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Rites aux portes

de Patrick Maxime Michel (Éditeur de volume)
Collections 134 Pages

Résumé

Construction de l'image de rituel – Ambiances rituelles – Iconographie d'objets rituels –Images rituelles dans le sanctuaire – Contextes et portée des images rituelles –Interprétation des images rituelles – Dialogue interdisciplinaire – Iconographie, Histoire des religions, Archéologie – De la Mésopotamie à Byzance

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Avant-propos et remerciements (Patrick M. Michel)
  • Préface
  • Ritual Text and Ritual Practice. Some Remarks on Extra-Sanctuary Slaughter in Leviticus (Julia Rhyder)
  • Les rites aux portes de la tombe. Lʼexemple des nécropoles de lʼAncien Empire égyptien (Gaultier Mouron)
  • Le geste nyny dans les scènes de temple du Nouvel Empire (Amandine Grassart-Blésès)
  • Une reine sur la porte. Quelques observations préliminaires sur les représentations de Cléopâtre III dans le temple de Khonsouà Karnak (Aurélie Cuenod)
  • Pratiques cultuelles et épiclèses divines aux portes des temples égyptiens (Philippe Collombert)
  • Le symbolisme de la porte dans les rituels assyro-babyloniens (Lorenzo Verderame)
  • Portes, dieux portiers et dieux-portes (Antoine Cavigneaux)
  • Defence, Justice, Identity. The Function of City Gates in the Land of Aštata During the Late Bronze Age (Lucia Mori)
  • Rites et portes en Syrie du Nord et en Anatolie au IIe millénaire av. J.-C. (Patrick M. Michel)
  • Cultes en dehors du temple de Jérusalem selon Ezéchiel 8 (Thomas Römer)
  • Titres de la collection

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RITES AUX PORTES
les 2-3 mai 2014, Université de Genève.

Avant-propos et remerciements

Ces deux journées avaient pour but de donner une vue d’ensemble de nos connaissances sur les rites liés aux portes, ou la ritualisation des passages à travers les portes dans l’Antiquité, plus précisément en Egypte, en Mésopotamie, en Anatolie, en Grèce et dans le monde biblique. La première journée du colloque tenu à Genève se présentait sous la forme d’une école doctorale. Cette dernière a réuni surtout des égyptologues et nous remercions le prof. Philippe Collombert de l’Université de Genève pour son investissement dans cette journée. Nous remercions également Julia Rhyder de l’Université de Lausanne pour avoir accepté d’ouvrir le colloque avec une contribution intitulée « Space and ritual in the legal tradition of Ancient Israël » qui pose surtout les bases méthodologiques nécessaires à l’étude des rituels. Elle rend le lecteur attentif à la distinction importante à faire dans le cadre de l’étude des rituels entre les textes rituels et la pratique réelle de ces derniers. La seconde journée était animée par divers collègues locaux et étrangers.

Nous tenons aussi à remercier la Schweizer Gesellschaft für orientalische Altertumswissenschaft (SGOA) ainsi que le programme doctoral en sciences de l’Antiquité (EDOCSA) pour leur soutien financier, et le Fonds général de l’Université de Genève ainsi que l’association Hellas et Roma pour la publication de ces actes.

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Préface

Les actes réunis dans ce volume rassemblent toutes les contributions présentées dans le cadre du colloque international organisé à l’Université de Genève les 2-3 mai 2014. Le titre choisi du colloque, Rites aux portes, est un titre ambigu à dessein. En effet, lorsqu’on mentionne les cultes et les rites aux portes, on peut entendre deux réalités :

La première concerne les rites qui sont dédiés aux portes ou à leur génie,

tandis que l’autre concerne les rites qui se déroulent géographiquement aux portes. C’est ce que van Gennep qualifiait de rites liminaires, autrement dit de rites exécutés « pendant le stade de marge1 », soit sur le seuil, au moment du passage ou pour permettre ce dernier.

Grimes rappelle l’importance de distinguer l’objet sacré du sacré en soi. La porte donne un cadre ; elle révèle ou elle cache, mais elle attire inévitablement l’attention sur les actions des officiants2.

S’ouvre ainsi un ensemble très large de problématiques. Le titre donné ne spécifiait pas non plus la nature des portes, exprimant ici la volonté de proposer des problématiques touchant tant aux portes urbaines, aux portes de maisons, aux portes de temples ou aux portes de tombes. Un seul critère était primordial, les rites présentés devaient concerner des portes réelles3, architecturées, et non mythiques ou symboliques.

Cette matérialisation du seuil est présentée dans l’ouvrage de van Gennep comme suit :

« le portique-tabou-de-passage devient ici la poterne des murailles, la porte des murs de quartier, la porte de la maison. Aussi voit-on le caractère sacré ne pas se localiser seulement dans le seuil ; mais tout aussi sacrés sont les linteaux et l’architrave4. »

La porte comme élément architecturé comporte plusieurs composantes mais forme un tout. Les différents rites peuvent alors concerner les différents éléments des portes, et les offrandes sont adaptées aux supports5.

Le volume débute avec une contribution consacrée aux sacrifices dans le Lévitique où J. Rhyder (Université de Lausanne) propose des pistes méthodologiques pour aborder la question de l’interprétation des textes rituels face à la pratique réelle. Il se poursuit avec quatre contributions égyptologiques qui permettent d’aborder aussi bien la problématique des rites aux portes des tombes qu’aux portes des temples. ← 9 | 10 → La problématique est envisagée aussi bien pour l’Ancien Empire que le Nouvel Empire. G. Mouron (Université de Genève) propose une réflexion sur « Les rites aux portes de la tombe : l’exemple des nécropoles de l’Ancien Empire égyptien », A. Grassart-Blésès (Université de Genève) analyse un geste rituel dans « Le geste nyny dans les scènes de temples du Nouvel Empire » tandis que A. Cuenod (PSL Research University, Paris, Ecole Pratique des Hautes Etudes.) étudie les représentations royales dans sa contribution « Une reine sur la porte: représentations de Cléopâtre III dans les temples égyptiens entre 145 et 101 av.n.è. ». Enfin, Ph. Collombert (Université de Genève) propose une étude approfondie sur les « Pratiques cultuelles et épiclèses divines aux portes des temples égyptiens ».

L’apport des textes rituels mésopotamiens est traité par L. Verderame (Université de Roma La Sapienza), tandis que A. Cavigneaux (Université de Genève) propose d’étudier spécifiquement la question des génies et des portes personnifiées en traitant des dieux-portes et des portiers. Le rôle des portes urbaines dans le contexte rituel est abordé par L. Mori (Université de Roma La Sapienza) qui étudie ces aspects grâce aux textes cunéiformes d’Emar remontant au XIIIe siècle av. notre ère. P. Michel (Université de Genève) propose une réflexion sur les rites liés à l’ouverture et à la fermeture des portes à Emar puis sur les rites aux portes en Anatolie hittite lors de processions royales avec notamment la crémation d’animaux.

La problématique des rites aux portes à l’Age du fer est reprise par Römer qui analyse la situation du temple de Jérusalem à la lumière du texte d’Ezechiel 8.

En 2007, dans ses réflexions sur la présence de portes, de rideaux et d’écrans dans les rituels, Grimes définissait le rôle général des portes indiquant que « même les portes ordinaires […] barricadent et invitent au passage simultanément6 ». Lorsqu’elles barricadent, elles peuvent aussi marquer une distinction sociale, impliquer une hiérarchie selon laquelle seuls les initiés peuvent assister au rituel ou prendre part à celui-ci. Ne pas pouvoir assister au rituel pouvait aussi parfois alimenter les rumeurs, en faisant croire que l’événement devait être caché7. Lorsqu’elles invitent au passage ou rendent l’intérieur du temple visible, elles permettent aussi à une divinité d’être physiquement présente par exemple et de participer au rituel par l’intermédiaire de sa statue de culte8.

Ainsi, la porte donne un accès, mais permet aussi de le contrôler. Elle peut fermer la voie, mais elle peut aussi boucher la vue, couper la visibilité. Elle marque une séparation, une limite. Qu’elle soit porte de temple, de maison ou de tombe, la porte et son périmètre forment une aire liminale. Considérée comme un endroit sacré, la porte constitue la limite d’un espace, parfois sacré mais aussi la limite de l’espace du sacrifice.

Architecturalement on distingue la porte avec son linteau, les montants et son seuil (qui donne l’accès) des battants avec les crapaudines (qui permettent la fermeture). Les portes peuvent être simples, lorsqu’il s’agit de portes domestiques ou de portes de tombes, mais être aussi des éléments architecturaux plus complexes lorsqu’il s’agit de portes de temples ou plus encore de portes urbaines. Dans l’Antiquité, et particulièrement dans les régions étudiées dans ce volume, les portes urbaines étaient des complexes architecturés qui se composaient d’un passage assez long desservant diverses pièces latérales et gardé par des tours. Ces dernières permettaient de surveiller l’accès à la ville et offraient un meilleur point de vue, tandis que les pièces latérales permettaient d’entreposer des armes et d’abriter les garnisons.

L’archéologie n’a que rarement retrouvé les restes de battants en bois, mais on connaît leur existence, d’une part, grâce à des sources textuelles, mais aussi grâce notamment aux restes des décors qui pouvaient les orner. Nous pensons particulièrement aux bandeaux de feuilles de bronze des portes du temple de Mamu à Imgur-Enlil (Balawat) conservés aujourd’hui au British Museum. On peut aussi imaginer que des étoffes, du moins dans le contexte domestique ou cultuel, ← 10 | 11 → pouvaient permettre de bloquer l’entrée ou du moins de cacher l’intérieur qui devait rester invisible. D’après les textes – en ce qui concerne la Mésopotamie du moins – le seuil pouvait être de terre battue, de brique, de pierre, de bois mais aussi de métal.

Traverser une porte, passer sous un porche, franchir un seuil : toutes ces actions s’inscrivent dans les « rites de passage9 ».

Alors que le début de l’étude de van Gennep propose de s’intéresser aux « passages matériels », c’est-à-dire aux passages matérialisés par des portes, des porches ou des seuils, très rapidement cette matérialité disparaît au profit de portes métaphoriques10. Le chapitre II de Rites de passage s’intitule pourtant « Le passage matériel » et propose une analyse de la porte, du seuil et du portique. Ces éléments marquent une frontière souvent matérialisée par un objet, un poteau ou une pierre dressée11. Ces éléments ont non seulement été placés en ces lieux avec des rites de consécration, mais tous les passages opérés ensuite dans ces lieux nécessiteront des rites particuliers. La porte marque en effet la limite entre le monde étranger et le monde domestique, le profane et le sacré, l’urbain et le sauvage. C’est également pour cette raison que des « gardiens de seuil » sont attestés tant en Mésopotamie, en Anatolie qu’en Egypte. La porte, en tant qu’élément architectural, est en lien direct avec le mouvement nécessaire au passage et matérialise donc la frontière entre deux espaces antinomiques.

On soulignera un aspect intéressant : certaines portes avaient des noms particuliers, d’autres étaient divinisées, tandis que des divinités de portes ou des génies sont également attestés. Les noms pouvaient être donnés aux portes des temples ou des palais mais aussi aux portes urbaines. Ils pouvaient se référer à des activités pastorales : « Porte du petit bétail » à Aššur ; à la position géographique ou topographique « Porte d’Ur » à Uruk ; à une divinité : « Porte du dieu Aššur » à Aššur. En Mésopotamie au Ier millénaire av. J.-C., les portes monumentales perdent visiblement leur usage strictement défensif et servent aussi à impressionner le visiteur. Elles participent à la propagande royale et s’ornent d’orthostates ou de briques à glaçures. Elles prennent des noms qui évoquent la grandeur du roi en tant que garant de la justice et de la prospérité ; c’est le cas de la porte d’Ištar à Dur-Šarrukin par exemple qui porte le nom de « Ištar est celle qui fait prospérer son peuple », de la porte Tabira à Aššur qui porte le nom de « Porte qui surveille le roi » ou encore de la porte de Šamaš à Ninive appelée « Enlil est celui qui établit mon pouvoir »12. On voit aussi les portes s’orner de génies ailés chargés de garder les portes et les seuils.

« Ces “gardiens du seuil”, dès qu’ils prennent, comme en Egypte, en Assyro-Babylonie (dragons ailés, sphinx, monstres de toute sorte), en Chine (statues), une proportion monumentale, repoussent à l’arrière-plan la porte et le seuil ; c’est à eux seuls alors que s’adressent les prières et les sacrifices. […] Ce n’est plus l’acte de passer qui fait le passage, c’est une puissance individualisée qui assure ce passage immatériellement13 ».

La construction ou la réparation des portes impliquaient des rites spécifiques. Ainsi, un rituel de fondation néo-assyrien14 retrouvé à Ḫuzirina (Sultantepe) atteste un rite pour la reconstruction d’une porte de temple15. Le rituel mentionne des libations de bière et de lait ainsi que la construction d’un autel portatif pour la divinité Kusu, et trois autres autels portatifs pour les dieux du temple, pour les déesses et pour la mère des dieux Belet-ili. Chaque autel reçoit des offrandes. De plus, deux autels sont dressés devant la porte pour les divinités Papsukkal16 et Nin-GAN-du7. On amène ensuite de l’eau et des bandes d’étoffe. ← 11 | 12 → Le rituel se déroule en musique avec la récitation d’un Balaǧ et d’un Eršemma17. Le lendemain, on installe quelque chose (le texte STT II 232 n’est pas clair à ce sujet) sur le toit du temple et on verse de l’eau pure sur le sol.

Voici autant d’aspects cultuels qu’on retrouve en lien avec les portes. Qu’on les traverse, qu’on les construise, qu’on cherche à les protéger, il existe tout un ensemble de pratiques rituelles spécifiques aux portes.

Un an après le colloque de Genève, un autre colloque international s’est tenu à Amsterdam (27-29 mai 2015) sous le titre The Door of the Sanctuary : A Place of Transition. Organisé par S. de Blaauw (Radboud University, Nijmegen) et E.M. Van Opstall (VU University, Amsterdam), ce colloque se concentrait sur l’Antiquité tardive avec des contributions étudiant divers aspects liés aux portes des sanctuaires entre les IIIe et VIIIe siècles de notre ère, dans le monde païen et chrétien, sans cependant opérer de distinction entre les portes réelles et les portes symboliques.

Cette future publication, dont la problématique considère la porte comme un lieu de transition, sera certainement un prolongement intéressant de la réflexion proposée ici, considérant les périodes postérieures. Elle montre aussi l’intérêt que suscite le sujet et la problématique des Rites aux portes18.

Patrick M. Michel

Bibliographie

BACHELOT & VILLARD 2001 : BACHELOT, L. & VILLARD, P., « Porte », in : JOANNÈS, F., dir., Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, 2001, p. 671-674.

Résumé des informations

Pages
134
ISBN (PDF)
9783034330459
ISBN (ePUB)
9783034330473
ISBN (MOBI)
9783034330480
ISBN (Broché)
9783034330442
Langue
Français
Date de parution
2018 (Février)
mots-clé
Portes Egypte Mésopotamie Levant Rituel Rites de passage Religion
Published
Bern, Berlin, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2017.132 p., 19 ill. n/b.

Notes biographiques

Patrick Maxime Michel (Éditeur de volume)

Dr. Patrick M. Michel a étudié l’archéologie classique et l’histoire ancienne (Université de Lausanne), l’assyriologie et l’hittitologie à l’Université de Genève (unige), à la Sapienza et à l’Institut biblique pontifical. Il a aussi participé aux fouilles de Tell Kazel (Syrie) avec l’Université américaine de Beyrouth. Il est actuellement maitre assistant en Etudes mésopotamiennes à l’unige.

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Titre: Rites aux portes