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«Political ecology» des services écosystémiques

de Xavier Arnauld de Sartre (Éditeur de volume) Monica Castro (Éditeur de volume) Simon Dufour (Éditeur de volume) Johan Oszwald (Éditeur de volume)
©2014 Collections 288 Pages
Série: EcoPolis, Volume 21

Résumé

La notion de services écosystémiques s’est récemment imposée comme un mot d’ordre de la gouvernance environnementale. Rejetée en bloc ou adoptée de manière acritique, cette notion fait le buzz dans la science globale. Suivant une démarche de political ecology qui combine des approches de sociologie des sciences, de géographie politique et de cartographie critique, cet ouvrage propose une analyse critique de la notion de services écosystémiques et cherche à en délimiter le périmètre de validité. Après en avoir analysé l’histoire et l’évolution récente, les auteurs analysent son appropriation dans les arènes de la gouvernance environnementale globale et par les ONG critiques de cette gouvernance, ainsi que dans les politiques publiques de pays forestiers tropicaux (Brésil et Gabon). Ces analyses posent les bases d’une analyse critique de la modélisation et de la cartographie de services écosystémiques fondée à la fois sur une revue de la littérature existante et sur l’analyse de données recueillies dans le cadre de fronts pionniers tropicaux (au Brésil et en Colombie).

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Préface
  • Introduction
  • L’apparente évidence d’une Notion Frontière
  • Débats et enjeux autour de la notion de services écosystémiques
  • Political ecology des services écosystémiques
  • Première partie. À la recherche du périmètre de validité des services écosystémiques
  • Introduction à la première partie
  • Chapitre 1. Modernité écologique et services écosystémiques
  • Au fondement de la métaphore : la modernité écologique
  • Modernités écologiques et environnementalités
  • Conflits au sein de la modernité écologique. La notion de services écosystémiques comme notion de consensus
  • Pour une appréhension critique et multidimensionnelle des questions environnementales
  • Conclusion
  • Chapitre 2. De la biodiversité aux services écosystémiques. Approche quantitative de la généalogie d’un dispositif
  • Une histoire appréhendée par l’analyse de réseaux et la bibliographie
  • Approche de la diversité sémantique autour de la notion de service
  • L’émergence de la notion de services écosystémiques (jusque 1997)
  • De la construction de la notion de biodiversité à celle de services écosystémiques
  • Askö et Wallenberg : la formation de l’économie écologique
  • La place de l’écologie fonctionnelle et de l’Alliance de la résilience
  • L’institutionnalisation de la notion de services (1998-2005)
  • Le processus du Millennium Ecosystem Assessment
  • Contenu disciplinaire et fondements théoriques du MEA
  • La vie après le MEA : un renforcement des réseaux scientifiques préexistants
  • Les scientifiques promeuvent leur vision des services écosystémiques
  • Robert Costanza et Gretchen Daily : deux modes de mise en réseau et deux visions concurrentes ?
  • Conclusion
  • Chapitre 3. Du MEA à Rio+20 : déploiement et usages de la notion de services écosystémiques
  • Un approfondissement de la modernité écologique par le recours à des métaphores économiques
  • Les services écosystémiques à Rio : un dispositif de la modernité écologique
  • Le fonctionnement de RIO+20
  • Analyse de la place des services écosystémiques dans Le futur que nous voulons
  • Contextes d’usages de la notion services écosystémiques par les différentes parties prenantes de la Conférence de Rio
  • Échelles et acteurs des services écosystémiques
  • Conclusion
  • Deuxième partie. quand les services écosystémiques deviennent des politiques
  • Introduction à la deuxième partie
  • Chapitre 4. Quand les réseaux de pro- et d’anti-REDD construisent un outil de gouvernementalité environnementale
  • Les REDD, un outil de gouvernance environnementale
  • Un outil contesté
  • Des mécanismes inefficaces
  • Des mécanismes néfastes pour les populations locales
  • Mise en place des REDD, des positionnements et actions d’ONG différenciés
  • Le choix de loyauté vis-à-vis de l’ONU
  • Le choix de défection
  • Scènes hermétiques de la prise de parole
  • Conclusion
  • Chapitre 5. Les services écosystémiques au Gabon. Le rendez-vous manqué du renouveau des politiques de conservation
  • Le Gabon en Afrique centrale, ou de la logique des politiques de gestion de l’environnement au Gabon
  • L’institutionnalisation incomplète des parcs nationaux gabonais
  • Les PSE comme outil de renationalisation de la politique environnementale gabonaise ?
  • PSE ou conservation de la biodiversité ? Le cas du projet de PSE des monts de Cristal
  • Les PSE comme rupture dans les procédures de gestion ?
  • Conclusion
  • Chapitre 6. Une interprétation brésilienne des Paiements pour services environnementaux. Souveraineté et développement inclusif
  • La lutte contre la déforestation : une affaire d’État
  • Le PPCDAm
  • Les Aires protégées
  • La lutte contre les changements climatiques
  • La création du Fonds Amazônia : une garantie d’indépendance
  • État des lieux des lois PSE et REDD+ au Brésil : une inflation législative pour un concept englobant
  • Une grande diversité de lois fédérales, de fonds et de programmes liés au concept de PSE
  • L’offensive des États fédérés amazoniens
  • Deux exemples de PSE : une politique publique nationale et une loi estaduale pour capter des fonds
  • Le Pro Ambiente : repenser le crédit rural pour requalifier les politiques publiques
  • Le Système d’incitation pour services environnementaux de l’Acre (SISA)
  • Conclusion : les PSE entre théorie et pratique
  • Troisième partie. enjeux de la quantification et de la spatialisation des services écosystémiques
  • Introduction à la troisième partie
  • Chapitre 7. Des processus biophysiques aux indicateurs de services écosystémiques. L’apport des approches paysagères
  • Contexte de l’étude
  • Derrière les services écosystémiques, des processus biophysiques complexes
  • Le paysage comme média de services écosystémiques
  • Quels indicateurs de services écosystémiques étudiés sur les fronts pionniers de déforestation amazonien ?
  • La fourniture de services écosystémiques en fonction de l’utilisation du sol
  • Les services écosystémiques sur les fronts de déforestation amazoniens : une histoire de compromis et de synergies
  • Conclusion
  • Chapitre 8. Spatialiser des services écosystémiques, un enjeu méthodologique et plus encore
  • Augmentation des démarches de spatialisation depuis le MEA
  • Derrière les services écosystémiques, qu’est-ce qui est réellement spatialisé ?
  • Définition de l’objet
  • Type de services écosystémiques
  • L’importance des choix techniques : l’exemple des fronts pionniers amazoniens
  • Le choix des données
  • Le choix de la méthodologie statistique
  • Conclusion
  • Chapitre 9. Cartographie, services écosystémiques et gestion environnementale. Entre neutralité technicienne et outil d’empowerment
  • La place de la cartographie dans l’évaluation globale du MEA ou la carte comme un outil neutre de la science moderne ?
  • La cartographie, un outil d’empowerment absent du MEA ?
  • La cartographie des services écosystémiques dans la littérature scientifique
  • Conclusion et perspectives
  • Conclusion
  • Tables des illustrations
  • Table des figures
  • Table des encadrés
  • Table des tableaux
  • Bibliographie
  • Les auteurs
  • ÉcoPolis
  • Dans la collection

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Préface

La crise de la biodiversité s’observe et s’étudie à des échelles très différentes. Un pédologue peut la décrire à dix centimètres sous le sol, dans la couche humifère qui ne cesse de s’appauvrir du fait de l’intensification agricole, de la déforestation ou encore de la pollution des cours d’eau. Certains écologues s’intéressent à de vastes territoires. Ils recensent et prédisent les extinctions et analysent les impacts biologiques de la dégradation des milieux naturels, grignotés par l’urbanisation, l’agriculture ou les grandes infrastructures. Élevant encore le regard, les climatologues la voient du ciel, observant notre petite « bille bleue » qui s’irrite et s’échauffe. De façon plus métaphorique, la philosophie elle aussi se penche sur le problème d’un point de vue « hors-sol », s’intéressant aux concepts et à leur histoire, interrogeant de haut les rapports Homme-Nature, les critères impartiaux d’une justice intergénérationnelle ou encore la valeur intrinsèque des entités non humaines. Autant d’échelles, autant de regards, qui enrichissent le caléidoscope de notre compréhension d’un phénomène complexe aux nombreuses facettes. Et pourtant, « la » crise de la biodiversité n’est rien d’autre qu’une multitude de crises imbriquées dans lesquelles se jouent, plus que la vieille adversité entre les humains et la nature, des rapports de force, des mobilisations politiques, des rivalités de personnes et de groupes historiquement et socialement situés. C’est à cette échelle des affaires humaines que s’intéresse ce livre, inspiré d’un champ de recherche dont la traduction littérale du nom en français prête à confusion et que l’on se contente de désigner dans sa version originale : la Political ecology. En posant sur les questions environnementales les regards croisés de la géographie de l’économie politique et de l’anthropologie environnementale dans une posture résolument engagée, la Political ecology offre une ressource précieuse pour analyser la façon dont se configure la « scène » environnementaliste où se croisent scientifiques, gestionnaires, décideurs, militants et entrepreneurs. Car la crise de la biodiversité ne se résume pas à un bouleversement écologique. Elle se traduit par l’apparition d’institutions, de communautés épistémiques et de nouvelles normes inédites.

Parmi ces innovations, la notion de « services écosystémiques » est exemplaire de l’émergence d’un nouveau discours sur les questions environnementales. Définis comme l’ensemble des bénéfices que les êtres humains tirent du fonctionnement des écosystèmes, les services écosystémiques renvoient à une réalité complexe et polymorphe, celle ← 9 | 10 → de la trame enchevêtrée sur laquelle se nouent les relations entre les communautés humaines, leur environnement et le cortège de vivants non-humains auxquelles elles sont liées de multiples façons : admiration, exploitation, compétition, ignorance, identification, entraide, etc. Tenter d’embrasser une telle diversité de relations et de représentations de façon homogène par la seule notion de « service » relève d’une simplification qui doit éveiller notre vigilance. De façon heuristique, elle peut aider à rapprocher ce qui semblait à première vue distant, offrir un terrain commun pour permettre à des acteurs antagonistes de dialoguer et de construire un projet collectif. Elle peut, en prenant la tangente des conflits frontaux qui opposent bien souvent protecteurs et destructeurs de la nature, devenir une autre façon de considérer nos rapports au monde et l’idée que l’on se fait de ces rapports. Elle peut également ouvrir un véritable chantier interdisciplinaire où se rencontrent enfin sciences humaines et sciences naturelles sans hiérarchie ni asservissement d’une discipline aux autres, mais dans une véritable co-construction d’objets et de savoirs. Voilà certainement le meilleur de ce que peut offrir ce nouveau vocable. Voilà tout le bien que l’on peut espérer de la « mode » des services écosystémiques.

Mais il ne faudrait pas se contenter d’attendre naïvement que le meilleur surgisse de lui-même. Le temps des premiers écologues qui voyaient dans la notion de services écosystémiques un outil essentiellement pédagogique permettant de mettre en évidence la dépendance des sociétés humaines vis-à-vis du support naturel qui les constitue et les maintient est révolu. Ceux qui utilisent et développent aujourd’hui la notion de services écosystémiques y voient véritablement une description du monde. La multiplication, à toutes les échelles, des exercices d’évaluation monétaire de ces services en témoignent. Il ne s’agit plus tant de pédagogie et d’heuristique que d’une requalification de notre rapport à la nature dans un discours à prétention performative qui fait de cette nature un pourvoyeur de biens et de services et qui fait de notre lien à la nature une relation strictement instrumentale, dénuée de désintéressement autant que de réciprocité. La protection de la biodiversité devient essentiellement une question de prudence. Il conviendrait de protéger les forêts tropicales parce qu’elles stockent un carbone qui dérèglerait notre climat s’il était déchargé dans l’atmosphère, de s’abstenir d’assécher les zones humides parce qu’elles fournissent un service de purification de l’eau plus performant que nos usines, de sauver les abeilles domestiques parce que ce sont elles qui pollinisent nos vergers, et de conserver des zones de nature sauvage et diversifiée pour s’y ressourcer et profiter des bénéfices touristiques ainsi engendrés. De là à ce que la protection de la nature ne devienne un business comme les autres, il n’y a plus qu’un tout petit pas à en croire les nombreux promoteurs d’un capitalisme vert, qui entendent ← 10 | 11 → répondre à la crise actuelle par l’extension des logiques d’ingénierie et de marché à la gestion des milieux naturels.

C’est sur cet étroit sentier qui sépare le pire du meilleur que chemine cet ouvrage, à la fois critique et constructif. En resituant la notion de services écosystémiques dans son contexte d’émergence et de propagation scientifique et institutionnelle, il offre au lecteur un vaste panorama des mutations en cours dans le champ des sciences et des politiques environnementales. D’un côté, il montre les bénéfices d’une approche renouvelée des questions environnementales à travers la mise en évidence des multiples dépendances des systèmes humains vis-à-vis des systèmes naturels. De l’autre, il signale la complexité et les difficultés d’une tentative de rationalisation et de formalisation des liens entre les sociétés et leur environnement à travers la grille d’analyse qu’offre la notion de services écosystémiques. Face au succès fulgurant de l’approche par services dans toutes les sphères de la conservation de la biodiversité – scientifiques, politiques, gestionnaires – une telle analyse est précieuse. Elle permet notamment de dessiner les contours de cette notion et, ce faisant, ne serait-ce qu’en creux ou par défaut, d’en désigner les limites. Car la nature, la biodiversité, les vivants non-humains, s’ils nous rendent des « services », s’ils nous sont « utiles » ou « nécessaires », ne devraient pas être réduits à ce seul statut instrumental. La crise que nous traversons et dont nous sommes responsables nous dit quelque chose d’essentiel sur notre place dans le monde et notre rapport au vivant. Nous sommes dépendants, vulnérables, solidaires. Nous faisons société avec les êtres vivants qui partagent notre espace, constituent et habitent nos champs, nos villes, nos corps. Nous appartenons à une communauté qui excède bien largement les bornes de notre espèce et la conservation de la biodiversité engage notre responsabilité morale au moins autant que notre rationalité prudentielle. Sur cette responsabilité morale, la notion de « services écosystémiques » ne dit rien. Reste à savoir si ce mutisme laissera la place à d’autres discours et à d’autres rationalités ou si au contraire, saturant l’espace des justifications environnementales, l’approche par services ne sera qu’un prolongement et un renforcement des logiques de domination des humains sur la nature qui nous ont conduits à la situation actuelle.

Virginie Maris,
Philosophe,
Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive

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Introduction

L’expression « services écosystémiques » a acquis, ces dernières années, une popularité considérable – popularité qui est à la fois la cause et la conséquence de son accession aux forums hybrides de la gouvernance environnementale. Cette expression permet de qualifier les impacts, pour les êtres humains, de crises environnementales majeures : l’érosion de la biodiversité, le changement climatique, l’épuisement des sols, etc. Autant de problèmes globaux qui touchent directement les hommes en ceci que, selon la rhétorique des services écosystémiques, ils menacent la capacité des écosystèmes à maintenir le niveau de services qu’ils rendent aux hommes. On parle ainsi de services climatiques, de services des sols, de service de pollinisation, etc.

L’agitation autour de l’expression « services écosystémiques » est telle que l’on hésite quant au statut que l’on peut lui conférer : s’agit-il d’un mot-clef à succès (un buzzword), d’une notion, d’un concept, d’un paradigme ? La question est d’importance, car elle qualifie immédiatement l’objet : le mot-clef à succès renvoie plutôt à une mode, à une opportunité sémantique dont vont se saisir différents acteurs – au premier rang desquels les scientifiques – pour asseoir la légitimité de leurs discours. La notion, elle, a le sens d’idée générale qui, bien que fortement socialisée, reste abstraite dans sa définition : tout le monde s’accorde plus ou moins sur le sens à donner à la notion, sans qu’une définition en soit clairement partagée. En ce sens, elle est plus vague et moins opératoire que le concept, qui définit clairement un objet et sa place dans un corpus théorique plus vaste. Le paradigme renvoie, quant à lui, à une conception théorique dominante qui a cours à une certaine époque dans une communauté scientifique.

Alors, l’expression « services écosystémiques » est-elle le signe d’une mode appelée à passer aussi vite qu’elle est arrivée ? Est-ce plutôt un mot-valise qui sert à qualifier la dépendance des hommes aux écosystèmes ? Ou bien doit-on considérer qu’il s’agit de la face émergée d’une théorie des rapports hommes/milieux plus large, voire même l’arrivée d’une nouvelle vision de la nature appelée à structurer profondément les sciences situées à l’interface hommes/natures ? Cette dernière possibilité est sans doute l’objectif, implicite ou explicite, de ceux qui ont institutionnalisé l’expression « services écosystémiques ». Le processus de socialisation et d’apprentissage du discours des services écosystémiques par les acteurs, fussent-ils internationaux ou locaux, a bien pour vocation de changer ← 13 | 14 → la vision et la relation que ces acteurs développent avec la nature. Ce changement se répercuterait sur la production et la mobilisation des savoirs, qu’ils soient scientifiques, politiques, locaux, Dès lors, il pourra impliquer une requalification des pratiques, des mécanismes d’accès et d’utilisation des ressources, ainsi qu’une réorganisation des structures politiques et sociales en lien direct ou indirect avec les milieux naturels. De nouvelles architectures territoriales pourraient émerger de ce processus.

La question est dès lors autant de s’interroger sur la vocation de l’expression « services écosystémiques » que sur son effet réel – cet effet dépendant fortement de la manière dont elle est appropriée. Ainsi, parler de services écosystémiques dit à la fois beaucoup et peu de la manière dont une société parle de la nature. Cette expression exprime en effet les antagonismes et les enjeux autour de la protection de la nature, et plus particulièrement de son inclusion dans le capitalisme global. Les savoirs, les techniques et les relations de pouvoir des acteurs impliqués se trouvent interrogés par la mise en place de nouveaux dispositifs en créant un dialogue qui mène à la réinterprétation, voire à la reconstruction, de l’expression même et de sa place comme promotrice d’une nouvelle vision de la nature. Si un tel processus ne se met pas en place, si les services écosystémiques en restent au stade de mot-clef, c’est le signe de l’échec d’un projet. À travers l’étude de l’itinéraire de la notion de services écosystémiques, nous voulons comprendre comment les cadres politiques et sociaux participent à la formulation de nouvelles explications à l’interface entre sciences et politique des problèmes environnementaux. Or nous verrons que cet itinéraire n’est ni linéaire ni univoque, que cette expression ne traduit pas un projet délibéré de recadrage des relations hommes/milieux et que son usage dépend fortement des échelles et des acteurs qui s’en saisissent.

Pour avancer dans cette démonstration, et guider les premières étapes de ce travail, nous faisons un pari et un choix. Le pari : considérer qu’en dépit de son usage immodéré par certaines communautés d’acteurs, l’expression « services écosystémiques » est plus qu’un mot-clef. Le changement sémantique qu’elle contient a toutes les chances de marquer durablement les rapports de l’homme à la nature. Le choix : plus qu’un concept, ou même un discours, nous allons parler des services écosystémiques comme un dispositif de pouvoir dans le sens de Michel Foucault (1977), c’est-à-dire comme un ensemble d’éléments hétérogènes qui ont pour vocation de produire des normes, des mouvements de pensée ou des systèmes pour gouverner. Puisqu’il existe une gradation, dans la précision sémantique et l’importance dans la structuration de la pensée, entre la notion, le concept et le paradigme, parlons par défaut de « notion de services écosystémiques » et donnons-nous les moyens de voir s’il y a lieu, dans certains contextes et pour certaines communautés scientifiques, de parler de concept, voire de paradigme. ← 14 | 15 →

Ainsi l’objet de ce livre est-il de comprendre comment cette expression d’origine scientifique a été transformée en un dispositif (dans le sens de Foucault) pour conserver ou gérer la nature et comment ce dispositif agit – ou pas – dans différents contextes.

L’apparente évidence d’une Notion Frontière

Résumé des informations

Pages
288
Année
2014
ISBN (PDF)
9783035264739
ISBN (ePUB)
9783035299793
ISBN (MOBI)
9783035299786
ISBN (Broché)
9782875741974
DOI
10.3726/978-3-0352-6473-9
Langue
Français
Date de parution
2014 (Octobre)
Mots clés
services écosystémiques cartographie critique ONG critiques
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2014. 288 p., 28 fig., 14 tabl.

Notes biographiques

Xavier Arnauld de Sartre (Éditeur de volume) Monica Castro (Éditeur de volume) Simon Dufour (Éditeur de volume) Johan Oszwald (Éditeur de volume)

Xavier Arnauld de Sartre, géographe, chercheur au CNRS, travaille depuis 1997 sur les liens entre politiques de gestion de l’environnement et populations rurales dans des contextes à forts enjeux soit de conservation (Amazonie, Afrique centrale) soit de production agricole (Pampa argentine). Sur une base interdisciplinaire, Monica Castro (Univ. Lausanne) développe une approche de political ecology appliquée aux politiques internationales de gestion de la diversité biologique et des services écosystémiques. Formé en écologie et en géographie, Simon Dufour (Univ. Rennes 2) s’intéresse aux structures et dynamiques des corridors fluviaux (évolution du paysage, structure spatiale et régionalisation, impacts anthropiques) et aux interactions nature/Société (gestion intégrée, indicateurs de suivi et de restauration des environnements complexes). Il applique les outils de la géomatique à l’analyse et à la gestion des cours d’eau. Johan Oszwald, géographe (Univ. Rennes 2), s’intéresse depuis 2001 à l’apport de la télédétection et du suivi de l’occupation des sols aux interactions hommes/milieux en Afrique et en Amérique du Sud, notamment sur les fronts pionniers de déforestation.

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Titre: «Political ecology» des services écosystémiques