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Conflit et coopération France – Allemagne XIXe–XXe siècle

Mélanges en l’honneur d’Anne-Marie Saint-Gille

de Jean-Michel Pouget (Éditeur de volume)
Autres 304 Pages
Série: Contacts, Volume 3

Résumé

Cet ouvrage regroupe quatorze contributions d’universitaires germanistes qui ont souhaité rendre hommage à leur collègue Anne-Marie Saint-Gille dont les travaux de recherche et l’enseignement ont principalement porté sur la construction de la paix en Europe. Les contributeurs interrogent les relations franco-allemandes qui ont toujours constitué l’un des enjeux majeurs de la paix sur le continent européen. Couvrant le XIXe et le XXe siècle, les articles réunis permettent de dégager l’une des constantes les plus remarquables des relations France-Allemagne : l’attirance mutuelle des deux voisins tiraillés depuis plus de deux siècles entre une volonté de coopération et la tentation du conflit.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Avant-propos
  • Travaux et publications d’Anne-Marie Saint-Gille
  • Table des matières
  • Le XIXe siècle jusqu’à 1914
  • Le séjour en France de Theodor Mundt (1837–1838) : soyez panthéistes et voyagez ! (Françoise Knopper)
  • Fédéralisme et centralisme chez les libéraux allemands du Vormärz : la comparaison entre la France et l’Allemagne dans le Staatslexicon de Rotteck et Welcker (Fritz Taubert)
  • L’apprentissage d’un mouvement ouvrier à l’étranger : quelques réflexions sur l’émigration ouvrière allemande sous la monarchie de Juillet (1830–1848) (Gudrun Mattes)
  • Le couple franco-allemand et la Figure du bon Européen chez Nietzsche (Gilbert Merlio)
  • Aux sources de l’engagement pacifiste de Bertha von Suttner (Marie-Claire Hoock-Demarle)
  • La Grande Guerre et l’entre-deux-guerres
  • L’impossible dialogue : pacifistes français et allemands face à la Grande Guerre (Landry Charrier)
  • L’immigration germanique dans le commerce et l’industrie lyonnais : la rupture de 1914 (Hervé Joly)
  • E. R. Curtius, la « vocation » d’un passeur entre France et Allemagne ? (Christine de Gemeaux)
  • L’union franco-allemande, « épine dorsale » du « grand organisme européen » : Paul Heinrich Distelbarth (1879–1963) et le rêve d’une Europe organique (Jean-Michel Pouget)
  • L’Occupation
  • Collaboration et confrontation économique franco-allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale (Marcel Boldorf)
  • Après 1945
  • « Frankreichs Uhren gehen anders » Herbert Lüthy, la construction de l’Europe et les impasses de la Quatrième République (Thomas Nicklas)
  • « Le but, c’était l’Europe » : la Sarre autonome entre Europe et Allemagne (Jean-Paul Cahn)
  • Le plan Schuman et le traité de l’Elysée : deux mythes fondateurs du rapprochement franco-allemand (Reiner Marcowitz)
  • Le « bien-être pour tous » dans la société des perdants : consommation et perception du social dans l’Allemagne d’après-guerre (Hélène Miard-Delacroix)
  • Titres de la collection

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Le XIXe siècle jusqu’à 1914

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FRANÇOISE KNOPPER

Le séjour en France de Theodor Mundt (1837–1838) : soyez panthéistes et voyagez !

Theodor Mundt (1808–1861) fut confronté aux difficultés que les représentants de la Jeune Allemagne1 rencontraient dans la Confédération Germanique depuis que la Diète avait promulgué le décret de décembre 1835 qui censurait strictement leurs publications. Ayant été sanctionné pour avoir souhaité l’unité allemande, Mundt ne put pas entamer sa carrière universitaire au moment où il l’avait envisagé et il fut contraint de se limiter temporairement à des activités journalistiques. Il entreprit alors des périples qui le conduisirent de Londres jusqu’aux Carpates. Il a en particulier séjourné à Paris et traversé la France jusqu’à Marseille en 1837 et 1838. D’abord partiellement publiées dans la presse, ses observations ont ensuite été regroupées dans deux recueils : Spaziergänge und Weltfahrten (Altona, Hammerich, 1838–1839), et Völkerschau auf Reisen (Stuttgart, Krabbe, 1840).

Conformément à bien d’autres voyageurs allemands à Paris2, il décrit des débats à la Chambre des Députés, assiste à une séance de ← 23 | 24 → l’Académie, va à des concerts de bienfaisance. A côté de ses échanges d’idées au plus haut niveau, il s’amuse aussi de rencontres dues au hasard et ses flâneries de touriste allègent le propos. Placées en plein printemps des peuples, les dates de ce séjour permettent d’examiner plus précisément quels étaient les liens qu’un représentant notoire de la Jeune Allemagne tel que Mundt avaient entretenus avec la France avant que n’éclate la guerre des poètes de 1840. Il relate les entretiens qu’il a eus avec des figures connues et reconnues à son époque, telles que Quinet, Chateaubriand, Victor Hugo, Lamennais, Mignet, Eckstein, Heine. Bien évidemment, il n’était pas reçu sans avoir été préalablement recommandé et on comprend que le réseau qu’il fréquenta fut celui des saint-simoniens.

C’est à sa manière, très personnelle, qu’il témoigne de l’intérêt que le lectorat français portait alors à l’Allemagne et qu’il présente les « intercesseurs3 » français du germanisme qu’il a interviewés. Outre leur intérêt intrinsèque, ces reportages permettent de vérifier si l’année 1840 et la crise du Rhin ont modifié la représentation de la France que Mundt exposera ensuite dans un contexte théorique, en 1842 dans Geschichte der alten und neuen Literatur et en 1844 dans Geschichte der Gesellschaft.

L’humour corrosif affectionné par Mundt n’était certes pas fait pour calmer les tensions entre écrivains, mais annonçait-il pour autant la guerre que se livreront des poètes français et allemands en 1840 ? Il nous semble que la réponse à cette question doit être négative, même si Mundt ne fut pas un francophile inconditionnel et si, durant tous ses déplacements, il ne fait jamais oublier que son poste d’observation est ← 24 | 25 → celui d’un journaliste allemand. Certes, ses jugements sur la bourgeoisie – parisienne ou provinciale – ne sont pas tendres, mais ses rencontres avec des exilés montrent que, en matière de combats, il participe plutôt à ceux que se livraient les écrivains allemands entre eux. Il en était un acteur et une victime : il était personnellement critiqué par ses pairs et ne fut pas épargné par Gutzkow ; il lui fut en particulier reproché un hégélianisme confus, sans doute à juste titre4. Dans la querelle entre Heine et Börne, il prit le parti de Börne. En revanche, à la fin des années 1830, l’essentiel a consisté pour lui à placer sa représentation de la France au service d’un objectif principal : celui de démontrer la complémentarité de la France et de l’Allemagne, une complémentarité culturelle qui pourrait préparer l’avenir social et politique des deux sociétés. L’année 1840 ne l’a pas amené à changer sa position.

Cette attention portée à la France relève plus précisément d’une tentative unifiante, qui avait été aussi celle de Heine5 dont la Geschichte der Religion und Philosophie in Deutschland6 également publiée en français, dans la Revue des deux mondes, en 1834 – démontrait la complémentarité des cultures allemande et française afin d’enrichir ← 25 | 26 → chacune d’elles par une meilleure connaissance de l’autre. Pour Mundt, comme d’ailleurs pour Heine7, cette tentative se plaçait sous le signe d’un saint-simonisme qui signifiait pour eux la foi dans le progrès de l’humanité, la revendication de l’égalité entre les classes sociales dans l’accès aux nourritures terrestres, la réhabilitation de la matière au nom d’un panthéisme qui reste, chez Mundt, une nébuleuse mêlant religion, poésie, philosophie et pensée sociale8. Cette option idéologique sera reprise en 1844 dans Die Geschichte der Gesellschaft :

Er [Saint-Simon] sah alsdann die Partei der Gironde hinsterben, und mit ihr den geächteten Philosophen Condorcet, der sich vergiftete, nachdem er in seinem letzten Buch (Esquisse d’un tableau historique des progrès de I’esprit humain) die erste Grundidee alles Socialismus aufgestellt hatte, nämlich die Idee der unendlichen Vervollkommnungsfähigkeit des Menschengeschlechts, die Idee der Perfectibilität.9

Mundt préconise d’associer la diffusion des idées saint-simoniennes et le voyage à l’étranger : en fonction d’une approche qui reste essentialiste, il pose en préalable les spécificités de chaque caractère national et il prête aux intellectuels l’aptitude à les décoder grâce aux observations qu’ils peuvent faire sur le terrain. Tel est le leitmotiv qu’il décline sur tous les tons, sérieusement aussi bien qu’humoristiquement. Par exemple, dans un court texte satirique et programmatique, il prétend qu’il serait imaginable de trouver dans la Evangelische Kirchenzeitung – journal conservateur qui avait été fondé par Gerlach – un article qui ← 26 | 27 → fulminerait contre « Mundt, Pückler, Laube, Heine etc. » et qui s’intitulerait « Contre les voyages », le ton de Mundt étant bien entendu ici purement ironique :

Gegen das Reisen:
Das Reisen ist ein Pantheismus.
a) die Kirche zerstörend, wie aller Pantheismus.
b) eine Weltreligion befördernd, deren Gott überall und nirgends ist.
c) zu dem Wahn führend, daß wir alle Gottes Kinder sind, Engländer wie Franzosen, Deutsche wie Lappländer, während doch die Franzosen offenbar des Teufels Kinder sind, wie die französische Revolution und die Beinkleider tragende Madame Dudevant beweisen.
10

Cependant, si Mundt aspire à ce qu’il y ait des interactions entre Français et Allemands, c’est pour que les intellectuels germanophones réactivent des repères identitaires. C’est pourquoi il reproche à Heine d’être un mauvais patriote et il ne lui pardonne pas d’avoir été dur envers Börne11. Symétriquement, lors de ses interviews d’intellectuels français, il exprime une grande méfiance aussi bien envers ceux qui font preuve d’une germanophilie exacerbée qu’envers ceux qui manifestent de la germanophobie, laquelle lui semble tournée surtout contre la politique menée par la Prusse et dont il parle au demeurant plus rarement. C’est ce paradoxal jeu de miroir que le présent article voudrait analyser. Bien que se proclamant indéfectiblement attaché aux valeurs nationales, Mundt est passionnément intéressé par ce qui se passe et s’écrit en France à la fin des années 1830, et il multiplie les articles pour le faire savoir en Allemagne. Par ailleurs, face à ses interlocuteurs français, il s’efforce inlassablement d’expliquer voire de nuancer et, le cas échéant, de justifier ce qui se pense et s’écrit12 en Allemagne. ← 27 | 28 →

Après le coup d’arrêt que signifia le décret promulgué par la Diète en 1835, Mundt est venu en France pour s’approvisionner – parfois au prix de stéréotypes – en arguments destinés à ce que les intellectuels allemands reprennent cœur à l’ouvrage et ne se résignent pas. Il examine aussi dans quelle mesure les interactions entre les deux aires culturelles permettraient de trouver éventuellement le moyen d’éviter le déclenchement d’une révolution sociale. Malgré tout, il s’irrite à maintes occasions de l’incompréhension dont la philosophie, la critique de la religion, la philologie allemandes lui paraissent faire l’objet.

A la recherche d’affinités électives

L’intérêt porté par Mundt à la France est à la fois littéraire, politique et social. Les arguments littéraires, en particulier les hommages qu’il rend à Mme de Staël et à George Sand, et à leurs combats féministes, figuraient déjà dans les revues qu’il avait publiées depuis 1835 et ils seront longuement développés dans son histoire de la littérature de 1842. La différence est l’instrumentalisation qui en est faite : l’arrière-plan de ces éloges est, en 1838, le ralliement de Mundt au saint-simonisme ; en 1842, l’orientation littéraire rend cet arrière-plan social et politique moins explicite.

Rejoignant la revendication saint-simonienne de la parité sociale à accorder aux femmes, il estime que Mme de Staël a été la première à ouvrir cette voie, George Sand et « quelques auteurs allemands » (dont, bien entendu, Mundt) lui ayant ensuite succédé. L’éloge de ces deux écrivains n’est pas d’une grande originalité à cette époque, si ce n’est qu’il ne s’accompagne pas chez Mundt de la misogynie qui serait perceptible par exemple chez Heine13. Pour notre propos, il importe de ← 28 | 29 → souligner surtout, d’un côté, le fait que Mundt cautionne « les affinés électives » entre les littératures allemande et française que Mme de Staël aurait décelées, et, d’un autre côté, qu’il entend cependant circonscrire le périmètre de ces « affinités », puisqu’il ne saurait être question, pour lui, d’appauvrir son patrimoine littéraire national:

Diese Aneignung der deutschen Literatur und Wissenschaft ist in ihrer Art noch immer die gründlichste und tiefsinnigste, welche dem französischen Geist bis jetzt gelungen, und die Stael hat darin zuerst das Wahlverwandtschaftsverhältniß zwischen der deutschen und französischen Literatur durchgreifend begonnen.14

Les trois qualités que Mundt apprécie chez Mme de Staël, et qui résulteraient de cette complémentarité entre les deux cultures à laquelle il aspire, sont : l’empathie avec « l’esprit » de la littérature allemande, empathie qu’elle aurait acquise moins par les livres que par ses conversations avec les grands écrivains ; l’association d’une « virilité » et d’une « dignité », termes qui suggèrent sa proximité avec les classiques de Weimar ; enfin une spiritualité qui serait un transfert de la culture allemande :

In keinem Franzosen aber ist es noch zu dieser productiven Durchdringung mit dem deutschen Literaturgeist gekommen, wie sie die Stael in ihrem Buche über Deutschland erreicht hat. Ihr persönlicher Umgang mit den deutschen Literaturheroen in Weimar trug dazu allerdings das Wesentlichste bei, und sie hat Vieles mündlich zu erforschen verstanden, was andre Franzosen niemals aus deutschen Büchern erlernen mögen. Wie sie aber das Erforschte aufnahm und gestaltete, zeugt von einer männlichen Kraft und Würde des Geistes, und doch wieder von dem weiblichen Tact und Instinct, der sich auch in das Tiefste gewissermaßen hineinzuschmeicheln versteht […]. Die deutschen Studien scheinen aber auf Frau von Stael’s eigene Bildung auf das Entscheidendste zurückgewirkt zu haben. Sie brachte auch von dort den religiösen christlichen Inhalt wieder mit, dessen sich Frankreich in der Revolution entleert hatte.15

Sous sa plume, la référence à Mme de Staël devient l’un des exemples à inlassablement citer aux Allemands, afin qu’ils consolident leur propre image et en soient conscients. Au-delà de ces stéréotypes qui font ← 29 | 30 → quelque peu sourire tant ils sont ancrés dans le discours du temps16, l’interprétation de Mundt correspond effectivement aux bénéfices que Mme de Staël en personne estimait avoir tirés de son « voyage » en Allemagne17.

Prolongeant ces considérations littéraires, il arrive que Mundt les transpose au niveau de la pratique. Ainsi cette connaissance de la littérature allemande par des Français et l’échange de bons procédés qu’elle génèrerait seraient-elles un moyen que les instances universitaires auraient trouvé pour pacifier les esprits dans une France confrontée à des turbulences sociales et politiques. Apprenant en 1838, lorsqu’il rend visite à Quinet, que deux jeunes germanistes érudits, Xavier Marmier et ledit Edgar Quinet, sont nommés à Lyon, Mundt avance par exemple une hypothèse qui correspond à son optimisme souriant : ces recrutements de connaisseurs de la littérature et la philosophie allemandes, dit-il, pourraient aider à « apaiser les tensions », sans que l’on sache s’il se réfère aux conflits sociaux et aux récentes révoltes des canuts ou bien à des querelles intestines :

Es sieht fast so aus, als wollte man jetzt das schöne arme verzweifelte Lyon in Friedfertigkeit einlullen durch dies deutschgelehrte junge Frankreich, das seine beschwichtigende philosophische und literarische Bildung dorthin verpflanzen soll.18

Mundt ne laisse pas non plus passer l’occasion de signaler que le système des écoles primaires a été inspiré par le modèle allemand : ← 30 | 31 → « Reißende Fortschritte hat der dritte Stand in Frankreich gemacht, und es ist sonderbar, daß wir in neuester Zeit zum Theil die Hand dazu bieten mußten durch das Beispiel unserer deutschen Volksschulen »19. Cette information – qu’il serait tentant de relier à l’influence du pédagogue Herbart20 – ne s’accompagne d’aucune précision, ce qui est significatif du discours de Mundt sur la France : ce qui lui importe est de vérifier l’existence d’échanges culturels et leur utilité sociale. Peu lui chaut en l’occurrence de creuser la théorie et la pratique pédagogiques, et encore moins de compléter, éventuellement même d’inverser le transfert, alors que cela faisait en réalité longtemps que les modèles se croisaient dans les deux sens en matière d’enseignement en France et en Allemagne21.

Mais un des intérêts de ces écrits de Mundt nous semble avant tout concerner son empirisme et l’émergence d’un nouveau journalisme, le journalisme d’investigation22. Ici, c’est la quête des convergences entre France et Allemagne, ainsi que de leurs limites, qui fut en définitive l’objectif primordial de Mundt à Paris. Peut-être pour contourner la censure, il place le début de la relation sous le signe d’un objectif cosmopolite et insère une lettre adressée à un ami bruxellois qui commence par: « Unsere kosmopolitischen Gespräche in dem Park von Brüssel sind in Paris und London oftmals bei mir wiedergeklungen, und ich habe dann bedauert, daß ich nicht dazu kommen konnte, Ihnen versprochenermaßen zu schreiben.23 » Endossant ainsi le masque du narrateur, Mundt affichait certes un « cosmopolitisme » de bon aloi mais son ← 31 | 32 → choix de Bruxelles comme point de départ pouvait laisser sous-entendre un intérêt politique pour la formation d’un Etat-nation comme cela venait de se passer dans la jeune Belgique. C’est pourquoi, d’emblée, il ajoute que sa préoccupation est de voir comment prévenir les risques d’une révolution sociale, tout en prétendant que ce risque ne pourrait pas (encore) se profiler dans l’Allemagne de 1838.

Prévenir les risques de révolution

Une préoccupation de Mundt fut d’examiner comment, à la suite de l’industrialisation en Grande Bretagne et en France, une « grande guerre historique » pourrait être évitée dans ces pays :

[…] Wer kann in Paris und London auch nur über die Straße gehen, ohne daß er an den Fragen von Armuth und Reichthum, von Bevölkerung und Uebervölkerung, von Volksrechten und Standesprivilegien, hängen bliebe? Wie oft stutzte ich bei dem drohenden Medusengesicht, das diese Fragen hier in den Hauptlagern der modernen Weltbewegung machen, und dann dachte ich der Stunden auf unsern Spaziergängen oder in Ihrem traulichen Cabinet, wo unsere Ideen sich darüber begegnet, mein Verehrter! Unsere Sorgen waren nicht auf unser deutsches Vaterland gerichtet, denn das zeigt sich noch keinesweges gefährlich berührt von diesen brennbaren Stoffen der modernen Staatsökonomie, und es wird sobald noch nicht der Herd sein, auf dem sie lichterloh entlodern. Das Ausland wird einem jetzt so theuer, weil man seine weltgeschichtlichen Sorgen da hat, und wo man sorgt, fängt man an zu lieben.

Wir stritten uns über die Mittel, durch welche man dem Ausbruche des großen historischen Krieges zwischen den Armen und Reichen vorbeugen könne.24

Résumé des informations

Pages
304
ISBN (ePUB)
9783034326254
ISBN (MOBI)
9783034326261
ISBN (PDF)
9783034326247
ISBN (Broché)
9783034326230
Langue
Français
Date de parution
2017 (Juin)
mots-clé
Études Germaniques Europe France-Allemagne franco-allemand Anne-Marie Saint-Gille XIXe siècle XXe siècle
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2017. 303 p., 1 ill. en couleurs

Notes biographiques

Jean-Michel Pouget (Éditeur de volume)

Jean-Michel Pouget est Maître de Conférences à l’Université Lumière Lyon 2.

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