Chargement...

Les Forgerons de la Paix en Terre Promise

1917-2017

de Georges Assima (Auteur)
Monographies 176 Pages

Résumé

Un cycle de guerres et de cessez-le-feu a parcouru tout un siècle le Moyen-Orient, de mains tendues suivies de pas en arrière de la Première Guerre mondiale à nos jours autour du sort final de la Terre trois fois Sainte. Et ce tableau s’est noirci pour longtemps et sous des traits encore plus sombres avec l’irruption de Daesh pour des populations victimes toujours plus nombreuses. A moins que de toujours imprévisibles, mais magnanimes, nouveaux Forgerons de la paix ne prennent la relève de Folke Bernadotte, Abdallah de Jordanie, Anouar el-Sadate, Yitzhak Rabin, notamment, pour remettre, encore et toujours, l’ouvrage sur le métier. Au prix du sacrifice suprême dans l’exercice de cet intrépide mais noble sacerdoce d’une réconciliation, en fait comme en droit, entre les populations de ce qu’ont été le Royaume d’Israël puis la Palestine.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Prodrome Vu de Taksim
  • Prologue
  • 1. Première chance de paix avec Moshe Sharett après la création de l’Etat d’Israël par l’ONU et les Armistices de Rhodes (1917–1949)
  • 2. La guerre du Canal de Suez de 1956 redistribue les cartes entre de nouveaux protagonistes mais noie les vains espoirs de règlement (1950–1957)
  • 3. La victoire de l’Egypte dans la crise de Suez fait souffler le chamsin enchanteur du nassérisme sur le Proche-Orient et la question palestinienne (1957–1970)
  • 4. Anouar el-Sadate triomphe de Tsahal mais sera exécuté par ses frères musulmans pour relations incestueuses avec Israël et avec la paix (1970–1981)
  • 5. Recherche désespérée à Beyrouth, Paris et Madrid d’un règlement global par Yasser Arafat et Yitzhak Rabin face à des débordements géopolitiques incontrôlables (1982–1992)
  • 6. L’assassinat d’Yitzhak Rabin après Oslo puis la seconde Intifada contre Ariel Sharon bloquent le processus de paix et élargissent le champ de bataille (1993–2002)
  • 7. L’homicide de Yasser Arafat noie d’ultimes perspectives de paix ouvertes par l’Accord de Genève à l’entame d’une ère de chaos (2002–2005)
  • 8. Mahmoud Abbas prend la tête de l’Autorité Palestinienne dans la continuité du processus d’Oslo face au Hamas et au Hezbollah dans un Moyen-Orient éclaté (2005–2017)
  • Entre Epilogue et Epitaphe
  • Lectures
  • Annexes
  • Table des illustrations
  • Du même auteur

← 8 | 9 →

Prodrome Vu de Taksim

Yokamou s’éveilla un beau matin dans le doux bien-être d’un rêve baigné dans son enfance. Sont-ce les années, qui ont filé, qui ramènent la douceur des temps premiers avec la réminiscence d’un corps si vulnérable condamné à affronter la vie ? Ou celle de la foi investie dans la vie qui s’annonçait et l’appréhension d’un seuil que l’on n’est guère pressé de franchir ? Des souvenirs très précis remontaient lentement à la surface.

Des corps se balançaient d’avant en arrière et d’arrière en avant dans un ballet que rien ne semblait pouvoir arrêter. Des jets d’eau partaient dans leur direction, et les voilà cédant à la pression l’instant d’après, sous les yeux de l’enfant ébahi, appelé de la vie au monde réel par ce spectacle des plus ludiques, dont il ignorait l’origine et la portée. Les cris, il les devinait plus qu’il ne les entendait. La parole était tout entière abandonnée aux corps, ces silhouettes qui se déplaçaient les unes prenant le contre-pied des autres pour mieux s’y opposer. Les tenues sombres semblaient prendre possession du terrain, enfonçaient les lignes de l’adversaire, mais de quels adversaires s’agissait-il ?

La marque de l’uniformité répondait aux couleurs de l’éclectisme vestimentaire. Des visages exacerbés émergeaient de chemises souvent claires, découvrant la poitrine en signe de défi. Tout et tous inexorablement balayés par les puissants jets d’eau de leurs martiaux opposants. Au moins ce crachin inattendu ne manquait-il pas de distiller un bienfaisant sentiment de fraîcheur dans la moiteur de l’automne. Pour qui pouvait s’en protéger. Le cadre de la majestueuse et robuste fenêtre donnait à ces joutes citoyennes une inestimable dimension visuelle.

Soixante-dix années se sont écoulées depuis cette vision originelle. Et pourtant Taksim vit ces derniers temps des scènes tout aussi désordonnées, des scènes qu’elle revit encore et toujours. L’Orient, certains s’en réjouissent, n’a donc guère changé. Comme, semble-t-il beaucoup plus loin, tout au Sud de l’autre côté de la Méditerranée, dans les ← 9 | 10 → lointaines provinces de l’ex-Empire ottoman, où rien non plus ne veut changer. Un flot morbide de corps transpercés démantelés, décimés mais aussi des populations spoliées, dispersées, sacrifiées à une viscérale impuissance à souscrire à une communauté de destin. A défaut d’une inaccessible ou plus lointaine fraternité les conviant à s’accepter les unes les autres pour le bonheur du plus grand nombre.

← 10 | 11 →

Prologue

Dans un contexte au sein duquel l’instabilité tient souvent lieu de vertu cardinale, il est trop facile de se laisser distraire par des ombres perfides, qui cherchent à dissimuler aux yeux du plus grand nombre de larges pans de la réalité. La guerre n’est jamais une fin en soi, en tout cas rarement au bénéfice des plus faibles, et elle l’est peut-être bien moins au Moyen-Orient que partout ailleurs dans le monde. Certains préfèreront prendre en considération que son mécanisme y est durablement enclenché dans la mesure où les faits témoignent de ce que les affrontements entre les descendants des fils d’Abraham, depuis toujours installés de part et d’autre du Jourdain, ont abondamment sollicité l’inventaire des nombreuses variations des conflits armés. D’autres sont, peut-être, favorables à un effort supplémentaire d’inventivité en des matières aussi sensibles dans le but, plus qu’honorable, de corriger les ratés de l’histoire. Et tout autant, une lecture confiscatoire de cette dernière.

La question de la paix au Moyen-Orient est principalement centrée, à partir de la Grande Guerre et jusqu’aux Guerres du Golfe, sur le conflit israélo-palestinien. Elle fournit dans le même temps un éclairage vivant d’un monde en pleine mutation à la fin du XIXème siècle, dont l’avenir sera le fruit d’une déconcertante symbiose du souci de préserver l’héritage du passé des uns et de la volonté de régénération des autres. S’agissant de la région qui nous concerne, on relève une incontestable filiation idéologique entre les visions, qui prendront bientôt la forme de projets, de personnalités telles que Léo Pinsker, dans l’Auto-émancipation, Théodore Herzl, dans LEtat juif, ou Chaïm Weizmann et Lord Rothschild, qui réagissent chacune à sa manière à la multiplication des violences antisémites. L’aiguille de la boussole sioniste oscillera tout d’abord, mais sans se laisser fourvoyer dans sa quête de la Terre promise, de Chypre à l’Amérique, de l’Ouganda à l’Afrique du Sud, en fonction des interlocuteurs en place, pour enfin désigner la Palestine en des terres arabes encore ottomanes. ← 11 | 12 →

Même l’exercice déclamatoire sibyllin et subtilement distillé de la Déclaration Balfour ne pouvait à lui seul convaincre une grande majorité des populations israélites généralement bien intégrées dans leurs pays de résidence, trop bien de l’avis de certains, d’« abandonner la proie pour l’ombre ». Le courant de l’immigration deviendra irrésistible surtout après la Shoah, grâce à un soutien international croissant, en dépit du large succès du projet d’extermination des Juifs d’Europe mis en œuvre par Hitler. Il aboutira à un premier message de paix, le Plan de Partage de la Palestine de 1947 des Nations Unies. Une chance peut-être inespérée, qui excuse d’autant moins les actes de violence, en bonne part d’extrémistes sionistes, pendant la première guerre israélo-arabe.

Pourtant les bonnes volontés ne manqueront pas, dès ces temps quasi bibliques, aux yeux des témoins actuels ; elles chercheront obstinément à explorer des solutions médianes préservant les droits des populations arabes majoritaires, pas toutes musulmanes, que ce soient le comte Folke Bernadotte, le médiateur des Nations Unies, le Roi Abdallah de Jordanie, l’un et l’autre assassinés, ou par ailleurs Moshe Sharett, deuxième premier ministre d’Israël. Portes drapeau de la noble corporation de ces Forgerons prêts à aller jusqu’au sacrifice de leur vie pour le triomphe de la paix. Les Accords d’Armistice de Rhodes sanctionneront au final le découpage territorial de la Palestine, certes initialement impraticable d’un point de vue israélien, au détriment de la création d’un Etat palestinien arabe, condamnant les fugitifs à la condition de réfugiés. Et d’orphelins.

Notes biographiques

Georges Assima (Auteur)

Georges Assima, bourgeois de Lausanne/Suisse, natif de Constantinople/Istanbul est Docteur SSP en histoire et MBA de l’Université de Lausanne. Il a été Professeur d’économie à l’Université du Burundi à Bujumbura, Responsable francophone près la Commission Fédérale des Étrangers du Conseil fédéral chargée de la politique d’intégration sociale des étrangers à Berne.

Précédent

Titre: Les Forgerons de la Paix en Terre Promise