourd’hui, comme ceux qui ne sont pas encore nés…

Puis les quatre s’assirent aux quatre points cardinaux de l’amitié pour continuer à raconter :

 Il était une fois…1

Tùya too twìmanà Allons le plus loin qu’il faut et faisons halte
Tùbikilà mùtootò wà muulu wìtabà Appelons l’« Étoile » d’en haut qu’elle nous réponde
(Parémie lubà)  

1 « Nulle part ici n’est mieux qu’ailleurs », texte de présentation du spectacle de la compagnie « les conteurs associés », 13e Festival du Centre des Arts du Récit en Isère avec Nacer Khémir, Hamed Bouzzine, Mamfeï Obin et Ben Zimet (9 mai 2000).

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Remerciements

Les recherches qui ont conduit à la réalisation de cet ouvrage ont été réalisées, en plus de notre engagement, avec le concours du Vlir-UOS, de quelques personnalités scientifiques, du Département de langues et cultures africaines de l’Université de Gand, et d’autres personnes de bonne volonté. Nous leur présentons tous nos sincères remerciements.

Plus particulièrement, nous remercions le Pr Dr Paul Van Cauwemberge, alors recteur, et le Pr Dr Freddy Mortier, alors doyen de notre Faculté de lettres et philosophie.

Également et vivement nous remercions les Pr Drs Ngo Semzara Kabuta, Koenraad Stroeken, Michael Meeuwis, Koen Bostoen, Gilles-Maurice de Schryver, Sigurd d’Hondt, Mena Lafkioui, Annelies Verdolaege de l’Université de Gand, Jean de Dieu Karangwa de Inalco (Paris), Daniel Mutombo Huta Mukana, Léonard Kalanda Kankenza (Determinavit), Germain Mulamba Nshindi de l’ISP Mbujimayi, Malasi Ngandu-Myango, Mayaka Ma Kanda de l’UPN Kinshasa, Mirjam de Bruijin et Julie Duran Ndaya de l’African Studies Centre de l’Université de Leiden, pour l’encadrement, les critiques et les échanges qui n’ont pas manqué de nous affermir dans ce labeur scientifique si éprouvant. Leurs multiples questions ont permis de redresser nos failles et de nous dépasser dans l’un ou l’autre point de ce livre.

Nous exprimons notre profonde gratitude à la CTB pour avoir soutenu nos recherches sur terrain en 2005, au Groupe COIMBRA de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, à la cellule linguistique du Musée royal de Tervuren, à l’Université libre de Bruxelles, à l’ITM Bonzola de Mbujimayi, au Centre de recherche CIYÈM-RECALL (issu du partenariat Université de Mbujimayi (UM) – Université de Gand (UGent), avec financement du Vlir-UOS), pour nous avoir convié à des séminaires et offert des espaces de recherche propices et qui ont tant enrichi cet ouvrage.

Puissent Joris Bayaens, Gerda, Sr Alice Watshinyi, Sidonie Mwa Ntumba et toute sa famille, Joshua Walker de l’Université de Chicago, Lazard Tshipinda, Emmanuel Kabengele Kalonji, Pr Dr Tshimanga Mulangala, Pr Dr E. Kambaja Musampa, Pr Dr Kabanza wa Kalala Baketa, les chefs de travaux Mukadi Mununu et Mbuyi Kabamaba, Mutombo Tshintu, Christine Manda, Lukola Katumba, Anne Ngomba, Gina Bandowa, être remerciés pour leurs cœurs généreux et serviables à l’infini. ← 13 | 14 →

Nos pensées s’envolent, enfin, avec gratitude et tendresse, à l’adresse des bien-aimés Jacob Kalemba et Gisèle Laggae, la famille Dr Élysée Munyoka M. C. et Pascaline Manja Kalemba, Thérèse Katoka Kalemba notre épouse et toute notre famille (Mireille Mbuyi, Solange Kabula, Stève Cibwabwa, Bertrand Bukasa, Aldo Roy Sabin Musangu, Germaine Deo Fontana Ngalula), Gérard et Marianne, Els et Pieter Amez, Leen Serjentier et son mari, pour nos douces alliances, pour tous les sacrifices consentis pour nous, pour le paradis de vos cœurs qui nous abrite et vos mains toujours à notre charrue avec sourire et ardeur.

Enfin, nous n’avons mieux à dire à chacun de vous que ce petit mot : merci ! Que cet ouvrage reflète vos dons, vos apports de valeur, et vous comble de joie toute la vie, car c’est un outil au service de l’humanité !

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Introduction

Dans la question de l’expression universelle de l’homme interfèrent plusieurs modes et plusieurs formes parmi lesquels se comptent les parémies (dicton, maxime, sentence, adage, précepte, aphorisme, prière, apophtegme, etc.). Les parémies font l’objet d’une science appelée parémiologie. Cette science, née après la parémiographie, s’occupe de l’étude des phrases sentencieuses, des genres dits formulaires, elle s’attache souvent à retracer l’histoire des premières manifestations de ces énoncés dans la tradition orale et écrite des langues et des cultures du monde. Elle s’efforce d’analyser les sources littéraires et les recueils qui en attestent l’emploi pour en démontrer l’existence comme le signale Gonzales Rey (2010). À travers ces formes sentencieuses, les peuples, les nations expriment leurs visions du monde et le génie de leurs cultures.

Cependant, faut-il signaler que le discours parémiologique ne relève pas du langage ordinaire. Il comporte des écarts typiques, si bien que par l’opacité de ses images, par son iconicité, par l’utilisation de certains tropes et procédés d’énonciation, il exige une compétence culturelle et rhétorique suffisante pour accéder à son sens qui est toujours contextualisé. L’occurrence discursive de toute parémie apparaît toujours comme un recours à un degré supérieur du langage et du savoir élaboré, à un ornement ou une esthétique du langage, à une force d’argumentation, de persuasion, et à un pouvoir de discernement attesté. Dans la drummologie ou dans la communication tambourinée par exemple, la parémie, au-delà de ses autres fonctions, assure aussi une fonction phatique, une fonction d’identification et d’immortalisation, c’est le cas par exemple de « Ndan », devise héritée d’un aïeul et sorte de mot de passe en Afrique de l’Ouest, généralement inspiré d’une maxime, d’un proverbe ou de quelques autres dictons de la sagesse populaire. On l’appelle aussi proverbe « ndan ». En prélude à tout échange tambouriné de messages, l’émetteur et le récepteur procèdent tour à tour à une déclaration mutuelle de présence et de prédisposition d’écoute en déclinant chacun son « Ndan ». Chez les Balubà ce « ndan » est bien ce qu’ils appellent le nom crié ou « dînà dyà mu kabòòbò » qui peut être aussi une parémie identificatoire :

Cimbayi mulubà Cimbayi originaire lubà
Wakàdyanganyi nkùnda Qui ne partage pas d’haricot

(Qui ne partage pas sa femme avec autrui) ← 15 | 16 →

Les contextes d’occurrence des parémies sont multiples et variés, ce sont eux qui permettent souvent de les comprendre et de les interpréter. La référence aux parémies éprouve souvent les néophytes mais n’émousse pas leur sensibilité. Leur emploi quotidien et dogmatique, quoique sporadique actuellement dans les différentes situations de la vie (éducation, justice, rituel et sermons religieux, politique, discours médiatisés, etc.), et la recrudescence actuelle de leurs études scientifiques, témoignent de l’intérêt qu’a un peuple de courir au secours d’une richesse menacée, de recourir à ses normes, à ses préceptes, donc à ses discours élaborés. Il y a aussi sans doute chez le peuple l’intérêt de structurer un langage, de structurer des connaissances, de formaliser un contexte du savoir du monde et de l’homme.

Par ailleurs, en dépit de l’universalité des parémies due au fait qu’elles sont un genre expérimenté par tous les peuples du monde, elles s’inscrivent toujours dans des aires culturelles spécifiques dans lesquelles ont lieu les expériences existentielles qui permettent leur formulation et où elles puisent leurs matériaux. En même temps elles continuent à influer sur la vie des peuples et à se diffuser tout en montrant une certaine dynamique de pensée et des situations. Il s’opère parfois dans les parémies des sauts qualitatifs de la pensée, des falsifications mélioratives, des reprogrammations, des déprogrammations, des programmations des valeurs et des adaptations aux nouvelles situations et visions du monde des groupes sociaux. Autant, cela se passe aussi dans d’autres univers de la littérature orale. Le cas de la littérature orale polynésienne où les traditions orales, en passant à l’écrit, subissent certaines aliénations, s’affrontent au besoin des intérêts humains, et se reconstruisent ou se détruisent par l’action des parties intéressées est très éloquent (Littérature orale indonésienne wikipédia-htm) :

En cas de changements politiques et cela arriva souvent, la nouvelle lignée au pouvoir se doit d’avoir à son tour la généalogie la plus ancienne, quitte à lui ajouter quelques générations ou à emprunter ici ou là des ancêtres à la dynastie précédente.

Chez les Balubà dont on analyse les parémies zoophytonymiques, cette dynamique de pensée est motivée par l’expérience de la vie si bien qu’on procède à la reformulation d’une parémie jugée dépassée ou à une nouvelle création parémiologique relative à un besoin d’action sur le monde, de changement des mentalités et des comportements. En effet, les Balubà, comme le montre la parémie ci-dessous prise à titre d’exemple, croyaient que l’on ne pouvait obtenir un bon service que d’un tien parent :

Ku dilobo kwìkala wenu « Se trouve-t-il un tien au port
Nànku wâkusabula Alors il te fait passer (la rivière) »

(Ne peut t’aider au monde que le tien) ← 16 | 17 →

Mais avec l’expérience de la vie, cette conception n’est pas du tout absolue, elle s’est révélée fausse avec la dynamique sociale, ce qui a permis la reformulation de cette pensée avec un saut qualitatif, en sortant ainsi du giron de la parenté pour celui des vertus tout court :

Ku dilobo kwìkala mulengèla « Se trouve-t-il un bon au port
Nànku wâkusabula Alors il te fera passer (la rivière) »

(Trouves-tu un bon dans la vie, il t’aide)

Aux récents événements de la lutte contre la dictature mobutienne, pour montrer cette dynamique de la pensée et des situations, les Balubà qui, par la peur des armes et de la mort, cédaient à la répression militaire, ont recouru au génie du genre formulaire, et ont forgé pour s’armer de courage, un slogan programmeur de courage et actantiel de type impératif si bien qu’aux prochains assauts militaires, ils y ont une résistance farouche :

Dyatà bwowà ! « Marche sur la peur ! »

(Brave ta peur et pose des actes dignes et nécessaires)

Cette formule née dans un contexte des tourments politiques, se trouve aujourd’hui généralisée, élargie à tous les contextes de la vie. Elle vise, par cette autoprise en charge populaire, un nouveau type d’homme, une nouvelle personnalité. Cependant l’énergie insufflée par ce réarmement psychologique devra être contrôlée pour un comportement toujours rationnel et utile, pour éviter les excès nuisibles de la témérité aveugle dans les rapports de ce peuple au monde.

Ce mécanisme montre déjà que les parémies naissent des cogitations et des expériences diverses de la vie, elles ne sont pas une addition des vides, mais des phénomènes socio-littéraires. Elles portent en elles des messages structurés, des pensées et des ordonnances actantielles. Le génie lubà qui exprime l’univers cognitif et actantiel de ce peuple recourt parfois aux animaux et aux plantes de la contrée pour véhiculer les messages de ce peuple. Cette étude intitulée « L’analyse structuro-sémantique des parémies zoophytonymique lubà (L31a) », examine cet univers pour des fins qui sont davantage précisées dans cette suite.

Il s’avère que l’organisation formulaire des parémies, leur usage du moyen poétique mnémotechnique et des images qui les chargent de sens et de signification laissent entrevoir l’entrée en jeu des instances de la vie psychique, l’exploit du génie d’un peuple pour sa prise en charge morale et éthique. Mais cette organisation structurelle et sémantique qui est donnée avec les parémies pose un problème. Il est alors impérieux de procéder à la déconstruction de ces énoncés parémiologiques pour objectiver leur organisation et affranchir les différents messages tissés dans leur corps ← 17 | 18 → par l’homme, les interpréter au besoin de nouvelles situations de la vie et ses différents contextes.

Il est évident qu’en Afrique comme partout ailleurs, les oralités participent à la construction des identités, des personnalités, de la vision du monde des peuples. Elles fondent l’univers, les cultures et les valeurs sociales. Elles gèrent l’homme dans son destin et dans sa destinée. Les parémies, comme textes de la base culturelle lubà, jouent un très grand rôle et s’intègrent même dans la trame des autres genres littéraires comme on le montrera en passant dans cette suite. Pour leur complexité, en tant que motifs narratologiques, S. Viellard (2009) évoque la parenté du proverbe et du mythe soulignée par A. Potebuja (1835-1891). Dans cette même optique, Y.-M. Visetti et P. Cadiot (2006) soulignent qu’en dépit d’un certain effacement dans le contexte des sociétés modernes, le proverbe – surtout métaphorique – continue de fasciner. Archive anonyme, fleuron d’un sens commun dont les garants se sont perdus, il reste un support privilégié pour toutes sortes de jeux parodiques, en même temps qu’objet de pieuse collecte, où se joignent travail savant et tradition populaire. Aujourd’hui, il intéresse les linguistes et les sémioticiens, comme aussi les sociologues et les anthropologues, les littéraires, les philosophes et les historiens qui y trouvent l’analogue de petits mythes, où s’enchevêtrent plusieurs niveaux : narratifs et prescriptifs, la doxa. Mais les options de cette présente étude ne se limitent pas à cette perspective archéologique, aux analyses scientifiques de laboratoire. Au-delà, elle se pose, entre autres, le problème d’une intervention parémiologique dans la société lubà en crise. Elle tente d’intégrer les parémies dans un drame existentiel, de les renouer avec leurs objectifs primordiaux, leur fonctionnalité sociale.

L’emploi d’une parémie, a-t-on dit, est toujours déterminé par un contexte et un à propos ou un thème. Cet emploi vise un résultat qui peut être un embellissement du langage, une persuasion, une dissuasion, une agenticité ou une actantialité. Avec cette conscience, les parémies offrent une possibilité de causation conscientielle, affective, actantielle ou événementielle tangible et dirigée.

Résumé des informations

Pages
299
ISBN (PDF)
9783035265132
ISBN (ePUB)
9783035296853
ISBN (MOBI)
9783035296846
ISBN (Broché)
9782875740915
Langue
Français
Date de parution
2015 (Mars)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2015. 299 p.

Notes biographiques

Adrien Munyoka Mwana Cyalu (Auteur)

Docteur en linguistique, en littérature et en histoire, du Département de langues et cultures africaines de l’Université de Gand (Belgique), Adrien Munyoka Mwana Cyalu est actuellement professeur des universités, secrétaire général académique de l’Université protestante au cœur du Congo (UPCC), au Kasaï oriental (RDC), et professeur invité à l’Université de Gand, où il dirige le centre de recherche CIYEM-RECALL (UM-UGent).

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