Chargement...

La rencontre avec l’autre

Phénoménologie interculturelle dans l’Europe contemporaine

de Claudio Cicotti (Éditeur de volume) Sibilla Cuoghi (Éditeur de volume)
Collections 214 Pages

Résumé

La rencontre avec l’autre est le thème fédérateur de cet ouvrage atypique, issu d’une expérience didactique originale mise en place par des professeurs issus de différentes disciplines. Le Grand-Duché de Luxembourg, en tant que territoire où tant d’immigrés se sont rencontrés et cohabitent pacifiquement, a été choisi comme cadre idéal pour ce projet.
La formule choisie par les différents auteurs de ce volume se fait l’écho du dialogue interculturel qu’ils étudient et s’avère riche de sens. De nouvelles questions sur l’altérité, l’immigration et la rencontre de mentalités et cultures différentes émergent des différents textes qui composent cet ouvrage.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Remerciements
  • Introduction
  • International Migration and Human Rights in Europe. Centralized Responses to a Peripheral Problem (Harlan Koff)
  • Contre le postulat de symétrie. Éthique décoloniale et subjectivation (Marc Maesschalck)
  • Mobilität und Raum. Vorder- und rückseitige Regionalisierungsprozesse in der Großregion SaarLorLux (Christian Wille)
  • L’interculturalité dans la littérature francophone luxembourgeoise à l’exemple de Jean Portante et de Guy Rewenig (Frank Wilhelm)
  • La rencontre avec l’Autre vue à travers la (ré)écriture de l’histoire dans La mémoire de la baleine de Jean Portante (Jeanne E. Glesener)
  • « Je est un autre » ou l’autoportrait comme autofiction dans l’art contemporain (Paul di Felice)
  • La quête de l’identité dans Une âme divisée en deux de Silvio Soldini (Sibilla Cuoghi)
  • Le cinéma du métissage oder Das Liminale der Interkulturalität. Fatih Akıns „Gegen die Wand“ (Dieter Heimböckel)
  • En guise de conclusion. Claudio Cicotti et les « Amitiés italo-luxembourgeoises » : chronique d’une rencontre interculturelle

| 9 →

Remerciements

Nous avons le devoir, mais surtout le plaisir, de remercier tous ceux qui ont contribué à donner vie à une idée que notre petite section de lettres italiennes avait depuis longtemps : le désir de construire un dialogue avec les autres disciplines autour d’un thème aussi important et actuel pour l’histoire du Luxembourg.

Nous remercions tout d’abord Heinz Sieburg, directeur du Bachelor en Cultures Européennes (BCE) qui a cru à ce projet et nous a soutenus jusqu’à la réalisation de ce volume. Nous remercions aussi tous les collègues sans lesquels rien n’aurait été possible et qui nous ont accordé engagement, temps et énergies pour la préparation des cours, de la table ronde et pour la correction des très nombreux examens écrits. Un remerciement à Ilaria Bardazzi et à Luciano Lolaico, collaborateurs de la section de lettres italiennes, qui nous ont assistés pour la présente publication.

Et, plus que tout, nous remercions les étudiants présents en très grand nombre dans la salle AudiMax de l’ancien Campus Walferdange, et qui sont intervenus de façon active, assidue et productive pendant tout le cours.

| 11 →

Introduction

Ce volume rend compte d’une expérience didactique à laquelle ont participé environ une douzaine d’enseignants de l’université du Luxembourg autour du thème de l’altérité et des échanges interculturels. Nous avons décidé d’intituler ce cours bi-semestriel, qui s’est tenu sur le Campus universitaire de Walferdange de 2011 à 2013, La rencontre avec l’autre. À notre avis, ces quelques termes rendent bien le sens de ce que nous proposions aux étudiants : des lettres italiennes aux lettres allemandes, des lettres françaises aux lettres anglaises, de la politologie à la géographie, de l’histoire à la philosophie et à la pédagogie, des professeurs de nombreuses disciplines se sont déclarés prêts à traiter le thème choisi, de leur point de vue en ce qui concerne la discipline, la science et la didactique. Il ne s’agissait pas d’une nouvelle formule didactique, mais bien de la construction d’un dialogue et d’une caisse de résonance allant bien au-delà des frontières académiques afin de valoriser ce lien que toute université doit avoir et entretenir avec la société qui préexiste et existe avec elle. Le Luxembourg se devait de jouer un rôle fondamental, avec son passé de formidables croisements culturels entre ses frontières si proches l’une de l’autre, mais défendues si vaillamment au cours de nombreux siècles d’histoire. Dans ce petit pays d’Europe où tant d’immigrés se sont rencontrés et, aujourd’hui encore, cohabitent pacifiquement côte à côte, nous ne pouvions pas ne pas trouver le climat idéal pour un cours portant ce titre. Le résultat a été fascinant pour les étudiants ainsi que pour les enseignants eux-mêmes.

Chaque professeur a été libre de choisir ses propres instruments, ses techniques d’enseignement, ses recherches, ses expériences à mettre à profit : certains ont organisé les deux leçons dont ils disposaient comme un cours magistral, d’autres comme un séminaire impliquant directement les étudiants. Nous avons ensuite demandé à la centaine d’étudiants concernés de formuler deux questions pour chaque thème traité : une question sans réponse, un sujet à définir avec précision, un doute à éliminer. Sibilla Cuoghi et Claudio Cicotti ont ensuite été chargés de canaliser les nombreuses questions des étudiants en quelques macrothèmes les représentant statistiquement, avant de les ← 11 | 12 → soumettre aux enseignants concernés. Chaque semestre s’est ainsi terminé par une table ronde rassemblant les divers enseignants prêts à répondre aux sujets identifiés, ainsi qu’aux questions spontanées, offrant une variété dialectique de points de vue. Cela a donné lieu à un débat intéressant qui a permis une véritable interaction entre enseignants et étudiants, mais également entre enseignants. Le cours a ainsi donné lieu à une rencontre et à un dialogue entre les disciplines les plus diverses, tout en respectant toutefois l’autonomie gestionnaire de chacune d’elles.

Ce livre contient un certain nombre de textes de référence utilisés par les différents collègues pour leurs cours. Nous regrettons qu’ils ne puissent y figurer tous : de toute manière ce recueil fera bien ressortir combien et comment le thème de l’altérité et de la rencontre avec l’autre est très bien décliné par les spécialistes des différentes disciplines.

Dans son introduction, Harlan Koff, professeur de politologie et sciences sociales, nous rappelle la place cruciale des droits de l’homme accordée par les agendas politiques des différentes nations européennes après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Ce tournant historique a fait de la Déclaration universelle des droits de l’homme le document de référence par excellence des citoyens et des gouvernements. Non seulement c’est le document le plus traduit au monde, mais c’est également une sorte de précurseur d’un système de protection des droits de l’homme à un niveau supranational (qui sera plus tard pris en charge par la Cour de Justice européenne).

Selon Koff, l’immigration en soi n’est pas un phénomène nouveau, mais l’immigration liée aux droits de l’homme est un phénomène encore inconnu jusqu’au deuxième après-guerre. On n’a encore jamais parlé des droits de l’homme pour une personne immigrée ou un réfugié. En effet, Koff se demande si nous pouvons identifier un régime de droits européens dans le contexte de l’immigration internationale. L’immigration n’est pas seulement un problème européen périphérique géographiquement, mais également parce que la majorité des abus et des violations des droits de l’homme à l’encontre des immigrés se produisent à l’ombre des gouvernements, à la périphérie des sociétés et de la vie européennes. Koff souligne que le problème est global ; même s’il est centré sur l’Europe on le retrouve partout dans le monde.

Après avoir situé la démarche spécifique d’une « éthique interculturelle », Marc Maesschalck, professeur de philosophie, tente d’esquisser une alternative entre, d’une part, une approche ← 12 | 13 → sous-tendue par un postulat général de symétrisation des expériences culturelles, postulat partagé largement par les théories constructivistes et pragmatistes de l’échange social et, d’autre part, une approche basée sur la prise en compte de l’asymétrie des situations culturelles concrètes dans un monde hégémonique. Selon ce deuxième type d’approche, l’éthique interculturelle ne peut aboutir qu’en prenant la forme rationnelle d’une « éthique décoloniale ». Cette option et ses présupposés épistémologiques sont alors analysés à travers l’opposition entre colonialité et décolonialité du savoir telle qu’on peut la construire avec le poète antillais Édouard Glissant et chez le philosophe portoricain Nelson Maldonado Torrès. Ensuite, le geste de l’engagement intellectuel dans une pensée « autre » et désidéalisante est élaboré systématiquement grâce au parcours original du philosophe argentin Enrique Dussel, proposé comme fondement pour une « éthique décoloniale ».

Un quart des frontaliers de l’UE-27 travaille dans la Grande Région SaarLorLux. Christian Wille, spécialiste de science culturelle-Border studies, analyse les flux parmi les régions constituant la Grande Région SaarLorLux et reconstruit les processus de régionalisation quotidienne des frontaliers. La focalisation est placée sur l’organisation spatiale des pratiques journalières et les identités locales mises en œuvre par le frontalier typique et atypique. La comparaison des résultats d’une étude empirique et d’autres études montre une panoplie de modèles de régionalisation différents : alors que le frontalier atypique exerce ses activités quotidiennes dans la région de son travail tout en habitant dans une autre région, le frontalier typique exerce surtout ses activités quotidiennes dans la région dans laquelle il habite, et non dans celle dans laquelle il travaille. D’autres réflexions conduisent au modèle de « Vorder-und Rückseitigen Region » (région à double-face) en tant que résultat de pratiques quotidiennes dans le cadre des travailleurs et habitants frontaliers.1

Il est bien connu que le Grand-Duché du Luxembourg est depuis toujours une terre d’immigrés : le besoin de maind’œuvre étrangère au XIXe siècle a entraîné l’arrivée d’Italiens et d’Allemands. Au XXe siècle, les Portugais et les Capverdiens se sont rendus au Luxembourg pour la même raison : le travail et la possibilité de recommencer une vie plus stable. Qui dit immigration dit changement, tant en matière d’économie, de politique, de vie ← 13 | 14 → sociale et d’histoire du pays, ainsi que pour la population elle-même. Il s’agit là de thèmes fort intéressants pour les écrivains, grâce à la focalisation culturelle et interculturelle qui a eu lieu. Frank Wilhelm, professeur émérite de Littérature française et luxembourgeoise, étudie des impressions sur ces thèmes à travers les œuvres de deux auteurs luxembourgeois contemporains, Jean Portante et Guy Rewenig, l’un d’origine italienne, l’autre d’origine luxembourgeoise. La littérature postcoloniale a fait émerger la notion de « littérature beur », c’est-à-dire une littérature francophone originaire du Maghreb et de l’Afrique Noire. Le néologisme « beur » vient du mot français « arabe », qui, lu à l’envers et déformé, devient « beur » grâce à la technique du français-verlan ; il devient un témoignage d’une vie culturelle, sociale et religieuse mixte, un entrecroisement de traditions arabes et d’éducation française. Mrs Haroy ou la Mémoire de la baleine, roman de Jean Portante, a un lien étroit avec le thème central de la littérature beur, notamment l’homme qui se sent dépaysé chez lui, tout en étant loin de ses origines. La similitude avec la baleine est frappante : la baleine est un mammifère terrestre « condamné » par l’évolution à vivre seul dans l’océan, milieu hostile et inconnu, et forcé de remonter à la surface, près de son origine, pour pouvoir respirer et survivre. Elle est le seul mammifère au milieu de poissons, le seul à devoir respirer autrement que les « autochtones », le seul à devoir s’adapter à son milieu. C’est une comparaison très forte et proche de la vie de l’immigré. Le personnage de Jean Portante, tout comme lui-même, reprend cette idée dans son œuvre, par des moyens semi-autobiographiques. C’est l’expérience empirique qui se reflète dans ses personnages.

Le roman de Portante constitue une véritable chronique historique, qui met surtout l’accent sur les avantages qu’a retirés le Grand-Duché de l’accueil de la communauté italienne, représentée par la Famille Nardellli dans le récit. Wilhelm en vient à la conclusion qu’en fin de compte, ces « beurs luxembourgeois » ne sont pas représentés par les Italiens du Grand-Duché, ni par des Portugais. Car ces derniers ont tout de même réussi à s’intégrer complètement dans la société, ainsi qu’à créer une littérature utilisant une des trois langues présentes dans le pays. Pour Wilhelm, les « beurs luxembourgeois » sont plutôt les réfugiés provenant de l’ancienne Yougoslavie, de l’Afrique Noire et d’autres zones en péril et cherchant asile au Luxembourg. Exclus dès leur arrivée du marché du travail, de la vie sociale et de la culture, ces personnes en détresse sont automatiquement exclues du système et du Grand-Duché. ← 14 | 15 →

Notes biographiques

Claudio Cicotti (Éditeur de volume) Sibilla Cuoghi (Éditeur de volume)

Claudio Cicotti enseigne la littérature italienne et les théories et pratiques de l’écriture autobiographique pour les Lettres italiennes au sein de l’Institute of Romance, Medias and Arts (IRMA) de l’Université du Luxembourg. Ses publications portent sur la littérature des XVIe, XVIIIe et XXe siècles, sur la littérature de la migration, sur la philologie, la lexicographie et l’écriture autobiographique. Il dirige actuellement le projet de recherche Auto­bio­graphical Genre, Migration and Identity’s (re)construction in Luxembourg (AMIL). Sibilla Cuoghi est lectrice d’italien du Ministère des Affaires étrangères italien auprès de l’Université du Luxembourg.

Précédent

Titre: La rencontre avec l’autre