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La modalité et ses réalisations en français

de Udo Mai (Auteur)
Thèses 340 Pages

Résumé

L’auteur conçoit la modalité comme une catégorie sémantico-fonctionnelle, indépendante des éléments qui l’expriment et du niveau de la structure grammaticale dont ils relèvent. Pour définir la modalité, il tient compte également de ses caractéristiques structurelles ainsi que de phénomènes relevant de niveaux cognitifs plus hauts et plus bas. Cela permet de porter un regard critique sur les recherches antérieures, de développer un cadre théorique conciliant les différentes approches et d’analyser systématiquement les expressions de la modalité en français (verbes et adverbes modaux, modes verbaux etc.). L’interaction entre plusieurs éléments modaux dans le même énoncé peut déclencher trois types d’interaction et produit des phénomènes modaux particulièrement complexes.

Table des matières

  • Cover
  • Titel
  • Copyright
  • Herausgeberangaben
  • Über das Buch
  • Zitierfähigkeit des eBooks
  • Table des matières
  • Remerciements
  • Introduction
  • A. La modalité
  • A.1 Définitions et conceptions de la modalité
  • A.1.1 Les conceptions classiques de la modalité
  • A.1.2 Les approches logico-formelles de la modalité
  • A.1.3 Les approches intersubjectives et sémantico-fonctionnelles de la modalité
  • A.2 Ébauche d’une définition sémantico-fonctionnelle la modalité
  • A.3 Encadrement pragmatique et fonctionnel de la modalité
  • A.3.1 Les points de référence de la modalité
  • A.3.2 Les aspects fonctionnels et méta-communicatifs de la modalité
  • A.3.2.1 Common ground, présupposition et virtualisation
  • A.3.2.2 Assertion et modalité
  • A.3.2.3 L’épistémicité et le facteur temps
  • A.3.2.4 Signification, symboles et symptômes
  • A.3.2.5 Savoir, savoir et croire
  • A.4 Définition de la modalité : un phénomène méta-structurel
  • A.4.1 Le principe structurel de la modalité interne
  • A.4.2 Le principe structurel de la modalité externe
  • A.4.3 Le principe méta-structurel de la modalité en général
  • A.5 Délimitation de l’évidentialité
  • A.6 Modalité et figement
  • A.6.1 Les structures figées
  • A.6.2 La modalité dans les locutions
  • A.6.3 La modalité dans d’autres structures figées
  • A.6.4 La modalité requise par les structures figées
  • B. Les manifestations complexes de la modalité
  • B.1 Le contexte
  • B.2 Les catégories sémantico-fonctionnelles et leurs manifestations complexes
  • B.3 La modalité complexe
  • B.3.1 Le potentiel modal des signes linguistiques
  • B.3.2 La désambigüisation des éléments modaux par le contexte non-modal
  • B.3.3 Les interactions entre éléments modaux
  • B.4 Modalité et actes de langage complexes
  • B.4.1 Les actes de langage indirects et l’implication
  • B.4.2 Les types de signes linguistiques
  • B.4.3 Sémantique, grammaire, fonction et pragmatique
  • B.4.4 Modalité et illocution
  • C. Les manifestations de la modalité en français
  • C.1 Les « verbes modaux »
  • C.1.1 Devoir
  • C.1.2 Vouloir
  • C.1.3 Pouvoir
  • C.1.4 Savoir
  • C.1.5 Falloir
  • C.1.6 Autres périphrases modales
  • C.2 Les adverbes modaux
  • C.2.1 Les adverbes modaux relevant de la modalité externe
  • C.2.2 Les adverbes modaux relevant de la modalité interne
  • C.2.3 Les adverbes évidentiels
  • C.3 Les particules modales
  • C.3.1 Définition
  • C.3.2 Bonnement et simplement
  • C.3.3 Donc
  • C.3.4 Quand même et tout de même
  • C.3.5 seulement
  • C.3.6 …, quoi !
  • C.3.7 T’as qu’à
  • C.3.8 Les particules évidentielles
  • C.3.9 Résumé
  • C.4 Les modes verbaux
  • C.4.1 Le subjonctif
  • C.4.2 Le conditionnel
  • C.4.3 L’impératif
  • C.4.4 L’indicatif
  • C.4.4.1 Le présent de l’indicatif
  • C.4.4.2 Les futurs simple et composé
  • C.4.4.3 L’imparfait
  • C.4.4.4 Les temps verbaux perfectifs
  • C.4.5 Les participes
  • C.5 Les verbes impliquant le statut factuel du contenu modalisé
  • C.6 Les connecteurs impliquant le statut assertif
  • C.7 Structure informationnelle et modalité
  • C.8 La catégorie sémantico-fonctionnelle de la modalité en français
  • D. Les manifestations complexes de la modalité en français
  • D.1 Verbes modaux et la coprésence d’autres éléments modaux
  • D.1.1 La coprésence de deux verbes modaux
  • D.1.2 Verbes modaux et adverbes modaux
  • D.1.3 Verbes modaux et modes verbaux
  • D.2 Adverbes modaux et la coprésence d’autres éléments modaux
  • D.3 Les verbes dotés d’un sens modal et autres éléments modaux
  • D.4 Propositions modalisées par trois éléments modaux
  • D.5 Résumé
  • Conclusion
  • Bibliographie
  • Corpus

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Remerciements

Je voudrais remercier Prof. Dr. Gerda Haßler qui a toujours nourri ma passion pour les sciences du langage, qui m’a appris le travail de linguiste et qui m’a accueilli comme doctorant et assistant dans le cadre de sa chaire. Elle m’a accompagné et soutenu sans cesse avec un engagement personnel pour lequel je lui serai toujours reconnaissant. Grâce à elle, j’ai aussi pu profiter d’une bourse d’étude qui m’a permis d’aller vivre à Paris, ce qui fut une période clé pour l’écriture de cette thèse. Je remercie de tout cœur M. Jean-François Jeandillou qui m’a appuyé pendant toutes ces années en me donnant son avis scientifique, des conseils précieux et des encouragements d’un grand secours dans les moments d’impasse. Mes collègues et amis, Dr. James McElvenny, Dr. Anja Neuß, Dr. Stefanie Wagner, Dr. Kathleen Plötner, Dr. Verónica Böhm, Dr. Erick Velázquez Godínez, Elina Eliasson et Patrick Messi, m’ont grandement aidé avec leur regard critique sur les avancements que je présentais lors de nos colloques doctoraux. J’ai toujours pu compter sur eux pour me conseiller face aux questions les plus difficiles. Je les remercie de tout cœur pour leur soutien, leur collégialité et leur amitié. Je remercie Dr. Anaïs Moreno pour la relecture de ma thèse et son aide précieuse pour améliorer mon expression française écrite. Sans ses corrections détaillées et précises, le présent travail n’aurait pas pu voir le jour. Un grand merci aussi à Beatrice Voigt qui a toujours été là pour répondre à tous les besoins administratifs pendant mes années à l’université de Potsdam. Je tiens à remercier mon amie et collègue Verena Adamik qui m’a énormément soutenu – sa compagnie pendant les longues journées d’écriture à la bibliothèque et son amitié ont énormément enrichi mes années de doctorant. Pour son appui et ses encouragements, je voudrais également remercier mon premier professeur de linguistique, Antonio Romano, qui a toujours continué à s’intéresser à mon travail au-delà de mes années à l’université de Turin.

Je remercie mes parents pour leur soutien, leur patience, leurs conseils et tout ce qu’ils ont fait pour me faciliter cette tâche énorme. Merci de tout cœur également à mes grands-parents pour m’avoir appuyé et encouragé tout le long du chemin.

Enfin, je n’aurais pas pu écrire cette thèse sans le réconfort, la bonne humeur et la compréhension de mes amis. Merci Kaja, Guillaume, Daniel, Martin, Daniela, Matteo, Dagfinn, Ben, Elisabeth, Philipp et merci aussi à ma famille d’accueil de Piossasco pour leur soutien depuis l’époque du lycée.

Merci du fond du cœur à tous pour votre appui scientifique, professionnel et personnel. Cette thèse n’aurait pas vu le jour sans vous.

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Introduction

Notre étude vise à proposer une description détaillée de la modalité, en tant que catégorie sémantique et fonctionnelle, ainsi qu’une analyse précise de ses manifestations en français contemporain. Cela soulève plusieurs questions qui conditionnent à la fois la démarche et la structure choisies.

Pour mener à bien une telle entreprise, nous devons, dans un premier temps, délimiter précisément notre sujet d’étude, ce qui requiert une vue d’ensemble des recherches antérieures traitant de la modalité. Dans ses conceptions classiques, tout contenu dans un énoncé qui ne change pas la valeur de vérité de celui-ci est considéré modal. Dans la conception de Bally (1965), par exemple, il y a une distinction entre le contenu propositionnel d’un énoncé et toute autre composante qui ne change rien à ce qui est dit (le dictum), mais seulement la façon (modus) dont cela est dit. Tandis que cette conception est trop large, parce qu’elle comprend aussi tout type de fonction illocutoire au-delà des fonctions et significations liées à la modalité, la distinction entre le contenu propositionnel modalisé et la modalisation est, elle, fondamentale pour l’étude de la modalité. Une autre approche de la modalité est celle de la sémantique logico-formelle qui, par exemple, est très utile pour identifier la signification de base de certains éléments modaux comme les verbes modaux (v. Kratzer 1977 ; Portner 2009). Cependant, la modalité ne sert pas uniquement à parler des mondes possibles et à les comparer. Certaines fonctions de la modalité servent des propos de subjectivation et sont liées aux valeurs, connaissances et émotions du sujet parlant ; celui-ci peut se servir d’éléments modaux pour limiter ou rejeter la responsabilité du contenu propositionnel qu’il évoque dans un énoncé (v. p. ex. Ludwig 1988). Si l’on combine toutes ces approches, on peut construire une définition cumulative du « modèle standard » de la modalité, qui comprend les sens modaux de re, ancrés dans un actant de l’énoncé (comme la modalité dynamique, déontique ou volitive), mais aussi des sens modaux de dicto, ancrés dans le sujet parlant (comme la modalité épistémique ou évaluative). Cette approche cumulative pour appréhender une définition de la modalité pose problème, car l’ensemble des significations modales définies comme telles n’est pas nécessairement complet ou fermé. La modalité risque ainsi de finir comme une « catégorie corbeille » dans laquelle tous les phénomènes qui échappent au calcul de la valeur de vérité sont classés mais qui n’est pas définie et délimitée en fonction de propriétés intrinsèques et communes aux éléments et phénomènes qui font partie de cet ensemble. Du point de vue sémantique et fonctionnel, un dénominateur à la ←11 | 12→fois commun et spécifique à tous les phénomènes modaux semble impossible à trouver, car toute définition d’un « principe de base » de la modalité est soit trop restrictive parce qu’elle ne comprend pas tous les phénomènes modaux, soit trop large parce qu’elle est aussi applicable à des phénomènes qui ne relèvent pas du domaine de la modalité. Soit l’exemple des critères « émotion » et « subjectivité » qui sont souvent associés à la catégorie de la modalité :

1) Paris est la capitale de la France.

2) Je suis déprimé.

L’énoncé (1) est une affirmation « objective » au sujet de choses du monde extérieur et libre de toute subjectivité ou jugement émotionnel ; si l’on veut déclarer (1) vrai ou faux, c’est son contenu entier que l’on confirme ou réfute. On peut donc le considérer comme un énoncé sans modalisation. L’énoncé (2), en revanche, est clairement plus subjectif et son contenu relève d’émotions ; la véracité d’une telle affirmation est difficile à vérifier car elle relève des états d’âme du sujet parlant qui ne peuvent pas toujours être directement observés de façon fiable. Cependant, il n’est guère concevable de trouver quoi que ce soit de modal dans cet énoncé, étant donné qu’une valeur de vérité peut être attribuée à l’ensemble de l’énoncé. De plus, si l’on enlevait tout ce qui est subjectif et émotionnel à cet énoncé, aucun contenu ne resterait. Ces deux énoncés sont donc également non-modaux et le critère de la subjectivité s’avère trop général pour être, à lui seul, la propriété définitoire de la modalité.

Si l’on ajoute à cette définition trop large de la modalité un critère structurel, nécessitant un contenu propositionnel distinct du sens modal qui lui est appliqué, cela exclurait (1) et (2) du domaine de la modalité. En revanche, des énoncés comme (3) sont clairement attribués à cette catégorie :

3) Dommage que tu ne sois pas là.

Ici, dommage est l’élément véhiculant la composante de subjectivité, à savoir une évaluation négative de la part du sujet parlant. Ce sens est appliqué à un contenu propositionnel clairement identifiable et distinct : « tu n’es pas là ». L’expression émotionnelle se soustrait au calcul de la valeur de vérité car dommage ne peut pas être ni vrai ni faux, tandis que le contenu propositionnel peut être confirmé ou réfuté. Cette définition sémantico-structurelle de la modalité s’avère, cependant, trop restreinte : certains phénomènes perçus comme étant clairement modaux ne satisfont pas les critères ainsi définis :

4) Elle veut regarder la télévision, mais elle doit faire ses devoirs.

Dans cet énoncé, on peut observer deux phrases contenant un verbe modal ; aucune des deux ne renvoie cependant à la subjectivité du sujet parlant. Dans ←12 | 13→la première phrase, vouloir relie la réalisation du contenu propositionnel « elle regarde la télévision » à la volonté du sujet syntaxique. Tandis que cela pourrait être conçu comme de la subjectivité, ancrée dans un actant de la phrase, on ne peut pas dire la même chose de la seconde phrase : ici, la réalisation de la proposition « elle fait ses devoirs » est soumise à une obligation qui ne repose ni sur le sujet parlant, ni sur un actant de la phrase, mais sur une autorité non-spécifiée. Alors que les contenus propositionnels peuvent être séparés de la modalisation qui leur est apportée dans (4), on ne trouve pas de subjectivité relative au sujet parlant dans la première phrase et pas de subjectivité quelconque dans la seconde. Cependant, la modalisation opérée par les verbes modaux est l’un des phénomènes les plus prototypiques de la modalité – la définition sémantico-structurelle esquissée ci-dessus est donc trop restreinte en raison du critère de la subjectivité.

Portner (2009 : 1) donne une définition provisoire de la modalité en la concevant comme la catégorie linguistique qui nous permet de parler de choses qui ne sont pas (nécessairement) vraies. Ce critère que l’on pourrait nommer « virtualité », avec l’ajout de la divisibilité en contenu propositionnel et modalisation, permet de classer des énoncés comme (4) parmi les phénomènes modaux tout en évitant les difficultés liées à la subjectivité. Pourtant, cette conception exclurait des énoncés comme (3), dans lequel le contenu propositionnel est clairement factuel, du domaine de la modalité.

Ces exemples illustrent la nécessité d’identifier un critère définitoire de la modalité autre que ceux cités ci-dessus. Une définition ni trop large ni trop restreinte de cette catégorie est nécessaire pour être en mesure d’attribuer un phénomène au domaine modal (ou de l’en exclure) de façon nette et justifiée. Pour identifier les caractéristiques typiques et exclusives de la modalité, nous approfondissons davantage l’analyse des structures formées par les phénomènes modaux, le défi étant de trouver un dénominateur commun aux structures engendrées par la modalité externe et à celles formées par la modalité interne.

Dans cette étude, la modalité est conçue comme une catégorie sémantico-fonctionnelle, indépendante des éléments qui l’expriment et du niveau de la structure grammaticale dont ils relèvent. Cette approche fonctionnelle de la grammaire a été développée par Aleksandr Bondarko ([1984] 1991) et développée dans des recherches plus récentes (v. p. ex. Haßler 1998, 2008, 2010a, 2010b, 2016 ; Böhm 2016). Une conception détaillée de la modalité requiert, en plus, une description d’autres phénomènes souvent liés aux phénomènes modaux comme la présupposition, la virtualisation et l’assertion. La définition de la modalité développée dans ce qui suit prend aussi en compte d’autres facteurs souvent négligés dans les ←13 | 14→recherches portant sur ce sujet comme le facteur du temps limité pour formuler un énoncé dans le cadre d’un dialogue et son rôle pour la modalisation épistémique des énoncés, la distinction entre la signification active d’un signe et les interprétations qui découlent de cette signification ainsi que le rapport entre les « maximes » coopératives gouvernant la communication linguistique, décrites par Grice (1975), et les phénomènes modaux. De plus, il faut essayer de distinguer la modalité aussi clairement que possible de l’évidentialité, une catégorie proche de la modalité du point de vue cognitif, mais nettement distincte. Le rapport entre cette catégorie et le figement linguistique sera également étudié. Notre analyse démontrera que la modalité peut faire l’objet du figement indépendamment des éléments qui l’expriment.

Dans un second temps, il nous faut décrire le fonctionnement des éléments modaux dans l’énoncé et leur interaction avec le contexte et les autres éléments modaux coprésents. Les éléments modaux peuvent être employés pour exprimer des sens modaux complexes, pour constituer des actes de langage indirects ou pour déclencher des illocutions particulières grâce à l’appui du contexte. Cette description complète le cadre théorique de la catégorie sémantico-fonctionnelle de la modalité qui sera ensuite appliqué à une analyse rigoureuse des manifestations de la modalité en français.

Le cadre théorique que nous développons vise à éliminer les contradictions et lacunes qui subsistent dans les recherches ayant pour objet la modalité. Il permet également d’analyser la sémantique et le fonctionnement des éléments modaux sous un nouveau jour. Nous adoptons une approche critique face aux études traitant de certains porteurs de modalité comme les verbes modaux ou le subjonctif et nous réévaluons le rôle que jouent ces éléments pour la catégorie sémantico-fonctionnelle de la modalité. Les verbes pouvoir et devoir ont, par exemple, été décrits comme des marqueurs d’évidentialité (Dendale 1994 ; Tasmowski/Dendale 1994), leur signification de base n’est, dans ces études, même pas considérée comme étant modale, tandis que pour d’autres chercheurs comme Kratzer (1977, 1978, 2012), ce sont les éléments modaux par excellence. Notre cadre théorique permet de résoudre cette contradiction et de démontrer que la signification « de base » de ces deux verbes est modale. Cependant, nous montrerons que, si certains prérequis contextuels sont satisfaits, ces deux verbes peuvent assumer une composante évidentielle. Quant au subjonctif, ce mode verbal est souvent représenté et conçu comme un porteur prototypique de modalité dans des recherches comme celle de Lagerqvist (2009) ; néanmoins, le rôle apparemment central que joue le subjonctif pour exprimer des sens modaux doit être réévalué et analysé d’une façon plus différenciée. S’il est vrai que ce mode verbal apparaît souvent ←14 | 15→dans des énoncés modalisés, il peut être démontré que le lien entre le subjonctif et la modalité est plus indirect.

L’analyse prend aussi en compte des éléments moins étudiés dans le contexte de la modalité en français : les particules modales, les verbes et les connecteurs impliquant un statut particulier du contenu qu’ils régissent ainsi que le rapport entre la structure informationnelle et la modalité. Cette démarche permet de réévaluer la position centrale ou périphérique que les différents éléments modaux occupent au sein de la catégorie de la modalité.

La complexité sémantico-fonctionnelle et structurelle qu’engendrent les phénomènes modaux est particulièrement fascinante lorsque le sens modal d’un énoncé est constitué de plusieurs éléments modaux qui interagissent. Ces phénomènes comportent des structures et des significations enchevêtrées, ce qui permet de faire des observations ultérieures à la fois au sujet du potentiel modal actif et passif de ces éléments modaux et sur la hiérarchie entre différents types de modalité coprésents dans le même énoncé. Ainsi, il peut être démontré que le rapport entre deux verbes modaux est différent de celui entre un verbe modal et un adverbe modal ou celui entre deux adverbes modaux. Qui plus est, l’importance du conditionnel pour exprimer des sens modaux peut être appréciée à sa juste valeur seulement si l’on prend en compte ses interactions complexes avec les verbes modaux et d’autres verbes contenant un sens modal.

Ces phénomènes modaux montrent qu’il n’y a presque pas de limite à la complexité des sens modaux concevables, mais aussi que les différents porteurs de modalité sont capables d’adapter leur signification et leur portée en fonction de la demande contextuelle pour exprimer des modalisations intriquées et complexes. Ainsi, ils peuvent dépasser les limites sémantico-fonctionnelles qui leur sont parfois attribuées dans des recherches au cadre théorique plus restreint. La capacité du conditionnel à modaliser d’autres modalisations ou à élargir sa portée au-delà du verbe qui apparaît sous cette forme est un exemple de la façon dont le potentiel modal d’un élément donné peut aller au-delà de ce qui peut être observé dans des contextes modaux simples.

Notre approche multiple, prenant appui sur plusieurs corpus de français contemporain écrit issus de contextes littéraires, journalistiques et informels permet de dresser un portrait détaillé et complet de la catégorie sémantico-fonctionnelle de la modalité en français. Ce portrait est basé sur un fondement théorique solide définissant clairement les limites entre la modalité et autres catégories qui peuvent être voisines (comme l’évidentialité), situées à des niveaux cognitifs plus bas ←15 | 16→(comme la présupposition ou la virtualisation) ou à des niveaux cognitifs plus hauts (illocutions complexes, implications secondaires etc.). De cette façon, les recherches préexistantes à ce sujet, parfois incomplètes et contradictoires, seront réunies, ajustées et complétées pour pouvoir décrire la modalité sous toutes ses facettes sémantiques, fonctionnelles et structurelles.

Notes biographiques

Udo Mai (Auteur)

Udo Mai est assistant de recherche et d’enseignement à l’Université de Potsdam auprès de l’institut d’études romanes, chaire de sciences du langage et linguistique appliquée.

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Titre: La modalité et ses réalisations en français