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Le sujet en question. Ce qu’en pensent la littérature et la philosophie

El sujeto en cuestión. Lo que piensan la literatura y la filosofía

de Juan Manuel Aragüés (Éditeur de volume) Thierry Capmartin (Éditeur de volume) Nadia Mékouar-Hertzberg (Éditeur de volume) Alfredo Saldaña (Éditeur de volume)
Collections X, 256 Pages
Série: Espacios Literarios en Contacto, Volume 15

Résumé

Le thème de la subjectivité a ceci de singulier qu’il travaille l’histoire de la pensée et des arts, au moins en Occident, de façon constante, en y introduisant des continuités et des ruptures qui sont des jalons permettant de s’y orienter. Le sujet s’absente ou au contraire fait retour, en proie à de drôles d’intermittences qui signalent en creux les grandes articulations de la vie intellectuelle au xxème siècle, tout particulièrement en France, cartésianisme oblige. Mais il ressort aujourd’hui de ces « étonnantes oscillations » qu’avaient déjà pointées P. Ricœur que la subjectivité n’est plus sujet et qu’elle a perdu tout ou partie de ses ambitions fondationnelles. C’est à la littérature qu’il revient notamment de rendre compte, par-delà la définition obsolète d’un sujet transparent et identique à lui-même, de la cohésion de subjectivités singulières qui s’éprouve à travers le récit de soi. Ce sont ces formes de subjectivités, comme autant de rejetons du Sujet, que le présent volume entreprend d’examiner en cherchant à savoir pourquoi, en bien des occasions, la philosophie y appelle la littérature à la rescousse.
El tema de la subjetividad se caracteriza porque perfila la historia del pensamiento y de las artes, al menos en Occidente, de manera constante, introduciendo en ella continuidades y rupturas que se convierten en hitos orientadores. El sujeto se ausenta o reaparece, presa de caprichosas intermitencias que señalan las grandes articulaciones de la vida intelectual del siglo xx, especialmente, cartesianismo obliga, en Francia. Pero hoy resurge de esas "sorprendentes oscilaciones" que ya había apuntado P. Ricœur y que establecen que la subjetividad ya no es sujeto y ha perdido toda o parte de sus ambiciones fundacionales. Compete sobre todo a la literatura dar cuenta, más allá de la definición obsoleta de un sujeto transparente e idéntico a sí mismo, de la cohesión de subjetividades singulares que se experimenta a través de la narración de sí. El presente volumen examina estas formas de subjetividad, como otros tantos rebrotes del Sujeto, buscando saber por qué, en muchas ocasiones, la filosofía llama a la literatura al rescate.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur/l’éditeur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • Avant-Propos
  • Introduction
  • Comunicación y soledad. La (inter)subjetividad en tiempos de crisis (Antonio Méndez Rubio)
  • Première Partie : Le sujet en littérature
  • S’écrire soi-même dans la littérature argentine
  • Las peripecias del no en la escritura autobiográfica y diarística. Los diarios íntimos de Adolfo Bioy Casares (Corinne Ferrero)
  • Fundamentos filosóficos y poéticos del sujeto ucrónico en la obra de Julio Cortázar (Olga Lobo)
  • Deuxieme Partie : Au croisement de la litterature et de la philosophie
  • Autour de P. Ricœur
  • L’identité narrative au prisme du roman contemporain (Justine Huppe)
  • Les figures du sujet de Camus à Ricœur (Mathieu Pams)
  • Eléments pour une déconstruction du sujet
  • Yotredad (Alfredo Saldaña)
  • Pour une philosophie critique. L’approche poétique de Claude Esteban (Satenik Bagdasarova)
  • Troisieme Partie : Le sujet des philosophes
  • Genèse et généalogie du sujet
  • Sartre et Foucault. Le sujet, entre philosophie, éthique et politique (Juliette Simont)
  • La causa del sujeto (Dardo Scavino)
  • La genèse du sujet authentique chez Heidegger et Musil : entre sérieux et ironie (Sebastian Hüsch)
  • Quel corps (politique, phénoménologique, etc.) pour le sujet ?
  • Antagonisme et subjectivité : la place de la machine (Juan Manuel Aragüés)
  • Le sujet féminin au prisme phénoménologique de l’expérience vécue (Camille Froidevaux-Metterie)
  • Emil Cioran y la radicalización de la experiencia subjetiva (Christian Santacroce)
  • Conclusion
  • Subjectivité et sacralité (Marc Weinstein)
  • Titres de la collection

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Avant-Propos

ON PEUT ESSAYER DANS UN GESTE RÉTROSPECTIF d’aborder l’histoire des idées au xxè s. de bien des façons. Prendre pour guide la question du sujet en est une. On croirait même pouvoir ajouter aussitôt qu’elle n’en est qu’une parmi d’autres possibles. Pourtant ce thème de la subjectivité a peut-être ceci de singulier, en ce qui concerne le champ intellectuel français, qu’il travaillerait à coup sûr, avec plus ou moins de visibilité, mais constamment, en y introduisant des continuités et des ruptures, l’entreprise de qui s’aviserait d’effectuer une telle rétrospection. Singularité française, serait-on tenté d’avancer, d’une pensée toujours hantée, en dépit de ses efforts postmodernes d’arrachement et de déconstruction, par le spectre cartésien. Un certain attachement à la phénoménologie de la philosophie dite institutionnelle, les succès d’exportation de la French Theory (a priori fort peu cartésienne) – semblant mieux s’épanouir ailleurs que chez elle –, les résistances à acclimater la philosophie analytique en seraient autant de symptômes.

La figure de Sartre, qui traverse le siècle intellectuel en lui imprimant une marque profonde, est à première vue emblématique de cette attache cartésienne qui cadenasserait de manière paradoxale la revendication de liberté, puisque c’est encore la première qui permet d’affirmer la seconde. Le cas de Sartre est intéressant parce qu’il est révélateur de ce qu’on pourrait appeler les intermittences du sujet, qui s’absente et fait retour. Le geste philosophique inaugural de Sartre, à la fin des années 30, fut d’abord un geste de rupture avec un sujet égologique et constituant, expulsé d’une intériorité qui se défaisait d’elle-même dès que lors que l’Ego était remis à sa place en quelque sorte, à la marge d’un champ transcendantal et impersonnel [Sartre, 1936]. À certains égards, L’Être et le néant pourra donner l’impression d’un retour en arrière et que finalement, tout est à refaire : « À vrai dire, il faut partir du cogito, mais on peut dire de lui, en parodiant une formule célèbre, qu’il mène à tout à condition d’en sortir. » [Sartre, 1943] À bien y réfléchir d’ailleurs, Descartes n’a peut-être pas grand-chose à voir dans cette affaire, puisque si on se replace à l’intérieur du débat cartésien lui-même, le sujet est en proie aux mêmes intermittences : il s’éclipsait avec Gueroult pour revenir en force avec Alquié. La percée des ← vii | viii → études heideggérienne en France dès le début des années 50, orchestrée par Jean Beaufret, manifestera son impatience face à de tels atermoiements : « Tant que la philosophie maintiendra, sous quelque forme que ce soit, à la racine de ses propres certitudes, l’intériorité de l’étant-sujet, elle sera condamnée à n’organiser jamais que l’invasion du monde par une hémorragie de subjectivité. » [Beaufret, 1947].

C’est d’ailleurs de cette sortie (dont parlait Sartre) des philosophies de la conscience – comme on les appelait à l’époque “existentialiste” – que la pensée des structures se réclamera massivement, à partir des années 60, et à laquelle elle cherchera à donner une tournure définitive, qui prendra la forme d’un assaut généralisé, mené « sous l’étendard d’une croisade unique contre le sujet en général », résume Vincent Descombes dans Le Même et l’autre. [Descombes, 95]. L’hémorragie subjective, dont parlait Beaufret, semble jugulée, plus que jamais. Mais avec le recul, on pourra faire l’hypothèse que la question du sujet n’en est pas moins restée en suspens dans la mesure où, dans la perspective que l’on a retenue, elle reste le pivot “dialectique” qui assure le passage d’un moment philosophique à un autre. Nier aussi vigoureusement le sujet c’est encore d’une certaine manière l’affirmer ; ou sur un mode moins dialectique, c’est s’exposer à ce que, encore une fois, il fasse retour, comme du refoulé.

Soi-même comme un autre, l’ouvrage de Ricœur de 1990, qui a fait date aussi bien dans le champ de la philosophie que dans celui des études littéraires, se fera l’écho de cette logique du tout ou rien qui marque les modalités de la prise en considération de la subjectivité – ou de son absence. Une herméneutique du soi (non expressément égologique) serait, pour le dire vite, une troisième voie s’enlevant sur le fond de cette valse-hésitation subjective, à partir de ces « étonnantes oscillations que semblent présenter les philosophies du soi, comme si le Cogito dont elles sont issues était inéluctablement soumis à un rythme alterné de surestimation et de sous-estimation. Du “je” de ces philosophies, devrait-on dire, comme certains le disent du père, qu’il y en a soit pas assez, soit trop ? » [Ricœur, 1990] Entre un « Cogito brisé » et un « Cogito exalté », l’ipséité peut se comprendre comme la tentative de sauvetage d’une subjectivité (avec une visée éthique chez Ricœur) qui échappe précisément à cette logique du tout ou rien, étant entendu que la subjectivité n’est plus sujet et qu’elle a perdu tout ou partie de ses ambitions fondationnelles. De ce point de vue, l’entreprise de Ricœur regarde la littérature. Car c’est finalement à elle qu’il reviendra désormais de rendre compte, par-delà la définition (obsolète) d’un sujet transparent et ← viii | ix → rigoureusement identique à lui-même, de la cohésion de subjectivités singulières qui s’éprouve de manière insigne à travers le récit de soi.

Avec les modifications qui s’imposent, mais le même statut privilégié accordé à la littérature, on retrouverait chez le dernier Foucault une réflexion sur une « pratique de soi » qui serait en même temps une « entreprise de dé-subjectivation » [Foucault, 1980], que l’auteur tire précisément d’une expérience d’écriture, telle qu’elle se donne à voir chez Blanchot, Bataille ou Nietzsche notamment.

Tout se passe comme si, en fin de compte, la littérature était mieux à même que la philosophie de saisir le sujet dans sa singularité, son historicité. Comme si, mieux que la philosophie, la littérature avait saisi que tout sujet prenait naissance dans une culture particulière et que cette culture supposait une territorialisation de la connaissance socialement significative, un imaginaire partagé, un corpus d’idées et de modèles (normes ?) au travers desquels le sujet se rapporte au monde, et c’est ce legs qui contribue pour une bonne part à configurer son identité. Le sujet se développe en se mettant en rapport avec d’autres sujets dans le champ social où sa culture vient buter sur d’autres cultures pour s’y entremêler en tissant des systèmes aux formes et à la dynamique complexes. C’est par cette même complexité que le sujet répond non pas d’une identité culturelle mais de plusieurs. Tant et si bien que l’identité culturelle individuelle caractéristique de notre époque tiendrait à une sorte d’« hybridité dissolvante », à une construction « d’identités éphémères », changeantes et réglées sur les désirs [Tortosa, 2008]. C’est peut-être ce qui explique finalement que cette catégorie de l’identité a été consubstantiellement toujours en crise, tout au long de son histoire, même si c’est à l’aube de la Modernité que son statut fait l’objet de la remise en question la plus profonde. Ainsi la célèbre phrase de Rimbaud dans une lettre à Paul Demeny : « Je est un autre. » Par quoi il donnait un tour neuf mais définitif à des formules antérieures allant dans le même sens. Keats : « Un poète est la chose la moins poétique qui soit ; car il n’a pas d’identité. » ; Hugo : « C’était bien à lui qu’on parlait ; mais lui-même était autre. » ; ou encore de Nerval : « Je suis l’autre. » Ce qui a eu pour effet d’ouvrir une fêlure compromettant la ligne de flotaison du sujet, en élargissant la question de l’identité à son horizon psycho-social pour la faire rentrer sur le théâtre de l’altérité et de la différence, en traçant de la sorte une voie dans laquelle aller s’engager notamment la psychanalyse. Est sujet celui qui est capable de se construire en rapport avec autrui, et dans ce sens c’est à partir de cette collaboration collective ← ix | x → que son identité se définit. Mais dans le même temps il est ce qu’il est par cela même qui le distingue des autres.

Impossible dans ces conditions de passer sous silence les implications politiques remarquables que soulève une telle question. Le Sujet en crise, et sa mort annoncée, auront été compris parfois comme la crise, ou la mort, de la politique elle-même. Même si cette thèse ne rend aucunement justice à l’approche foucaldienne par exemple, une bonne part de la pensée contemporaine s’est vue dans l’obligation de réajuster le discours politique sur une compréhension renouvelée de la subjectivité et des processus de subjectivation qui la sous-tendent. Si l’on adoptait finalement le point de vue de Negri sur cette question, la politique pourrait désormais s’entendre précisément comme ce processus de construction de subjectivité(s) lui-même.

Ce sont ces formes de subjectivités – dont on a ébauché une liste forcément non exhaustive –, comme autant de rejetons du Sujet, que le présent volume entreprend d’examiner en cherchant, entre autres, à savoir pourquoi la philosophie y appelle, en bien des occasions, la littérature à la rescousse. Conjointement, si cette catégorie du sujet est bien d’abord un héritage philosophique, il conviendrait de se demander si la Philosophie peut véritablement en faire l’économie ou pourquoi elle s’en défait pour toujours y revenir.

Juan Manuel ARAGÜÉS ESTRAGUÉS
Thierry CAPMARTIN
Nadia MÉKOUAR-HERTZBERG
Alfredo SALDAÑA

Bibliographie

BEAUFRET, Jean, « M. Heidegger et le problème de la vérité », Fontaine, n° 58, 1947.

DESCOMBES, Vincent, Le Même et l’Autre, 1979.

FOUCAULT, Michel, Dits et écrits, IV, 1980.

RICŒ;UR, Paul, Soi-même comme un autre, 1990.

SARTRE, Jean-Paul, La Transcendance de l’Ego, 1936.

—, L’Être et le néant, 1943.

TORTOSA, Vigilio (ed.), Escrituras digitales, 2008.

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Introduction

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Comunicación y soledad

La (inter)subjetividad en tiempos de crisis

ANTONIO MÉNDEZ RUBIO

Résumé des informations

Pages
X, 256
ISBN (PDF)
9783034334655
ISBN (ePUB)
9783034334662
ISBN (MOBI)
9783034334679
ISBN (Broché)
9783034334075
Langue
Français
Date de parution
2018 (Août)
mots-clé
Philosophie Littérature
Published
Berlin, Bern, Bruxelles, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2018. X, 256 p., 2 ill. n/b, 2 tabl.

Notes biographiques

Juan Manuel Aragüés (Éditeur de volume) Thierry Capmartin (Éditeur de volume) Nadia Mékouar-Hertzberg (Éditeur de volume) Alfredo Saldaña (Éditeur de volume)

Juan Manuel Aragüés es Profesor Titular de Filosofia de la Universidad de Zaragoza. Thierry Capmartin est Maître de conférences à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Nadia Mékouar-Hertzberg est Professeure à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Alfredo Saldaña es profesor titular de Teoría de la Literatura y Literatura Comparada de la Universidad de Zaragoza.

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Titre: Le sujet en question. Ce qu’en pensent la littérature et la philosophie